Pourquoi l’oligarchie est devenue universaliste

Chronique de Paysan Savoyard  

(n°2 – 24/10/08)

 

Les analyses « droits de l’hommistes », favorables à l’immigration, compréhensives à l’égard du multiculturalisme et compatissantes envers les « exclus » et les délinquants des banlieues, constituent un élément majeur de la culture du renoncement national. Il s’agit là à l’origine d’analyses « de gauche ». L’on peut cependant observer qu’elles sont aujourd’hui partagées également par la plupart des responsables, des intellectuels et des journalistes de droite.

La question se pose de savoir pourquoi ces deux pôles en principe opposés ont fini par adopter sur ces questions des positions identiques. Le phénomène a au moins trois explications. La première tient aux profits considérables que l’oligarchie tire de la mondialisation. La seconde est celle-ci : la plupart des mouvements d’idées qui ont eu une importance en France depuis deux siècles conduisent à la haine de soi. Nous y reviendrons. Il y a également une troisième explication, qui mérite que l’on s’y attarde quelque peu : les positions « généreuses » de l’élite de gauche et de droite sur l’immigration, l’exclusion et les banlieues ont permis de détourner l’attention de l’opinion, en escamotant la question de l’argent et de la richesse.

Jusque dans les années 80, en effet, être « de gauche » signifiait avant tout que l’on se préoccupait d’égalité, que l’on se méfiait de l’argent et que l’on brocardait les riches. Devenus à leur tour aisés et même parfois fortunés, les membres de l’élite de gauche (politiciens, intellectuels, artistes, journalistes) couraient le risque de voir leur légitimité de dirigeants de gauche être contestée.

Les oligarques de gauche ont alors fait en sorte que le débat public entre « progressistes » et « réactionnaires » ne porte plus en premier lieu sur les questions d’argent et d’inégalités liées au système économique, mais plutôt désormais sur les thèmes de l’immigration, de l’exclusion et des banlieues. Etre de gauche dorénavant, ce n’est plus faire une fixation sur l’argent : pourvu que soit établie l’égalité des chances, la gauche considère aujourd’hui que l’argent honnêtement gagné récompense légitimement ceux qui « prennent des risques », font preuve « d’initiative » et sont « créateurs de richesse ».

La définition de l’identité de gauche a changé : être de gauche désormais, c’est avant tout être solidaire, non plus des classes populaires d’antan, mais des plus pauvres qu’elles, les « exclus » : les immigrés, les SDF et les jeunes des banlieues. A la faveur de ce tour de passe-passe, les oligarques de gauche, en prenant part dans les premiers rangs aux « luttes » contre les « exclusions », ont pu continuer à incarner et à diriger la gauche, en dépit de la robustesse de leurs comptes en banque.

Il se trouve que l’élite de droite a vu, elle aussi, tout l’intérêt qu’il y avait à adopter à son tour les positions « droits de l’hommistes ». Ayant choisi de manifester, au même titre que la gauche, leur générosité à l’égard des immigrés et des « exclus » de banlieues, les oligarques de droite échappent désormais, pour l’essentiel, aux mises en cause sur le terrain de la richesse (quelques polémiques ponctuelles sur les « golden parachutes » exceptées).

C’est ainsi par exemple que M. Chirac est devenu au cours de ses deux mandats l’un des avocats les plus ardents de la lutte contre le racisme et les discriminations (avec notamment la création de la Halde), l’un des artisans les plus actifs de la repentance (avec l’adoption des lois mémorielles et le retrait de la loi mentionnant les aspects positifs de la colonisation) et l’un des principaux promoteurs des cultures « plurielles » (avec la création du musée des arts premiers et de la cité de l’immigration).

De la même manière on sait que l’actuel président de la République, M. Sarkozy, ancien maire de Neuilly, ancien avocat d’affaires, ami personnel de plusieurs éminences du CAC 40, est un représentant emblématique de la droite d’argent.

Il est intéressant de noter qu’il est par ailleurs favorable à la poursuite de l’immigration (même s’il la souhaite « choisie) ; qu’il est favorable au financement public des mosquées ; qu’il est favorable au droit de vote des étrangers aux élections locales ; qu’il est un partisan actif de la discrimination positive ; qu’il a fait adopter en tant que ministre de l’intérieur différentes mesures « droits de l’hommistes », comme la suppression de la « double peine » ou l’interdiction d’expulser les clandestins mineurs ; et qu’il est le premier président à avoir composé un gouvernement comprenant trois personnes représentant « la diversité » et à avoir confié à l’une d’elles un ministère régalien.

Dans la même veine, le PDG d’AXA, M. Bébéar, l’une des premières fortunes de France, s’est fait le champion au sein de son entreprise de la politique des CV anonymes et des recrutements volontaristes reflétant la diversité ethnique.

Citons également le cas emblématique de M. Louis Schweitzer. Haut fonctionnaire de gauche, nommé par ses amis socialistes à la tête de l’entreprise Renault, c’est par M. Chirac qu’il est ensuite choisi pour prendre la direction de la haute autorité de lutte contre les discriminations (raciales en particulier) que le président venait de créer. Voici donc cet individu, devenu riche en développant notamment la vente d’automobiles dans les pays émergents (et contribuant ainsi, au passage, à aggraver la pollution de l’air), qui, fortune faite, adoubé par la gauche comme par la droite, achève sa carrière sur le terrain de la morale en prônant l’accueil et l’ouverture vis-à-vis des immigrés (et en poursuivant pénalement les « petits blancs » qu’il
accuse de racisme).

Le discours favorable à l’immigration et aux exclus a été utilisé efficacement par l’oligarchie pour maintenir sa position dominante : c’est là l’une des explications de l’attitude de renoncement national adoptée par la classe dirigeante.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 24/10/08

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