« La France a besoin de l’immigration compte-tenu de sa faible démographie »

Chronique de Paysan Savoyard

(n°26 – septembre 2009)

 

Nous nous proposons de passer en revue à l’occasion de prochaines tribunes l’argumentaire mis en avant par les partisans de la poursuite de l’immigration. Dans le cadre du présent article nous voulons montrer qu’au contraire de ce qu’affirment les immigrationnistes, la France et les autres pays européens n’ont pas besoin de la poursuite de l’immigration pour soutenir leur démographie.

  • La forte croissance de la population française est due à l’immigration

La France (métropolitaine) connaît depuis cinquante ans une très forte croissance de sa population (40 millions d’habitants en 1945 ; 50 en 1968 ; 60 en 2003). Cette croissance forte se poursuit : la population de la France métropolitaine est désormais de 62 millions d’habitants et continue d’augmenter de 330 000 personnes par an environ (il est à noter que la population des Dom-Tom croît à un rythme encore plus élevé que la population de métropole).

Dans ce contexte, le renouvellement de la population a jusqu’à présent été assuré. On sait que, pour que le remplacement des générations puisse s’effectuer, il faut que le nombre d’enfants par femme (mesuré par l’indicateur conjoncturel de fécondité, ou ICF) soit au moins égal à 2,1 : un indicateur durablement inférieur à cette valeur se traduira au bout d’un moment par une stagnation puis par une baisse de la population.  Il se trouve que l’ICF est en France nettement plus élevé (presque 2) que dans la plupart des pays d’Europe de l’ouest (seulement 1,3).

Il reste que ces bons résultats démographiques sont dus dans une large mesure à l’immigration. 160 000 immigrés non européens supplémentaires s’installent en effet légalement chaque année en France métropolitaine (sans compter les entrées de clandestins). D’autre part 250 000 enfants dont l’un des deux parents au moins est immigré ou originaire de l’immigration y naissent chaque année. Sans ces apports migratoires il est probable que la population française stagnerait ou diminuerait (ce qui est le cas en Allemagne par exemple).

De même, si l’on ne tenait pas compte des naissances issues en France de l’immigration, on constaterait très probablement que les Français de souche française et européenne ont une fécondité basse, semblable à ce qu’elle est dans les autres pays européens de l’ouest.

L’immigration est-elle pour autant une bonne solution pour soutenir la démographie européenne ? Ce n’est pas notre avis : l’augmentation continue de la population n’est pas en effet un objectif enviable.

 

  • Après avoir fortement augmenté, il n’y aurait rien de négatif à ce que la population française stagne désormais, voire qu’elle diminue

L’arrêt de l’immigration et le départ d’une partie des immigrés actuellement présents – qui nous paraissent tous deux souhaitables – se traduiraient probablement, du moins dans un premier temps, par une baisse de la fécondité et une stagnation voire un recul de la population. Nous considérons pour notre part que ce ne serait pas là un phénomène négatif.

Nous n’apercevons pas nettement, tout d’abord, les avantages censés résulter d’une augmentation constante de la population dans des pays comme le nôtre (sachant que l’Europe occidentale est d’ores et déjà – et de très loin – la zone la plus densément peuplée de la planète).

Notons ainsi que la très forte croissance démographique enregistrée par la France ne s’est pas traduite par une amélioration de la situation économique de la plupart des ménages. Certes le PIB (ou revenu national) n’a cessé d’augmenter ces dernières décennies : en revanche le PIB par habitant, lui, stagne depuis plus de 15 ans. Il a même baissé ces quatre dernières années. La raison principale du phénomène est simple : l’augmentation de la population vient annuler  pour les ménages l’effet de l’augmentation du revenu total.

Nous pensons pour notre part au contraire que la forte augmentation de la population a de nombreuses conséquences dommageables : dégradation de l’environnement ; hausse des prix de l’immobilier ; accroissement des temps de transports ; augmentation de l’insécurité dans des agglomérations en croissance constante…. Il nous semble que si la population était amenée à diminuer et revenait à un niveau compris entre 55 et 60 millions de personnes, la situation serait globalement meilleure du point de vue de la qualité de vie.

 

  • La poursuite de l’immigration suscite chez les Français et les européens de souche une inquiétude qui inhibe probablement leur fécondité

Le comportement démographique reflète très généralement l’état d’esprit, le « moral » de la population et sa confiance dans l’avenir. Par exemple le « baby boom » a commencé dès 1943, lorsqu’il est apparu que les alliés allaient probablement l’emporter ; et il s’est interrompu au moment précis où, à partir de 1974, le chômage commençait à croître de façon massive.

Il nous paraît extrêmement probable que la démographie actuelle des peuples européens est le reflet de leur perception négative de leur avenir à moyen terme et de l’inquiétude qu’ils éprouvent face à l’accumulation des risques planétaires et régionaux : immigration ; mondialisation et concurrence de futures superpuissances prédatrices comme la Chine ; dégradation de l’environnement naturel…

L’immigration en particulier et les nombreuses conséquences négatives qu’elle entraîne sont probablement perçues comme des facteurs de risque majeurs et un élément clé de perte de confiance dans l’avenir. Il nous paraît ainsi probable que la poursuite de l’immigration contribue à décourager et à inhiber la fécondité des Français de souche (il en est de même dans les autres pays européens de l’ouest) : à l’inverse un arrêt de l’immigration serait probablement profitable.

 

  • Si elle veut conserver son identité, la population européenne doit compter sur elle-même pour soutenir sa démographie

C’est en elle-même qu’une population doit trouver des solutions aux enjeux démographiques auxquels elle peut être confrontée : si elle est conduite à faire appel massivement à des éléments allogènes, cette population court le risque de disparaître.

La clé du problème démographique nous paraît être la suivante : les valeurs promues ces dernières décennies (individualisme, matérialisme, contestation de l’institution familiale, promotion de l’homosexualité et des alternatives à la famille traditionnelle…) ont joué un rôle négatif du point de vue de la démographie.

Ce sont bien les valeurs collectives mises en avant et la priorité donnée à la cellule familiale qui constituent les voies principales du soutien démographique.

 

Sources : INSEE-TES (2008) pour les données démographiques.www.insee.fr/fr/ffc/figure/CMPTEF08145.xls, pour l’évolution du PIB pc.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 21/09/09

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