« L’immigration est nécessaire pour pourvoir les emplois dont les Français ne veulent pas »

Chronique de Paysan Savoyard

(n°27 – octobre 2009)

 

Nous poursuivons notre examen de l’argumentaire immigrationniste. Selon les partisans de l’immigration, l’immigration de travail serait nécessaire pour pourvoir les emplois que les Français rejettent. Pour notre part, au contraire, l’immigration de travail, qui constitue aujourd’hui une réalité massive, nous paraît à plusieurs égards catastrophique.

  • Rejetés par les Français, des centaines de milliers d’emplois sont occupés par des immigrés

Des centaines de milliers d’emplois sont aujourd’hui occupés en France par des personnes originaires d’un pays étranger, le plus souvent du tiers-monde. L’immigration de travail est pourtant officiellement interrompue depuis 1974. Le président Sarkozy a certes annoncé sa volonté de relancer ce type d’immigration, dans le cadre d’une politique d’immigration « choisie » : cependant les entrées d’immigrés dans le cadre de l’immigration de travail restent encore réduits, si l’on se fonde sur les données officielles (selon le rapport d’information du Sénat n° 414 du 25 juin 2008, seuls 7 % des titres de séjour délivrés en 2006 l’ont été pour motif économique, soit 13 000 titres seulement).

En réalité l’immigration de travail est massive et les entrées légales ne reflètent qu’une faible partie de la réalité. L’immigration de travail est, en effet, pour une part importante clandestine. D’autre part, la plupart des immigrés entrés légalement au titre du regroupement familial recherchent rapidement un emploi une fois muni de leur titre de séjour.

Le phénomène de l’immigration de travail concerne avant tout les emplois manuels et d’exécution, qui sont peu ou pas qualifiés. La majorité de ces emplois, du moins dans les agglomérations importantes, sont occupés par des immigrés (qui sont pour la plupart nés à l’étranger et, pour certains, en situation irrégulière) : bâtiment, restauration, grande distribution, transport, manutention, surveillance des magasins, nettoiement, emplois hospitaliers d’aides-soignants, soin des personnes âgées et handicapées…

Certains emplois qualifiés sont occupés également par des personnes nées à l’étranger. C’est ainsi que de nombreux emplois d’enseignants de mathématiques et de physique dans l’enseignement secondaire et dans les premiers cycles de l’enseignement supérieur sont détenus par des personnes nées dans des pays du tiers-monde (Maghreb en particulier). De même un quart des postes de médecins hospitaliers, soit 8 000 postes, sont occupés par des médecins à diplôme étranger, venus le plus souvent de pays du tiers-monde.

Une des raisons principales qui conduit les employeurs à faire appel à de la main d’œuvre étrangère est que les Français refusent, de façon massive, d’occuper ces emplois, qu’ils jugent insuffisamment rémunérés et valorisés. Il faut noter au demeurant que parmi les Français qui rejettent les emplois non qualifiés, un bon nombre sont eux-mêmes issus de l’immigration (certaines de ces personnes d’origine immigrée affirment être en droit d’accéder à des situations marquant un progrès par rapport aux positions sociales qui ont été celles de leurs parents).

Les pouvoirs publics ont mis en place ces quarante dernières années de nombreux dispositifs qui permettent en pratique à des personnes non qualifiées de bouder les emplois disponibles et de bénéficier tout de même d’un revenu : RMI, mécanismes de traitement social du chômage de longue durée, créations massives d’emplois publics non qualifiés type emplois-jeunes, notamment dans les ministères sociaux et dans les collectivités locales. Ces dispositifs ont eu pour effet d’encourager le phénomène de rejet de l’emploi.

Cette attitude de refus d’emploi vaut aussi pour les emplois qualifiés évoqués plus haut. C’est ainsi que les emplois d’enseignant sont déprisés par les titulaires de diplômes scientifiques, qui privilégient les positions mieux rémunérées offertes par le secteur privé. De même les médecins français refusent d’occuper les postes disponibles dans certains services hospitaliers et dans certaines spécialités, postes jugés trop contraignants et insuffisamment rémunérateurs (signalons que la vacance d’un quart des postes de médecins hospitaliers ne résulte pas d’une pénurie de médecins : la France dispose au contraire d’un nombre de médecins par habitant supérieur à ce qui se rencontre dans la plupart des pays européens. Pour notre part, nous considérons qu’il serait souhaitable d’imposer aux médecins français d’occuper ces emplois vacants, en contrepartie du conventionnement que la sécurité sociale leur accorde et des études gratuites dont ils ont bénéficié).

Cette situation de rejet des emplois manuels et d’exécution justifie-t-elle la poursuite de l’immigration de travail ? Nous affirmons que non, et ce pour trois raisons.

 

  • L’immigration de travail dégrade les conditions d’emploi

L’immigration de travail est une mauvaise chose, en premier lieu, parce qu’elle tend à dégrader les niveaux de salaires et les conditions d’emploi. Il s’avère en effet que les immigrés sont prêts le plus souvent à accepter des conditions d’emploi inférieures aux standards français, et ce en vertu du phénomène suivant. Une partie importante des salaires perçus en France sont renvoyés dans le pays d’origine, de nombreux immigrés limitant leurs dépenses sur place, grâce en particulier à la vie en foyer ou en logement social (le transfert de salaires dans le pays d’origine est d’ailleurs la principale raison pour laquelle les personnes concernées ont choisi l’immigration). Le coût de la vie dans les pays d’origine étant très inférieur à ce qu’il est en France, ces salaires transférés, une fois convertis en monnaie locale, correspondent à un pouvoir d’achat bien supérieur à ce qu’il serait dans l’Hexagone et permettent de faire vivre plusieurs familles. Des salaires et des conditions d’emplois détériorés par rapport aux standards français sont donc considérés comme tout de même avantageux par les immigrés occupant un emploi en France.

Lorsque les immigrés sont en situation irrégulière, les employeurs se trouvent en position de force pour imposer des conditions d’emploi encore plus dégradés.

Cette situation est évidemment grandement profitable aux employeurs (on comprend à ce propos que les employeurs et leurs organisations soient tout à fait favorables à l’immigration). Elle crée un cercle vicieux puisque la dégradation des conditions d’emploi qui résulte de l’embauche d’immigrés renforce encore le rejet que ces emplois suscitent dans la population française.

S’agissant cette fois des emplois qualifiés (médecins, enseignants…), notons que l’emploi d’étrangers peut avoir des conséquences négatives pour la qualité du service. C’est ainsi qu’un certain nombre d’enseignants étrangers parlent mal le Français. C’est ainsi également que la qualification et la qualité professionnelle des médecins à diplôme étranger ne font pas l’objet d’un contrôle (ces médecins ne sont pas tenus de passer un diplôme français, ce qui permet au passage à l’employeur public de les payer moins que leurs homologues Français).

 

  • L’immigration de travail nuit au développement des pays du tiers-monde

L’immigration de travail est contestable également parce qu’elle nuit au développement des pays d’émigration. Les transferts de salaires des immigrés, qui constituent une ressource majeure pour les pays d’émigration, ont ainsi pour effet de déresponsabiliser les populations locales et les dispensent de prendre en main sur place leur développement.

Pour ce qui est des emplois qualifiés, la « fuite des cerveaux » est évidemment dommageable pour les pays d’émigration. A titre d’exemple citons le cas de Madagascar, où les médecins malgaches sont plus nombreux à exercer en France que sur place (Nous reviendrons plus en détail sur cette question du lien entre immigration et développement dans un futur article).

 

  • Le rejet de l’emploi manuel et l’immigration de travail qui en résulte minent les cadres de l’organisation sociale

L’effet le plus négatif de l’immigration de travail est le suivant : le refus d’emploi, dont elle est le corollaire, déstructure notre société en profondeur.

Les différents mécanismes permettant d’échapper à l’emploi (RMI, études supérieures « bidons », emplois publics « bidons ») contribuent tout d’abord à dégrader les finances publiques (ils ont joué un rôle important dans le creusement de la dette). La situation mauvaise des finances publiques risque d’avoir cette conséquence : les pouvoirs publics, qui n’oseront pas, par lâcheté, revenir sur le « traitement social », seront plutôt tentés de rogner subrepticement la protection sociale et les services publics dont bénéficient les personnes qui, elles, travaillent.

Conséquence plus grave encore, les pouvoirs publics ont laissé s’installer une situation d’assistanat : l’on peut ainsi désormais vivre et bénéficier d’un revenu, d’une protection sociale et d’un logement social, sans travailler ou sans occuper un véritable emploi. L’équilibre nécessaire entre droits et devoirs a été rompu et une partie de la société vit grâce à l’assistance de ceux qui travaillent : des éléments majeurs de l’organisation sociale sont ainsi déstabilisés.

La situation est d’autant plus absurde que les emplois rejetés sont parmi les plus utiles. Le discours des pouvoirs publics et des leaders d’opinion à l’égard des emplois manuels et d’exécution devrait donc impérativement changer. Une organisation sociale n’est durable que si ses membres acceptent d’occuper les emplois qui existent. Tout le monde n’a pas vocation à occuper un emploi dans la communication, la télévision ou le cinéma. De même tout le monde n’a pas vocation à occuper un emploi bien payé et assorti d’un costume-cravate. Il serait certes souhaitable que les emplois manuels et d’exécution soient revalorisés (cela passe notamment par l’arrêt de l’immigration et par l’arrêt des délocalisations) : mais, mieux rémunérés ou non, il est indispensable que ces emplois soient occupés. Un point essentiel doit être souligné : même non qualifiés, ces emplois peuvent être une source de fierté. Fierté d’occuper un emploi utile, au service de la collectivité. Fierté d’être autonome et de ne pas être une charge pour les autres.

Une société qui accepte que de nombreux emplois soient rejetés au motif qu’ils sont peu gratifiants ou peu rémunérateurs est une société de complaisance, d’avachissement et d’aveuglement. C’est une société décadente et suicidaire.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 17/10/09

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