Guerre idéologique : Travaux pratiques

Chronique de Paysan Savoyard

(n°33 – décembre 2009)

 

Il nous a paru intéressant de lire attentivement l’interview de M. Badie parue dans Le Monde (version internet) du 23/12/2009. Le « chat » de M. Badie, qui est l’un des experts le plus souvent sollicités par le journal, est digne d’attention parce qu’il expose de façon complète les principaux éléments du discours immigrationniste et universaliste. Il est intéressant également parce que la thèse d’ensemble qu’il défend est point par point presque exactement contraire aux analyses et aux convictions qui sont celles de la plupart des lecteurs de F. Desouche :

L’universalisme doit être notre horizon. Selon M. Badie, il faut souhaiter le dépassement des frontières, la mondialisation ainsi que la production de « normes universelles » : la « mondialité », « source d’innovations » doit conduire à « reconstruire l’identité sur un mode moins territorialisé qu’il ne l’était à l’époque de l’invention des Etats-nations ».

La nation ? : une volonté de partager des valeurs communes (lesquelles valeurs sont au demeurant évolutives). « L’identité nationale est une reconstruction permanente, au quotidien, et renvoie à des principes fondamentaux qui ne cessent d’évoluer et de se transformer ».  Selon M. Badie, cette vision de la nation suppose nécessairement le droit du sol ; le droit du sang, lui, « n’a conduit qu’à l’échec et à la violence ».

L’avenir est au multiculturalisme et au métissage. « Le multiculturalisme est acquis partout ». « Avec la mondialisation, le métissage culturel est devenu une banalité ». M. Badie rejette dès lors l’objectif d’assimilation : le multiculturalisme doit permettre aux immigrés de conserver leurs différences. « Intégration et adaptation, et non assimilation et alignement ».

La grille de lecture des évènements intérieurs et géopolitiques doit être avant tout sociale. Pour M. Badie, alors qu’elles sont présentées comme identitaires ou religieuses, les tensions qui peuvent naître, au sein des sociétés et entre les différents pays, sont en réalité sociales et opposent riches et pauvres : « l’humiliation, la frustration, le ressentiment » font naître « des radicalismes identitaires au sein des populations pauvres et démunies ». Dès lors, « la question identitaire (si question il y a) doit recevoir d’abord un traitement social »

Les immigrés sont les victimes d’une mauvaise intégration. C’est la mise à l’écart dont ils sont victimes qui peut les conduire à réagir par une crispation communautaire. « Ce n’est pas la migration qui menace l’identité nationale, mais bel et bien le défaut d’insertion des migrants dans la communauté nationale : disparité des revenus et des conditions de vie, phénomènes de précarité, isolement… ».

L’islam est injustement attaqué et stigmatisé : « L’islam stigmatisé au quotidien : un jour on dénonce les minarets, un autre jour la burqa, puis le verlan et la casquette à l’envers qu’on assimile à une catégorie de la population française définie en termes religieux ».

Les Français qui ne partagent pas les conceptions universalistes et immigrationnistes sont des malades et des peureux. Ils se replient sur des conceptions identitaires parce qu’ils « perdent leurs repères », « se sentent menacés », sont confrontés « aux angoisses » de l’incertitude : c’est l’expression d’une « pathologie ».

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Relevons d’abord que les thèses dont M. Badie se fait l’écho paraissent présenter certaines contradictions :

Si l’appartenance à la nation découle automatiquement du lieu de naissance en vertu du « droit du sol », comme le souhaite M. Badie, comment la nation peut-elle en même temps résulter de la volonté de ses membres de partager des valeurs communes ?

Si le multiculturalisme est désirable, parce que les différences sont source de richesse, comment peut-on souhaiter simultanément le métissage, qui aboutit à l’homogénéisation, exact inverse de la différence ?

Si la nation résulte d’une adhésion à des valeurs fondamentales, comment peut-on admettre qu’« à la faveur du contexte », comme le soutient M. Badie, ces valeurs soient en évolution permanente ?

Mais laissons de côtés ces détails et venons-en à l’essentiel. Nos analyses, cela va sans dire, sont exactement contraires à celles de cet expert :

– S’il s’agit de définir un principe général d’organisation de la planète, l’universalisme nous paraît devoir relever durablement, et sans doute définitivement, du registre de l’utopie. Il nous semble que les groupements politiques pertinents doivent être plus réduits et respecter les communautés naturelles : il ne peut s’agir que de nations ou de groupement de nations (Ainsi, il serait sans doute souhaitable que, tout en tournant le dos à l’Union européenne des marchands, l’Europe s’unisse à bref délai afin de constituer une entité politique).

– La nation est certes une communauté de valeurs, et elle l’est par définition puisqu’elle correspond à une culture. Mais elle est avant tout une réalité « charnelle », qui ne se choisit pas mais s’impose : un territoire ; une culture ; des coutumes, une tradition religieuse…

– Seules les nations homogènes (sur le plan culturel, ethnique…) peuvent espérer connaître une paix civile durable. Les sociétés hétérogènes, au contraire, donnent lieu nécessairement à des conflits civils et suscitent des tentatives d’élimination des groupes les plus faibles.

– Les oppositions et conflits de nature sociale existent bien entendu. A cet égard, pour ce qui nous concerne, nous condamnons les politiques de libéralisme et de mondialisation, qui creusent les inégalités et fragilisent le groupe central de la société (salariés ; artisans ; petits paysans…). Il n’en reste pas moins que les conflits les plus profonds et les plus graves sont avant tout culturels, religieux, raciaux : ce sont des conflits identitaires.

– Considérer les immigrés comme des victimes nous paraît relever d’une illusion, bien intentionnée mais tragique. Tout au contraire les immigrés non européens auxquels nous sommes confrontés depuis cinquante ans se comportent en prédateurs et ont désormais bien conscience de participer à une entreprise séculaire de conquête. Si l’immigration n’est pas d’urgence interrompue et si une partie des immigrés présents ne sont pas reconduits, nous allons devenir minoritaires dans notre propre pays et notre civilisation va disparaître.

– De même l’islam fait l’objet, de notre part, d’une tolérance coupable. De la part de ses adeptes, en effet, l’adhésion à l’islam est autant politique que religieuse : c’est la religion de la conquête (il reste que le cœur du problème n’est pas l’islam mais bien le nombre des immigrés).

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Nous sommes accusés par les immigrationnistes, représentés ici par M. Badie, d’être atteints d’une pathologie mentale. C’est de bonne guerre. Pour notre part, nous considérons également que les tenants des thèses immigrationnistes sont atteints de différentes anomalies graves : la préférence maladive pour l’autre, la haine de soi, l’aveuglement volontaire, la fascination pour le suicide…

Mais il faut, sur ce point, apporter une nuance. En réalité, le plus souvent, les immigrationnistes ne sont pas si malades que cela et n’ont pas abdiqué toute lucidité. C’est ainsi qu’ils s’arrangent pour vivre dans les endroits protégés de l’immigration, du métissage et du multiculturalisme. Le plus souvent donc ce n’est pas tant la pathologie qui caractérise ceux qui souhaitent, facilitent et organisent l’immigration, mais plutôt une insondable hypocrisie.

Et d’ailleurs, où habitez-vous Monsieur Badie ?

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