35 ans de difficultés économiques et sociales… qui n’auraient pas dû avoir lieu

Chronique de Paysan Savoyard

(n°39 – avril 2010)

 

Posons cette question simple : dans quelle situation, du point de vue économique et social, la majorité de la population française se trouve-t-elle et comment cette situation a-t-elle évolué ces dernières années ?

  • Une processus de dégradation continue s’est manifestement engagé

On peut répondre rapidement de la façon suivante : la condition de la grande majorité de la population française s’est fortement améliorée au cours des « trente glorieuses. » Puis, à partir du milieu des années 70 (période au cours de la laquelle se produit une crise économique brutale), la position d’une partie significative de la population a cessé de se bonifier et a même commencé à se dégrader : le chômage massif s’installe ; le partage de la valeur ajoutée devient moins favorable aux salaires ; l’imposition se concentre sur la classe moyenne ; les premiers durcissements du système de protection sociale interviennent.

Ce processus de dégradation est jusqu’à présent resté limité. La catégorie la plus nombreuse, celle des salariés, a pu même bénéficier, encore récemment, de différentes améliorations : 5e semaine (1982) ; retraite à 60 ans (1982) ; 35 heures (2000), cette dernière mesure ayant constitué une réforme très favorable pour une partie des salariés, notamment les fonctionnaires et les cadres. Un durcissement du régime de retraite est intervenu (en 1993 pour le secteur privé, en 2003 pour la fonction publique) mais il est jusqu’ici resté modéré. Quant au chômage, il est certes demeuré massif, mais son impact a été amorti par les nombreux dispositifs de « traitement social. »

Cependant le sentiment dominant au sein de la société française est que la période favorable inaugurée dans les années 50 à désormais définitivement pris fin ; que la situation va maintenant se dégrader de façon continue et sérieuse ; et que la position des jeunes générations devrait être significativement moins bonne que celle qu’ont pu connaître les classes d’âge précédentes.

De façon plus précise, les Français pensent, probablement dans leur majorité, que le chômage massif va persister durablement ; que le niveau des retraites va se dégrader, tandis que la durée de cotisation nécessaire pour percevoir une pension va augmenter ; que le niveau de la protection sociale va se réduire et que notamment les dépenses de santé seront moins remboursées ; que les impôts et cotisations ne cesseront de croître ; que le niveau moyen des salaires augmentera peu et moins peut-être que le coût de la vie.

Si cette hypothèse de dégradation continue se vérifie (ce qui nous paraît à nous aussi probable), il ne s’agira pas là – et c’est ce point que nous voulons souligner – d’un phénomène normal. Il n’est pas normal que la situation de la majorité de la population française soit appelée à se dégrader. Expliquons-nous.

 

  • Une dégradation qui n’aurait pas dû se produire

Notons d’abord que le phénomène de dégradation qui s’est engagé depuis la fin des « trente glorieuses » est durable et structurel. Le chômage massif, qui en constitue la manifestation la plus évidente, date de plus de trente ans maintenant : nous ne sommes donc pas en présence d’une crise conjoncturelle (sachant que les crises conjoncturelles, qui sont liées aux cycles économiques sont, elles, normales et inévitables).

Une crise économique structurelle peut résulter de déséquilibres ou de faiblesses internes. Or tel n’est pas le cas s’agissant de la société française (et des autres sociétés ouest-européennes). Au contraire les facteurs favorables sont nombreux et devraient permettre, en toute logique, la poursuite de l’amélioration de la condition de la population et la consolidation de la prospérité : la population croît et se renouvelle ; son niveau de formation est conforme aux standards des pays développés ; le progrès technique est continu ; les investissements parviennent aisément à être financés ; la productivité du travail est élevée ; le pays s’approvisionne en matières premières dans des conditions qui ne sont pas fortement différentes de celles des trente glorieuses ; même si elle a été divisée par deux par rapport à son rythme des trente glorieuses, la croissance atteint tout de même depuis le milieu des années 70, en moyenne et en volume, 2,3 % par an, ce qui correspond sur la période à un quasi doublement du revenu national annuel (ou PIB). Enfin le pays connaît une parfaite stabilité politique depuis cinquante ans ; et la paix depuis six décennies.

En dépit de l’abondance de ces facteurs fortement favorables, la situation de la majorité de la population, comme nous l’avons dit plus haut, ne s’améliore plus, a commencé à se détériorer pour une partie d’entre elle, et semble devoir se dégrader nettement à l’avenir. Quelle est donc la cause de cette évolution négative anormale et mystérieuse, qui ne devrait pas se produire et qui se produit quand même ?

 

  • La dégradation a été provoquée sciemment par la classe dirigeante

Si la situation, qui ne devrait pas se dégrader, se dégrade tout de même, c’est à notre avis, et c’est là que nous voulions en venir, en raison des décisions prises par la classe dirigeante du pays ces dernières décennies, et en particulier de trois d’entre elles : la libéralisation de l’économie ; sa mondialisation ; et l’organisation d’une immigration massive.

Ces décisions stratégiques, prises en particulier depuis les années 80, sont selon-nous néfastes pour l’avenir à moyen et long terme du pays et mauvaises pour la majorité de la population. Nous pensons que, ce faisant, l’élite dirigeante a commis des fautes d’une gravité spéciale ; qu’elle les a commises en toute conscience ; et que ces fautes dès lors s’apparentent à des formes de trahison.

Encore faut-il préciser que ces orientations fixées par l’oligarchie l’ont été avec le consentement tacite de la majorité de la population ; soit parce que celle-ci les considérait comme inéluctables ; soit parce qu’elle pensait que ces décisions lui procuraient suffisamment d’avantages pour qu’il vaille la peine d’en supporter les inconvénients.

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Résumons : la dégradation de la situation de la majorité de la population, qui va probablement se poursuivre et s’accentuer, résulte de décisions stratégiques arrêtées par l’élite dirigeante à partir des années 80. Mais c’est bien avec l’assentiment de la population que ces orientations catastrophiques – libéralisation, mondialisation, immigration – ont été retenues.

Nous allons nous efforcer d’illustrer ces différents points dans une série de tribunes consacrées aux politiques économiques et sociales suivies depuis le milieu du 20e siècle.

 

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