Le politiquement correct au quotidien

Chronique de Paysan Savoyard

(n°52 – décembre 2010)

 

Dans le métro parisien, il n’est pas rare que différentes personnes se promènent dans les tunnels. Leur présence conduit la RATP à interrompre le trafic, causant ainsi de nombreux retards. Les écrans d’information nous apprennent que ces retards sont dus à la «présence de voyageurs sur les voies ».

Un huron en visite dans la capitale ne manquerait pas de marquer sa surprise. Quels sont ces voyageurs étranges qui, délaissant le légendaire confort des rames, préfèrent emprunter les tunnels ? S’agit-il de personnes psychologiquement fragiles qu’une agoraphobie sévère contraint à se déplacer dans des lieux confinés et déserts ? De poinçonneurs à la retraite, à qui quarante années de clair-obscur ont rendu insupportable la franche lumière du jour ? De sportifs confirmés, convaincus de longtemps que la marche à pied est en toute circonstance meilleure pour la santé ?

Renseignons le provincial, que les mœurs métropolitaines interloquent, sur les motivations de ces voyageurs d’un genre particulier.

On peut se trouver sur les voies du métro pour l’une des trois raisons suivantes : Pour y taguer les murs si l’on est un artiste des rues. Pour y satisfaire des besoins naturels si l’on est SDF. Pour y échapper à la police lorsqu’on vient de voler le portefeuille d’un touriste japonais.

La RATP n’ose pas écrire que les retards sont dus à la présence « d’individus » sur les voies, ce qui constituerait à l’évidence une formule plus exacte. En les traitant « d’individus », la RATP craindrait sans doute de les « stigmatiser » ; de donner l’impression qu’elle les condamne ; d’insinuer que ces comportements sont anormaux ; de laisser transparaître un jugement moral ; de donner à penser, horresco referens, qu’il pourrait exister une frontière entre ce qui est bien et ce qui est mal.

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Cela fait quarante ans qu’il est interdit d’interdire et les cadres de la RATP ont intériorisé la leçon. De même qu’en langage politiquement correct, les voyous sont devenus des « jeunes » et les délinquants de banlieues des « exclus », ceux qui se trouvent dans les tunnels du métro sont ni plus ni moins des « voyageurs ».

Il nous semble que la RATP se rend ici coupable d’une de ces petites lâchetés quotidiennes qui signalent une société à la dérive. Nous parlons ici de la société française, bien entendu, et pas de cette pauvre régie autonome, qui pour le reste n’en peut mais.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 11/12/10

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