La plupart des délinquants sont… en liberté

Chronique de Paysan Savoyard

(n°54 -janvier 2011)

 

Donnons une conclusion aux trois précédentes chroniques (n°41, 45 et 49) que nous avons consacrées aux différentes formes que prend le laxisme des pouvoirs publics vis à vis de la délinquance.

  • La grande majorité des délinquants sont en liberté

Revenons sur ce point, quitte à nous répéter. Le laxisme en vigueur débouche sur cet état de fait : la grande majorité des délinquants sont tout simplement… en liberté, et vaquent à leurs occupations.

Comme on l’a vu dans le cadre des articles précédents, la plupart des délinquants sont en liberté parce qu’ils se trouvent dans l’une des situations suivantes : Ils sont libres parce que le délit dont ils se sont rendus coupables n’a pas été déclaré aux services de police. Parce que le délit n’a pas été élucidé (c’est-à-dire que les coupables n’ont pas été identifiés par la police). Ils sont libres parce qu’ils n’ont pas été appréhendés. Parce que l’affaire a été classée par le juge. Parce qu’ils ont fait l’objet d’un simple rappel à la loi. Parce qu’ils ont bénéficié d’une peine alternative, comme les travaux d’intérêt général. Parce qu’ils ont été condamnés à une peine ou à une obligation de suivi mais que la désorganisation ou le manque de moyens empêchent de les faire exécuter. Parce que la peine de prison à laquelle ils ont été condamnés était avec sursis. Parce qu’ils ont fait appel de leur condamnation. Parce qu’ils ont été condamnés à de la prison ferme mais qu’ils n’ont pas été incarcérés à l’issue de l’audience en attendant l’éventuel aménagement de leur peine. Parce qu’ils bénéficient d’une mesure de libération conditionnelle. Ils sont libres encore parce qu’ils ont purgé la peine de prison à laquelle ils avaient été condamnés et qu’ils ne font l’objet d’aucun suivi ni contrôle (ce qui est le cas de la très grande majorité des condamnés comme indiqué ci-avant). Et surtout les délinquants sont libres parce que les séjours en prison sont dans la grande majorité des cas de durée limitée (un peu moins de 5 mois en moyenne, comme on l’a vu).

Insistons sur cette réalité dont le public n’a pas, encore une fois, nécessairement conscience : compte-tenu des différentes situations que nous venons de décrire, la très grande majorité des délinquants sont, dans les faits, parfaitement libres. Libres comme l’air. Livrés à eux-mêmes, et libres de recommencer. Et ils ne s’en privent pas.

Récapitulons, à l’aide de quelques chiffres significatifs, pour certains déjà mentionnés dans les précédents articles, afin d’illustrer cette situation. Il y a 3,5 millions de nouveaux crimes et délits constatés par an (en réalité il s’en commet trois fois plus, la majorité des victimes de délits, tels que des vols mineurs, ne se faisant pas connaître). En rapport avec ces 3,5 millions de crimes et délits constatés, 1 million de personnes par an sont « mises en cause par les services de police et de gendarmerie » (c’est-à-dire qu’elles sont identifiées et soupçonnées d’avoir commis un crime ou un délit). Les deux-tiers environ des crimes et délits, soit 2,5 millions, restent donc non élucidés (c’est à dire que le coupable n’est pas identifié ; notons cependant qu’une partie des crimes et délits non élucidés ont été commis par des récidivistes par ailleurs identifiés au titre d’actes élucidés). Parmi le million de personnes mises en cause, seules une partie d’entre elles feront l’objet de poursuites pénales et 376 000 seront finalement condamnées. Les condamnés à une peine de prison totalement ou partiellement ferme sont 120 000 par an environ. Parmi ces derniers, seuls 80 000 seront effectivement incarcérés. Enfin la durée de détention effective des 80 000 condamnés qui chaque année commencent un séjour en prison est en moyenne de 5 mois.

3,5 millions de crimes et délits constatés chaque année ; seulement 80 000 personnes incarcérées, pour un séjour de quelques mois…  Le rapprochement de ces deux chiffres illustre cette constatation toute simple : dans leur très grande majorité, les délinquants sont en liberté.

 

  • Face à la délinquance les pouvoirs publics ont choisi le laxisme

Deuxième élément de conclusion. Nous sommes, nous l’avons dit, en présence d’un grand laxisme : les délinquants bénéficient dans les faits d’une quasi impunité. Tant qu’ils n’ont pas été auteurs de crimes, ils enchaînent des séjours en prison de courte durée et reviennent, dans l’intervalle, dans leur cité, où ils reprennent la délinquance. La justice ne prendra des sanctions sévères (plusieurs années de prison) que bien plus tard, lorsque le délinquant sera devenu criminel et aura derrière lui un long passé de délinquance. Il se trouve qu’entre-temps ce délinquant sera devenu irrécupérable.

L’activité des pouvoirs publics est donc globalement impuissante, complaisante et inutile. Les sanctions et la prison telles qu’elles sont pratiquées actuellement ne servent à rien. Elles n’amendent pas les délinquants, qui sont déjà endurcis lorsque la justice se décide à les sanctionner. Elles ne protègent pas la société, le délinquant retournant à ses occupations après un bref séjour en prison (tandis qu’un de ses congénères y prend sa place, les délinquants, comme dans un jeu de chaises musicales, occupant ainsi les prisons à tour de rôle). Ces séjours en prison, le plus souvent brefs, ont même souvent un effet contre-productif : la prison est en effet un lieu privilégié où se constituent de nouveaux réseaux délinquants et où se développe la propagande islamiste.

 

  • Justice et police : entre impuissance et ambiguïté

Dernier élément de conclusion : on ne peut qu’avoir une vision ambiguë du rôle de la police et de la justice.

On peut plaindre les acteurs du dispositif policier et judiciaire, la permanence d’une très forte délinquance pouvant donner l’impression qu’ils s’épuisent dans un travail de Sisyphe. On peut aussi penser, plus méchamment, que la délinquance a, aux yeux de certains policiers et magistrats, le grand intérêt de justifier leur propre existence et de crédibiliser leurs revendications corporatistes (la situation leur permet accessoirement de « s’éclater » professionnellement en participant à une forme de grand jeu de cow-boys et indiens, toujours recommencé, toujours enrichi, toujours renouvelé).

De même le jugement que l’on peut avoir sur l’efficacité de ces services ne peut qu’être lui aussi mitigé. La police de voie publique évite que la société ne sombre dans l’anarchie ; la police judiciaire parvient à mettre à l’écart, au moins temporairement, une partie des criminels les plus dangereux et les plus fous. Mais l’activité des différents services voués au maintien de l’ordre paraît tout de même, pour une large part, vaine et s’exerçant en pure perte.

En un mot, police et justice ne font, au mieux, que contenir la délinquance. Elles sont incapables d’y mettre fin. Elles ne permettent même pas de la réduire.

Dans le même temps, comme on le sait, et nous y reviendrons le moment venu, police et justice sont utilisées pour pourchasser sans faiblesse les automobilistes moyens. Cette politique du « deux poids-deux mesures » rend le laxisme des pouvoirs publics en matière de délinquance d’autant plus anormal.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 13/01/11

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