Poursuite de l’immigration ou maintien de la protection sociale : il va bientôt falloir choisir

Chronique de Paysan Savoyard

(n°61 – avril 2011)

 

Malgré l’ampleur du chômage et l’énormité des dépenses collectives induites par l’immigration, la situation de la classe salariée ne s’est pas encore trop nettement dégradée. Cela pourrait rapidement changer.

La fin des Trente glorieuses a précédé de quelques années l’arrivée au pouvoir, aux Etats-Unis puis en Europe, de gouvernements menant des politiques économiques libérales et mondialistes. Ces politiques ont conduit, comme on le sait, à l’enrichissement de la classe dominante, à la baisse de l’imposition des plus riches, à un partage de la « valeur ajoutée » moins favorable aux salariés, à un chômage persistant de grande ampleur, à un creusement des écarts.

Dans le même temps l’immigration extra européenne, apparue au début des années 60, est rapidement devenue massive. Elle se poursuit au même rythme, générant des coûts sociaux considérables. Présentant le plus souvent une situation sociale défavorable (notamment parce qu’ils sont souvent sans emploi), les immigrés acquittent en effet des cotisations et des impôts faibles, tandis qu’ils bénéficient d’un effort considérable de la collectivité en leur faveur (en matière de logement, de santé, d’éducation, d’allocations et de prestations multiples).

Pour l’instant toutes ces évolutions n’ont pas entraîné d’effet décisif sur le niveau et le cadre de vie de la majorité de la population « de souche ». La situation des salariés (les salariés des entreprises et les fonctionnaires constituent, en comprenant les salariés chômeurs et retraités, le groupe central de la société française) a commencé à se dégrader. Mais le processus reste contenu : l’Etat continue à distribuer prestations et allocations massives (elles représentent près du tiers du revenu des ménages) ; les services publics (santé, éducation, sécurité sociale) structurent toujours la vie quotidienne ; le chômage malgré son ampleur est rendu supportable par les allocations. Rien de dramatique donc, finalement. La situation paraît maîtrisée.

Il est probable cependant que le système d’ensemble ne restera pas à ce niveau de stabilité pendant très longtemps : le risque qu’une dégradation nette se produise dans les prochaines années est désormais élevé. Pourquoi ?

Du fait du chômage, de la baisse de l’imposition des riches et de la faible croissance, les cotisations et les recettes fiscales stagnent. Dans le même temps le chômage massif et la poursuite de l’immigration ont conduit à l’augmentation des dépenses (allocations, logement social, embauche de fonctionnaires, dépenses de santé et d’éducation…). Comment l’Etat a-t-il pu continuer pendant trente ans à assurer le financement de ces dépenses croissantes alors que les recettes stagnaient ? La réponse est connue et elle est simple. L’Etat, constamment en déficit, a financé tout cela en s’endettant. La dette publique est passée de 5 % du PIB en 1980 à près de 80 % aujourd’hui.

Or il semble que ce système d’absorption des effets du chômage et de l’immigration par l’endettement soit en passe de se bloquer.

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Les évènements de ces derniers mois conduisent en effet à penser que les capacités d’endettement des Etats ne sont pas sans limite. Pour pouvoir s’endetter il faut que les taux d’intérêt ne soient pas trop élevés : on ne peut plus sinon assurer le service de la dette qu’en s’endettant encore davantage. Et surtout il faut que les prêteurs restent disposés à prêter : ils peuvent cesser de l’être s’ils viennent à craindre que l’Etat endetté, constatant son incapacité à assurer ses échéances, ne décide un beau jour de répudier sa dette ou de la réduire unilatéralement.

Cette limite est désormais atteinte pour certains pays de l’UE et il n’est pas exclu qu’il en soit de même prochainement pour la France (l’UE envisage de prendre le relai en s’endettant à son tour pour le compte des Etats membres : mais ce système de fuite en avant ne fera que repousser le problème de quelques années).

Lorsque l’Etat ne peut plus s’endetter davantage, il n’y a plus guère alors qu’une solution : réduire fortement les dépenses et augmenter énergiquement les impôts (on peut aussi envisager de répudier une partie de sa dette unilatéralement mais on ne trouve plus alors de prêteur et on est de ce fait également contraint de réduire les dépenses).

Or, dans le contexte du cycle libéral ouvert il y a trente ans maintenant, les impôts pèsent avant tout sur le groupe central de la société française. Les « exclus » (immigrés et assistés professionnels) ne sont pas solvables. Quant aux riches, ils bénéficient du dumping fiscal : les Etats ne peuvent augmenter leurs impôts sauf à les faire fuir vers des pays fiscalement plus accommodants.

C’est également sur la classe des salariés que l’on peut faire peser la baisse des dépenses de protection sociale (les « exclus » étant considérés comme trop « pauvres » pour apporter leur écot à l’effort général).

La dernière raison pour laquelle on sollicite surtout le groupe central est qu’il constitue la partie la plus nombreuse du corps social.

Des plans de rigueur vigoureux viennent ainsi d’être imposés aux salariés et aux fonctionnaires en Grèce, en Irlande, en Espagne, en Grande-Bretagne. A quand le tour de la France ? Probablement après 2012, que le gouvernement soit UMP ou PS.

S’il se confirme que l’Etat ne peut plus laisser croître son endettement comme il le fait depuis trente ans, il se produira alors nécessairement une dégradation très forte de la situation du groupe central.

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Le journal de l’oligarchie (Le Monde du 22 septembre 2010) a récemment vendu la mèche dans un éditorial de première page qui a été trop peu remarqué et dont cet extrait mérite d’être cité : « Il y a un lien entre immigration et Etat-providence. La première est là pour durer, elle va continuer ; elle n’est pas un phénomène passager, elle va marquer le siècle en Europe.

Contrôlée, l’immigration est nécessaire au maintien de l’Etat-providence dans nos sociétés vieillissantes. Mais elle suppose un immense effort d’insertion qui n’a pas été fait. Il a un coût. L’Etat-providence à l’européenne ne survivrait-il qu’en en faisant moins dans ses domaines traditionnels – santé, retraites – et plus dans sa nouvelle tâche : l’insertion des immigrés ? »

Notre point de vue est qu’il faut évidemment effectuer le choix inverse : arrêter l’immigration et conduire une partie des immigrés à regagner leur pays, afin que nous puissions continuer  à financer nos services publics, l’éducation, la protection sociale et les pensions de retraite de notre population.

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La classe des salariés, les études d’opinion le montrent, a bien conscience que la situation se dégrade et qu’elle va continuer à se dégrader. Une récente étude menée dans 57 pays a même montré que les Français étaient les plus pessimistes de la liste. Et pourtant, une grande partie des salariés continuent à voter pour l’UMPS. Sans doute parce qu’ils espèrent que la situation va rester sous contrôle. Sans doute aussi parce qu’ils estiment être en mesure à titre individuel de passer entre les gouttes.

Peut-être reverront-ils leur position s’ils constatent que la situation se dégrade beaucoup plus vite et beaucoup plus nettement que cela n’a été le cas jusqu’à présent. Une telle occurrence n’est pas à exclure. On peut même se demander si elle n’est pas à souhaiter.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 08/04/11

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