« L’argent de l’immigration aide à développer les pays d’origine »

Chronique de Paysan Savoyard

(n°77 – novembre 2011)

 

Parmi les arguments mis en avant par les partisans de l’immigration, il y a celui-ci, auquel les bonnes âmes sont spécialement sensibles : « l’argent envoyé par les immigrés dans leurs pays d’origine sert leur développement, lequel est une condition de l’arrêt futur de l’immigration ». Cette idée sympathique en apparence nous paraît tout à fait fausse : l’argent des immigrés, et de façon plus générale l’immigration elle-même, sont au contraire préjudiciables au développement des pays « pauvres ».

Le montant des transferts d’argent dans les pays d’origine est désormais considérable (l’augmentation de ces transferts découlant logiquement du fait que les volumes d’immigration ne cessent de croître à l’échelle planétaire).» Selon la Banque mondiale, les envois de fonds des migrants vers leur pays d’origine se sont élevés en 2010 à 325 milliards de dollars. Ces sommes constituent désormais le triple de l’aide publique au développement. Elles représentent  2 % du PIB pour l’ensemble des pays en développement, 6 % du PIB des « pays à faible revenu » et jusqu’à 20 % du PIB dans certains d’entre eux. Ces transferts sont pour les pays bénéficiaires la principale source de devises et la Banque mondiale considère qu’ils constituent « une ressource vitale pour les populations pauvres».

Les immigrationnistes et les organismes internationaux de développement affirment que ces sommes importantes sont consacrées au financement dans les pays d’origine d’investissements et d’activités favorables au développement : création d’entreprises locales, création d’infrastructures publiques ou communautaires, comme des écoles ou des centres de soins. Ce phénomène constitue à leurs yeux une justification importante de l’immigration. Or cette vision optimiste des choses ne correspond aucunement, selon-nous, à la réalité.

  • Les fonds transférés par les immigrés dans les pays d’origine ne sont pas consacrés au développement

Relevons tout d’abord que ces transferts de fonds, une fois convertis en monnaie locale, correspondent à un pouvoir d’achat très supérieur à ce qu’il est dans les pays d’immigration où les revenus ont été perçus : leur impact sur les sociétés locales est donc considérable.

Signalons également que le transfert par les immigrés d’une partie de leurs revenus constituent pour chacun d’eux une obligation sociale : ils ne peuvent s’y soustraire, leur village, leur quartier, leur clan ayant misé sur eux (en les aidant par exemple à réunir les fonds nécessaires pour immigrer).

Il faut remarquer ensuite que ces transferts, en Afrique du moins, ne bénéficient qu’aux familles, aux quartiers ou aux villages qui ont développé une stratégie d’émigration, en envoyant une partie des jeunes en Europe à charge pour eux de transférer sur place une part de leurs gains. Les villages, quartiers ou régions qui n’ont pas de tradition d’émigration ou ne savent pas profiter des filières d’immigration ne bénéficient nullement de ces transferts.

Mais si ces transferts n’ont rien de positif, c’est avant tout parce qu’ils ne sont pas investis, sauf exception, dans le développement local : ils sont très généralement consacrés au financement de la consommation courante (alimentation, télévisions, véhicules privés…).

L’effet nocif saute aux yeux des observateurs extérieurs ayant l’occasion de se déplacer dans les villages et quartiers bénéficiaires de ces transferts : personne ne travaille. La population restée sur place, déresponsabilisée par l’ampleur des transferts, a pris le parti d’en vivre.

L’immigration et les transferts de revenus encouragent les populations à penser que la solution des problèmes de l’Afrique se trouve à l’extérieur. Ces transferts ont le même effet funeste que les autres apports de fonds venus de l’étranger, tels ceux de l’aide internationale. Or les clés du développement se trouvent dans les pays eux-mêmes – il s’agit-là d’un truisme – et non dans le recours à des ressources dépendant intégralement de pays ou d’organismes extérieurs (qu’il s’agisse de l’immigration, de l’aide internationale, du tourisme international ou de l’exportation des produits de rente).

Les clés principales du développement des pays d’Afrique sont les suivantes : la priorité donnée à l’agriculture et au maintien des populations en milieu rural ; la construction d’un État un tant soit peu efficace, pas trop corrompu et suffisamment indépendant des logiques tribales et racistes ; l’arrêt des guerres racistes, ethniques et tribales ; et surtout le contrôle de la démographie (nous reviendrons le moment venu de façon plus détaillée sur ces questions de développement).

La démographie est le facteur majeur. Rappelons que la population africaine est passée de 800 millions à plus d’1milliard désormais, en seulement… 10 ans ; que le taux de croissance moyen de la population africaine, qui est de 2,2 %  par an, correspond à un doublement de la population tous les 31 ans ; que les 2 milliards devraient dans ces conditions être atteints dès 2040… Aucun processus de développement n’est concevable dans un tel contexte démographique, la croissance économique étant d’emblée annulée par l’augmentation de la population (de sorte que dans de nombreux pays africains, le revenu par habitant ne cesse de baisser malgré des taux de croissance de l’économie relativement élevés).Voir ces tableaux de l’INED.

 

  • Les immigrés ne retournent pas dans leur pays et ne contribuent donc pas à leur développement

La conception immigrationniste selon laquelle l’immigration est un facteur de développement repose sur un deuxième postulat : les immigrés, après une période passée en France ou en Europe, ont vocation à revenir dans leur pays, pour le développer et y faire fructifier les compétences acquises.

Là encore cette idée sympathique ne correspond pas à la réalité. Les immigrés reviennent au pays pour les vacances mais ne s’y réinstallent que de façon exceptionnelle. La chose est au demeurant logique, les pays d’origine, en Afrique en particulier, n’étant pas engagés dans un processus de développement et les difficultés ayant plutôt tendance à s’aggraver.

On sait par exemple que la fuite des cerveaux aboutit notamment à ce que les médecins africains exerçant en Europe sont plus nombreux que leurs confrères restés sur place (il y aurait ainsi semble-t-il deux fois plus de médecins malgaches exerçant en France qu’à Madagascar). Une fois installés dans les hôpitaux français ou dans les banlieues des grandes agglomérations, ces médecins étrangers y font évidemment toute leur carrière.

Témoigne de cette réalité le fait que les aides financières accordées par les pouvoirs publics pour encourager le retour des immigrés sont toujours restées un échec. Mises en œuvre dans les années 90, ces aides n’ont concerné, selon un rapport parlementaire, qu’environ 1 200 personnes par an.

A partir de 2005, le montant des aides a été fortement relevé pour les rendre plus incitatives. Ces aides au retour volontaire (ARV) comprennent la prise en charge des frais de voyage, une aide financière qui peut aller jusqu’à 2000 euros par adulte et 1000 euros par enfant mineur jusqu’au troisième enfant. Elles ont bénéficié à 2 900 personnes en 2009 et à 4 000 personnes en 2010.

Par ailleurs une aide à la création d’entreprise dans le pays d’origine peut être accordée, qui comprend notamment une aide financière pouvant aller jusqu’à 7 000 euros (voir le « guide du demandeur d’asile » (sic) édité par le ministère de l’intérieur. En 2010 1 383 projets de création d’entreprise ont donné lieu à une aide.

Comme on le constate, les résultats de ces dispositifs d’encouragement au retour restent très faibles en valeur absolue et sont dérisoires au regard du nombre des immigrés présents en France.

Profitons-en pour signaler cet autre élément du dispositif d’aide au retour, qui confine lui au délire.

Il existe en effet également une aide au retour humanitaire (ARH), qui peut être attribuée aux étrangers présents en France en situation de dénuement ou de grande précarité ou qui n’entrent pas dans le champ d’application de l’aide au retour volontaire décrite plus haut. Ces étrangers peuvent recevoir une prestation de 300 euros par adulte et de 100 euros par enfant mineur (les montants de cette aide ayant été relevés en 2007). Cette fois-ci le nombre des bénéficiaires est nettement plus élevé puisqu’elles ont été environ 12 000 en 2009 et encore 10 000 en 2010 (voir p. 53 du rapport parlementaire cité plus avant).

Or un parlementaire a relevé que les bénéficiaires de cette aide ont été en 2010 dans 94 % des cas… des ressortissants communautaires, qui peuvent ensuite revenir librement. Le parlementaire note sobrement dans son rapport que « étant donné leur statut et leur proximité géographique, cette aide ne favorise en rien le retour durable de ces populations dans leur pays d’origine ».

Signalons enfin l’existence d’une politique dite de co-développement. L’État français finance des projets de développement dans des pays avec lesquels il a passé des accords de « gestion concertée des flux migratoires ». (Voir cette publication du ministère de l’immigration). Censés inciter les populations à s’investir localement plutôt que d’immigrer, ces projets de développement peuvent sans doute être approuvés dans leur principe. Le problème est que leur impact peut difficilement être évalué autrement qu’à long terme. En attendant le contribuable français est appelé à financer (30 millions prévus en 2011 pour le programme budgétaire intitulé «développement solidaire et migration » ;  étant entendu que cette enveloppe ne constitue qu’un petit sous-ensemble de l’aide totale au développement (APD) consentie par la France, qui s’élève tout de même, nous sommes si riches, à 9 milliards d’euros par an.

 

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Concluons d’un mot, en revenant aux fonds transférés dans les pays d’origine. Cet argent ne sert pas, nous venons de le dire, le développement de ces pays : au contraire il y entretient la passivité et un comportement d’assistanat. A l’intention des immigrationnistes convaincus que l’immigration est une chance pour la France, faisons remarquer en outre que les fonds transférés par les immigrés ne viennent pas alimenter l’économie française.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 06/11/11

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