Mondialisation, délocalisations, immigration : les oligarques sont les responsables de la crise

Chronique de Paysan Savoyard

(n°79 – décembre 2011)

 

Les oligarques essaient de faire croire que leurs très mauvais résultats sont dus à la crise. Ils appellent l’opinion à soutenir les efforts qu’ils déploient pour protéger les Français. Double mensonge. Premièrement, les responsables directs de la crise sont précisément les oligarques. Deuxio : contrairement à ce qu’ils prétendent ils n’ont nullement pour objectif de servir l’intérêt général. Leur souci est de sauver les banques, épine dorsale du capitalisme financier mondialisé qu’ils ont mis en place ; de sauvegarder la mondialisation contre toute tentation protectionniste ; et de protéger leur Europe libre-échangiste contre les projets souverainistes.

Décrivons schématiquement la situation :

  • Les États européens sont fortement endettés. Certains d’entre eux, comme la Grèce, ne peuvent plus rembourser sans faire appel à l’aide des autres États. De grands États, comme l’Italie, éprouvent désormais à leur tour des difficultés pour refinancer leur dette et les mécanismes d’aide mis en place paraissent insuffisants.
  • Si plusieurs États endettés se révèlent dans les mois qui viennent incapables de rembourser leurs emprunts totalement ou partiellement, les banques qui ont consenti les prêts connaîtront d’importantes difficultés. Certaines seront mises en faillite, sauf à ce que les États qui en ont les moyens leur apportent une aide.
  • Les difficultés de remboursement de certains États risquent d’entraîner une réduction de l’activité économique déjà très faible : d’une part parce que ces États endettés doivent réduire leurs dépenses pour que les marchés et les autres États acceptent de continuer à leur prêter ; d’autre part parce que les difficultés des banques risquent de conduire celles-ci à réduire fortement leurs prêts à l’économie.
  • Un cercle vicieux risque de s’installer : les réductions des dépenses publiques et des prêts à l’économie contractant l’activité, les rentrées fiscales sont par là-même diminuées, ce qui fait que les déficits au lieu de se réduire se creusent. Nous en sommes là.
  • Pour tenter de sortir de cette situation délétère, on voit se dessiner deux scénarios principaux. Le premier conduit à un renforcement de l’UE afin de prendre en charge collectivement les pays en difficulté (accroissement de l’aide à ces pays via des mécanismes type FESF, financement des États par la BCE, émission d’euro-obligations, fédéralisation des politiques budgétaires…). Le second scénario est celui d’un éclatement de l’euro (voire de l’UE) suivi de dévaluations compétitives, selon un processus soit concerté soit sauvage.

Face à cette crise, les oligarques poursuivent un double objectif :

– Ils cherchent tout d’abord à se défausser, en présentant la crise comme un évènement fortuit, qui s’impose à eux et auquel ils doivent faire face, réclamant de leur opinion qu’elle serre les rangs autour des capitaines qui, dans la tempête, se battent pour préserver les intérêts des peuples ;

– Ils veulent ensuite utiliser la crise comme une occasion de prendre de nouvelles mesures qui iront dans le sens de leur intérêt (nous traiterons du premier point dans le présent article ; un second suivra pour évoquer l’autre aspect).

Cette attitude des oligarques est une nouvelle preuve de leur impudence et de leur cynisme sans bornes. Pour parvenir à ses fins l’oligarchie compte sur le fait que la crédulité et la passivité des peuples ne rencontrent elles-mêmes guère de limites (il semble ainsi que la cote de M. Sarkozy dans l’opinion soit en train de se redresser du fait même de la crise !).

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Les oligarques font comme si la crise constituait un phénomène inopiné, indépendant de leur volonté et pour lequel ils ne portent aucune responsabilité. Il s’agit là d’un complet subterfuge : la crise est au contraire une conséquence directe des politiques qu’ils conduisent depuis quatre décennies. Chacun de ses aspects – l’endettement des États, la domination exercée par les marchés financiers, les tensions au sein de la zone euro, la dégradation des comptes extérieurs de pays comme la France, la croissance faible et le chômage – est une résultante des politiques suivies. Nous le verrons en nous fondant plus spécialement sur le cas de la France.

  • L’endettement et les déficits publics

La dette publique de la France ne cesse d’augmenter. Elle était de 5 % du PIB en 1980, de 60 % avant la crise de 2008, elle atteint aujourd’hui 84 % et continue de croître. Cette augmentation est une conséquence mécanique du fait que depuis 40 ans, les finances publiques sont chaque année en déficit.

La situation de déficit permanent a elle-même une cause majeure : la France connaît une situation de chômage massif depuis quatre décennies. Celle-ci entraîne à la fois la hausse des dépenses (il faut indemniser les chômeurs) et une baisse des recettes (les chômeurs payant peu d’impôts et de cotisations). La situation de chômage massif résulte pour une grande part de la délocalisation des emplois industriels dans les pays à bas coûts. La délocalisation a elle été rendue possible par la prise de deux décisions au plan international auxquelles ont directement participé les dirigeants européens : l’abaissement continu des droits de douane (dans le cadre des négociations successives du GATT et de l’OMC) et la libération des mouvements de capitaux (voir la  directive de l’union européenne du 24 juin 1988, qui se traduit pas l’article 63 du traité sur le fonctionnement de l’UE).

L’endettement et les déficits résultent également de deux autres phénomènes importants, eux aussi directement liés à des décisions politiques :

– La réduction des impôts pesant sur les hauts revenus et sur les grandes entreprises tout d’abord. Cette réduction est elle-même liée à la libération des mouvements de capitaux, qui a entraîné le déclenchement d’un processus de dumping fiscal européen et mondial. Dans ces conditions, et malgré l’augmentation des prélèvements pesant sur les classes moyennes, le niveau global des prélèvements n’a pas augmenté alors que dans le même temps les dépenses publiques croissaient à un rythme soutenu.

– L’immigration est une autre source de la dette publique. Elle est en effet à l’origine de dépenses publiques considérables (allocations diverses, logement, santé, éducation, délinquance…) alors que les recettes qu’elle engendre sont faibles (les immigrés sont le plus souvent accompagnés de familles dont la charge pèse sur la collectivité ; beaucoup d’immigrés sont au chômage ; ceux qui travaillent cotisent peu parce qu’ils sont souvent clandestins ; enfin les immigrés transfèrent une partie de leurs revenus dans leur pays d’origine).

  • La domination des marchés financiers

La crise met en lumière la puissance des marchés, qui en menaçant de ne plus prêter ou en prêtant à des taux d’intérêts élevés, contraignent les États à appliquer des mesures de rigueur pour retrouver « la confiance des marchés ». Et les oligarques et leurs soutiens, journalistes et plumitifs de tout statut, de dénoncer « le diktat des marchés »… Or ce sont les oligarques eux-mêmes qui ont installé les marchés dans la position de domination qui est la leur aujourd’hui !

– Leur puissance résulte en effet tout d’abord de l’attitude des États qui, en se plaçant en situation d’endettement pour les raisons évoquées plus haut, ont dû faire appel au financement des marchés.

– Elle résulte ensuite des réformes qui ont conduit à interdire le financement du trésor public par la banque de France, contraignant l’État à se tourner vers les marchés pour se financer (cette décision a été prise dès 1973 en France (loi 73-7 du 3 janvier 1973) ; de même le traité sur le fonctionnement de l’union européenne, article 123,  interdit à la banque centrale européenne et aux banques centrales nationales de financer les États).

– La domination des marchés résulte également directement de décisions de libéralisation prises dans les années 80. La plus importante d’entre elles est, encore une fois, la libération des mouvements de capitaux internationaux, qui a rendu possible l’explosion des volumes de capitaux internationaux échangés tous les jours dans une optique de placement et de spéculation.

D’autres décisions très nombreuses ont été prises dans les mêmes années pour libéraliser le secteur financier (par exemple la désintermédiation financière et la création d’un marché monétaire ouvert ; la suppression de l’encadrement du crédit ; la suppression de la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires, la suppression de l’interdiction de rémunérer les comptes de dépôt, ou encore la suppression de l’interdiction de pratiquer à la fois, sur le marché financier, le métier d’opérateur et d’intermédiaire).

– Les déséquilibres commerciaux internationaux contribuent également à expliquer la financiarisation (puisqu’ils procurent aux pays exportateurs nets des avoirs considérables que ces pays cherchent ensuite à placer) : or ces déséquilibres sont pour une part une résultante des délocalisations (les pays ayant délocalisé devant désormais importer ce qu’ils ne produisent plus ; nous ne faisons ici qu’évoquer certaines causes de la financiarisation : il y en a d’autres).

  • Les tensions au sein de la zone euro

Elles résultent pour une grande part de la façon délibérément incomplète et déficiente dont a été conçue l’union monétaire.

L’Europe en effet n’a pas mis en place de coordination des politiques économiques et budgétaires. Certains pays comme l’Allemagne ont pu mener ainsi des politiques de « désinflation compétitive » pour augmenter leurs exportations au détriment des partenaires, lesquels, en situation de monnaie unique, ne peuvent plus recourir au moyen traditionnel de la dévaluation pour rétablir leurs comptes extérieurs. La perte de compétitivité relative des pays déficitaires augmente leur taux de chômage et partant les dépenses publiques et l’endettement.

L’appartenance à la zone euro a permis d’autre part à certains pays de s’endetter massivement à bas coût, l’absence de gouvernement économique européen les dispensant par ailleurs de mener des politiques budgétaires un tant soit peu rigoureuses et durables (cas de la Grèce). La France et l’Allemagne elles-mêmes n’ont pas respecté les « critères de stabilité » (notamment l’obligation de contenir les déficits publics), sans que les sanctions prévues aient été appliquées.

N’ayant pas prévu d’harmonisation fiscale, l’union européenne a permis le jeu du dumping fiscal, préjudiciable aux finances publiques.

Enfin le grand marché libéral qu’est l’union européenne s’est élargi à de nombreux pays à bas coûts, permettant l’organisation de délocalisations à l’intérieur même de l’Europe, au détriment de l’emploi et des finances publiques dans les pays à coûts « élevés ».

  • Les déficits commerciaux, la faible croissance et le chômage

Ces phénomènes sont là-encore des conséquences directes des décisions évoquées plus avant : la libération des mouvements de capitaux et la baisse des droits de douane ont permis les délocalisations et entraîné par là-même, notamment en France, désindustrialisation, déficits commerciaux, chômage massif et faible croissance (l’Allemagne a, elle, maintenu voire renforcé sa position, mais au détriment de ses partenaires).

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On le voit, les phénomènes qui aboutissent à la crise avec laquelle l’Europe est aux prises sont une résultante de décisions bien identifiées, adoptées délibérément ces quatre dernières décennies dans une perspective libérale, pour maximiser (avec succès) les profits de la classe dirigeante : baisse des droits de douane, libération des mouvements internationaux de capitaux, délocalisations, mesures de libéralisation de la sphère financière, interdiction du financement du trésor par la banque centrale, baisse de la fiscalité des hauts revenus et du patrimoine, dumping fiscal, élargissement de l’Europe, immigration.

En présentant la crise, pour se défausser, comme un phénomène extérieur, les oligarques cherchent à abuser grossièrement l’opinion (avec malheureusement les meilleures chances d’y parvenir).

Nous verrons dans un article suivant quels sont les objectifs de l’oligarchie face à la crise : sauver la mondialisation ; conserver « l’Europe du libre échange » ; se saisir de la crise comme d’une chance pour accentuer à leur profit les politiques de libéralisation.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 18/12/11

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