Pourquoi vit-on mieux en Scandinavie alors qu’il y fait plus froid ?

Chronique de Paysan Savoyard

(n°110 – octobre 2013)

 

On ne s’interroge pas assez sur le phénomène suivant. Les pays d’Europe du Nord (Norvège, Suède, Danemark, Finlande), et ce depuis des décennies, vont bien mieux que la France. Chômage bien plus faible, niveau de vie (PIB par habitant) bien plus élevé, croissance plus élevée, situation économique d’ensemble nettement meilleure (état des finances publiques, échanges extérieurs)

Pourquoi une telle différence ? Est-elle attribuable à la taille de ces pays, sensiblement moins peuplés que la France ? Non, sans doute. L’explication vaudrait pour le Luxembourg ou Monaco, pas pour les pays scandinaves, qui ont une taille suffisante pour être confrontés aux mêmes enjeux et aux mêmes contraintes que des pays plus importants. Leur situation favorable est-elle attribuable à des richesses dont ils bénéficient et dont la France est dépourvue ? Non là encore. La Norvège dispose certes de ressources hydrocarbures importantes mais ce n’est pas le cas des autres pays scandinaves.

Il y a selon nous trois raisons à cette spectaculaire différence de situation entre la France et les pays scandinaves.

 

  • La corruption de la classe dirigeante

La première tient à la plus ou moins bonne qualité de la classe dirigeante dans les pays concernés. En France la classe dirigeante et l’appareil politico administratif nous paraissent profondément corrompus. Au contraire dans les pays scandinaves ils semblent plus vertueux ou mieux contrôlés.

La corruption française prend des formes nombreuses :

La gabegie des collectivités locales est l’une des plus voyantes (empilement administratif ; dépenses électoralistes et inutiles ; marchés publics truqués ; recrutement clientéliste de fonctionnaires locaux trop nombreux…).

La symbiose entre la sphère politico administrative et la direction des grandes entreprises, qui pour certaines ont appartenu à l’État avant d’être privatisées, constitue une autre source de corruption. Les grandes entreprises qui vivent des marchés publics sont fréquemment dirigées par d’anciens fonctionnaires: cette situation est susceptible de biaiser la façon dont les marchés sont attribués.

De même le « pantouflage » des hauts fonctionnaires dans le privé leur permet de mettre le carnet d’adresse qu’ils ont constitué dans la fonction publique au service des intérêts de l’entreprise qui les embauchent (et dont souvent ils assuraient auparavant le contrôle ou la tutelle).

Autre aspect de la corruption à la française : le gâchis des « planques » dorées que se ménage l’oligarchie (un sénat pléthorique qui ne sert à rien ; des députés trop nombreux, cumulards et absents ; une multiplicité de « machins », hauts comités, commissions, hautes autorités, aussi clinquants que superflus…).

 

  • Le dévoiement des mécanismes de l’État providence

L’ampleur du non emploi est une autre grande source des problèmes du pays. Au moins un quart de la population d’âge actif est prise en charge par ceux qui travaillent : une partie des personnes qui vivent d’allocations ne travaillent pas ; les autres occupent des emplois « bidons » dans le cadre de la politique de traitement social du chômage.

Insistons sur le fait qu’il y a en France deux types de chômage : le vrai chômage des victimes de la désindustrialisation. Mais aussi le chômage volontaire des assistés par choix, alors que de nombreux emplois non qualifiés existent, du moins dans les grandes agglomérations.  De leur côté les pays d’Europe du Nord ont mis en place des systèmes de « flexisécurité, à la fois très protecteurs et plus exigeants : ils sont semble-t-il plus efficaces pour permettre la reprise d’emploi que le système d’allocations à la française.

Les syndicats sont un des aspects de la corruption française. Ils sont financés par la sécurité sociale (et par le patronat lui-même : affaire UIMM) en rétribution de leur participation au simulacre de dialogue social organisé par l’oligarchie.

De façon plus générale, les corporatismes salariés prospèrent sur le budget des grandes entreprises publiques (statut avantageux des personnels, comités d’entreprises dispendieux…)

Signalons aussi le rôle souvent malsain du secteur associatif para public (mutuelles ; associations faisant fonctionner des centres pour handicapés…). Toutes ces structures fonctionnent en bonne partie sur fonds publics et constituent souvent des fromages pour leurs dirigeants.

Ajoutons, dans le même ordre d’idées, que la France est lestée du boulet des Dom-Tom, qui constitue un gouffre pour les finances publiques (et l’un des canaux par lequel transitent les sommes qui alimentent la corruption de la classe dirigeante française).

 

  • L’invasion migratoire

Toutefois c’est l’immigration qui, sans aucun doute, constitue la cause principale des difficultés de la France.

Elle pèse sur les finances publiques (coût des aides sociales, du logement social, des structures de santé et d’éducation à mettre en place, coût liés à la délinquance attachée à l’immigration…).

Elle déstabilise les services publics (hôpital, école…).

Elle pèse aussi sur le climat général et exerce un effet psychologique de crainte devant l’avenir, défavorable à la performance et à l’investissement.

Les pays du Nord pendant longtemps ont été préservés de toute immigration non européenne : c’est là une partie de l’explication de leur prospérité.

**

Notons que ce décalage de prospérité Nord-Sud tendra probablement à se réduire. Ce ne sera malheureusement pas en raison d’une amélioration du contexte français : au contraire celui-ci ne devrait pas cesser de se dégrader. Le nivellement s’effectuera par le bas.

Les pays scandinaves sont en effet à leur tour confrontés à une immigration en forte augmentation. L’on peut dès lors parier que leur situation générale va elle aussi se dégrader dans les années qui viennent.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 27/10/13

Publicités