« Les analyses du Front national sont souvent justes, mais…

Chronique de Paysan Savoyard

(n°111 – novembre 2013)

 

La majorité des Français partagent peu ou prou un certain nombre des analyses du Front national et en particulier la principale : « Les immigrés sont trop nombreux : il faudrait donc arrêter d’urgence l’immigration, qu’elle soit légale ou clandestine ». Ces mêmes Français pourtant se refusent à voter pour ce parti. Ils préfèrent s’abstenir de voter ou continuent à apporter leur voix à l’UMP.

Il y a plusieurs explications à ce comportement paradoxal, qui bloque les perspectives d’une arrivée au pouvoir du FN et constitue une assurance vie pour les compères de l’UMP-PS : si les choses en restent là, les partenaires du conglomérat pourront continuer à gouverner à tour de rôle à la faveur des alternances factices, en conduisant en gros la même politique.

Il nous semble qu’il y a très précisément six raisons qui font que les électeurs pourtant globalement d’accord avec le FN se refusent à voter pour lui (voir cette tribune). Dans le cadre d’une série d’articles nous allons nous efforcer de réfléchir à ces arguments.

Précisons que nous ne sommes pas convaincus par le FN en tout point : il nous semble que ce parti commet un certain nombre d’erreurs, nous avons dit lesquelles dans le cadre d’articles précédents (notamment  celui-ci).

Cependant on peut considérer que le FN, avec toutes ses imperfections, représente l’unique chance, même si elle est faible, de voir les idées patriotes accéder au pouvoir dans les années qui viennent (l’auteur de ces lignes en profite pour rappeler que l’opinion purement personnelle qu’il exprime dans ses tribunes libres n’engage en aucune manière le site Fdesouche et ses responsables).

On examinera pour cette fois le premier des six arguments dont il a été question plus haut. De nombreux électeurs qui ne votent pas FN alors qu’ils pensent globalement comme lui considèrent que« Le FN a souvent de bonnes analyses mais il n’est pas crédible comme parti de gouvernement ».

 

  • Certains éléments, certes, font douter de la crédibilité du FN : c’est pourquoi il serait sans doute souhaitable que ce parti procède à plusieurs ajustements

On peut comprendre que certains éléments fassent douter les électeurs de la crédibilité du Front national.

Les expériences de gestion municipale par le FN dans les années 80 n’ont pas toujours été convaincantes. Cependant ces maires FN faisaient face à l’hostilité générale des pouvoirs publics (représentants de l’État, autres collectivités, pouvoir judiciaire) ainsi qu’à celle des médias. Ces différentes institutions n’ont eu de cesse de tendre des pièges aux maires FN, dans lesquels ceux-ci sont parfois tombés.

Les doutes sur la crédibilité du FN reposent aussi sur le faible nombre de ses cadres et militants qui disposent d’une expérience à la tête d’une collectivité publique, d’une administration ou d’une grande entreprise. L’arrivée de personnalités comme M. Philippot est sans doute insuffisante pour combler les manques. De nombreux candidats présentés par le FN aux différentes élections sont inexpérimentés, la presse ne manque pas de le souligner.

Certaines propositions du FN, d’autre part, ont alimenté le procès en incompétence ou en irresponsabilité. En particulier les positions du FN en faveur de la sortie de l’euro ou de l’Union européenne ont inquiété l’opinion : celle-ci en effet, en dépit de sa défiance envers « les technocrates de Bruxelles », reste attachée à l’idée européenne, qui lui apparaît comme un facteur de paix.

Les positions du FN sur l’Europe nous paraissent pour notre part assez pertinentes, nous le dirons plus loin : mais elles ont été mal comprises et devraient donc être reformulées et pour partie repensées.

Le style personnel de Marine Le Pen, enfin, contribue à alimenter l’idée que le FN n’est pas un parti de gouvernement. La présidente du FN a une posture et un comportement d’opposante pugnace et courageuse mais pas une attitude « présidentielle » (qui supposerait une plus grande retenue et une plus grande distance).

 

  • En dépit de certaines insuffisances, le programme politique du FN apparaît comme globalement cohérent et crédible

Le FN ne peut être évalué sur ses réalisations puisqu’il n’a jamais gouverné l’État : il ne peut être jugé que sur le programme qu’il a annoncé. S’ils l’examinent sincèrement, les sceptiques pourront constater que ce programme est crédible, cohérent et adapté aux enjeux de notre temps. Reprenons-le dans ses lignes essentielles :

  • Une politique protectionniste vis-à-vis des pays qui nous font une concurrence déloyale

Quelles catastrophes la politique protectionniste proposée par le FN pourrait-elle amener? L’isolement et la récession, comme en 1929 ? L’argument est de mauvaise foi. Il ne s’agit pas en effet de s’isoler : il s’agit de se protéger contre les exportations des pays à bas coût et d’empêcher les délocalisations vers ces pays. Il n’est pas question de se fermer vis-à-vis des États-unis, de l’Allemagne et des principaux pays européens, avec lesquels nous faisons l’essentiel de notre commerce.

La politique protectionniste est même la seule crédible. Si elle n’est pas mise en œuvre, ce sera l’assurance de voir les délocalisations, la désindustrialisation et le chômage de masse se poursuivre.

  • La sortie de l’UE et de l’euro 

Quelles catastrophes la sortie de l’euro pourrait-elle provoquer ? L’euro n’existait pas il y a 12 ans et la situation économique était meilleure. De même plusieurs États européens non membres de la zone euro se portent mieux que nous.

L’euro en effet est un frein à la croissance : il est surévalué par rapport aux autres grandes monnaies ; et il interdit par définition les modifications de parité entre pays de la zone, alors qu’il s’agit là pourtant du moyen privilégié de corriger les déséquilibres extérieurs (un pays déficitaire comme la France devrait pouvoir dévaluer vis-à-vis de l’Allemagne excédentaire).

Il serait donc préférable de remplacer la monnaie unique par une monnaie commune (monnaie commune vis-à-vis des monnaies non européennes, coexistant avec les monnaies nationales utilisées pour les échanges intra européens) ou par un retour au système de l’écu (monnaies nationales européennes entre lesquelles existeraient des parités fixes mais ajustables).

Catastrophique également la sortie de l’UE ? Bien sûr que non. Des États comme la Norvège ou la Suisse ne sont pas membres de l’UE et s’en portent bien. La sortie de l’UE est même la seule politique possible. L’UE est une construction ultra libérale, hostile aux nations et immigrationniste. Il faut sortir de ce cadre pour pouvoir mener une politique différente. La sortie de l’UE est notamment obligatoire si l’on veut arrêter l’immigration.

Sortir de l’UE ne veut pas dire cesser toute coopération européenne. C’est une autre Europe qu’il faut mettre en œuvre (le FN d’ailleurs n’insiste par assez sur ce point).

Cette nouvelle Europe serait fondée sur une coopération active et permanente entre États amis mais qui restent souverains, dans le cadre d’une nouvelle structure, confédérale. Insistons : le FN devrait selon-nous se débarrasser de son image de parti anti européen et faire la promotion d’une Europe confédérale.

  • L’assainissement des finances publiques

Là encore, quelles catastrophes les propositions du FN pourraient-elles produire ? Aucun budget de l’État n’a été équilibré depuis quarante ans. La dette publique ne cesse d’augmenter. Les impôts et cotisations sociales ont atteint un niveau record. Difficile d’envisager que l’on puisse faire pire.

Les propositions du FN sont au contraire les plus raisonnables. Réduire d’une part les dépenses publiques en s’attaquant aux mauvaises dépenses (coût de l’immigration, gâchis des dépenses des collectivités locales, suppression de machins inutiles comme le conseil économique et social, gâchis des versements à l’union européenne).

Il s’agit d’autre part d’augmenter les recettes, en redonnant du travail grâce à l’arrêt des délocalisations. Nous ajoutons, pour ce qui nous concerne, que la réduction de l’assistanat est une des clés de l’augmentation de l’emploi (ce point ne fait pas partie du discours du FN, pour des raisons électoralistes, compréhensibles mais contestables). Le retour de l’emploi grâce au protectionnisme et à la fin de l’assistanat sera la source d’une augmentation des recettes publiques (impôt et cotisations).

  • Le retour à l’ordre public

En quoi les mesures préconisées par le FN pourraient-elles être catastrophiques ? C’est le laxisme en vigueur qui l’est. Allons-nous laisser s’accroître le désordre et les incivilités, qui n’épargnent plus désormais aucune ville, plus aucun quartier, plus aucun créneau horaire ?

Les mesures préconisées par le FN sont les seules raisonnables. Reconduire les délinquants étrangers et naturalisés. Durcir la législation pénale en instaurant des peines planchers automatiques pour les récidivistes. Supprimer les systèmes de réduction de peines automatiques. Durcir les sanctions applicables aux mineurs récidivistes. Construire des prisons supplémentaires. Instaurer une perpétuité réelle.

En un mot mettre à l’écart les multirécidivistes. Seuls les idéologues de mauvaise foi peuvent en conclure que ces propositions font courir un risque aux libertés des gens ordinaires.

  • L’arrêt de l’immigration extra européenne

Il s’agit là du point majeur du programme du FN (nous y revenons d’ailleurs un peu plus loin). L’UMP et le PS prétendent que l’immigration est nécessaire à l’économie et que l’arrêt de l’immigration aurait des conséquences dommageables. Nous le contestons, bien entendu.

Les immigrés occupent les emplois que les Français rejettent ? Tromperie ! Les millions de Français au chômage ont vocation à les occuper (d’autant que ces emplois seront mieux payés lorsque cessera le dumping salarial provoqué par l’immigration). Les immigrés contribuent aux finances publiques et aux retraites ? Mensonge ! C’est au contraire l’immigration qui fait exploser les comptes publics et imploser les services publics.

 

  • Si l’on juge leurs résultats, les partis de gouvernement sont discrédités

Le FN n’est pas, sans doute, la force politique idéale. Ses points de faiblesses ont été évoqués plus haut. Mais il faut le mettre en balance avec les autres. Les partis de gouvernement sont-ils plus crédibles que le FN ? Si l’on en juge par leur bilan, ce n’est le cas en aucune manière.

Depuis quarante ans en effet, ce bilan est extrêmement mauvais : chômage massif permanent ; désindustrialisation ; dégradation de la situation de la classe salariée, composante de loin la plus nombreuse de la société française ; dégradation continue des finances publiques ; niveau de délinquance élevé, enfin.

Si l’on considère leur bilan et bien qu’ils soient composés de hauts fonctionnaires, d’élus et de politiciens professionnels ou de personnes ayant exercé des responsabilités à la tête des entreprises, ce sont les partis de gouvernement qui ne sont plus crédibles

Mais surtout les partis de gouvernement ne sont plus crédibles parce qu’ils se trompent ou nous trompent sur le sujet majeur, le seul enjeu vraiment vital : l’immigration.

 

  • Le dossier de l’immigration fait du Front national le seul parti crédible

L’argument majeur qui fonde la crédibilité du FN est le suivant :  le FN est le parti le plus crédible parce qu’il est le seul à promettre l’arrêt de l’immigration.

L’immigration est l’enjeu majeur, devant lequel tous les autres s’effacent. Or le FN est le seul à faire la bonne analyse et à proposer un programme centré sur cette question vitale. Il fait preuve de lucidité sur le point majeur, il le fait depuis quarante ans et il est le seul à le faire : il est donc, par le fait même, le seul crédible. Les autres occultent l’essentiel et pérorent sur des sujets secondaires : ils sont par là même non crédibles.

Du coup les faiblesses réelles ou supposées du FN deviennent des aspects négligeables. Le FN a moins de compétences techniques ? Ce n’est pas grave ! Sa progression électorale attirera des talents : ces derniers mois des cadres et des techniciens de l’administration l’ont d’ailleurs rejoint.

Certains points de son programme apparaissent peu convaincants ? Ce n’est pas important ! En admettant qu’un gouvernement FN ne réussisse pas à faire mieux que les autres sur les questions économiques, sociales et européennes, ce ne serait pas grave. La seule chose qui compte vraiment c’est l’arrêt de l’immigration et le renvoi des clandestins. C’est la seule mesure vitale.

Le reste est moins important. On peut supporter l’austérité, la difficulté matérielle et même la pauvreté : on ne peut s’accommoder d’une invasion, qui signifiera notre mort définitive.

Redisons-le. Admettons (et au vu de la situation actuelle rien ne le laisse penser) que le maintien durable de l’UMP et du PS au pouvoir permette à l’économie d’être en meilleure santé que ce ne serait le cas avec le FN. Et alors ? Quelle importance ? Quand bien même ce serait le cas, quel intérêt y aurait-il d’avoir un meilleur taux de croissance, une baisse du chômage et de meilleures finances si par ailleurs nous sommes morts, marginalisés en tant que peuple et défaits en termes de civilisation ? Quel intérêt y aurait-il à mourir en bonne santé économique ?

Ce seul argument devrait suffire à décider les sceptiques. Le FN est le seul parti qui veut arrêter l’immigration : seul conscient de l’enjeu majeur, il est par là même, au contraire de ce que prétendent ses adversaires, le seul parti apte à gouverner.

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Que les abstentionnistes et les électeurs UMP qui partagent les idées du FN mais se refusent à voter pour lui, acceptent de se reposer des questions. Qu’ils remettent en cause les idées toutes faites. Qu’ils secouent les certitudes paresseuses. Qu’ils examinent sérieusement, s’ils sont de bonne foi, les propositions du FN et ils verront que celles-ci sont crédibles et à la hauteur des enjeux.

Quant aux autres partis, ils ont fait la preuve de leur incompétence, de leur corruption, voire de leur esprit de trahison. Leurs programmes consistent à poursuivre dans la voie actuelle : immigration, mondialisation, délocalisation. Avec notre assentiment ou grâce à notre passivité, ils nous emmènent vers le gouffre, la ruine, la tiers-mondisation, l’ensauvagement, l’invasion. Au fil des élections et des alternances de façade, ils nous conduisent avec constance, avec opiniâtreté, avec acharnement, vers notre disparition.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 17/11/13

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