Économie : L’oligarchie ment aux Français

Chronique de Paysan Savoyard

(n°118 – septembre 2014)

 

La situation économique et sociale conduit à constater que les Français sont en la matière victimes d’un double mensonge: l’oligarchie leur ment ; et ils se mentent à eux-mêmes. Commençons par le premier volet. Un autre article suivra pour traiter du second.

 

  • Contrairement à ce qu’ils cherchent à faire croire, les politiciens n’essaient pas de régler les difficultés économiques et sociales

En apparence, un débat nourri existe au sein de la classe dirigeante  pour faire face aux difficultés auxquelles est confrontée l’économie française: débat entre la politique de l’offre et de la demande ; entre austérité et relance ; entre libéralisme et social démocratie ; entre remèdes de gauche et solutions de droite…

La classe dirigeante donne ainsi l’impression d’essayer sincèrement de s’attaquer aux problèmes, de réfléchir aux solutions, de les tester l’une après l’autre, de s’adapter à la conjoncture. C’est là un complet enfumage.

Contrairement à ce que veut faire croire l’oligarchie, la France, et plusieurs pays européens avec elle, ne sont pas confrontés à des difficultés qui se sont imposées à eux et dont ils essaient de sortir. Ces « difficultés » (chômage, faible croissance, finances publiques dégradées) sont en effet le résultat inévitable, assumé, attendu, et même désiré, des décisions prises par l’oligarchie depuis 40 ans.

Rappelons les trois principales décisions stratégiques prises par les dirigeants occidentaux en matière économique ces quatre dernières décennies : forte diminution des droits de douane ; libération des mouvements de capitaux ; élargissement de l’Europe à des pays à bas coût.

Ces décisions ont permis d’atteindre les objectifs souhaités par l’oligarchie occidentale : la mondialisation de l’économie; sa financiarisation; et la délocalisation de l’industrie (et aussi d’une partie de l’agriculture et des services) dans les pays à bas coût.

Dans plusieurs pays d’Europe, en France notamment, les délocalisations ont occasionné des suppressions d’emplois massives (et corollairement une baisse de la production et une baisse des recettes publiques). La mondialisation certes n’a pas eu les mêmes conséquences négatives dans tous les pays européens.

L’Allemagne en particulier en a au contraire plutôt profité, en ayant su se spécialiser dans le haut de gamme, en délocalisant dans sa zone d’influence européenne, et en  en constituant des excédents commerciaux vis-à-vis d’autres pays européens. Dans le cas de la France en revanche, la mondialisation a eu des conséquences gravement négatives: chômage, faible croissance, dégradation des finances publiques.

Insistons-y. Ces conséquences résultent de décisions qui ont été prises sciemment, délibérément. Elles ont été confirmées et réitérées à plusieurs reprises. Ce qui nous arrive ne tombe pas du ciel : cela a été voulu. Les politiques et les oligarques ne sont nullement en train d’essayer de trouver des solutions à une situation qu’ils déplorent : ils l’ont tout au contraire désirée et fabriquée.

 

  • Les oligarques vont même profiter de la situation pour améliorer encore leur position

Second mensonge. Non seulement la classe dirigeante n’a aucune intention de modifier le cap, un cap gravement défavorable aux intérêts de la majorité des Français, mais la situation économique dégradée est l’occasion d’essayer de faire passer de nouvelles mesures de libéralisation, qui vont améliorer encore la situation de la couche dirigeante et dégrader encore celle de la classe salariée : report de l’âge de la retraite, baisse des pensions, allongement de la durée de cotisation, libération du droit du travail, augmentation de la durée du travail, baisse des cotisations sociales à la charge des entreprises…

Pour ce faire les oligarques prendront le prétexte de la nécessité d’améliorer la compétitivité des entreprises dans la compétition mondiale. Or l’argument est triplement fallacieux. Premièrement, comme rappelé plus haut, la mise en concurrence des salariés français avec les économies à bas coût a été voulue par les oligarques.

Deuxièmement la restauration de la compétitivité française vis-à-vis des pays à bas coût est de toute façon illusoire, sauf à ce que les salariés français acceptent de travailler et d’être payés comme des chinois. Le rétablissement de la compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne, troisièmement, est tout aussi inatteignable, la place du positionnement haut de gamme étant déjà prise.

De façon générale les oligarques vont essayer de prendre appui sur « la crise » (après l’avoir fabriquée de toutes pièces) pour déconstruire les cadres de l’Etat social démocrate qui protégeaient les intérêts du plus grand nombre (privatisations, mise en concurrence de la sécurité sociale…).

En prenant ces décisions contraires aux intérêts de la plupart, les oligarques cherchent en plus à donner l’impression qu’ils « se battent avec courage pour l’intérêt général ». Et une partie du bon peuple, moins nombreuse qu’avant, certes, mais toujours majoritaire, continue à y croire et à leur faire crédit.

 

  • Parler des « difficultés des Français » relève de la manipulation : certains Français tirent en effet le plus grand parti des politiques suivies

Dernier enfumage et dernière erreur d’analyse, liées aux précédentes, commis par la plupart des électeurs. Dire que « la France fait face à d’importantes difficultés » ne correspond à rien. Parler de « la France » et « des Français » de façon générale ne veut rien dire. En effet les Français ne sont aucunement dans la même situation selon la catégorie à laquelle ils appartiennent.

La classe moyenne et de façon générale les salariés Français voient leur situation se dégrader, et ce n’est qu’un début : en raison du chômage ; mais aussi parce que la hausse des impôts et le durcissement des retraites pèsent essentiellement sur eux.

Les immigrés, en revanche, profitent de la situation : occupant la plupart des emplois manuels et d’exécution, leur rémunération, quoique limitée au Smic, est sans commune mesure avec ce qu’ils recevraient dans leur pays d’origine. Ils bénéficient en outre d’un assistanat massif.

Les professions libérales, commerçants et artisans conservent une activité profitable grâce au pouvoir d’achat des riches (et à la fraude fiscale).

Quant à la couche supérieure, elle se « gave ». Les dirigeants et propriétaires des grandes entreprises et des banques ont vu leurs profits s’envoler depuis 40 ans (grâce aux délocalisations; grâce à l’emploi d’immigrés ; grâce au chômage, qui, comme l’immigration, tire les salaires à la baisse ; grâce à la fiscalité basse sur les revenus du capital ; grâce aux profits tirés des marchés financiers ; grâce à l’endettement des États ; grâce aux paradis fiscaux et aux multiples opportunités d’évasion fiscale).

Insistons sur ce phénomène bien connu mais que l’on a souvent tendance à oublier quand même : en matière économique ce qui est mauvais pour les uns n’est pas nécessairement mauvais pour les autres. Et souvent même c’est le contraire. C’est ainsi que le chômage n’est pas un problème pour ceux qui possèdent le capital. Et même il améliore sa situation puisqu’il permet de comprimer les salaires.

Les déficits publics et la dette ne sont pas un problème pour les propriétaires des banques et les détenteurs du capital: au contraire ils offrent une source de revenus puisque ce sont eux qui prêtent à l’État. Les impôts élevés pour financer les dépenses publiques liées au traitement social du chômage (allocations et embauche de fonctionnaires) ne sont pas un problème pour les oligarques puisqu’ils parviennent à échapper à l’impôt (voir plus haut). Le principe de base de cette mécanique est connu : privatisation des profits et socialisation des charges.

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La couche supérieure de la société tire donc un grand profit de la situation, une situation qu’elle a voulue et fabriquée de toutes pièces. Les politiques, qui font partie de cette strate ou qui sont à ses ordres, n’ont donc aucune intention de modifier le cours des choses et leur préoccupation affichée face au chômage et aux déficits sont du pur théâtre.

Terminons sur ces deux remarques. Les résultats macro économiques atteints par les gouvernements (croissance, emploi, finances publiques) conséquences obligatoires des politiques suivies en toute connaissance de cause, sont mauvais : la majorité en place perd donc les élections. Cela n’est pas un problème pour l’oligarchie : à la faveur du pseudo débat entre gauche et droite et des pseudo alternances, elle conserve le pouvoir et continue d’appliquer les mêmes orientations.

Deuxième remarque. Les difficultés de l’économie française ont un autre intérêt : elles permettent à l’oligarchie de faire porter l’essentiel du débat public sur les questions économiques et sociales : la croissance, la dette, la politique allemande, Bruxelles… La question de l’immigration peut ainsi passer au second plan.

Cette occultation relative est vitale pour l’oligarchie pour la raison suivante : le sujet de l’immigration doit être le moins possible mis en lumière parce qu’il fait apparaître, plus nettement encore que ne le fait la sphère économique, l’ampleur de la trahison commise par l’oligarchie./.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 28/09/14

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