Comment peut-on être populiste ?

Chronique de Paysan Savoyard

(n°144- juin 2016)

 

Pour combattre et tenter de discréditer ses contempteurs, le Système utilise différents arguments de propagande. Parmi les plus utilisés on trouve celui-ci : le Système mondialiste et immigrationniste accuse ses opposants de « démagogie » (ou de « populisme », les deux termes étant synonymes).

A en croire les oligarques, toute politique recueillant les faveurs du peuple serait pas nature viciée et suspecte. Nous voulons ici montrer la fausseté de ce sophisme.

 

  • Une élite démocrate… jusqu’à un certain point

Il faut d’abord souligner qu’en dénonçant de façon compulsive le populisme et la démagogie, les hiérarques révèlent la conception de la démocratie qui est la leur : ils sont démocrates de façon très partielle. Aux yeux de la classe dirigeante, le peuple en effet a mauvaise réputation.

Bien qu’ils s’en défendent, les oligarques considèrent tout d’abord que le peuple a tendance par nature à se comporter comme une populace, une foule grégaire et irréfléchie, dont il convient de se méfier.

La classe dirigeante prend les aspirations de la foule avec méfiance parce qu’elle estime, deuxièmement, que le peuple n’est pas apte à se prononcer de façon pertinente. Il ne dispose pas, selon elle, des éléments d’information et des clés de compréhension permettant de fonder ses positions sur des faits exacts et des raisonnements rationnels.

Les oligarques considèrent enfin que, par nature, le peuple et les dirigeants ne se situent pas sur le même registre. Tandis que le peuple réagit en fonction des intérêts particuliers, les gouvernants eux se targuent d’être en charge l’intérêt général. Le gouvernant digne de ce nom, dès lors, serait celui qui sait s’opposer aux désirs populaires et prendre le risque de déplaire.

Pour ces raisons les dirigeants du Système sont démocrates… à condition que la démocratie prenne la forme d’un vote pour des représentants (lesquels sont dans la pratique des politiciens professionnels membres de la classe dirigeante). Ils ont en revanche une sainte horreur de la démocratie directe et du référendum.

Profitons-en pour préciser que, pour notre part, nous ne sommes pas partisans de la démocratie. Nous pensons nous aussi, comme l’oligarchie, que le peuple n’est pas à même de participer valablement à la décision. Nous préférons un pouvoir qui décide sans s’embarrasser d’élections.

Mais un tel pouvoir n’est légitime qu’à deux conditions. Il doit être à l’écoute du peuple et le consulter (ce qui n’implique pas de suivre ses désirs en toute circonstance) ; il doit avoir pour objectif la poursuite de l’intérêt général.

C’est sur ces deux terrains que nous récusons l’actuelle classe dirigeante. Elle se présente comme démocrate alors que les élections qu’elle organise constituent un simulacre, le choix offert à l’électorat n’étant que d’apparence.  Non contente de lui confisquer le pouvoir, la classe dirigeante méprise le peuple et en ricane sous cape. Poursuivant ses propres intérêts, elle ne tient aucun compte de l’intérêt général et des désirs du peuple, qu’elle manipule, qu’elle leurre et qu’elle trahit.

En dénonçant à tout propos démagogie et populisme, cette oligarchie prétendument démocrate fait délibérément l’amalgame entre deux  attitudes qui n’ont rien à voir.

 

  • La démagogie consiste à plaire au peuple quand on sait qu’il a tort

La démagogie consiste à vouloir plaire au peuple alors qu’on sait qu’il a tort et que ses désirs vont à l’encontre de l’intérêt général. Dépenser inconsidérément alors que l’état des finances ne le permet pas ; flatter des instincts belliqueux alors que la paix est possible ; favoriser des comportements d’oisiveté : voilà des politiques démagogiques.

Donnons quelques exemples de politiques démagogiques suivies ces dernières années. La politique consistant à faire croire que tout le monde ou presque a vocation à occuper un emploi supérieur, intéressant et bien rémunéré en est une première illustration. Cette politique démagogique a été conduite à compter des années soixante-dix. Elle a consisté à accueillir toute les classes d’âge dans un « collège unique », à favoriser l’accès de tous ou presque aux études longues et générales, à distribuer le baccalauréat largement, à augmenter sans cesse le nombre des étudiants. Tout cela débouche sur la sortie du système scolaire sans aucun diplôme pour 20 % de chaque classe d’âge, sur un échec universitaire massif, sur des diplômes sans débouchés, sur des emplois qui ne correspondent pas au niveau des études. C’est une politique démagogique parce que la société n’a besoin que d’un nombre réduit d’emplois supérieurs (emplois de conception, d’encadrement et de contrôle). Les emplois les plus nombreux sont des emplois intermédiaires (emplois techniques ou d’encadrement de proximité) et des emplois d’exécution, manuels ou non.

Deuxième exemple de politique démagogique : l’assistanat. Faire croire que l’on peut s’installer durablement dans un système d’allocations et d’emplois factices. Accorder des allocations chômage de longue durée et non dégressive. Accorder des RMI et des RSA sans contrepartie et sans limite de temps. Accorder des pseudo-emplois, financés par le contribuable, qui ne correspondent à aucune fonction réelle ni utilité véritable (on pense par exemple aux fermeurs de portes automatiques dans le RER). Et ce alors que les finances publiques ne le permettent pas. Alors que l’assistanat fracture la société en faisant payer ceux qui travaillent. Alors qu’il nuit aux assistés eux-mêmes, qui en éprouvent frustration, aigreur et dégoût de soi.

Troisième exemple de démagogie, parmi les politiques d’application récente : supprimer le service militaire en faisant croire que la France et l’Europe toute entière ont enfin atteint un état de paix perpétuelle. Cette suppression s’est accompagnée de la transformation de l’armée professionnelle en une force résiduelle affectée aux tâches humanitaires et de maintien de la paix. Voilà sans conteste une politique démagogique. Elle correspond certes aux désirs du peuple, qui aime à croire qu’il sera définitivement débarrassé de la violence, de la guerre et de la nécessité de se charger de sa propre défense. Mais tout cela évidemment n’est qu’illusion.

 

  • Lorsque le peuple a raison, aller dans son sens est évidemment un devoir

Il existe donc des politiques démagogiques : les exemples que nous venons de donner nous paraissent éclairants. Mais toutes les politiques correspondant aux aspirations du peuple ne sont pas démagogiques. Le peuple en effet ne se trompe pas toujours. A contrario il ne suffit pas d’être impopulaire pour que l’on puisse pour autant considérer que la politique conduite va dans le sens de l’intérêt général.

Lorsque le peuple est favorable à l’arrêt de l’immigration il a évidemment raison. Lorsqu’il est hostile aux délocalisations il a évidemment raison. Lorsqu’il souhaite un net durcissement de la lutte contre la délinquance il a évidemment raison. Ces aspirations du peuple sont de bon sens et vont dans la direction de l’intérêt général.

Mettre fin au laxisme en matière de délinquance, mener une politique protectionniste, mener une politique d’arrêt de l’immigration et de reconduite d’une bonne partie de la population immigrée, tout cela irait dans le sens des désirs et des intérêts du peuple. Il ne s’agirait pas pour autant de démagogie mais de politiques d’intérêt général, et même pourrait-on dire d’intérêt vital.

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La propagande du régime mélange à dessein deux réalités fortement dissemblables et même antagonistes. La politique démagogique et populiste d’une part. Et la politique qui a les faveurs du peuple parce qu’il la sait légitime et justifiée.

L’argument est d’autant plus malhonnête que ceux qui accusent leurs contradicteurs de populisme sont aussi ceux qui conduisent les pires politiques démagogiques, comme nous l’avons montré plus haut.

Résumons. Ce n’est pas parce qu’une politique plaît au peuple qu’elle est ipso facto mauvaise. Ce n’est pas parce qu’on déplaît au peuple qu’on est pour autant dans le vrai.

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Un commentaire sur “Comment peut-on être populiste ?

  1. Sous l’Ancien Régime, la possession et la richesse ne s’acquiéraient point par un travail humiliant et répétitif, mais étaient concédées en fonction de la valeur humaine, de la stature psychique et de la noblesse d’âme de celui à qui elles échoyaient. Il y avait un rapport entre personnalité et richesse, entre fonction sociale et propriété, qui ne devait rien à un quelconque « mérite » dans le sens besogneux que ce mot a pris aujourd’hui. La puissance et la richesse étaient associées car la richesse se fondait sur la puissance, et non comme maintenant ou c’est la puissance qui se base sur la richesse, ce qui permet par le biais du « jeu démocratique » – une campagne électorale coûtant d’autant plus cher que le suffrage est universel, donc concerne un grand nombre de personnes – à un maraîcher enrichi, à un analphabète ayant gagné au loto ou à un truand d’influer sur la politique d’une cité, d’une région, voire d’un pays tout entier.

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