Etats-Unis : le Melting-Pot était une fable

Chronique de Paysan Savoyard

(n° 146 – juillet 2016)

 

  • Etats-Unis : le Melting-Pot était une fable

Cinq policiers blancs ont été assassinés à Dallas le 8 juillet par un Noir qui voulait venger les Afro-Américains abattus par la police. Les policiers assassinés encadraient précisément une manifestation dénonçant les bavures policières dont les Noirs estiment être spécialement victimes. Un nouveau mouvement de défense de la communauté Noire s’est constitué à cette occasion.

Le constat s’impose. Les relations entre communautés et entre races aux Etats Unis ne sont pas apaisées. Et elles ne l’ont jamais été. Les Noirs sont surreprésentés dans les prisons et dans les chiffres du chômage, sous-représentés dans les universités. Les Etats-Unis sont une addition de communautés qui coexistent plus ou moins pacifiquement mais vivent sur un mode communautaire. Les votes sont déterminés par les appartenances communautaires et raciales. C’est ainsi que les minorités hispaniques (18 % de la population) et afro américaines (13 %) votent massivement démocrate tandis que les Blancs se partagent entre les deux grands partis. Ces Blancs sont en train de perdre leur domination : compte tenu de leur natalité et de l’immigration, les Hispaniques deviendront le groupe dominant à l’échéance de 2050.

A l’occasion de l’élection d’Obama, élu notamment par des Blancs, les analystes autorisés s’étaient félicités de ce que l’électorat ne considérait plus la race comme un paramètre important. Les Etats-Unis, expliquaient-ils, étaient devenus un pays indifférent à la race. C’était faux bien sûr, les violences de ces derniers mois le montrent.

Notons qu’en France pendant des décennies, l’éducation nationale a abreuvé les élèves d’analyses décrivant les Etats-Unis comme un Melting-Pot. C’était, comme on le voit, de la propagande.

 

  • Festivals de cynisme

Avec le début de l’été reprend le cycle des festivals culturels, de musique classique, de théâtre, de danse, organisés un peu partout en France. Le public cultivé auquel ces festivals sont destinés partage et propage souvent les idées de la couche dirigeante de la société à laquelle ils appartiennent. Enfants de la révolution française, ils sont très généralement athées militants. C’est pourtant dans les églises, monastères et basiliques que se déroulent la plupart des spectacles et concerts ! Les amateurs des festivals culturels sont républicains et démocrates mais se pressent dans les gentilhommières et les parcs des châteaux. Ils goûteraient peu que leur soient proposés des spectacles sur les parkings des centres commerciaux ou les parvis des villes nouvelles. Ils sont modernes mais détestent les lieux de la modernité. Hommage du vice à la vertu, ils révèrent la beauté et la puissance d’évocation des bâtiments classiques

De même ils préfèrent habiter dans les immeubles haussmanniens ou mieux encore dans les hôtels particuliers de l’Ancien régime, laissant aux autres les barres et les tours inspirées de Le Corbusier, dont ils louent par ailleurs le génie.

L’hypocrisie et le cynisme de la couche dirigeante sont sans limites.

 

  • La distribution du Bac : illusion, impasse, démagogie

L’année scolaire se termine avec ces deux événements : le Bac et l’orientation dans l’enseignement supérieur. Chaque année un peu plus les aberrations du système apparaissent en pleine lumière. Le Bac est distribué avec largesse : 87 % de réussite. Les notes sont relevées, harmonisées, manipulées pour que le taux de réussite soit suffisamment élevé et qu’il soit à peu près le même dans les différents départements. Grâce à ces subterfuges, la plupart des élèves atteignent le niveau du bac puisqu’on a créé pour ce faire bac techno et bac pro. Tous les bacheliers intègrent ensuite l’enseignement supérieur puisque la détention du bac y ouvre droit à une inscription. Et l’oligarchie de se féliciter de l’augmentation du niveau.

La réalité n’est pas celle-là bien entendu. La sélection est aussi féroce qu’avant mais elle s’opère de façon discrète. Les filières sélectives (écoles d’ingénieurs, écoles de commerce, science po) organisent des concours d’entrée. Les classes préparatoires choisissent sur dossier, en fonction du lycée d’origine, de l’âge, des mentions et des bulletins. Les universités, elles, ne peuvent généralement pas sélectionner à l’entrée mais elles écrèment par un échec massif en première année. Les filières universitaires qui n’effectuent pas cet écrémage sont celles qui débouchent sur des diplômes sans valeur sur le marché du travail. Enfin de nombreux étudiants sortent sans diplôme après avoir redoublé ou triplé.

Il faudrait faire l’inverse. Sélectionner à l’entrée de l’enseignement supérieur afin de garantir à la sortie un emploi correspondant aux études suivies. Il faudrait dans le secondaire mettre fin au collège unique, sélectionner à  l’entrée dans les études générales et conduire la majorité de la cohorte vers l’enseignement professionnel et l’apprentissage.

Le système de formation devrait en effet refléter la réalité de l’organisation sociale : la majorité des emplois ne sont pas des emplois supérieurs d’encadrement et de conception mais des emplois d’encadrement intermédiaire et des emplois d’exécution.

Quand consentira-t-on à tourner le dos à la démagogie et aux illusions ?

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