Libre-échange transatlantique : la classe dirigeante met le dossier sous le boisseau d’ici les élections

 

Chronique de Paysan Savoyard

(n°151 – septembre 2016)

 

  • Libre-échange transatlantique : la classe dirigeante met le dossier sous le boisseau d’ici les élections

Le gouvernement Français vient de demander l’arrêt des discussions que l’UE conduit avec les Etats-Unis en vue de conclure un traité de libre-échange transatlantique. Afin de développer les échanges entre les deux ensembles économiques, ce projet de traité a pour objet d’harmoniser leurs normes respectives (normes sanitaires, environnementales…) et d’éliminer celles qui ont en réalité un objectif protectionniste.

Les opposants à ce traité craignent notamment que les nouvelles normes ne soient défavorables à l’environnement et à la santé du consommateur et n’autorisent des pratiques jusqu’ici proscrites en Europe (par exemple dans le domaine des aliments OGM).

L’édito du Monde, le journal de la classe dominante, explique comment il faut interpréter cette demande de suspension du gouvernement Français. La classe dirigeante française ayant bien conscience de ce que la majorité de l’opinion est hostile au développement de la mondialisation et du libre-échange, elle veut faire en sorte que le dossier soit mis de côté à l’approche des présidentielles… avant bien entendu d’être ré-ouvert ensuite. Le Monde prévient en effet que « dans le paysage économique de l’avenir, le vieux remède protectionniste ne servirait à rien ». Mais pour que la mondialisation soit « mieux tolérée par les opinions », le journal de l’oligarchie estime que « l’Etat-providence doit s’adapter pour secourir ceux que la mondialisation malmène » et « protège les hommes et les femmes qu’elle marginalise ».

La mondialisation fait exploser les gains des propriétaires des entreprises grâce en particulier aux délocalisations, qui ont diminué considérablement les coûts salariaux. Quant aux dégâts sociaux que la mondialisation provoque en Europe, le chômage massif en particulier, la classe dirigeante veut confier à l’Etat, c’est-à-dire aux contribuables, le soin de les prendre en charge. Il s’agit là d’appliquer l’un des principes centraux du capitalisme : privatisation des profits et socialisation des pertes.

Il y a lieu de remercier Le Monde, et ses propriétaires du CAC 40, de se montrer aussi clairs dans l’exposition de la stratégie que l’oligarchie met en oeuvre à nos dépens.

 

  • La probable candidature d’E. Macron : les habits neufs du libéralisme ranci

Macron veut se présenter comme le candidat du renouveau : jeune, libre de toute appartenance aux vieux partis, en rupture avec la classe politique traditionnelle discréditée.

Cet habillage marketing recouvre un programme libéral tout ce qu’il y a plus classique : moins d’Etat, davantage de liberté pour les entreprises et davantage de profits pour leurs propriétaires. Un certain nombre d’électeurs, qui n’ont aucun intérêt à la mise en place de politiques économiques libérales, se laisseront probablement prendre et séduire par l’attrait de la nouveauté.

Le bon programme économique, à la fois juste et efficace, serait selon-nous le suivant. Non à la mondialisation et aux délocalisations. Non au libéralisme sans règles. Oui aux services publics. Oui à l’Etat régulateur, redistributeur et protecteur.

Mais qu’on en finisse avec l’assistanat. Avec les bataillons de fonctionnaires inutiles dans la fonction publique territoriale. Avec les corporatismes syndicaux abusifs dans le secteur public (qu’il s’agisse de la SNCF ou de l’Education nationale par exemple).

Qu’on en finisse également avec le matraquage fiscal, en faisant des économies là où elles sont possibles : en arrêtant l’immigration ; en arrêtant l’assistanat ; en arrêtant les recrutements de fonctionnaires superflus ; en réduisant le nombre des niveaux d’administration locale ; en supprimant le sénat et en réduisant fortement le nombre des députés…

En un mot, une « économie mixte » (économie de marché avec Etat régulateur) renforcée et assainie. Pour l’instant à notre connaissance, aucun candidat important à la présidentielle n’est malheureusement sur cette ligne.

 

  • Théo, Hugo et Léo ou le rejet du « vivre ensemble »

La classe dirigeante et ses relais médiatiques veulent nous convaincre que la société multiculturelle et multiraciale est possible et désirable. Ils veulent nous faire croire que la majorité des gens, immigrés comme Français de souche, sont favorables au « vivre ensemble ». L’oligarchie alimente sur ce thème une propagande de tous les instants.

Le Système cependant, dans certaines circonstances, est parfois conduit à laisser transparaître la vérité.

C’est ainsi que cet été de grandes affiches dans le métro ont fait la promotion d’un site de rencontres par internet, à destination des parisiens esseulés.  La trouvaille publicitaire est brillante : « Métro, Boulot, Hugo, Théo, Léo… » sur l’affiche rose. « Métro, Boulot, Caro, Véro, Margo… » sur la bleue.  Six prénoms et une absence totale de diversité ethnique… Les publicitaires considèrent apparemment que les célibataires parisiens n’ont pas envie cet été de rencontrer Boubacar ni Abdelkrim, pas davantage que Rachida ou Fatoumata.

Le site de rencontre a envie d’être fréquenté : s’il s’affichait comme « multiculturel », tout le monde le fuirait.

On voit que lorsqu’il s’agit de générer des profits, le Système ne s’embarrasse plus des quotas, de la mixité, de la lutte contre le racisme et les discriminations. Pour gagner de l’argent, il est obligé d’admettre la vérité : le « vivre-ensemble » personne n’en veut.

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