Les manifestations anti Trump : « A bas le peuple »

Chronique de Paysan Savoyard

(n°161 – novembre 2016)

 

  • Juppé, Macron, Hollande et autres : pseudo modérés, vrais extrémistes

Macron est donc candidat. Dans l’offre politique 2016, il évoluera sur les mêmes terres centristes que Juppé ou Bayrou. Tandis que Fillon est présenté lui comme plus libéral et Sarkozy comme plus sécuritaire. Cette distribution des rôles, nous voulons y insister, est parfaitement factice.

Ces différents candidats en effet, on peut y ajouter également Hollande ou Valls (en laissant de côté les candidats subalternes comme Mélenchon ou Montebourg), sont d’accord sur les différents dossiers essentiels. Il n’y a entre eux que des nuances, lesquelles découlent au demeurant non de convictions mais de positionnements tactiques. Il s’agit d’occuper les différents créneaux du spectre politique, de se spécialiser sur un segment d’opinion, de camper dans une niche marketing.

C’est ainsi que les candidats présentés comme « modérés », Macron et Juppé en tête de file, ne le sont nullement en réalité : ce sont bien au contraire des extrémistes. Qu’est-ce à dire ?

Ce qui est en jeu aujourd’hui, en effet, ce sont avant tout la politique de mondialisation d’une part et la politique d’immigration d’autre part. C’est sur ces deux questions que la société se divise dans la plupart des pays occidentaux. C’est sur ces deux thèmes que les catégories populaires et moyennes votent désormais contre la classe dirigeante, comme on vient de le voir avec le Brexit et l’élection de Trump. Or sur ces deux sujets, les Macron, Juppé et autres Hollande ou Valls ne sont nullement des modérés, pas davantage que Sarkozy ou les autres candidats de la primaire républicaine. Ils veulent tous en effet la poursuite de la politique en cours.

Ils seraient modérés si, par exemple, ils adoptaient sur l’immigration une position du type : « on ne remet pas en cause la présence de ceux qui sont là ; mais on n’en admettra plus qu’un petit nombre ». Ce serait là une position d’entre-deux, modérée, à mi-chemin entre deux politiques antagonistes : la poursuite de l’immigration au même niveau qu’aujourd’hui d’une part ; et de l’autre une politique d’arrêt complet de l’immigration et de renvoi d’une partie des immigrés présents (qu’au demeurant aucun candidat ne propose, malheureusement).

En ce sens l’on peut dire que la position de Mme Le Pen est modérée. Elle ne propose nullement le départ des immigrés présents ni l’arrêt complet des flux migratoires ; elle veut en revanche les réduire fortement.  Juppé et Macron eux, de même que tous les autres principaux candidats, ne remettent pas en cause la politique d’immigration conduite depuis quarante ans. Avec eux l’immigration se poursuivra sur le même rythme effréné que celui que nous connaissons depuis quatre décennies. Avec eux l’invasion et le processus de Grand remplacement continueront. Aucune modération donc chez Juppé et Macron.

Il en est de même de la politique de mondialisation. Une position modérée pourrait par exemple consister à souhaiter, sans sortir de la mondialisation, rétablir des barrières douanières à l’égard des pays les plus agressifs en matière de dumping. Elle pourrait également conduire à proposer des dérogations à la mondialisation et la protection de certains secteurs fragiles et essentiels tels que l’agriculture. Juppé ou Macron, comme Sarkozy, Hollande ou Valls, ne suggèrent rien de tel. Ils ne proposent aucunement de circonscrire la mondialisation et d’en protéger certains secteurs. Ils veulent simplement, avec les moyens classiques de l’Etat-providence, en traiter les effets sociaux. Là encore les positions de Juppé ou Macron ne sont en rien centristes.

Sarkozy et Valls ont adopté de longue date le style du dirigeant énergique et déterminé, regards noirs, mâchoires serrées, menton relevé. Juppé, Macron, Bayrou ou Hollande jouent sur un registre amène et posé, cherchant à faire sentir qu’ils possèdent compétence technique et maîtrise d’eux-mêmes. Fillon, lui, évite de sourire et place son regard dans le lointain, voulant faire comprendre qu’il possède la stature de l’homme d’Etat, plus conscient que les autres de la gravité de la situation.

Tout cela n’est qu’apparence bien entendu, marketing, communication, jeu de séduction. Sur le fond, tous immigrationnistes, tous mondialistes, ce sont tous des extrémistes.

 

  • Macron, l’oligarque anti oligarchie

Candidat anti Système, homme neuf, étranger aux cénacles habituels, prêt à bousculer les institutions figées, à chambouler les vieilles pratiques, à subvertir les arcanes d’une société sclérosée… Le plan marketing de M. Macron est bien rôdé… et ne peut que provoquer le doute et l’ironie. E. Macron, en effet, plus qu’aucun autre, incarne l’oligarchie. Il en est l’archétype, le modèle achevé, la quintessence. Tous les aspects de sa personnalité et de son parcours le rattachent au Système et même à son sommet.

Ses idées tout d’abord, qui sont celles de l’oligarchie : mondialisation, libéralisation, immigration, vivre-ensemble… Rien là que de très classique. Son parcours ensuite,  qui reflète à la perfection ce que sont aujourd’hui les oligarques. Il est haut fonctionnaire. Il a été banquier et conserve probablement des liens importants dans ce milieu (ainsi que plus généralement dans les différents conseils d’administration du CAC 40, avec lesquels il négociait les OPA  et autres opérations de fusion et d’échange d’actions lorsqu’il était fondé de pouvoir chez Rothschild). Il a trouvé le temps, nous dit-on, d’être également le secrétaire d’un professeur de philosophie. Et il est désormais politicien. Riche qui plus est, grâce à son passage dans la banque d’affaires.

Politique, haute administration, banque, milieux intellectuels : voila un candidat anti Système… qui appartient aux principaux lieux de pouvoir qui structurent la société d’aujourd’hui.

Reste les médias, autre lieu de pouvoir décisif. Là encore E. Macron n’est probablement pas sans quelques solides accointances dans ce milieu, qui appartient presqu’en totalité aux dirigeants des grandes entreprises dont il est proche.

Il lui manque d’être mariée à une journaliste. Cela viendra sûrement. Sa femme actuelle étant nettement plus âgée que lui, on peut parier qu’avant dix ans, à l’instar de tous les prédateurs sexuels que sont les politiciens, il se retrouvera en couple avec une présentatrice ou une chroniqueuse télé vingt ans plus jeune que lui.

Macron candidat neuf et anti Système ? Nombreux sont-ils ceux qui s’y laisseront prendre ?

 

  • Les manifestations anti Trump : « A bas le peuple ! »

A peine annoncée l’élection de Trump a immédiatement déclenché de la part de ses opposants, en Amérique comme en Europe, de multiples réactions hostiles. Des manifestations sont organisées aux Etats-Unis pour dénoncer son élection. D’emblée les médias, pour le discréditer, ont affirmé que les premières déclarations de Trump signifiaient qu’il revenait sur ses promesses et trahissait déjà ses électeurs. D’aucuns évoquent déjà la possibilité de pousser Trump à la démission ou de lancer le moment venu à son égard une procédure d’impeachment.

On voit que les membres de la classe dominante ne sont démocrates que de façon partielle : dès lors que les candidats hostiles à leurs thèses accèdent au pouvoir par le jeu de la démocratie, c’est la démocratie qu’il faudrait alors mettre entre parenthèses, afin de sauvegarder les Valeurs menacées.

Les conceptions des anti Trump, comme des anti Le Pen, se rattachent à celles des meneurs de la révolution française, à laquelle il faut revenir, toujours, pour décrypter la vie politique contemporaine. Pour les Républicains, au pouvoir depuis deux cents ans, en Amérique comme en Europe, la démocratie doit en effet supporter certaines limites.

Les Républicains, tout d’abord, aujourd’hui comme hier, nourrissent le plus profond mépris pour les gens du peuple, peu éduqués, mal informés, inaptes à former un jugement raisonnable. C’est pourquoi le suffrage qu’ils ont mis en place est longtemps resté censitaire. De même aujourd’hui ils évitent autant que possible le recours au référendum : « le peuple doit pouvoir voter, certes, mais seulement pour des représentants ». Ce peuple qu’il faut s’efforcer d’éduquer, comme un enfant : « Si les gens votent pour le Brexit, pour Trump, pour le Front national, c’est parce que nous n’avons pas fait assez de pédagogie… ».

Pour la classe dominante, en outre, la démocratie doit concerner seulement ceux qui adhérent aux Valeurs, celles de la République. Contre les autres, les xénophobes, les populistes, les extrémistes de droite, tous ceux qui n’appartiennent pas à « l’arc républicain », on établira un « pacte républicain », on dressera un cordon sanitaire démocratique, on maintiendra le nombre de leurs représentants à la portion congrue, on limitera leur liberté d’expression. On se souvient de la justification que les révolutionnaires apportaient aux tribunaux d’exception, au massacre des prêtres, aux tueries vendéennes et au régime de Terreur : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » !

La classe dominante s’efforce de ne pas respecter les desiderata du peuple lorsqu’il vote contre la constitution de l’union européenne, pour le Brexit ou pour Trump. Rien de plus logique à cela puisqu’elle est l’héritière des révolutionnaires de 89.

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