Politique : Familles françaises (2)

Chronique de Paysan Savoyard

(n°163 – décembre 2016)

(Cette chronique est la suite et la fin du n°162)

  • La social-démocratie

Les sociaux-démocrates, à la différence des communistes, sont favorables à l’économie de marché. Mais ils sont partisans d’un état puissant, qui encadre et oriente le marché, organise des services publics et opère une redistribution. Ils sont, comme les libéraux, favorables à la mondialisation, mais une mondialisation encadrée (ils sont par exemple favorables à la construction d’une « Europe sociale »).

Philosophiquement les sociaux-démocrates visent à opérer une conciliation entre liberté et égalité. Ni la liberté économique totale des libéraux ultra. Ni l’égalité des conditions prônée par les communistes. Pour les sociaux-démocrates, de ce fait, l’égalité des droits prônée par les libéraux est insuffisante : ils veulent mettre en place des mécanismes visant à établir une égalité des chances (c’est par exemple l’objectif de la politique de « l’éducation prioritaire »). Parmi les théoriciens de la social-démocratie on peut mettre en exergue le nom de J. Rawls.

Le  parti socialiste est le parti des sociaux-démocrates. Ce parti cependant est resté divisé depuis sa création à la fin des années 1960 entre les sociaux-démocrates (« la deuxième gauche ») et le courant marxisant et gauchisant du PS (incarné aujourd’hui par des personnalités comme MM. Hamon et Montebourg).

La doctrine sociale-démocrate a tenu le haut du pavé pendant les trente-glorieuses. Elle est aujourd’hui mise en difficulté par la mondialisation et la libéralisation, qui introduisent dumping social, dérégulation, chômage de masse, assistanat et dégradation des finances publiques.

La crise existentielle à laquelle la social-démocratie est de toute évidence confrontée a une autre cause, plus fondamentale encore : le parti socialiste a mis en œuvre la mondialisation libérale et la « construction européenne » libérale avec le même zèle que la droite, avec laquelle il a gouverné en alternance ces trois dernières décennies.

Moins de deux ans après leur arrivée au pouvoir en 1981, les socialistes ont en effet choisi d’adopter la même politique libérale et mondialiste que celle conduite en Allemagne ou en Angleterre sous l’influence et la direction des Etats-Unis. Cette politique étant particulièrement défavorable aux milieux populaires, qui constituaient jusque-là une part importante de leur électorat, les socialistes se trouvaient dès lors confrontés à une difficulté majeure. Pour conserver leur position à la tête de la gauche, les socialistes ont alors procédé à ce tour de passe-passe. Ne pouvant plus prétendre défendre les intérêts des ouvriers et employés « de souche », ils se sont donnés une autre mission : défendre désormais les immigrés, favoriser leur arrivée, leur installation, leur intégration. Le Think Tank socialiste Terra Nova a été jusqu’à expliquer que les immigrés pouvaient pour les socialistes constituer un nouveau réservoir électoral, en remplacement de leur électorat traditionnel passé au Front national (voir cette chronique).

De fait le virage radical opéré par les socialistes au début des années quatre-vingt ne leur a pas été jusqu’ici défavorable. Depuis trente ans en effet, gauche et droite se succèdent au pouvoir, à la faveur des alternances. Pour y mener la même politique, mondialiste et immigrationniste.

 

  • L’idéologie libérale-libertaire

Le courant libéral-libertaire est l’exact contraire du communisme. Le communisme met en avant l’égalité, quitte à sacrifier la liberté. Les libéraux-libertaires sacralisent la liberté, liberté économique, liberté des mœurs.

Au nom du paradigme de la liberté, les libéraux-libertaires sont favorables bien entendu à l’économie libérale. A la liberté des échanges et du commerce, sans barrière ni frontières. A la construction européenne, dès lors qu’elle est libérale et ne se traduit pas par un repli sur soi des Européens. Ils sont également favorables à l’immigration, cela va sans dire, au nom de la liberté de circulation et d’installation.

Sur le plan sociétal, ils approuvent et promeuvent tout ce qui subvertit les valeurs traditionnelles : le féminisme, l’homosexualité, les comportements libertins, l’usage des drogues…

Ce courant est le produit du rapprochement idéologique entre la gauche et la droite qui, par-delà des compétitions partisanes, s’est opéré depuis les années quatre-vingt.  Cette fusion idéologique est la résultante d’un double mouvement. La droite était jusqu’alors libérale sur le plan économique et conservatrice sur le plan des mœurs : en majorité elle a abandonné le conservatisme et est devenue libertaire sur le plan sociétal. La gauche était libertaire sociétalement et dirigiste sur le plan économique : sa majorité est devenue économiquement libérale.

Une partie de la droite est restée conservatrice, une partie de la gauche dirigiste : mais la majorité des deux camps ont idéologiquement fusionné pour constituer le courant Lib-lib, aujourd’hui le plus puissant et le plus dynamique au sein de la classe supérieure. Les politiciens qui veulent incarner la relève, comme E. Macron ou N. Kosciusko, sont Lib-lib. Les capitalistes parmi les plus en vue sont Lib-lib, on pense à X. Niel.

Mais la figure emblématique de ce courant reste D. Cohn-Bendit. C’est en effet la révolution libertaire et individualiste de mai 68 qui, bien entendu, constitue la source de cette idéologie désormais dominante.

Cette ultime remarque. Ce courant d’idées se partage entre la gauche et la droite, qu’il domine l’une et l’autre. Pour les libéraux-libertaires, c’est l’assurance, quel que soit le camp au pouvoir, d’inspirer les politiques suivies à l’avenir.

 

  • Les modérés

Le camp des modérés regroupe tous ceux qui se trouvent à mi-chemin des différents courants de la famille libérale. Le courant conservateur et le courant bonapartiste sont à droite, pour l’essentiel ; les libéraux-libertaires et les sociaux-démocrates plutôt à gauche : les modérés sont dans l’entre-deux, au centre, à équidistance de chacun des autres courants.

Les modérés sont plus libéraux sur le plan des mœurs que les conservateurs, sans aller jusqu’aux positions libertaires. Ils sont plus sociaux que les conservateurs mais moins que les sociaux-démocrates. Ils sont partisans de la construction européenne et opposés au souverainisme des bonapartistes et de certains conservateurs :  ils sont moins mondialistes toutefois que les « citoyens du monde » communistes et libéraux libertaires.

Sur l’immigration également, les modérés sont dans l’entre deux : ni immigrationnistes idéologiques comme les communistes et les libéraux libertaires ; ni hostiles à l’immigration, comme le sont les traditionalistes et les identitaires. Leur mot d’ordre vise le consensus : « Non au djihad mais oui à l’islam français ; oui à l’apaisement grâce à l’intégration et aux accommodements raisonnables ».

On peut considérer ce courant d’opinion, aux contours flous et mouvants, de façon négative et moquer les mous, les indécis, les pusillanimes. Les modérés affirment au contraire, se prévalant d’Aristote, qu’ils occupent une position d’équilibre et suivent un chemin de crête, cherchant à se garder des extrêmes et des excès.

Politiquement le camp des modérés est aujourd’hui le plus fourni : on y trouve les centristes bien sûr, M. Bayrou en tête. Mais aussi une partie de la droite (avec A. Juppé par exemple). Et une partie du parti socialiste (avec MM. Valls et Macron). Le clivage gauche-droite a empêché pour l’instant ce courant de créer un parti.

La position modérée correspond sans doute aux aspirations de la majorité de la population : la majorité des électeurs souhaiteraient probablement la constitution d’un gouvernement d’unité nationale réunissant « les hommes de bonne volonté et soucieux du bien commun », par-delà les clivages partisans. Cette vision des choses correspond aux réflexes « de bon sens » d’une population qui n’est politisée que de façon superficielle. Elle constitue une illusion, car si le peuple est partisan de l’union nationale, la classe dirigeante poursuit, elle, une guerre civile anti-France entamée il y a deux cents ans. Nous y reviendrons.

 

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Au terme de cette énumération, on peut relever que certains de ces courants constituent de véritables idéologies : le traditionalisme, le communisme, le courant libéral libertaire. Les autres courants comportent des éléments importants de compromis, d’hybridité ou de recherche de juste milieu.

On peut voir deuxièmement que la gauche et la droite ne constituent plus des catégories idéologiquement pertinentes. Les deux courants aujourd’hui les plus influents ou numériquement les plus importants, les libéraux-libertaires et les modérés, sont ainsi représentés dans chacun des deux camps.

L’on peut également constater que l’idéologie dominante n’est plus de gauche. Pendant les années d’après-guerre, l’idéologie la plus influente était le communisme. La social-démocratie a pris ensuite le relai dans les années soixante-dix. C’est aujourd’hui le courant libéral-libertaire qui bénéficie de la plus forte dynamique et de la plus grande influence.

Et le Front national dans ce tableau ? Le parti de Jean-Marie Le Pen disposait d’une forte identité droitière, se partageant entre conservateurs et traditionalistes. A son tour, Marion Maréchal, héritière idéologique du vieux chef, hésite entre le conservatisme et le traditionaliste identitaire. Marine Le Pen et son maître à penser F. Philippot ont adopté pour leur part une position à la fois républicaine, souverainiste, social-démocrate et libertaire, c’est-à-dire… une ligne politique de gauche.

Concluons en toute immodestie sur la position que nous défendons pour notre part. Les analyses et les valeurs traditionalistes nous paraissent correspondre le mieux à ce qui serait souhaitable pour le peuple français et la pérennité de la France et de l’Europe. Pour adapter la position « traditionnelle » à l’évolution des choses et aux enjeux du moment, il conviendrait d’y introduire trois précisions.

La dimension sociale, nous le disions, constituait, avec Barrès, avec Maurras, une partie importante du message traditionnaliste : aujourd’hui plus que jamais un Etat puissant devrait intervenir pour protéger l’économie nationale et appliquer des mécanismes de justice sociale.

Le souci de protéger l’environnement naturel, deuxième précision, est pleinement cohérent avec les conceptions « traditionnelles ». Entre autres méfaits, le capitalisme, sans foi ni loi, a pour grave conséquence de dégrader et d’enlaidir le cadre de vie.

Troisième élément. Il ne s’agit plus aujourd’hui seulement de la France : c’est désormais l’avenir, la pérennité, la survie même de la civilisation européenne qui sont en jeu. La juste définition que De Gaulle donnait de la France doit désormais être adaptée : l’Europe en effet constitue un ensemble de pays « de race blanche, de culture gréco-latine et de religion chrétienne… « . Aussi faudrait-il aujourd’hui mettre en œuvre entre pays européens une organisation de coopération qui ait pour objectif de défendre les peuples européens et leur civilisation, également menacés désormais dans leur existence même.

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