Le choc libéral prévu par F. Fillon : une politique contraire aux intérêts de la majorité de la population

Chronique de Paysan Savoyard

(n°164 – décembre 2016)

 

La victoire de M. Fillon aux primaires de la droite provoque pour ce qui nous concerne des sentiments mitigés. F. Fillon met en avant les valeurs traditionnelles : nous nous en félicitons. Sa désignation est une victoire de ce mouvement formidable de la Manif pour tous, qui nous avait enthousiasmé (voir cette chronique). Remarquons cependant immédiatement que M. Fillon n’envisage pas de revenir sur l’essentiel de la loi Taubira.

Conservateur, F. Fillon est en décalage par rapport au courant libéral-libertaire majoritaire au sein de la classe dominante : là encore nous nous en réjouissons. Son style personnel et la maîtrise de soi qu’il manifeste laissent à penser qu’il pourra occuper la fonction présidentielle avec dignité. Après le président bling-bling et le président insignifiant, l’arrivée au pouvoir d’un personnage crédible constituerait une bonne nouvelle.

Mais l’aspect négatif de la désignation du candidat de la droite est de taille : les propositions économiques de M. Fillon ne vont pas dans le sens de l’intérêt général. Le « choc libéral » auquel M. Fillon veut procéder sera tout à l’avantage de la couche supérieure, qu’il représente.

 

  • La politique économique prévue par F. Fillon va avantager les gagnants de la mondialisation et dégrader encore la situation des perdants

Le candidat désigné par la droite annonce une baisse des impôts pesant sur les bénéfices des entreprises, afin d’inciter les détenteurs de capitaux à investir en France. Il veut également baisser la fiscalité des hauts revenus (revenus mobiliers) pour éviter qu’ils ne choisissent l’exil fiscal. Il prévoit enfin de réduire les coûts salariaux, en augmentant le temps de travail salarié sans augmentation équivalente du salaire. Ces différentes mesures visent à rechercher une meilleure compétitivité globale de l’économie française.

Cette politique nous paraît intégralement mauvaise. Elle accompagne en effet le processus de mondialisation et de dumping à l’œuvre depuis trois décennies.

L’économie étant désormais mondialisée, les capitaux vont s’investir dans les pays qui pratiquent la fiscalité la moins élevée sur les bénéfices des entreprises et sur les hauts revenus ; dans les pays (ce sont souvent les mêmes) où le coût salarial est faible ; dans les pays enfin où les réglementations sociales et environnementales sont faibles voire inexistantes.

Il en résulte un phénomène mondial de dumping : pour éviter la fuite des capitaux, les pays les plus développés et les plus sociaux sont conduits à réduire à leur tour leur fiscalité sur les entreprises et les hauts revenus et à abaisser leurs coûts salariaux et leur arsenal réglementaire, de façon  à s’aligner progressivement sur les pays les moins-disant.

Dans les pays occidentaux, la mondialisation, de ce fait, a produit des effets fortement contrastés. Les gagnants en sont les détenteurs de capitaux et les hauts revenus, qui ont bénéficié d’une part de la réduction considérable des coûts salariaux grâce aux délocalisations et, d’autre part, de la baisse tendancielle des impôts sur les bénéfices des entreprises et sur les hauts revenus. Symétriquement, les perdants de la mondialisation sont les salariés, victimes des délocalisations et du chômage massif d’une part ; et d’autre part, pour ceux qui ont conservé un emploi, des effets du dumping salarial et social.

Ajoutons que dans le cas de pays comme la France, la monnaie unique a accentué les effets de la mondialisation. L’euro, en effet, a rendu impossible une dévaluation compétitive vis-à-vis des pays avec lesquels la France accuse un déficit permanent des échanges extérieurs (en premier lieu l’Allemagne). Ce moyen étant désormais inutilisable, la compétitivité ne peut être rétablie qu’en faisant baisser le coût salarial (ainsi que les impôts et charges des entreprises).

En s’inscrivant strictement dans la logique de la mondialisation, la politique préconisée par F. Fillon aura pour effet (et pour objectif) d’améliorer encore la situation des gagnants de la mondialisation et de dégrader celle des perdants.

 

  • Le candidat de la droite demande à ceux qui travaillent de travailler davantage : pas un mot sur les assistés

M. Fillon va demander aux salariés, aussi bien dans le privé que dans le public, de travailler plus de 35 heures. Les salaires, eux, devront ne pas augmenter dans les mêmes proportions que le temps de travail. D’autre part chacun devra travailler plus longtemps : l’âge minimal de départ en retraite sera repoussé progressivement de 62 à 65 ans. Quant aux chômeurs, M. Fillon envisage d’en réduire le nombre par la baisse du coût salarial et par l’assouplissement des règles d’embauche et de licenciement.

Là encore cette politique nous paraît fortement contestable. Il existe en effet depuis des décennies toute une partie de la population qui s’est installée dans la non activité volontaire et dans l’assistanat.

C’est ainsi qu’une partie non négligeable (on parle de la moitié !) des bénéficiaires du RSA perçoivent cette allocation depuis plus de 10 ans (parfois depuis la création du RMI il y a trente ans).

De même plusieurs centaines de milliers  d’emplois disponibles ne sont pas pourvus (en particulier dans le BTP). Il existe donc un chômage volontaire important et un phénomène massif d’assistanat, dont M. Fillon ne dit rien. C’est à ceux qui travaillent et qui financent l’assistanat que M. Fillon demande de travailler davantage.

Ajoutons cette remarque. Pour assainir les finances sociales, M. Fillon envisage de diminuer les remboursements à la charge de la sécurité sociale. Le relai devra être pris par les mutuelles, dont les cotisations augmenteront dès lors nécessairement. Là encore ceux qui travaillent ou qui bénéficient d’une pension de retraite devront cotiser davantage. Tandis que les assistés, eux, bénéficient de la CMU, c’est-à-dire d’une mutuelle gratuite payée par l’Etat.

Il faudrait bien sûr faire l’inverse de ce que propose M. Fillon et mettre fin à l’assistanat (en limitant le RSA à quelques mois, en réduisant la durée d’indemnisation du chômage) et obliger toutes les personnes valides d’âge actif à travailler : la situation des finances publiques en serait par là-même immédiatement assainie.

 

  • M. Fillon demandera aux Français des efforts accrus : alors que l’arrêt de l’immigration et le départ d’une partie des immigrés permettraient de régler la plupart de nos difficultés

M. Fillon, comme l’ensemble de la classe politique, se promet de combattre le djihad avec fermeté. C’est bien le moins ! Il n’a aucune intention en revanche de remettre en cause l’immigration. Or, pour s’en tenir aux seules questions économiques et sociales, l’immigration est l’une des causes principales de nos difficultés.

L’immigration tout d’abord explique une grande part des difficultés de financement des dispositifs de protection sociale. Du fait de leur situation sociale peu favorable, de leur taux de chômage élevé et de leur natalité particulièrement dynamique, les immigrés bénéficient fortement des services publics : aide sociale, santé, éducation, logement… Dans le même temps et pour les mêmes raisons ils cotisent peu et paient peu d’impôts.

En outre une partie des immigrés étant en situation irrégulière, ils travaillent clandestinement, « au noir », et ne payent pas d’impôts ni de cotisations.

Les immigrés, troisièmement, pèsent fortement sur les comptes publics (secteurs de la justice, de la police…) du fait de leur sur-délinquance.

Quatrième point. Les immigrés occupant une grande partie des emplois peu ou pas qualifiés, leur présence pèse à la baisse sur les salaires, ce qui contribue à décourager les Français de souche d’occuper ces emplois et les incite à préférer l’assistanat. Le dispositif des travailleurs détachés d’Europe de l’Est vient accroître encore le phénomène.

Doit enfin être pris en compte pour dresser le bilan économiquement négatif de l’immigration le fait qu’une partie des revenus des immigrés ne sont pas consommés ou investis en France mais envoyés dans les pays d’origine.

Résumons : M. Fillon se propose de régler les difficultés économiques et sociales (chômage, déficits publics…) en laissant de côté l’une de leurs causes principales.

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M. Fillon a annoncé ses intentions sans ambiguïté. Il favorisera les intérêts de la classe dominante, laissera tranquilles les immigrés et fera porter les sacrifices sur les Français de souche des classes moyenne et populaire.

Il faudrait faire l’inverse de ce que promet M. Fillon. Mettre en place entre les pays fondateurs de la construction européenne une Europe qui se protège de la mondialisation. Mettre fin à l’assistanat, pour assainir et consolider l’Etat et les services publics. Arrêter l’immigration et inciter au départ une partie importante des immigrés présents.

Pour l’instant, malheureusement, aucun candidat à la présidentielle ne met en avant ce type de programme.

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