Haro sur les cheminées, les vaches et les automobilistes : petite leçon de propagande

Chronique de Paysan Savoyard

(n°167 – janvier 2017)

 

Trois bonnes résolutions pour ce début d’année : Ne plus brûler de bois dans la cheminée. Ne plus manger de viande. Laisser sa voiture au garage. Tels sont les commandements qui s’imposent à qui veut se comporter de façon éco-responsable, adopter un comportement citoyen et s’engager pour le développement durable.

Les cheminées à feu ouvert polluent, en effet, et leur efficacité énergétique est faible. Les élevages de bovins produisent du méthane, qui contribue à l’effet de serre. Les voitures fabriquent du CO2, autre gaz de même conséquence.

Ces recommandations écologistes partent donc d’une bonne intention. Elles n’en sont pas moins contestables et suspectes.

 

  • Les saints commandements écologistes mettent abusivement tout le monde dans le même sac

Les commandements environnementaux bien-pensants sont contestables parce qu’ils amalgament dans une condamnation indistincte des situations et des comportements sans rapport entre eux

La pollution atmosphérique est causée par le chauffage urbain, l’activité industrielle et les transports. Dans ce total les cheminées à feu ouvert ne représentent qu’une partie infime et négligeable de la production de CO2.

De même l’élevage de bovins contribue certes à la pollution atmosphérique. Mais les sources majeures de pollution sont les élevages intensifs de centaines de têtes, en Amérique du Sud et du Nord, en Hollande, en Allemagne… Il est absurde de mettre en cause dans le même mouvement les exploitations « hors-sol » de l’agro-industrie et les éleveurs de l’agriculture traditionnelle, ou ce qu’il en reste.

Quant aux voitures,  elles sont dans tous les cas une source de pollution, c’est entendu. Mais là encore mettre tous les automobilistes dans le même sac est intellectuellement malhonnête. Ce qui est contestable c’est l’utilisation de la voiture dans les grandes villes, où il est possible de mettre en place des transports en commun. En région parisienne, la pollution automobile est une conséquence de la croissance continue de l’agglomération, qui résulte elle-même de la concentration des emplois à Paris et dans quelques métropoles et de l’attribution de permis de construire de plus en plus loin du centre : ce sont ces politiques qui sont contestables. En revanche l’utilisation de la voiture en milieu diffus (hors grande agglomération) est indispensable et positive.

 

  • Les condamnations écologistes tout azimut visent à dissimuler les enjeux véritables

Les commandements écologistes désignent des cibles injustifiées dans le but de dissimuler les vrais enjeux.

En matière agricole, la propagande écologiste dénonce «  la viande » indistinctement. Elle évite ainsi que soit mis en cause de façon précise le principe de l’agriculture intensive, dédiée à la production de masse et à l’exportation. Ce modèle d’agriculture, qui a été mis en place en Europe dans les années soixante à l’imitation des Etats-Unis, a ruiné l’agriculture traditionnelle. Il a provoqué des pollutions de diverses natures, la désertification des parties non rentables du territoire et la destruction de nombreux emplois agricoles. Il est en outre à l’origine d’une production alimentaire probablement nocive pour la santé humaine.

De même la grande distribution, étroitement associée au système d’agriculture intensive, dégrade l’environnement notamment urbain. De même enfin la mondialisation des échanges agricoles élimine partout dans le monde la paysannerie traditionnelle, alimente l’exode rural, détruit l’indépendance alimentaire et déstructure les sociétés. Ce sont ces mécanismes et ces politiques qui méritent d’être débattus et mis en cause et non « la consommation de viande » de façon indistincte.

En matière de transport, culpabiliser tous les automobilistes de façon globale évite de faire porter le débat sur le phénomène de croissance des grandes agglomérations, qui augmente la durée des trajets domicile-travail et implique une augmentation de la circulation automobile.

Plutôt que l’automobile en soi, il faudra mettre en cause là encore la mondialisation et les délocalisations, qui entraînent une explosion des transports : il faut en effet acheminer vers l’Europe les produits qui y sont consommés et qui sont désormais dans presque toujours fabriqués en Asie.

Outre la croissance des transports qu’elle suppose, la mondialisation alimente également la pollution en ce qu’elle conduit à localiser la production industrielle dans les pays qui ne respectent aucune règle environnementale.

Il faudrait mettre en question, de même, les méthodes de production « à flux tendus » adoptées par les entreprises, qui leur permettent de faire l’économie des stocks. Ces méthodes de « zéro stock » impliquent de mettre en oeuvre des norias de camions : les stocks ne sont plus dans les hangars mais sur les routes.

Il faudrait mettre en débat la politique du tout TGV poursuivie par l’Etat et la SNCF depuis trois décennies, qui a contribué à ce que 80 % du fret soit désormais transporté par la route (il y a trente ans 80 % du fret était transporté par chemin de fer).

De même encore en matière de transport, on culpabilise l’automobiliste tandis qu’on fait tout pour développer le transport aérien, lui-même fortement polluant.

Surtout les objurgations écologistes évitent soigneusement de désigner la cause principale de la pollution et de la dégradation de l’environnement : l’augmentation folle de la population mondiale. Aussi bien en France qu’à l’échelle de la planète, l’augmentation continue de la population est le facteur principal de toutes les dégradations apportées à l’environnement puisqu’elle induit une hausse continue de la production industrielle, de la production alimentaire, du transport et du chauffage urbain.

La population mondiale augmente pour l’essentiel en Asie et en Afrique : elle entraîne une immigration importante qui se dirige pour l’essentiel vers l’Europe. Rappelons qu’en France, la population française qui était de 50 millions en 1968 (France métropolitaine) atteint désormais 63 millions et continue à augmenter. Cette forte augmentation est due exclusivement à l’immigration. Compte tenu de la natalité de la population de souche, la population en France et en Europe aurait sans immigration cessé d’augmenter depuis déjà plusieurs décennies.

 

  • Culpabiliser les Français moyens pour éviter la mise en cause de la classe dirigeante

La mise en cause des soirées au coin du feu, des barbecues de l’été et de la voiture pour aller chercher le pain ont pour objectif de rendre chacun coupable. Le but est de culpabiliser les Français moyens, pour les inhiber, les fragiliser et les empêcher de mettre en cause les responsables des politiques d’ensemble. Chacun doit se sentir coupable de quelque chose. Et à celui qui voudra mettre en cause les responsabilités de la classe dirigeante, les journalistes, les intellectuels et les militants répondront : « Et toi tu fais quoi ? ». Les chiens de garde du Système ajouteront : « Avant de mettre en cause les autres il faut d’abord examiner son propre comportement. Ne pas voir la paille chez les autres et oublier la poutre chez soi ». Et les Français moyens, honteux, désemparés, désarçonnés par ces sophismes, ne sauront plus quoi dire…

Le Système utilise le même mécanisme de culpabilisation (voir cette chronique) avec le domaine de la sécurité routière. Pour différentes raisons la classe dirigeante choisit délibérément le laxisme en matière de délinquance. La propagande routière vise à culpabiliser l’automobiliste moyen et à lui faire croire qu’il est lui aussi un délinquant  : l’assimilation des automobilistes au monde de la délinquance inhibe les Français moyens et leur interdit toute révolte contre la politique de laxisme envers les voyous et les bandits.

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Ajoutons ce dernier élément. Les commandements écologistes sont aussi le reflet des parti-pris sociologiques et idéologiques de leurs inspirateurs. Les écolos sont des urbains et des libertaires. Ils se méfient du monde rural, trop souvent réactionnaire. Ils détestent aussi, et jalousent, les bourgeois traditionnels, fiers de la cheminée de leur résidence normande ou de leur domicile versaillais.

Les écolos bobos urbains habitent le centre de Paris et peuvent donc se dispenser de voiture. Ils prennent en revanche fréquemment le TGV pour leur WE à Toulouse ou Amsterdam, l’avion pour leurs escapades à Berlin ou Barcelone.

Le voyageur du transport aérien est d’ailleurs porté aux nues par l’ensemble de la classe dominante, paré qu’il est de toutes les vertus. Acteur de la mondialisation, il discute parts de marché à Francfort, plan marketing à Dubaï, avant de filer à Londres pour le WE en famille. Cultivé, moderne, curieux de tout, friand de rencontres avec l’Autre, il efface les frontières d’un coup d’aile : l’usager du transport aérien est un citoyen du monde.

Il méprise in petto ce français cadre moyen, qui après le métro et le trajet en train, au volant de sa voiture dans les encombrements, rejoint en sa banlieue chaque soir son lotissement.

 

Bonne année aux lecteurs du blog. Merci de votre fidélité. Paysan Savoyard

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