Le Système veut éliminer F. Fillon, incarnation de la France Française

Chronique de Paysan Savoyard

(n°172 – février 2017)

 

On ne sait pas ce qu’il adviendra de la candidature de F. Fillon : tout le Système s’est mobilisé pour l’évincer et ainsi dégager la voie d’E. Macron, le candidat adoubé par l’oligarchie.

La candidature de F. Fillon ne nous enthousiasme pas à plusieurs égards. Nous ne partageons pas son positionnement conservateur (voir cette chronique). Ses intentions concernant le sujet majeur et vital de l’immigration sont des plus timorées. Quant à son programme de purge libérale, il ne correspond pas aux intérêts de la majorité de la population et n’est pas adapté aux principaux enjeux du moment (voir cette chronique).

Mais l’opération de déstabilisation de grand style dont F. Fillon fait l’objet montre que sa candidature a également une autre dimension.

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F. Fillon a utilisé au mieux de ses intérêts privés les crédits alloués aux parlementaires pour l’exercice de leur mandat. Il a employé des membres de sa famille comme assistants. Le contenu de l’emploi qu’occupait son épouse était manifestement flou. Sa société de conseil délivrait probablement des prestations de pure forme à de riches clients désireux de soutenir sa carrière, en espérant de sa part un retour sur investissement le moment venu. Quoique légales ces pratiques sont sans doute moralement contestables. Mais tous les politiciens se livrent à des turpitudes comparables. Les emplois fictifs, par exemple, sont légions dans les assemblées, dans les collectivités territoriales, dans les instances de la sécurité sociale, dans les associations subventionnées, dans les hauts comités, les hautes autorités et autres conseils supérieurs. F. Fillon, de ce point de vue, n’est évidemment pas pire que les autres.

F. Fillon avait fait une partie de sa campagne des primaires sur le thème de l’intégrité. Les révélations qui le touchent fragilisent sans doute l’impact de ses proclamations vertueuses. Mais là encore tous ceux qui l’accusent aujourd’hui ne lui cèdent en rien dans le registre de la tartufferie.

F. Fillon a disposé de revenus relativement élevés grâce à sa carrière politique. Par le jeu de différents mécanismes (cumuls des mandats, avantages matériels, financement par des groupes d’intérêts…) la politique en France permet à quelqu’un qui à l’orée de sa carrière n’est qu’un fonctionnaire, un enseignant ou un assistant parlementaire de s’enrichir dans une certaine mesure. Faut-il s’en indigner ? Ce que nous contestons avant tout pour notre part ce sont les décisions prises par la classe politique depuis au moins quatre décennies, qui emmènent le pays à la catastrophe. Là est le problème. Qu’en revanche, à condition qu’ils dirigent le pays en vue de l’intérêt général, les politiciens puissent s’enrichir au cours de leur carrière ne nous choque pas outre mesure. Pourquoi les revenus des politiciens devraient-ils rester chiches alors que ceux des sportifs, des acteurs de cinéma et des dirigeants du CAC 40 atteignent des sommets d’indécence ?

On notera que le candidat favori du Système, E. Macron, ne fait pas l’objet, pour l’instant du moins, de la même curiosité inquisitoriale de la part des moralistes et des vertueux. Nous verrons dans les semaines qui viennent si les médias et la justice se penchent ou non sur les questions suivantes : Est-il normal quand on se dit de gauche d’aller pantoufler dans une banque d’affaires, de s’y ébattre dans les opérations du capitalisme financier et de devenir millionnaire en quelques années ? N’y a t-il pas mélange des genres et confusion d’intérêts lorsqu’on rejoint une banque d’affaire avec laquelle on était en contact en tant que fonctionnaire de l’inspection des finances ? Dans quelle mesure les crédits du ministère des finances ont-ils été utilisés pour servir la pré-campagne de M. Macron alors ministre ? Comment sont financées les réunions publiques  de grand format que M. Macron organise depuis plusieurs mois ?

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Ce qui est en jeu en réalité dans cette affaire n’est pas l’honnêteté de F. Fillon, ni le fait qu’il ait usé de pratiques peut-être contestables, ni encore le fait que la politique lui ait permis de disposer d’un train de vie relativement élevé. Il est, à ces différents égards, identiques aux autres politiciens. Si F. Fillon est pourchassé, c’est qu’il présente plusieurs caractéristiques qui le rendent détestable aux yeux de la classe dirigeante.

Sa situation de fils de notaire et de notable provincial ancré dans son terroir constitue une première provocation pour la bourgeoisie libérale-libertaire parisienne, mondialiste et nomade.

F. Fillon est un Français de souche intégral, autre caractéristique haïssable pour les libertaires cosmopolites.

Il est au surplus hétérosexuel, s’est opposé au mariage homosexuel et a été soutenu par la Manif pour tous. Voilà qui achève de le rendre insupportable à tous ceux qui pratiquent une sexualité « atypique » et dont la présence dans la classe dirigeante est grandissante.

Il n’est pas divorcé et n’est pas connu pour tromper sa femme, avec laquelle il a fondé une famille nombreuse. C’est tout ce que détestent les politiciens et l’ensemble des oligarques, qui profitent fréquemment de leur position pour appâter les stagiaires, assistantes et autres journalistes de trente ans moins âgées qu’eux, lesquelles de leur côté voient dans la fréquentation des pouvoirs un moyen privilégié d’accélérer leur carrière.

Provocation ultime, la plus scandaleuse de toutes sans doute, F. Fillon est chrétien. Pire encore il est catholique, le revendique et ose fréquenter les milieux monastiques.

C’en est trop décidément. Français de souche attaché aux traditions, chantre de la valeur travail, soucieux de la famille et catholique : pour les libéraux-libertaires et les cosmopolites, F. Fillon n’est pas loin d’incarner le mal absolu.

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Les Pierre Bergé, les Cohn-Bendit, les Attali, les Minc, les propriétaires des médias, la finance et le Cac 40, tout le Système arc-bouté a choisi son candidat, E. Macron, et cherche pour lui ouvrir la route à se débarrasser de F. Fillon dès avant le premier tour.

Dans la lutte que les Modernes mènent depuis deux cents ans contre tout ce qui se rattache à la société traditionnelle, F. Fillon représente une cible de choix, réunissant en sa personne plusieurs de ces traits de civilisation qu’ils veulent définitivement éradiquer.

 

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3 commentaires sur “Le Système veut éliminer F. Fillon, incarnation de la France Française

  1. Que Monsieur Fillon ait profité du système m’importe peu car nous n’en sommes plus à ça près .qu’il se soit couché devant Sarkozy peut aussi être compréhensible. Qu’en revanche on ne l’ait pas entendu pendant les 5 années du calvaire Hollande est symptomatique de son désintérêt du pays et de son renouveau d’intérêt par opportunisme politique. J’ai pour le moment du mal à croire qu’il veuille retrouver un semblant de souveraineté pour la France et qu’après s’être couché devant Sarkozy , il ne se couche pas devant L’UE.

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  2. Très bien !
    Parlez-nous maintenant de Fillon vu sous l’angle de son quinquennat sans relief en tant que premier ministre de Sarko de 2007 à 2012.
    Le seul « mot » qu’il s’est permis en cinq ans a été de dire qu’il dirigeait « un État en faillite ».
    J’attendais la suite avec intérêt – je n’étais sans doute pas le seul ! – mais rien n’est venu.
    Le « pauvre » s’était fait recadrer par son mentor. Et il n’a plus moufté tout au long des années suivantes.
    Bref, je le soupçonne d’être un opportuniste sans convictions, et surtout, sans colonne vertébrale.
    L’opportunisme chez lui est aussi démontré par ses agissements récemment révélés à propos des emplois fictifs (fictifs pour l’activité, mais pas pour les rémunérations et les indemnités de licenciement) de sa femme.
    Même si tous les autres autour de lui en ont croqué tout autant et sont aussi moralement compromis que lui, comprenez que c’est lui qui a été visé car il était (il ne l’est plus) en position de se faire élire dans un fauteuil.
    La seule possibilité pour lui serait de tout rembourser (environ un million d’Euros) et de renoncer à son salaire de Président de la République (s’il était élu), comme Trump.
    Certes, lui n’est pas milliardaire, mais beaucoup de particuliers se ferait un plaisir de lui faire des dons et les banques de lui prêter de l’argent à taux zéro.

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