Avec Macron, l’Anti-France en tête des sondages

Chronique de Paysan Savoyard

(n°174 – mars 2017)

 

A quelques semaines du premier tour, que dire de cette campagne présidentielle où chaque jour le risible le dispute à l’odieux, où tous les pouvoirs, institutions et groupes de pression de diverses natures sont mobilisés et instrumentalisés de façon encore plus voyante que d’habitude, où les vagues de trahisons et de ralliements s’entrechoquent provoquant un roulis émétique, où les coups de théâtre se succèdent sans relâche, sauvant l’intérêt de la pièce en dépit de la médiocrité de ses acteurs ?

De cette campagne présidentielle improbable et baroque, on peut tirer cet enseignement, provisoire espérons-le : la France Française est décidément mal partie.

 

  • Macron, candidat du Système, candidat anti-France

E. Macron est le candidat désigné par le Système pour poursuivre les politiques suivies depuis une quarantaine d’années : immigrationnisme, mondialisme économique, Europe libérale et mondialiste, politiques sociétales libérales-libertaires.

Il reçoit à ce titre le soutien de tous ceux qui, aux premiers rangs ou en coulisse, tirent les ficelles depuis des décennies, D. Cohn-Bendit, A. Minc, B. Attali, B. Kouchner ou encore E. Orsenna, probablement bientôt rejoints par B.H Lévy. Les propriétaires des médias, comme MM. Bergé et Drahi, votent Macron et le financent. D’autres représentants du grand patronat, comme L. Parisot, le soutiennent également. Les banquiers ne sont pas en reste, cela va sans dire, tel son ancien patron M. Rothschild. Nombre des supporteurs d’E. Macron imaginent provoquer un renouveau au motif que leur candidat est jeune et novice en politique. Ils vont en réalité voter très exactement comme le souhaitent les oligarques.

Au milieu du bouquet des déclarations enthousiastes en faveur de sa candidature, E. Macron enregistre quelques critiques portant sur l’imprécision relative de son programme. Il a pourtant annoncé la couleur dans la plupart des domaines essentiels. Il est favorable à l’Europe de Bruxelles. A la poursuite de la discrimination positive en faveur des banlieues. A la poursuite de l’immigration, qui est pour lui « une chance d’un point de vue économique, culturel, social ». Il n’a rien caché non plus des ressorts idéologiques qui l’animent en déclarant qu’il n’y a pas de culture Française ou que la France coloniale a été coupable de « crime contre l’humanité ». E. Macron n’est guère entouré de mystères : il est le candidat Anti France.

 

  • Fillon est-il un danger pour le Système ?

Après plusieurs semaines de turbulences, F. Fillon paraît désormais sorti d’affaire : sa candidature comme représentant de la droite est désormais inéluctable et confirmée par son parti. Rien ne dit cependant qu’il sera effectivement soutenu, dans la campagne et dans les urnes, par les juppéistes, sarkozystes et autres centristes. Nombre d’entre eux, de toute évidence, attendent la défaite de F. Fillon, après l’avoir favorisée, pour rejoindre officiellement E. Macron entre les deux tours.

Reste cette question. Pourquoi les accusations portées contre lui par la gauche ont-elles été reprises à leur compte de façon immédiate et presque unanime par les propres amis politiques de F. Fillon ? Pourquoi a-t-il été combattu aussi violemment au sein de son propre parti et continuera-t-il à l’être en sous-main ? Et ce alors-même que la défaite de la droite, que l’opération anti Fillon risque de provoquer, conduira les cadres et les élus des « Républicains » à devoir renoncer aux différents maroquins et sièges de députés qu’ils pouvaient ambitionner d’occuper. Il a fallu de toute évidence un motif extrêmement puissant pour que la plupart des cadres et des élus de droite choisissent ainsi ce qui apparaît comme une forme d’autodestruction.

La tentative de déstabilisation de F. Fillon menée au sein de la droite a-t-elle été motivée par la volonté de faire respecter la morale, que celui-ci aurait trahie ? Bien sûr que non. Les pratiques reprochées à F. Fillon ne sont que peccadilles pratiquées par l’ensemble des politiciens, qui pour nombre d’entre eux font bien pire. Les déclarations de vertu outragée de ceux qui ont mis en avant « l’exigence éthique » ne sont évidemment que tartufferie.

Les attaques anti Fillon étaient-elles motivées par la volonté d’éviter la défaite de la droite et de désigner un candidat mieux placé ? Evidemment non là encore. Si les attaques anti Fillon étaient restées limitées à la gauche et que la droite avait fait bloc et renvoyé ses adversaires à leurs propres turpitudes, elles auraient été de peu d’effet. C’est au contraire le fait que de nombreux responsables de droite ont immédiatement repris à leur compte les accusations de la gauche qui, avant tout, a provoqué la baisse de F. Fillon dans les sondages.

La fronde anti Fillon résulte-t-elle tout simplement de la vindicte personnelle éprouvée par A. Juppé et N. Sarkozy, qui ont vu là l’occasion de revenir dans le jeu malgré leur défaite à la primaire ? Il est effectivement probable qu’A. Juppé en particulier a personnellement tenté de déstabiliser F. Fillon en espérant être appelé comme recours. Mais cela n’explique pas l’attitude de tous les cadres et élus de second rang qui ont attaqué F. Fillon et que la défaite de la droite risque d’évincer des cercles du pouvoir d’Etat pendant cinq années supplémentaires.

Une raison importante de la fronde anti Fillon est que celui-ci incarne à plusieurs égards des valeurs et des positionnements que le Système réprouve et veut éradiquer. Fillon est en effet perçu par celui-ci comme trop conservateur, trop ouvertement catholique, trop France Française (voir cette chronique). L’affaire Fillon vient illustrer ce qu’avait déjà mis en évidence l’épisode de la Manif pour tous. La droite libérale-libertaire d’un côté et, de l’autre, la droite conservatrice qu’incarne F. Fillon n’ont pas grand-chose en commun. La première, qui plus est, est islamo-tolérante, tandis que F. Fillon a utilisé un vocabulaire inhabituellement ferme pour affirmer son intention de combattre « l’islamo fascisme » et le « totalitarisme islamique ». C’est aujourd’hui en E. Macron que se reconnaît la droite libérale-libertaire et islamo complaisante, bien davantage que dans le conservateur vieille-France qu’est F. Fillon.

Il y a également une deuxième raison probablement décisive à l’hostilité que suscite F. Fillon dans son propre camp. F. Fillon entretient en effet des relations personnelles avec W. Poutine et a manifesté sa volonté de procéder s’il est élu à un rapprochement diplomatique avec la Russie. Ce positionnement ne peut que susciter l’hostilité des Etats-Unis et de tous ceux, et ils sont nombreux, qui, à droite comme à gauche, sont en France leurs têtes de pont et leurs agents d’influence.

Mais il nous semble que ces deux explications, pourtant extrêmement puissantes, sont tout de même encore insuffisantes pour expliquer l’hostilité que F. Fillon a réussi à susciter au sein de son propre camp. Peut-être la guerre anti Fillon recouvre-t-elle une dernière dimension.

On peut se demander si les cadres de la droite n’ont pas eu le sentiment que peut-être F. Fillon pourrait être tenté de droitiser fortement son discours et son projet et d’adopter un positionnement anti Système, avant l’élection ou une fois élu. Peut-être ont-ils senti, à tort ou à raison, qu’ils étaient en présence avec le solitaire et mystérieux F. Fillon d’une personnalité imprévisible et incontrôlable. Peut-être les cadres de la droite ont-ils estimé que F. Fillon pouvait être capable une fois élu de remettre en cause le pacte implicite qui unit gauche et droite depuis quarante ans et les conduit à poursuivre la même politique à tour de rôle à la faveur d’alternances factices. Peut-être les hiérarques de la droite éprouvent-ils l’impression que F. Fillon est capable de vouloir remettre en cause certains des fondamentaux définis par l’oligarchie depuis quatre décennies. L’appartenance à l’UE. L’appartenance à l’OTAN. L’ouverture des frontières économiques et physiques. La mise à l’écart du Front national. Peut-être les cadres de la droite, contrôlés et instrumentés par les principaux oligarques du Système français, préfèrent-ils à tout prendre la défaite de la droite et la victoire d’E. Macron, plutôt que de courir le risque de laisser élire un imprécateur tenté par une politique de rupture anti Système ?

Si l’état d’esprit des cadres et élus de la droite est bien celui que nous pressentons, peut-être prêtent-ils à F. Fillon des intentions et des potentialités que celui-ci n’a jamais envisagées. Peut-être le halo de mystère que F. Fillon a su créer autour de sa personne ne recouvre-t-il tout simplement qu’une ambition personnelle aussi impérieuse que banale, un égotisme sans hauteur de vue, un arrivisme sans principe ? Qui est finalement F. Fillon ? La question reste ouverte nous semble-t-il.

Pour l’instant en tout cas, F. Fillon a manifestement décidé de ne procéder à aucune rupture. Il n’a pas persisté dans la mise en cause des juges et des médias qu’il avait esquissée dans les premiers jours de l’affaire Pénélope. Il a eu tort à notre avis. Il aurait dû continuer à dénoncer les tentatives opérées par les journalistes et les juges aux ordres pour peser sur les élections au profit du candidat adoubé par le Système.

De même F. Fillon maintient le projet de purge libérale sur lequel il a fondé sa candidature dès l’origine. C’est également une erreur. Ce projet est contraire aux intérêts du plus grand nombre et inadapté aux enjeux du moment. S’il avait plutôt choisi de dénoncer les médias, les juges et les oligarchies et axé son discours sur l’immigration et la sécurité, comme l’a fait D. Trump, comme l’avait fait également N. Sarkozy, F. Fillon aurait pris des voix à M. Le Pen et aurait distancé largement E. Macron.

 

  • La France Française une fois encore divisée

Les électeurs de droite et ceux du Front national sont en désaccord sur l’économie. Les premiers, souvent bourgeois, souvent d’âge mûr, soutiennent les politiques libérales. Les seconds, plus jeunes, souvent salariés, de milieux populaires et classe moyenne, sont pour la plupart favorables à des politiques sociales et hostiles à la mondialisation.

Mais la majorité des électeurs de droite et du Front national ont un commun une même préoccupation fondamentale, dont l’enjeu est autrement plus lourd que les questions économiques : les conséquences catastrophiques de l’immigration et la menace mortelle que celle-ci représente. La majorité des électeurs de droite et du Front national, voudraient avant tout la même chose : l’arrêt de l’immigration et le retour à l’ordre.

Or une fois encore, leurs partis respectifs se combattent. F. Fillon désigne M. Le Pen comme son principal adversaire. Celle-ci de son côté estime que c’est face à E. Macron au second tour qu’elle peut obtenir son meilleur score et peut-être même l’emporter.

Relevons au passage cette bizarrerie dans les sondages que l’on nous présente. M. Le Pen se situerait aux environs de 26 % au premier tour et passerait à plus de 40 % au second (44 même selon certaines enquêtes). En admettant que les sondages soient exacts et ne sous évaluent pas le score de M. Le Pen au premier tour ou ne le surévalue pas au second, comment peut s’expliquer une progression aussi forte entre les deux tours ? Qui sont les électeurs qui rejoindraient aussi nombreux M. Le Pen à l’issue du premier tour ? Evidemment pas les électeurs de B. Hamon ou de Jl. Mélenchon. Les abstentionnistes ? Mais pourquoi se mettraient-ils à voter en masse au deuxième tour pour M. Le Pen davantage qu’au premier ?

L’explication de la très forte progression de la candidate du FN entre les deux tours nous paraît être la suivante. Dans le cas où M. Le Pen serait au second tour opposée à E. Macron, une part importante des électeurs de F. Fillon se reporteraient sur elle. Dans l’hypothèse où elle serait opposée à F. Fillon, les sondages indiquent qu’elle obtiendrait un score encore supérieur : cela signifie que la plupart des électeurs d’E. Macron et des candidats de gauche ne se reporteront pas sur F. Fillon s’il accède au second tour et préfèreront s’abstenir.

De la spectaculaire progression de M. Le Pen entre les deux tours qu’annoncent les sondages, on peut donc tirer cette double conclusion. Elle confirme premièrement que de nombreux électeurs de droite et du Front national sont proches les uns des autres sur l’essentiel, puisque M. Le Pen bénéficierait d’un report important des électeurs de F. Fillon en cas de défaite de celui-ci à l’issue du premier tour.

Il existe en revanche, deuxièmement, une fracture nette et irréversible entre l’électorat droitier (droite conservatrice et FN) d’une part et l’électorat de gauche et centriste d’autre part, puisque la majorité de celui-ci s’abstiendrait dans le cas où le second tour opposerait F. Fillon et M. Le Pen. Les choses peuvent être dites autrement : pour l’électorat centriste et l’électorat de gauche, F. Fillon est perçu comme peu différent de M. Le Pen.

Tout cela nous conforte dans l’idée que l’électorat « populiste », celui de la droite conservatrice et celui du Front national, est très probablement majoritaire. Qu’il est orphelin une fois de plus d’un candidat unique qui le représenterait. Et qu’il risque une fois encore à l’issue de cette élection d’être laissé de côté.

**

On apprend que le Système a accordé les parrainages nécessaires à F. Asselineau, obscur candidat souverainiste, afin de lui permettre de capter les quelques dizaines de milliers de suffrages qui pourraient suffire à éliminer F. Fillon. L’opération montée par l’oligarchie pour porter E. Macron au pouvoir continue à déployer ses différents volets.

Quant à M. Le Pen, malheureusement, elle ne prendra pas le tournant stratégique que nous lui suggérions (voir notre chronique précédente). Quelle conclusion en tirerons-nous pour notre part ? A suivre dans notre prochaine chronique.

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Un commentaire sur “Avec Macron, l’Anti-France en tête des sondages

  1. Paysan savoyard écrit:
    « F. Fillon entretient en effet des relations personnelles avec W. Poutine et a manifesté sa volonté de procéder s’il est élu à un rapprochement diplomatique avec la Russie. Ce positionnement ne peut que susciter l’hostilité des États-Unis »
    Avec Trump qui a lui aussi l’intention de réchauffer les relations des US avec la Russie, cette explication ne devrait pas tenir.
    Il me semble que les valets des nouveaux US républicains en France devraient préférer Fillon à Macron.
    Mais l’ancien système Obama-Clinton, encore très puissant aux US, l’est probablement tout autant en France. Les valets auxquels je fais allusion sont certainement rares, ou même n’existent pas.
    Ainsi selon l’explication donnée, les élus de droite iraient volontairement à l’abattoir politique.
    J’ai du mal à le croire.
    Par contre, en faisant chorus avec la gauche pour démolir Fillon ils espéraient, ainsi que les médias, le recours à Juppé. N’oublions pas que Juppé était largement le favori du Système avant les primaires.
    Manque de bol, ça n’a pas marché. Situation embarrassante pour eux.
    Mais après tout, ça n’est, ça ne sera qu’un reniement de plus, ça s’oublie vite.
    Quant à Asselineau, je trouve qu’il a des idées intéressantes. Oui. Mais il y a dans son positionnement une contradiction majeure qui suffit pour moi à l’éliminer : anti-européiste, il est quand même immigrationniste.
    À moins que ce ne soit pour lui qu’un moyen de se différencier du FN.
    Autrement, on ne voit pas pourquoi il ne joindrait pas ses (maigres) forces précisément au FN.

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