Voter Fillon pour éviter Macron, le candidat du Système, le candidat anti-France

Chronique de Paysan Savoyard

(n° 177 – avril 2017)

 

Marine Le Pen met en avant pour cette dernière semaine de campagne le thème de la submersion migratoire. Elle affirme que l’immigration est un drame. Cela doit vous convenir ?

Paysan Savoyard. Oui elle insiste sur ce thème et utilise enfin les expressions qui conviennent. Mais elle le fait dans les tous derniers jours parce que les sondages indiquent un tassement des intentions de vote. Alors que jusque-là elle avait laissé la question de l’immigration au second plan. Elle a fait la quasi-totalité de sa campagne sur les questions économiques et sur l’euro, qui, à l’aune de l’invasion migratoire, sont des questions secondaires, et auxquelles de surcroît personne ne comprend grand-chose. Elle défend également depuis des années des positions perçues comme anti européennes, alors que la majorité des Français sont favorables à l’union des européens. Donc c’est un peu tard pour se recentrer sur l’immigration, le mal est fait.

En outre les mesures qu’elle compte prendre sur l’immigration sont gravement insuffisantes au regard de l’enjeu. Décider un moratoire de quelques semaines sur l’immigration pour évaluer les flux de façon précise. Geler les crédits de l’Aide médicale d’Etat. Expulser les fichés S. Fixer un solde migratoire de 10 000 par an. Tout cela est dérisoire. Alors qu’il faudrait non seulement arrêter immédiatement toute immigration mais réduire significativement et d’urgence le nombre de ceux qui sont déjà là et qui nous ont été imposés. Bref, M. Le Pen a fait une mauvaise campagne.

Vous dites qu’elle fait une mauvaise campagne. Pourtant elle s’apprête manifestement à battre son score de 2012. Et c’est aussi la candidate dont l’électorat est le plus solide.

P. Sav. Oui c’est un paradoxe. Les erreurs de positionnement de Mme. Le Pen n’empêchent pas ses électeurs de lui être massivement fidèles. Ils votent pour elle malgré ses positions sur l’euro ; malgré son discours confus et pusillanime sur l’immigration ; malgré la transformation du FN, sous l’impulsion de Philippot, en un parti souverainiste orienté à gauche qui ne correspond pas à ce que veulent ses électeurs. La raison de cette situation paradoxale est simple. Grâce à Jean-Marie Le Pen le FN bénéficie d’une très forte image : c’est le parti des Français de souche, celui qui a mis en garde la société française pendant des décennies contre le danger mortel que constitue l’immigration. Les événements confirmant tous les jours ces prédictions, Marine Le Pen continue à  bénéficier de l’image du FN construite pendant des décennies, malgré ses erreurs de jugement majeures. En un mot les électeurs de Marine Le Pen lui font toujours crédit d’un positionnement qui n’est plus le sien.

Mais si Marine Le Pen tenait un discours beaucoup plus dur contre l’immigration, elle ferait l’objet d’un rejet encore plus net de tous ceux qui dénoncent d’ores et déjà le FN comme un parti populiste, anti-républicain voire fascisant ?

P. Sav. Je crois l’inverse. Tous les Français savent bien que l’immigration est la question majeure. Tous les Français sentent bien que l’immigration fait courir un danger vital. Mais tout le monde veut éviter la guerre civile et la violence. C’est pourquoi les gens votent pour des candidats qui tiennent un discours d’apaisement… tout en sentant bien qu’il est illusoire : les Français aspirent à la paix et votent pour des candidats qui la leur promettent, tout en sachant que ces candidats mentent et que l’apaisement est impossible. Sur cette question vitale, les Français sont donc dans une position parfaitement schizophrénique : nous avons là, je pense, la source principale de la déprime et du pessimisme des Français. De même aussi la source majeure du scepticisme des Français à l’égard des politiciens.

Le FN ne sert à rien s’il reprend le discours mensonger et lénifiant de la totalité de la classe politique. Son rôle devrait être, premièrement, de dénoncer sans détours l’invasion et le grand remplacement, sans chercher à se dissimuler et à avancer masqué. Il devrait annoncer deuxièmement les mesures très fortes qu’il faudrait prendre pour arrêter l’invasion et inciter une partie des immigrés à repartir. Il faudrait, troisièmement, montrer dans le même temps aux Français que cette politique d’arrêt de l’invasion pourrait se faire sans affrontements majeurs. Et que c’est au contraire en ne prenant pas rapidement ces mesures fortes que l’on prépare les affrontements futurs. Mais nous reviendrons sur cette question de la stratégie du FN plus tard. Après la défaite.

Tous les sondages donnent M. Le Pen systématiquement battue au second tour. Vous les croyez fiables sur ce point ?

P. Sav. Oui elle sera battue, et largement. Mais les erreurs de positionnement de Mme. Le Pen, dont je viens de parler, ne sont pas la cause première de cet échec prévisible. La cause première est ailleurs et elle est toute simple : Marine Le Pen n’a pas de stature présidentielle. Elle n’incarne pas la fonction. Elle n’a pas la personnalité qui convient. Il faut une retenue, une maîtrise de soi-même, une certaine profondeur, une forme de gravité que chacun doit ressentir. Elle en est dépourvue. Or dans une élection présidentielle ce qui compte avant tout, avant les programmes, avant les promesses, avant les discours, c’est la personnalité du candidat.

Hollande a été élu et personne ne pensait qu’il pouvait posséder une dimension présidentielle…

P. Sav. C’est vrai. Mais il a été élu par défaut, parce que la personne de Sarkozy était rejetée. C’est donc bien la dimension personnelle qui a prévalu dans le jugement des électeurs. Au bénéfice de Hollande. Cette fois-ci il y a d’autres candidats crédibles, comme Fillon et même Macron. Et Mme Le Pen, elle, ne l’est pas.

Les sondages montrent que les quatre premiers candidats sont très proches les uns des autres. Les résultats du premier tour sont donc hautement imprévisibles. Vous pensez que tous les scénarios sont possibles à l’issue du premier tour ? Un second tour Le Pen-Mélenchon par exemple ?

P. Sav. Je n’ai pas cessé de me tromper au cours de cette campagne. J’ai pensé que Juppé gagnerait la primaire, que Sarkozy se présenterait tout de même et qu’il y aurait donc deux candidats de droite. Je me suis trompé. J’ai pensé que Hollande serait de toute façon candidat. Erreur là encore. Je vais tout de même me risquer à faire un nouveau pronostic. Je ne crois pas une seconde que Mélenchon puisse être au deuxième tour. Le communisme ne pèse pas 19 % dans l’électorat. Il fera un score comparable à celui de 2012, où il avait fait 11 %. Au dernier moment les électeurs vont voter utile.

Que ferez-vous pour votre part ?

P. Sav. Pendant des décennies la vie politique française voyait s’affronter la bande des quatre : PC, PS, UDF RPR. Et l’on disait qu’il fallait choisir au premier tour et éliminer au second. Cette fois-ci l’élection risque de se jouer dès le premier tour. Si comme c’est probable M. Le Pen est au second tour, c’est son adversaire, Fillon ou Macron, qui sera élu. Les deux seuls candidats réellement présidentiables étant Fillon ou Macron, il faut donc éliminer l’un des deux dès le premier tour. Je choisis Fillon, pour espérer barrer la route à Macron.

Pourquoi Fillon ? Je croyais que vous étiez en désaccord avec son projet de purge libérale ?

P. Sav. Macron est le candidat choisi par le Système pour poursuivre la politique suivie depuis quarante ans : mondialisation économique, réformes libérales-libertaires et immigration. Je choisis Fillon, qui me paraît, et de loin, moins pire.

Sur la question de la mondialisation, Fillon et Macron ont les mêmes positions. Ils sont tous les deux libéraux, mondialistes et partisans d’une Europe intégrée à la mondialisation. Je suis certes en désaccord avec les positions économiques de Fillon et ses projets dans ce domaine : mais les positions de Macron sont identiques.

Sur les enjeux sociétaux, Macron accentuera les évolutions libertaires. Par exemple sur la GPA. Fillon lui est soutenu par la Manif pour tous. Et il s’est déclaré chrétien. C’est d’ailleurs la cause première de la détestation qu’il provoque au sein de l’oligarchie.

Surtout il y a entre eux des différences substantielles sur la question majeure, celle de l’immigration et de l’identité. Fillon déclare vouloir maîtriser le flux migratoire et défendre l’identité française. Macron est le candidat de l’anti-France.

C’est-à-dire ?

P. Sav. Macron a multiplié les déclarations explicites. Il a dit qu’avec la colonisation la France avait été coupable de crime contre l’humanité ; et il l’a dit qui plus est en Algérie, confortant les Algériens dans leur hostilité anti-française traditionnelle. Il a déclaré qu’il n’y avait pas de culture française, mais seulement l’addition des différentes cultures présentes sur le territoire ; et il l’a dit à Londres, capitale européenne du multiculturalisme. Il a dit qu’il était favorable au développement des mécanismes de discrimination positive, de Testing et de Name and Shame, contre ce qu’il appelle le « racisme » et les « discriminations ». Il a affirmé que le représentant de son mouvement dans l’Essonne était certes « un islamiste radical mais que c’était un type bien ». A Marseille il s’est adressé aux « Algériens, aux Tunisiens, aux Maliens, aux Comoriens…, tous Français » selon lui. Macron vient de déclarer qu’avant que n’existe l’Europe de Bruxelles « la France était une vallée de larmes ».

Et surtout, surtout, Macron a déclaré sans ambages que « l’immigration est une chance sur le plan économique, social et culturel ». Pour les Français de souche européenne qui veulent rester maîtres chez eux, rester majoritaires dans leur propre pays et préserver leur identité et leur civilisation, Macron est un ennemi.

Et Fillon ?

P. Sav. Fillon lui a tenu des propos forts différents. Il a vanté l’identité Française et la défense de notre civilisation. Il a dénoncé les positions anti-françaises de Macron. En matière migratoire il a pris des engagements qui, s’ils étaient tenus, devraient freiner un peu la dégradation. Il a dit notamment qu’il fixerait des quotas votés annuellement, que les immigrés n’ayant pas obtenu l’asile seraient reconduits et qu’il augmenterait l’aide aux pays d’où sont originaires les immigrés sous condition que ces pays acceptent leurs nationaux expulsés de France. Tout cela n’est évidemment pas à la hauteur des enjeux. Mais c’est un moindre mal par rapport à l’immigrationnisme de Macron.

Qu’est-ce qui vous fait dire que F. Fillon tiendra ses engagements ? On se rappelle par exemple qu’au cours de la primaire il avait critiqué certaines déclarations de Sarkozy promettant des mesures de fermeté contre l’immigration …

P. Sav. Peut-être Fillon ne tiendra-t-il pas ses engagements. Au moins y-a-t-il des promesses, même si encore une fois elles sont très insuffisantes. De son côté Macron n’a aucune intention de réduire l’immigration, qu’il considère comme une chance. Entre les deux le choix est vite fait.

Vous voterez donc pour le candidat du moindre mal. Pourtant vous n’aviez pas fait le même choix en 2007 et en 2012, en votant contre Sarkozy au premier comme au second tour. Fillon vous paraît plus fiable que Sarkozy ?

P. Sav. Oui je crois. Il a toujours été patent que Sarkozy était un menteur. Avant d’être candidat en 2007, Sarkozy avait occupé plusieurs années le poste de ministre de l’intérieur et de l’immigration et y avait multiplié les mesures laxistes, qu’il a encore amplifiées une fois président. Sous son autorité ont été prises les mesures laxistes et immigrationnistes suivantes, la liste n’étant pas exhaustive : suppression de la double peine ; décision de rendre certains clandestins inexpulsables ; extension des cas où les peines de prison ferme peuvent être aménagées ; érection de Mayotte en département ; incitation des grandes entreprises à pratiquer la discrimination positive, en réaction aux émeutes de 2005 ; nomination de ministres issus de l’immigration, ainsi d’ailleurs que de ministres issus de la gauche, etc, etc. Sous son mandat, l’immigration légale a été plus importante encore qu’auparavant. Je ne crois pas que Fillon pourra trahir à ce point les Français de droite.

Autre différence : Sarkozy était soutenu par le Système. Cette fois le Système vomit Fillon. Il faut aussi tenir compte de leurs personnalités respectives. Sarkozy était un aventurier et un égomane sans foi ni loi. Fillon paraît tout de même par comparaison, plus fiable et plus sincère. Et puis c’est un Français de souche. Ce que n’était pas le cosmopolite Sarko.

Mais F. Fillon, finalement, pour ce qui est de l’immigration ne fera, au mieux que ralentir la dégradation sans l’enrayer. Cela ne contribuera-t-il pas à conforter les Français dans leur attitude léthargique et d’aveuglement volontaire. Ne vaudrait-il pas mieux laisser se produire une dégradation franche, pour provoquer au plus vite une réaction de défense des Français contre ce qui les menace ?

P. Sav. Laisser élire Macron en misant sur la politique du pire ? Je ne crois pas que cela soit une option rationnelle. Je pense que l’idéal serait un second tour Fillon-Le Pen. Je voterais alors pour M. Le Pen en espérant un score très élevé de sa part, pour faire pression sur Fillon une fois élu et lui montrer où se trouvent les attentes de la majorité des Français. La majorité des Français n’attendent pas une purge libérale : ils espèrent une remise en ordre et un arrêt de l’immigration.

En cas de duel Fillon-Le Pen, le score de M. Le Pen pourrait d’ailleurs être très élevé : parce que de nombreux électeurs de Macron ne se reporteront pas sur Fillon ; et parce qu’un certain nombre d’électeurs de droite, débarrassés de la menace de la gauche, n’hésiteront pas à voter Le Pen, pour envoyer à la droite un message clair.

Et si Marine Le Pen n’est pas au deuxième tour ?

P. Sav. Tous les sondages la donnent au deuxième tour. Mais si elle n’y est pas, eh bien tant pis. De toute façon elle y sera battue. L’enjeu est d’éviter Macron, le candidat du Système, le candidat anti-France. Si Macron est le président, les évolutions catastrophiques que nous connaissons depuis quatre décennies se poursuivront et nous descendrons de nombreuses marches supplémentaires.

Un dernier mot ?

P. Sav. Oui. Quoi qu’il arrive, le chantier majeur des prochaines années est clair : construire une alliance entre la droite conservatrice et le FN. Elle serait majoritaire. C’est la condition pour pouvoir mener enfin la politique de sursaut et de survie dont notre peuple et notre civilisation dépendent.

 

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