La colère contre-productive de Marine Le Pen. Le cynisme souriant et efficace d’E. Macron

Chronique de Paysan Savoyard

(n° 179 – mai 2017)

 

De l’avis unanime Marine Le Pen a raté le débat d’entre deux tours. Elle a choisi le registre de l’agressivité, du sarcasme, de l’ironie pesante, des mimiques forcées et des sourires vindicatifs : cette méthode est contre-productive.

Les électeurs Français dans leur quasi-totalité sont des individus pacifiques. Ils détestent l’agressivité et les emportements. Parce qu’ils attendent d’un chef qu’il conserve en toute circonstance une maîtrise parfaite de lui-même. Et surtout parce qu’ils veulent conjurer le risque des conflits civils et des guerres : ils jugent qu’un chef agressif et emporté dans son expression n’a pas la maîtrise de lui même et risque de les emmener à la guerre, ce qu’ils veulent avant tout éviter.

Par son comportement, Marine Le Pen a donné du crédit aux slogans anti Front national mis en avant depuis quarante ans par la propagande du Système : le Front national, le F’Haine, cultiverait l’outrance et véhiculerait la haine…

Macron a su conserver son calme et s’est bien gardé de se situer dans le même registre : il a donc gagné. Tandis que Marine Le Pen, par le style qu’elle avait choisi, a rendu les thèses du Front national déplaisantes à beaucoup.

L’opprobre jeté sur le Front national et renforcé sans doute par ce débat est pourtant injuste.

 

  • La haine, bien présente dans tous les camps

La mauvaise image du Front national est injuste tout d’abord parce que, si haine il y a, elle est équitablement distribuée dans les différents camps en présence.

Si E. Macron a évité l’agressivité trop marquée envers son adversaire, les gens qui le soutiennent et de façon générale les électeurs hostiles au Front national manifestent couramment un sentiment de haine non dissimulé lorsqu’ils évoquent ce parti : le ton des réseaux sociaux et des forums des journaux en témoigne quotidiennement.

Il faut signaler également que les violences attribuables à des militants ou à des électeurs du Front national sont extrêmement rares. Au contraire depuis des années les « antifas » sont très régulièrement à l’origine d’actes de violences diverses dans le cadre des manifestations. De même les militants du Front national font l’objet d’agressions fréquentes, physiques et verbales, généralement impunies.

La classe dirigeante, elle, si elle se garde d’exprimer sa haine du Front national de façon trop voyante, agit sournoisement en faisant voter des lois qui limitent la liberté d’expression des opposants et en les condamnant sur cette base. C’est ainsi que Jean-Marie Le Pen a été condamné à plusieurs reprises pour des délits d’opinion, après avoir tenu des propos pourtant modérés. Dans le même esprit les journaux publient régulièrement les prises de position de bien-pensants réclamant l’interdiction du Front national.

Les adversaires du Front national, qui se placent sous le signe des « valeurs républicaines », sont les héritiers de la révolution : l’on sent effectivement chez eux que la tentation de recourir au tribunal révolutionnaire, à la guillotine et aux mesures d’exception n’est jamais très éloignée.

 

  • Les politiques qu’appliquera Macron sont criminelles… mais présentées avec le sourire

Les erreurs de communication de Marine Le Pen, pour grossières qu’elles soient, sont cependant compréhensibles et excusables. En fustigeant avec agressivité au cours du débat les politiques défendues par le Système et son candidat Macron, elle a exprimé de façon sincère la colère éprouvée par tous ceux qui subissent les effets des politiques suivies depuis quarante ans : la perte des emplois dus aux délocalisations, la concurrence déloyale des travailleurs détachés, le matraquage fiscal des classes moyennes, la peur du déclassement social, le constat de l’enrichissement indécent de la classe dirigeante, la cohabitation forcée avec des immigrés de plus en plus nombreux et de plus en plus agressifs.

Marine Le Pen s’est exprimée avec colère et agressivité, reflétant les sentiments des Français qui votent pour elle. Cette colère est contre-productive : mais elle est légitime. A l’inverse les politiques qu’appliquera Macron sont présentées avec le sourire : mais elles sont criminelles.

 

  • La France entrée en guerre civile

D’une violence inédite sans doute à la télévision, le débat d’entre deux tours en témoigne : la France est entrée dans une logique de guerre civile (voir cette chronique). Trois France se font face désormais.

La classe dirigeante, incarnée cette fois-ci par E. Macron, déploie depuis quatre décennies, avec morgue et cynisme, sa politique mondialiste et immigrationniste. Elle est soutenue par les gagnants de la mondialisation, qui parviennent à se protéger des effets catastrophiques de l’immigration. Un certain nombre de naïfs votent également pour le Système au nom des grands principes idéalistes, sans avoir conscience des conséquences de leur comportement d’idiots utiles.

Le peuple « de souche » de classe moyenne et de classe populaire est la victime du mondialisme et de l’immigration. Empli d’une rage impuissante, il vote de plus en plus massivement pour le Front national. L’extrême-gauche, avec Mélenchon, capte une partie de la protestation : elle partage avec le Front national la même hostilité à la mondialisation et au capitalisme. Elle est en revanche favorable à l’immigration : de ce fait les deux ailes qui contestent le Systèmes sont d’irréductibles ennemis.

L’un et l’autre camp, celui du Système et son opposition, se toisent avec mépris et une haine croissante.

La troisième France est celle des immigrés. Ceux d’entre eux qui se rendent aux urnes votent en toute logique pour le Système immigrationniste : ce sera pour Macron cette fois.

Mais la majorité « votent avec leurs pieds » : par la terre, par la mer, par les airs, ils arrivent, ils s’installent, ils naissent, ils nous remplacent.

**

Tel est le tragique de la situation. La colère et la peur ressenties par le peuple et exprimées maladroitement par Marine Le Pen n’ont pas toujours un beau visage. E. Macron lui, le candidat du Système, n’est certes pas désagréable à regarder : mais la politique mondialiste et immigrationniste qu’il conduira est criminelle et relève de la Haute trahison.

Insuffisance et vulgarité d’un côté. Cynisme et trahison des intérêts du peuple de l’autre… A des degrés divers l’un et l’autre sont coupables :  lequel mérite le mieux la haine dont on l’accable ?

 

Retrouvez Paysan Savoyard sur Twitter

Publicités

Un commentaire sur “La colère contre-productive de Marine Le Pen. Le cynisme souriant et efficace d’E. Macron

  1. « Dans le même esprit les journaux publient régulièrement les prises de position de bien-pensants réclamant l’interdiction du Front national. »
    Ceux-là sont les plus idiots de tous, aussi utiles qu’inutiles.
    Le FN est en effet indispensable au système, la finance, la classe politico-médiatique, gauche et droite confondues qui font la même politique (Europe, mondialisation, immigration etc). Sauf les différences à la marge, essentiellement sociétales, afin de donner le change au bon peuple. Ce peuple qui ne cesse de passer d’un côté à l’autre (l’alternance), tout en étant toujours aussi insatisfait.
    Si le FN n’existait pas, il faudrait évidemment l’inventer.
    L’objectif, magistralement initié par Mitterrand, est de rendre le FN fort, mais point trop n’en faut. Assez fort pour qu’il soit au second tour des élections présidentielles, mais pas trop fort pour ne pas le mettre en position de gagner.
    L’élection présidentielle devient ainsi un scrutin à un tour, le second tour étant de fait une mascarade inutile.
    Rendre le FN fort par le laxisme de la justice, par des mesures pro-immigration etc, et le contenir ensuite par la diabolisation.
    C’est un art qui peut sembler risqué et difficile, mais qui est pourtant parfaitement maîtrisé par la gauche et la droite. Rappelez-vous Fillon qui a, lors du premier tour, tapé peut-être davantage sur MLP que sur ses opposants de gauche, Macron, Hamon et Mélenchon réunis.
    Le Front républicain ne serait, paraît-il, plus ce qu’il était ?
    Il a sans doute changé un peu de forme – il n’y a plus ces manifs monstres qu’on a connues en 2002 – mais il est toujours là, présent dans les grands médias. Les antifas sont toujours là eux aussi, prêts à reprendre du service, généralement violent.

    Quant à la prestation de MLP lors du fameux débat avec Macron, peut-on raisonnablement supposer que si MLP l’avait réellement “gagné” aux points, cette victoire aurait été reconnu par les grands médias ? Bien sûr que non ! À moins d’une déconfiture complète de Macron, genre KO debout.
    MLP a été agressive, certes, mais Macron a été carrément injurieux.
    Ce qui, objectivement, me paraît plus grave.
    La courtoisie, et même la galanterie que tout homme devrait normalement à toute femme, où étaient-elles ? (Il est vrai que la parité est passée par là, et les codes ont bien changé.)
    Exemple de propos de Macron, dont certains répétés en boucle :
    « Vous racontez n’importe quoi… »
    « Vous mentez… »
    « La France ne mérite pas quelqu’un comme vous… »
    « Vous et votre mouvement êtes des parasites »
    Les deux étaient nerveux, même si la nervosité de Macron était plus rentrée :
    MLP tripotait compulsivement sa mèche – qui pourtant ne tombait pas sur son oreille –, et en même temps ses fiches.
    Macron avait des mimiques, des expressions du visage qui dissimulaient mal sa fureur. Il en est même venu à avoir la bave aux lèvres.
    Non, je n’ai pas vu chez lui de “cynisme souriant” (cf. le titre de l’article) !

    Résumé du débat :
    Première partie : une empoignade entre ministres de l’économie
    Avantage Macron. Prévisible !
    Seconde partie : une empoignade entre ministres de l’intérieur, chargés de la sécurité nationale
    Avantage MLP. Également prévisible.
    Le bilan n’est peut-être pas aussi évident qu’on veut bien le dire.

    Ce dimanche, cad aujourd’hui, les électeurs auront, au moins formellement, le choix entre un monsieur qui a épousé sa mère, et une dame qui a tué son père.
    Mais c’est déjà décidé : ils prendront le premier, qui pourra dire à son mentor et père nourricier (Hollande), dans une scène attendue de liesse où ils se taperont mutuellement sur le ventre :
    « On les a bien fait marcher ! »

    J'aime

Les commentaires sont fermés.