Attentats de Paris : Le silence de la résignation

Chronique de Paysan Savoyard

(n°128 – novembre 2015)

 

La foule des grandes villes n’a pas du tout réagi aux attentats qui viennent de se produire comme elle l’avait fait après ceux de janvier. Les attentats contre Charlie et l’Hypercacher avaient donné lieu à un déluge de manifestations, de déclarations, de proclamations, d’envolées verbales et de slogans : « Nous n’avons pas peur. Ils ne nous intimideront pas. Nous sommes tous Charlie… ». Tout le monde y était allé de son Sms, de sa pancarte ou de son affichette « Je suis Charlie ». De très importantes manifestations avaient eu lieu dans de nombreuses villes. Il n’était question que de Charlie dans les conversations. Et tout cela avait duré des semaines.

Rien de tel cette fois. Le gouvernement a interdit les manifestations pour des raisons de sécurité et les quelques rassemblements qui ont eu lieu quand même n’ont réuni que quelques centaines de participants. Ni slogans, ni affichettes, ni Sms « de résistance » à faire passer en chaîne. Pas de déclarations bien senties ou de proclamations bravaches. Pas de queue devant les kiosques pour pouvoir arborer Charlie sur la table du salon. Pas de logorrhée comme en janvier. Cette fois-ci les conversations de café ou de cantine évitent le sujet.

L’état d’esprit des Français de la rue s’est spectaculairement modifié. Plus de grands discours cette fois. Plus de bavardage. Cette fois ce qui domine c’est le silence. Que s’est-il passé ? Pourquoi cette différence de réaction ?

 

  • Le silence des bobos

Première raison. Les attentats ont touché directement et massivement les « bobos », les jeunes bourgeois de gauche. Ce sont eux qui au moment de Charlie étaient les plus bavards, les plus militants, les plus impliqués dans les manifs, les plus inventifs, les plus créatifs. Ce sont eux qui sont les plus favorables au « vivre ensemble », à la diversité, à la société multiculturelle, à l’accueil de l’Autre. Cette fois-ci ils sont muets. Les attentats ont bousculé leurs convictions et les ont déstabilisés.

Déjà, en manifestant massivement en janvier, les Charlie exprimaient avant tout, en réalité, leur peur de voir remis en cause à la fois leurs convictions universalistes et leur mode de vie (voir ici). Avec le 13 novembre, la peur s’enracine et provoque le silence.

Le régime continue certes à dérouler sa propagande. On nous appelle comme d’habitude à ne pas faire d’amalgame entre terroristes et musulmans ; à bien vouloir admettre que les attentats n’ont rien à voir avec l’immigration ; à reconnaître les responsabilités de la société française, qui ne se montre pas assez accueillante et ouverte envers la diversité. Mais les bobos sont moins enthousiastes que d’habitude à reprendre à leur compte et à relayer la propagande bien-pensante.

Les bobos probablement reprendront la parole bruyamment dans quelques temps : il faudra encore beaucoup d’attentats avant qu’ils n’ouvrent les yeux. Mais pour l’heure, comme sidérés, ils se taisent.

 

  • Le silence de la défiance

Le silence qui suit les attentats a une deuxième explication : la défiance. Les gens de la rue ont pris conscience, davantage qu’avant le 13 novembre manifestement, que les terroristes potentiels et ceux qui les soutiennent sont très nombreux. On parle de 10.000 islamistes radicaux fichés. Chacun voit bien que les visages des terroristes publiés dans les journaux sont très semblables à ceux que l’on côtoie par milliers dans les transports, très semblables également à ceux de certains chauffeurs de bus, de vigiles de supermarché ou de flics de la Ratp.

De même, au vu du nombre des femmes voilées et des barbus salafistes que l’on croise dans la rue, chacun est amené également à se demander dans quelle mesure les immigrés qui nous entourent ne sont pas plus ou moins d’accord avec les terroristes. Dans ce contexte on peut penser que la plupart des gens vont désormais éviter les sujets de conversation sensibles, de peur de provoquer des réactions hostiles de la part de ces « Français » originaires d’outre méditerranée.

 

  • Le silence de la résignation

Ce silence a une troisième explication, la plus importante : les Français sont désormais résignés. Ils ont maintenant le sentiment que l’on ne parviendra pas à éradiquer l’islamisme ; que manifestement l’islamisme implique un grand nombre d’acteurs ; qu’il faudra accepter désormais la survenance régulière d’attentats. Et chacun s’y résigne. Comme on s’est résigné à vivre depuis des décennies avec la délinquance de masse.

Ce sentiment de résignation explique qu’il n’y ait eu aucune panique ni changement radical de comportement. La fréquentation touristique baissera sûrement. Mais les parisiens et les habitants des grandes villes n’ont pas changé grand-chose à leur vie quotidienne, continuant à vivre comme avant, à fréquenter les centres commerciaux, à prendre les transports, à s’asseoir aux terrasses. Et ils continueront à le faire, alors qu’ils savent depuis le 13 novembre que le risque est désormais non négligeable.

Cette attitude peut-elle être considérée comme du stoïcisme voire de l’héroïsme collectif ? En aucune manière. Au contraire elle est le signe le plus évident de la résignation générale. Résignation et fatalisme. Les Français n’ayant aucune envie de révolutionner leur mode de vie, d’arrêter de travailler, de consommer et de prendre les transports en commun, ils ont admis qu’il leur faudrait désormais vivre avec le risque d’attentats. Se disant qu’après tout, la probabilité d’être victime d’un attentat reste tout de même bien moindre que le risque de mourir d’un cancer, ils n’ont même pas accusé le coup en restant terrés chez eux quelques jours, intégrant immédiatement la nouvelle donne.

On aurait pu imaginer également que les attentats massifs du 13 novembre provoquent colère et révolte. Rien de tel là encore. Pas de colère ouverte ni de révolte contre les musulmans et les immigrés. Et pour cause : les Français ont peur des immigrés et leur sont soumis d’avance comme le prophétise Houellebecq.

Pas de révolte non plus contre les autorités, malgré leur incompétence, leur laxisme et leur inefficacité, que les attentats mettent en pleine lumière. Pas de colère contre la classe dirigeante, en dépit de sa responsabilité directe dans l’immigration, cause première du terrorisme. Au contraire, les sondages remontent pour l’exécutif, comme déjà en janvier, même s’ils retomberont probablement ensuite.

Ni colère ni révolte donc. Pourquoi ? Eh bien parce que colère et révolte supposeraient d’être prêts à engager une confrontation directe avec les autorités d’une part, avec les immigrés d’autre part, confrontation susceptible de déboucher sur une guerre civile véritable et sur le chaos. Les Français, manifestement, et comment les en blâmer, refusent massivement cette option. Ils préfèrent choisir une dégradation de la situation, certaine mais progressive, en espérant à titre individuel tirer leur épingle du jeu pendant encore un certain temps.

Le choix d’une confrontation globale avec les immigrés et avec ces dirigeants qui nous trahissent pourrait être motivé par la volonté de défendre et de sauvegarder  la pérennité de la civilisation européenne et de l’identité française. Mais les Français ne sont plus attachés ni à l’une ni à l’autre. Nourris par deux cents ans de modernité individualiste, ils ne se soucient plus que de maintenir leur situation personnelle. Lancer une Reconquista au nom d’objectifs collectifs, incertains et de long terme pourrait à court terme faire basculer le pays dans la guerre et le chaos. Les Français ont choisi de procéder plutôt  à un calcul individuel rationnel : profiter de ce qu’ils possèdent encore pour la plupart –  bien être matériel satisfaisant, sécurité à peu près maintenue – en espérant le conserver quelques décennies encore.

C’est d’ailleurs pour cette raison que la majorité des Français ne sont pas prêts à porter le FN au pouvoir, même si beaucoup en réalité partagent ses analyses sur l’immigration et l’insécurité. Ils craignent en effet que la victoire de ce parti ne débouche sur la confrontation globale qu’ils veulent à tout prix éviter.

Les enquêtes d’opinion montrent depuis longtemps que les Français sont collectivement très pessimistes, les plus pessimistes du monde occidental. Ils sont également par rapport aux peuples voisins les plus gros consommateurs de tranquillisants et de psychotropes divers. Les attentats et la résignation qu’ils provoquent vont sans aucun doute dégrader encore un peu plus le moral du Français de la rue.

**

Les Français savent maintenant qu’ils devront vivre avec les attentats, comme ils vivent depuis quarante ans avec la délinquance de masse. Ils savent que la France et l’Europe sont en train d’être envahies. Que l’une et l’autre auront bientôt perdu leur identité. Que les peuples européens deviendront minoritaires dans leurs propres pays avant qu’il soit longtemps. Qu’ils devront bientôt renoncer à la douceur de vivre. Ils le savent. Et ils l’acceptent.

La fin probable de la civilisation européenne… Confrontés à cette perspective vertigineuse, les Français restent sans réaction. Il n’y a plus que la résignation. Et le silence.

Et bientôt ce sera chacun pour soi.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 29/11/15

Attentats de Paris : Les Charlie morts de peur

Chronique de Paysan Savoyard

(n°123 – février 2015)

 

Face aux attentats de janvier 2015 à Paris, « le 11 septembre Français », des foules considérables se sont mobilisées. Quelques heures seulement après l’attentat de Charlie Hebdo un rassemblement important avait lieu place de la République suivi par plusieurs autres en province. De nouveaux rassemblements avaient lieu le lendemain puis le vendredi, alors que la vague d’attentats se poursuivait. Le dimanche, 4 millions de personnes selon les médias défilaient à Paris et dans toutes les grandes villes. Ces manifestations n’ont pas de précédent par leur caractère massif et soudain.

Les défilés répondaient à un appel lancé par le gouvernement, soucieux d’afficher sa réactivité, de détourner l’attention de son échec sécuritaire et de déclencher autour de lui un rassemblement propice à la restauration de son image. La droite l’a rapidement rejoint dans l’appel à manifester.

Les manifestations répondaient donc à un mot d’ordre. Mais ce n’est pas ce qui explique qu’elles aient été massivement suivies : même si la majorité des manifestants étaient sans doute des électeurs de gauche, ce n’est pas d’abord pour soutenir ce gouvernement fortement impopulaire que les manifestants se sont déplacés. Quelles étaient donc les motivations de ces millions de personnes qui ont défilé ?

Les manifestants ont défilé pour la liberté de la presse et la liberté d’expression ? Oui sans aucun doute. De nombreux électeurs de gauche sont des lecteurs de Charlie ou du Canard et partagent leur esprit libertaire et soixante-huitard.

Ils ont défilé pour affirmer et défendre la république et ses « valeurs humanistes » ? Oui aussi. « La défense de la laïcité contre tous les intégrismes » correspond bien à l’état d’esprit des nombreux Français déchristianisés.

Pour affirmer leur refus de stigmatiser les musulmans et d’opérer un amalgame entre les terroristes et « la grande majorité des musulmans, qui sont pacifiques » ? Oui probablement, là encore. Beaucoup de Charlie sont socialistes ; les chrétiens et autre modérés étaient également bien représentés : les uns et les autres sont attachés à l’objectif du « vivre ensemble » et ont voulu l’affirmer.

Mais à notre avis ce n’est pas pour cela avant tout que les Charlie se sont massivement mobilisés : les rassemblements n’auraient pas été aussi massifs si seuls les grands principes – liberté d’expression, laïcité, Vivre ensemble – avaient été en jeu.

La raison principale de cette mobilisation impressionnante est ailleurs. Elle n’a pas été exprimée : et pour cause elle n’est pas dicible. Les Charlie ont manifesté parce qu’ils ont peur.

 

  • Quoique collectivement pessimistes, les Français restaient jusqu’ici confiants quant à leur avenir personnel

Pas plus que les autres Français, les personnes qui ont manifesté n’ont spécialement peur de mourir dans un attentat : elles savent que le risque statistique en est faible. Ce n’est donc pas pour leur vie que les Charlie craignent : ils craignent pour leur mode de vie. Ces attentats leur ont fait prendre conscience que leur mode de vie et leur niveau de vie étaient menacés à court terme.

Les Français ont conscience, depuis longtemps déjà, que les choses vont se dégrader de façon inéluctable. Les enquêtes d’opinion le montrent nettement : depuis au moins trente ans, les Français sont massivement désillusionnés sur leur avenir collectif, dans une proportion de 60 à 80 % selon les périodes.

C’est le pays le plus pessimiste d’Europe.

Ceux qui ont un certain âge sont persuadés que leurs enfants auront une vie moins bonne que la leur ; les enfants en question le savent aussi.

Tout cela n’est pas nouveau et les Français n’ont pas attendu les attentats pour prendre conscience de ce que l’avenir est sombre. Ils savent que les tendances sont défavorables ; que l’environnement se dégrade ; que des civilisations qui ne sont pas nos alliées montent en puissance ; que la population mondiale explose, en particulier en Afrique et en Orient, à nos portes. Ils se doutent bien que tout cela va mal tourner, pour les Européens en particulier.

Mais, s’ils sont pessimistes sur leur avenir collectif, les Français sont en revanche plus positifs sur leurs perspectives personnelles. C’est ce que montrent également nettement les enquêtes d’opinion.

Ces enquêtes apparemment paradoxales renseignent donc clairement sur l’état d’esprit collectif : les Français pensent que ça va se dégrader à terme ; mais que cette dégradation sera progressive ; et qu’à court et moyen terme ils vont pouvoir pour ce qui les concerne tirer leur épingle du jeu.

C’est ce relatif optimisme pour le court et moyen terme que les attentats viennent mettre par terre.

 

  • Les Charlie pensaient pouvoir conserver encore un certain temps leur vie confortable

L’optimisme des Français à court et moyen terme est fondé sur le constat suivant : beaucoup de gens bénéficient encore d’une vie qui les satisfait et qui est objectivement très correcte.

Les classes moyennes, le gros des troupes des manifs, ont une vie correcte. Ils sont souvent fonctionnaires, actifs (5,4 millions) ou retraités. S’ils ne sont pas fonctionnaires, ils occupent fréquemment un emploi dans le secteur public (grande entreprise publique…) ou quasi public (par exemple un emploi dans la sphère culturelle, financée par les subventions et le régime des intermittents ; ou encore un emploi associatif ou « humanitaire », financé par subventions publiques). La sphère publique est tellement étendue qu’elle permet à tout le monde ou presque d’échapper aux emplois manuels, qui sont eux massivement occupés par des immigrés.

Ces gens de la classe moyenne sont bien nourris, ont une voiture et peuvent partir en vacances deux semaines par an en moyenne. Les jeunes peuvent faire des études longues quasi gratuites. Les impôts sont lourds sans être encore confiscatoires. Ces Français de classe moyenne habitent pour la plupart dans des endroits corrects sans problèmes majeurs d’insécurité. Ils ont bon espoir de maintenir ce niveau et ce cadre de vie, voire de progresser un peu au cours de leur carrière.

Une partie des membres des classes populaires ont-eux aussi une vie correcte : c’est le cas s’ils sont propriétaires de leur logement ou disposent d’un HLM, à condition de vivre loin des banlieues. Pour tous, la sécurité sociale couvre la maladie et verse des pensions de retraite et des allocations chômages généreuses. Bref, la situation reste assez satisfaisante pour la majorité des Français.

Les Français moyens avaient jusqu’ici le sentiment que tout cela pourrait être à peu près maintenu à l’horizon qui les intéresse, c’est-à-dire 30 ou 40 ans. Les attentats leur ont fait prendre conscience de ce que cette analyse optimiste est probablement fausse : les choses pourraient se dégrader beaucoup plus vite que prévu et les toucher directement et à court terme.

 

  • Les attentats ont fait prendre conscience aux Charlie que les choses pouvaient se dégrader à court terme et que le désordre et le chaos pouvaient s’installer

Les Français s’aperçoivent que les terroristes potentiels sont nombreux (on parle de 1200 personnes impliquées dans le djihadisme). Ils prennent également conscience de ce que de nombreux musulmans partagent les mêmes analyses que les terroristes. De toute évidence les musulmans de la rue sont eux aussi, par exemple, très mécontents des caricatures et en complet désaccord avec la liberté d’expression si celle-ci doit déboucher sur la mise en cause du Prophète.

Officiellement les manifestants pour Charlie ne font « pas d’amalgame » entre djihadistes et musulmans de la rue : c’est même l’un des principaux messages qu’ils voulaient faire passer en manifestant. Dans leur vie concrète cependant, ces manifestants sentent bien que ce slogan ne correspond pas à la réalité.

S’ils étaient persuadés autant qu’ils le disent que les musulmans sont pour la plupart gentils et bien intégrés, les Charlie ne s’arrangeraient pas pour habiter loin des quartiers à majorité immigrée et pour inscrire leurs enfants dans des établissements scolaires protégés de l’immigration massive. Les attentats viennent confirmer ce que ces millions de sympathisants de Charlie ressentaient sans oser se l’avouer.

 

  • Les Charlie veulent avant tout éviter les tensions, les affrontements, la guerre

Dans ce contexte, les sympathisants de Charlie redoutent que ne surviennent des conflits intérieurs majeurs venant bouleverser leur mode de vie.

Ils redoutent que ces conflits soient déclenchés par les immigrés radicalisés. Ils craignent également qu’ils puissent être déclenchés par l’extrême droite et son programme d’arrêt de l’immigration et de retour à l’ordre dans les quartiers.

C’est la raison majeure pour laquelle ils ne voteront jamais pour l’extrême droite, même si les événements qui se produisent paraissent lui donner raison : les Charlie ne veulent pas risquer de déclencher des affrontements ou pire une guerre civile. Les discours et le programme de l’extrême-droite mettent de l’huile sur le feu alors que les Charlie veulent par-dessus tout que les choses s’apaisent.

Officiellement la détestation et la condamnation de l’extrême droite sont fondées sur des raisons morales : l’accueil de l’Autre, le Vivre-ensemble… Mais c’est une autre raison qui joue là avant tout : l’extrême droite est violemment dénoncée parce qu’elle annonce les mauvaises nouvelles, ce qui est comme chacun sait la manière la plus sûre d’être détesté.

Pour la même raison beaucoup de Français voudraient que l’union nationale se prolonge, que les partis s’entendent. Un gouvernement d’union nationale correspondrait sans doute aux aspirations de nombre d’entre eux. Même les Charlie, le plus souvent de gauche, seraient prêts à oublier leur haine de Sarkozy si cela pouvait conjurer les risques d’affrontements.

Le sens profond des manifs pour Charlie est là : « Nous ne voulons pas que notre vie tranquille soit remise en cause et que s’installent en lieu et place la perspective d’affrontements et le risque de conflits civils. Nous ne voulons pas que notre avenir soit la guerre. Non pas ça ! Pas nous ! Pas maintenant ! »

Les Charlie ont défilé pour ces raisons avant tout. Pour exprimer leur désarroi devant la guerre possible. Pour refuser la stigmatisation des immigrés, qui accroîtrait les tensions. Pour rejeter le FN, dont le programme pourrait amener la guerre. Pour faire corps autour du chef (même si ce qualificatif sied si peu à l’actuel président). Pour se rassembler autour des forces armées et de la police, en espérant qu’elles réussissent à maintenir la paix civile et la tranquillité.

Cet événement improbable peut être expliqué de la même manière : les policiers qui encadraient les manifestations ont été applaudis, de façon sincère, par les manifestants. Pourquoi les Charlie ont-ils applaudi la police, alors qu’ils la haïssent de façon générale ? Ce n’est pas par solidarité avec les policiers : chaque année des centaines de policiers et gendarmes sont blessés et plusieurs sont tués par des bandits ou des racailles, dans l’indifférence générale.

Les Charlie pensent même de façon générale que les policiers l’ont bien cherché, puisqu’ils multiplient les « bavures » et les « contrôles au faciès ». Le 11 janvier marque cet événement inouï : les lecteurs gauchistes de Charlie, pour la première fois de leur vie sans doute, applaudissent la police.

C’est qu’il s’est produit la chose suivante : les Charlie viennent de prendre peur. Peur de la menace que font peser les immigrés. Peur des tensions et de la guerre civile. Peur désormais de l’avenir immédiat.

**

Les Charlie viennent de prendre conscience de ce que la dimension tragique de l’Histoire, est à l’image du cancer : elle n’est pas réservée aux autres. La guerre et la haine peuvent menacer tout le monde, même les bourgeois gauchistes et les cathos bienveillants confortablement installés dans la modernité européenne.

Les Charlie en défilant ont manifesté leur peur d’être menacés directement et de perdre leur mode de vie. Cette peur sera-t-elle suivie, d’un sursaut de révolte ou au contraire, comme le prédit Houellebecq, d’une soumission générale face à l’invasion migratoire et l’islam ? Nous reprendrons cette question à l’occasion d’un prochain article.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 04/02/15

Grand remplacement : pourquoi la France est candidate au suicide

Chronique de Paysan Savoyard

(n°117 – août 2014)

 

On ne cessera pas de s’interroger sur ce phénomène étrange. La plupart des Français (74% selon un récent sondage) pensent qu’il y a trop d’immigrés. Ce sentiment est probablement l’une des sources principales de leur pessimisme quant à l’avenir du pays (les études d’opinion montrent qu’une large majorité sont persuadés que l’avenir est sombre). Pourtant…

Pourtant la plupart de ces Français se refusent à voter pour le seul parti qui a mis l’arrêt de l’immigration à son programme (rappelons que le score du FN n’a pas atteint 18 % à la dernière présidentielle). Ils s’obstinent à voter pour les partis qui organisent l’immigration ou, ce qui revient au même, choisissent de s’abstenir.

Nous avons essayé de recenser dans un article précédent les six arguments principaux que mettent en avant ceux qui pensent que « le Front national a souvent raison », tout en refusant de lui faire confiance. Pour cette fois nous essayerons de cerner les différents « profils » de ces Français qui, quoique souvent inquiets des conséquences de l’immigration, se refusent toujours à en tirer les conséquences électorales.

Nous ne parlons pas ici de la classe dirigeante, qui est l’organisatrice de l’invasion migratoire en cours : détenteurs du capital, politiciens, journalistes, intellectuels systémiques. Nous laissons aussi de côté les professionnels de la subversion et de l’anti France (les militants des associations droits de l’hommistes et antiracistes notamment). Nous ne tenons pas compte non plus, bien entendu, des immigrés eux-mêmes, qui très généralement n’ont de Français que les papiers. Nous parlons ici de la population française « ordinaire » et nous croyons pouvoir y distinguer six profils principaux quant à leur position sur la question de l’immigration.

 

  • Les profiteurs

Commençons par les profiteurs. Situés plutôt dans les couches sociales supérieures, ils tiennent un discours critique sur l’immigration, s’inquiètent de son ampleur et craignent ses conséquences. Cela ne les empêche pas d’y faire appel lorsqu’ils y trouvent intérêt, qu’il s’agisse de la bonniche philippine zélée et discrète, de l’employé de restaurant pakistanais docile, de l’équipe de polonais détachés moins chers ou du clandestin égyptien qui refait l’appartement au noir.

Le discours de M. Sarkozy et de l’UMP leur correspond dès lors parfaitement : « Non à la racaille, dont il faut se débarrasser au Karcher ; oui à l’immigration choisie et à l’arrivée des gens qui viennent pour travailler et s’intégrer » (le fait que ce discours soit mensonger, purement électoraliste et non suivi d’actes concrets ne constitue pas un problème pour les profiteurs, leur position personnelle étant elle aussi hypocrite).

 

  • Les jouisseurs

Les jouisseurs ne sont pas favorables à l’immigration. Mais n’y sont pas hostiles non plus. A vrai dire ils s’en fichent. Les jouisseurs sont ces personnes intégralement individualistes, qui ne comptent que sur elles-mêmes. N’ayant nulle confiance dans les mécanismes collectifs, elles ont au surplus le sentiment de ne disposer d’aucun moyen pour peser sur le cours des choses. Ce sentiment d’impuissance les arrange et leur sert de prétexte pour se laisser aller à leur inclination : profiter de la vie sans scrupules. Faire la fête. Et gagner de l’argent.

L’abstention ou le vote pour la droite correspondent bien à leur façon de voir et à leur mode de vie.

 

  • Les dépressifs

Les dépressifs sont tous ces Français qui survivent, écrasés par leur vie quotidienne. La tête dans le guidon, ils s’efforcent de gérer leurs problèmes de fin de mois, leurs problèmes de divorce, leurs problèmes de mère isolée, leurs problèmes de personne âgée seule, leurs problèmes de métro boulot dodo.

On peut également ranger dans cette catégorie tous ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez : cancans, presse people, télé, jeux vidéo… Ils sont enfermés dans le carré infernal de la modernité : centres commerciaux, jeux de hasard, voiture, télé. N’ayant pas la disponibilité d’esprit ni parfois les capacités intellectuelles ou culturelles pour s’informer et réfléchir, ils sont une proie facile pour la propagande du Système.

S’ils se déplacent au moment de l’élection, les dépressifs votent au hasard, pour le plus connu ou pour celui qui a la plus belle femme.

 

  • Les calculateurs

Les calculateurs sont bien conscients de ce qui se passe. Même s’ils ne l’avouent pas en public, ils savent que l’immigration mène le pays au gouffre, avec l’Europe entière. Lucides et informés, ils n’ignorent pas que l’immigration dégrade les conditions de vie de la majorité des Français, alimente une délinquance massive, provoque la ruine des finances publiques et des services publics et va se traduire à terme par la mise en minorité des Français de souche. Instruits par l’Histoire et par l’actualité internationale, ils savent bien qu’une société multiraciale et multiculturelle ne saurait rester paisible durablement.

Cependant, après avoir pris la mesure du risque, ils estiment que la situation ne se dégradera pas suffisamment vite pour détruire à court terme les principaux cadres de l’organisation sociale. Ayant dépassé la cinquantaine, ils font le calcul que pendant les vingt ou trente ans qui leur restent à vivre, la couverture santé continuera à être assurée, les pensions de retraite continueront à être versées, l’ordre public restera à peu près maintenu dans les quartiers résidentiels.

Situés dans les strates supérieures de la société, à la tête d’un patrimoine conséquent, ils ont bon espoir de terminer leur vie à peu près protégés. Même s’ils estiment que les analyses du Front national sont lucides, ils se refusent à « renverser la table » au risque de tout perdre et continuent donc, sans illusion, à voter pour les partis installés.

Leur vote est le reflet du calcul auquel ils procèdent : préférer une dégradation inéluctable, mais lente, au risque du chaos à court terme. Dans les dîners en ville ils disposent d’un discours tout prêt pour justifier leur position : « Le Front national a sans doute en partie raison ; mais il est trop extrémiste ».

 

  • Les martyrs

A l’exact opposé des calculateurs se trouvent ceux que peut appeler les « martyrs ». On rencontre la plupart des martyrs chez les gens qui vont encore à la messe. Tous les martyrs cependant ne sont pas croyants : on trouve de nombreux athées et anticléricaux dans les associations caritatives, au service « des pauvres » et de l’Autre, c’est-à-dire la plupart du temps des immigrés.

Ces belles consciences sont pour la plupart intelligentes, éduquées et informées. Elles savent parfaitement, elles le vivent dans leur bénévolat quotidien, que l’immigration a pris depuis longtemps les dimensions d’une invasion ; que les Européens vont devenir minoritaires sur leur propre sol bien avant la fin du siècle ; que le remplacement de population va engendrer de multiples drames et que la nouvelle société qui se mettra en place se traduira pas de nombreuses violences.

Elles le savent. Et elles l’acceptent. Elles consentent à la perspective de la mort de leur civilisation. Elles acceptent même, pour certaines, l’éventualité de leur mort violente en lien avec les bouleversements en cours (comme ces religieux qui s’installent, pour y mourir en martyr, dans les endroits de la planète les plus pauvres, les plus dangereux et les plus hostiles à l’occident).

Leurs motivations sont simples. Ils appliquent à la lettre ce qu’ils ont cru pouvoir retenir de l’Évangile. Voir en chacun l’universel. Tendre la joue gauche. Aimer ses ennemis. Choisir le partage et la pauvreté. Il est fascinant d’ailleurs de voir les athées post chrétiens raisonner de la même manière que les croyants qu’ils exècrent. Pour les plus militants, mourir en martyr leur paraît constituer le chemin le plus court pour sauver leur âme et gagner leur salut.

Adeptes d’une religion universelle (qu’il s’agisse du christianisme ou de son succédané, la religion des droits de l’homme), les martyrs rejettent la légitimité des frontières et des appartenances nationales : c’est donc en toute cohérence qu’ils sont hostiles à toute idée d’arrêt de l’immigration.

 

  • Les dénégateurs

Les dénégateurs, enfin, sont ces nombreux Français de gauche qui ne sont pas très à l’aise avec l’immigration. L’immigration les gêne. Ils sentent confusément qu’elle représente un danger mortel. Certes les dénégateurs s’arrangent pour échapper pour eux-mêmes à ses conséquences les plus néfastes (en parvenant à habiter dans des quartiers vivables ; en scolarisant au besoin leurs enfants dans le privé ; en partant en vacances dans les endroits vides d’immigrés).

Mais ils sont tout de même placés au quotidien devant l’évidence de l’invasion migratoire. Le plus souvent fonctionnaires, les dénégateurs n’appartiennent pas aux couches supérieures : ils sont donc confrontés à « la diversité », dans les transports qu’ils empruntent, dans les classes où ils enseignent ou dans les services publics qui les emploient.

Cependant il n’est pas question pour eux d’avouer, et surtout pas à eux-mêmes, que l’immigration leur pose un problème : il y va en effet de leur santé sociale et psychologique. S’ils commençaient à mettre en question le tabou de l’immigration, ils mettraient en danger par là même leur position sociale, leur réseau d’amis, leur carrière ou du moins leur tranquillité professionnelle.

Surtout ils menaceraient l’image qu’ils ont d’eux-mêmes: en venir à penser que l’immigration constitue un danger mortel est inenvisageable lorsqu’on a construit sa personnalité autour des « valeurs » de partage, de fraternité et de paix universelle. Ce serait admettre en outre qu’ils se sont grossièrement trompés depuis des lustres, ce qui est insupportable pour des gens qui se vivent comme des intellectuels.

C’est pourquoi les dénégateurs s’accrochent à des arguments éculés (« la France a toujours été un pays d’immigration ; l’immigration n’est pas plus importante qu’avant ; l’intégration finira par se faire ; si elle est difficile c’est parce que les immigrés sont parqués dans les ghettos et victimes de racisme… ») en évitant soigneusement d’y réfléchir et de vérifier leur pertinence. Les dénégateurs sont des « aveugles volontaires ». Toute remise en cause leur étant interdite, ils continuent à penser et à voter à gauche.

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Quelle conclusion pratique ? Impossible, à notre avis, d’espérer parvenir au pouvoir en mettant la pédale douce sur le sujet majeur qu’est l’immigration et en parlant d’autre chose. Impossible de biaiser, d’avancer masqués, de jouer au plus fin. Si nous commettons de nouveau cette erreur, comme en 2007, comme en 2012, nous serons une fois de plus largement battus. Si nous procédons de nouveau ainsi, nous ne pourrons pas conduire à réagir et à se débarrasser de leurs illusions tous ces électeurs qui se sont installés dans une posture qui les arrangent et qui se rassurent à bon compte.

Il faut sonner le tocsin sur l’immigration. Dramatiser le ton. Parler d’invasion, de Grand remplacement. Mettre en avant de façon obstinée les chiffres (400.000 en plus par an). Faire de l’immigration le sujet presque exclusif, parce que c’est le seul qui met en jeu notre survie collective en tant que peuple et en tant que civilisation. Faire peur. C’est la seule chance pour faire basculer la partie de cet électorat qui se réfugie dans le calcul ou l’aveuglement volontaire. Une partie des calculateurs et des dénégateurs peuvent bouger. Ils bougeront s’ils commencent à paniquer./.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 31/08/14

74 % des Français pensent qu’il y a trop d’immigrés

Chronique de Paysan Savoyard

(n°115 – avril 2014)

 

La commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) est un organisme public chargé notamment de faire paraître chaque année un rapport concernant la lutte contre le racisme et la xénophobie. Ce rapport comprend depuis 20 ans un sondage annuel visant à mesurer l’opinion des Français à l’égard des immigrés et du racisme.

  • Les Français qui pensent qu’il y a trop d’immigrés sont désormais largement majoritaires

De 2002 à 2009 le sondage cherchait notamment à savoir ce que pensaient les Français du « nombre des étrangers ». Au cours de cette période le nombre des Français qui trouvaient que le nombre des étrangers était « trop important » a varié selon les années entre 39 % et 55 %.

Depuis 2009 la question du sondage est posée de façon quelque peu différente : êtes-vous d’accord ou pas d’accord avec la phrase suivante « il y a trop d’immigrés aujourd’hui en France ».

Selon ce sondage annuel, il apparaît que les Français qui pensent qu’il y a trop d’immigrés sont de plus nombreux et de plus en plus nettement majoritaires. On peut relever également que leur nombre augmente très rapidement. En 2009 ils étaient 47 %. En 2010 : 56 %. En 2011: 59 %. En 2012: 69 %.

Le plus discrètement possible (en page 469), le rapport de la CNCDH rendu public le 4 avril donne le chiffre pour 2013 : les Français qui sont d’accord avec la phrase : « il y a trop d’immigrés aujourd’hui en France » sont 74 % (39 % sont « tout à fait d’accord », 35 % « plutôt d’accord »).

 

  • Les pouvoirs publics ne tiennent aucun compte de cette opinion majoritaire

L’état de l’opinion n’entraîne aucune réaction des gouvernements pour arrêter ou freiner l’immigration. La législation reste inchangée (droit au regroupement familial, droit des étrangers d’accéder aux mêmes prestations et allocations que les Français…). L’immigration légale reste massive (190.000 par an). Les régularisations de clandestins se poursuivent.  Les naturalisations également.

 

  • L’oligarchie choisit plutôt de dénoncer l’intolérance des Français

Non seulement l’oligarchie ne tient pas compte de l’opinion des Français telle qu’elle est révélée notamment par ces sondages, mais elle en tire la conclusion que c’est l’intolérance et le racisme des Français qui posent problème.

Dans l’avant propos du rapport 2013, la présidente de la CNCDH s’inquiète ainsi « d’un climat préoccupant en raison du refus croissant de l’autre différent, climat qui se traduit par un recul croissant de la tolérance depuis 2009 ».

Les médias de l’oligarchie sont à l’unisson et saisissent l’occasion de la publication du rapport pour dénoncer les Français. Selon Le Monde « Les Français sont de moins en moins tolérants ». Pour 20 minutes « La parole raciste se libère en France ». Le Parisien : « Un rapport dénonce la banalisation de la parole raciste en France ». Libération : « le racisme, une attitude de plus en plus tolérée. »

Il faut relever d’ailleurs qu’aucun média n’a repris le chiffre de 74 % que nous mettons en exergue dans le présent article, alors qu’il constitue à l’évidence l’information la plus importante apportée par le sondage annuel de la CNCDH.

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Deux remarques s’imposent pour conclure. Les Français qui pensent que les immigrés sont trop nombreux sont très largement majoritaires ; mais ils ne sont qu’à peine un sur cinq à voter pour le seul parti qui a mis l’arrêt de l’immigration à son programme (le score du FN à la présidentielle de 2012 a été de 17,90 %). Il y a là nous semble-t-il de la part des Français l’indice d’une certaine inconséquence.

Seconde remarque. Alors que le nombre des immigrés ne cesse d’augmenter, que le pays est en réalité confronté à une invasion sans précédent, que cette invasion révèle la volonté de l’oligarchie de procéder à un « grand remplacement », et que le rejet de l’immigration dans l’opinion est de plus en plus massif, le Front national, tout à son entreprise de « dédiabolisation », a choisi de mettre un bémol sur le dossier de l’immigration et de placer les questions économiques et la sortie de l’euro au cœur de son programme et de ses discours. Comprenne qui pourra !

 

Chronique parue sur Fdesouche le 06/04/14

« Manif pour tous » suite… Et ensuite ?

Chronique de Paysan Savoyard

(n°101 – mai 2013)

 

Le mouvement de « la manif pour tous » se poursuit donc. Des veillées chaque soir dans telle ou telle ville de France. Des défilés régionaux prévus. Une nouvelle manifestation nationale le 26 mai. C’est elle qui déterminera sans doute la suite du mouvement. Si la lassitude s’installe et que la participation faiblit par rapport aux manifestations précédentes, le gouvernement pourra considérer qu’il a cette fois gagné la partie.

Si en revanche la foule est encore plus nombreuse, la suite deviendra imprévisible. Poursuite d’un cycle de manifestations régulières jusqu’aux municipales ? Déstabilisation de l’UMP contrainte de s’engager nettement pour ou contre la poursuite du mouvement  ?Crise politique majeure débouchant sur une dissolution … ? A suivre.

 

  • La naissance d’un mouvement de fond

Le collectif d’organisation reste quant à lui déterminé à maintenir la pression sur le gouvernement, tout en confirmant sa ligne légaliste et apolitique. Le choix de la non-violence et la volonté de garder le contrôle de la manifestation ont conduit ce collectif à condamner les initiatives de groupes qualifiés « d’extrême droite et identitaires », jusqu’à demander au ministre de l’intérieur de protéger la manifestation contre leurs agissements.

Pour notre part nous ne sommes pas choqués outre mesure par le comportement du collectif de la manif pour tous: il n’est pas anormal que les personnes à l’origine du mouvement souhaitent en conserver la maîtrise et refusent qu’il soit récupéré par d’autres et dévié vers des thèmes différents de ceux choisis initialement.

Le collectif a choisi dès l’origine la stratégie de la non-violence et du légalisme, considérant qu’elle rendait le mouvement inattaquable. Nous partageons pour notre part cette vision des choses. Si des débordements graves et des violences avaient eu lieu, ils auraient permis au gouvernement de discréditer aisément le mouvement. Le nombre, la constance et la sérénité sont à n’en pas douter les meilleures armes.

Les proclamations d’apolitisme de la manifestation nous paraissent plus douteuses. Comme on le sait Frigide Barjot a été accusée de rouler pour l’UMP. Des hiérarques UMP sont ainsi intervenus à plusieurs reprises à la tribune des manifestations (tandis que les élus FN présents étaient eux interdits de tribune). Cependant, que le collectif de la manif et « Mme Barjot »  jouent ou non double jeu n’enlève rien à leur mérite, nous semble-t-il. Ils ont su déclencher un mouvement historique.

Pour la première fois depuis trente ans, le peuple attaché aux valeurs « traditionnelles » s’est mobilisé, sa jeunesse en première ligne. En outre, même si les slogans maîtrisés par « la manif » restent centrés sur le mariage, il est très probable que les préoccupations de la plupart des manifestants sont plus larges: ils veulent exprimer également leur attachement à la famille et leur respect pour les valeurs chrétiennes, composantes essentielles de l’identité française. Ils veulent dire leur refus de l’idéologie soixante-huitarde au pouvoir depuis quarante ans et leur rejet de la société libérale libertaire.

On peut ajouter que ces manifestations massives voient défiler, dans la sérénité et la joie d’être ensemble, une population bien élevée, bienveillante, partageant les mêmes conceptions… et intégralement blanche. Les manifestants ont nécessairement pris conscience de la valeur et de la force de cette dimension identitaire. Tout cela a été provoqué, volontairement ou non, par « la Manif pour tous » : que grâce lui en soit rendue.

 

  • Vers quel débouché politique ?

Reste cette question. Quel peut être l’avenir politique de cette extraordinaire dynamique ? Le constat n’a rien de réjouissant : en l’état actuel des choses il n’y a pas de perspective qui soit de nature à satisfaire les aspirations des foules de la Manif pour tous.

L’essentiel du cortège était composé à l’évidence de personnes votant UMP ou centre droit. Les électeurs du FN étaient également nombreux. Or ces personnes qui ont défilé côte à côte peuvent considérer qu’elles ne sont pas représentées politiquement de façon satisfaisante.

L’UMP en effet est à la fois divisée et malhonnête. Ses principaux responsables ont participé aux manifs… mais l’un d’entre eux et non des moindres, M. Fillon, s’est soigneusement tenu à l’écart. L’UMP s’est déclarée hostile au projet… mais ce parti n’a pas annoncé qu’il retirerait le mariage homo de la législation lorsqu’il reviendra au pouvoir. La quasi-totalité de ses parlementaires ont voté contre le projet de loi… mais, au moment décisif, quelques sénateurs de droite ont voté en sa faveur ou se sont abstenus. S’ils avaient voté contre, ils auraient obligé le projet à repasser une seconde fois devant le sénat et une troisième fois devant l’assemblée, retardant considérablement le processus et le bloquant peut-être.

Ces sénateurs alliés objectifs du gouvernement n’ont pourtant été ni sanctionnés ni désavoués par l’UMP. Une fois de plus l’UMP se comporte comme un complice du PS : opposition de façade ; objectifs et politiques identiques.

S’agissant du FN, ses deux parlementaires et la quasi-totalité de sa direction ont participé aux manifestations. Il a annoncé, lui, qu’il supprimerait le mariage et l’adoption homosexuels s’il parvenait au pouvoir. L’attitude duplice de l’UMP dans cette affaire du mariage pour tous conforte sans doute Marine Le Pen dans sa stratégie de refus d’alliance avec l’UMP et de dénonciation du conglomérat UMPS.

Cette foule qui défile contre le mariage homo et partage les mêmes valeurs et le même rejet de la société libérale libertaire, s’identifie donc à des formations politiques frontalement opposées.

Le FN dénonce l’UMPS et affiche ouvertement son objectif de faire éclater l’UMP. Quant à la droite elle sait qu’elle n’a pas besoin du FN pour gagner les élections décisives et qu’en sachant surmonter ses divisions internes elle retrouvera immanquablement le pouvoir : elle peut donc continuer à rejeter le FN comme « étranger à l’arc républicain ». Par ailleurs une grande partie de l’électorat UMP rend le FN responsable de la présence de la gauche au pouvoir : le FN rétorque lui que les politiques de la gauche et de la droite sont de toute façon interchangeables.

Unis dans les manifestations contre le mariage, au sein desquelles ils défilent indistinctement, les électeurs du FN et de l’UMP restent donc politiquement sur des rives opposées.

Pourtant selon les sondages une majorité d’électeurs du FN et une majorité de ceux de l’UMP souhaiteraient une alliance entre les deux partis. La présence de ces deux électorats dans les défilés de la manif pour tous est d’ailleurs un reflet de leur proximité.

La situation est donc la suivante. Si les choses restent en l’état, la droite reviendra prochainement aux affaires en 2017… pour y mener une politique qui ne sera guère différente de celle du PS. Se poursuivra ce cycle entamé depuis quarante ans où, à la faveur d’alternances factices, gauche et droite poursuivent le même projet, mondialiste, libéral, libertaire, laxiste et immigrationniste, qui mène le pays à la catastrophe.

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La dynamique de « la manif pour tous » conduira-t-elle à modifier cette situation figée et désespérante ? Peut-on attendre plutôt des élections à venir qu’elles viennent bousculer ces schémas mortifères ?

A moins que, parmi les leaders politiques qui se reconnaissent dans les aspirations de la France française et anti soixante-huitarde mobilisée depuis six mois, quelqu’un sache imaginer l’initiative politique novatrice qui créera l’événement, bouleversera le jeu, donnera enfin une perspective et entraînera les foules de « la manif pour tous » vers un chemin d’espérance.

Chronique parue sur Fdesouche le 05/05/13

Manif pour tous : Le refus de l’idéologie libérale-libertaire

Chronique de Paysan Savoyard

(n°100 – avril 2013)

 

La gauche estimait que le projet de mariage homo passerait sans coup férir. Espoir déçu. L’opposition au projet dure depuis maintenant 6 mois. Et ce n’est sûrement pas fini…

  • Le gouvernement ne respecte pas l’esprit de la démocratie

Le gouvernement de gauche confirme sa volonté de faire voter le projet de mariage homosexuel, en dépit de l’ampleur croissante des manifestations hostiles. Il déploie pour aboutir à ses fins l’argumentaire classique utilisé par les gouvernements confrontés à des manifestations : « En démocratie, la loi est faite par le parlement issu de l’élection, pas par la rue ».

Or la position du gouvernement est contestable du point de vue même des principes de la démocratie. Ainsi que l’affirme la constitution « la souveraineté appartient au peuple », qui l’exerce par ses représentants ou par référendum : lorsque les représentants votent la loi, c’est au nom du peuple qu’ils se prononcent. L’étymologie le confirme : la démocratie est le système où le pouvoir appartient au peuple.

C’est dire qu’un gouvernement qui s’obstinerait dans une direction manifestement réprouvée par la majorité de l’électorat ne respecterait pas l’esprit de la démocratie et n’agirait pas de façon légitime. Tel est précisément le cas désormais, nous semble-t-il : l’actuel gouvernement n’a pas de légitimité pour mener à terme le projet de mariage et d’adoption homosexuelles.

D’abord parce que l’opinion, si l’on en croit les sondages, est majoritairement opposée au projet. Dès le début les sondages avaient montré que la majorité était certes favorable au mariage mais défavorable à l’adoption, c’est-à-dire à une partie substantielle du texte gouvernemental. Ces sondages montrent aujourd’hui que les Français hostiles au mariage homosexuel lui-même sont désormais majoritaires (55% selon le sondage BVA pour le Parisien du 12 avril).

Le gouvernement, en second lieu, n’est pas légitime pour mener ce projet à bien parce que l’affaire Cahuzac lui a fait perdre son crédit moral. Le ministre ayant la responsabilité de la lutte contre la fraude était un fraudeur. Chargé d’appliquer aux Français des mesures d’austérité, il cherchait pour son compte à dissimuler sa fortune.

En ayant nommé ce personnage au sein du gouvernement, le président de la république a par là-même révélé soit sa complicité soit son absence de clairvoyance. Un tel président et de tels ministres ont perdu le capital de crédibilité dont doit impérativement disposer un gouvernement qui se donne pour objectif d’imposer un bouleversement sociétal de l’ampleur du mariage homosexuel.

Cet exécutif a de surcroît perdu sa légitimité politique, l’extrême gauche, dont l’appui avait été indispensable pour permettre l’élection de M. Hollande, l’attaquant désormais avec violence.

Le gouvernement n’est pas légitime enfin parce qu’il mobilise l’appareil d’État (administrations, forces de l’ordre…) pour faire aboutir un projet de nature avant tout idéologique (puisque les couples homosexuels concernés ne représentent qu’un petit nombre), tandis qu’il ne traite pas efficacement les graves questions qui touchent la vie de tous les Français : le chômage et les suppressions d’emplois, l’insécurité dans la rue, l’invasion migratoire.

Le gouvernement a donc tort lorsqu’il prétend se comporter de façon démocratique. Il fait en outre semblant d’oublier que la gauche descend elle-même régulièrement dans la rue pour tenter de faire plier les gouvernements de droite, ces manifestations s’accompagnant le plus souvent de violences, de voitures brûlées et de vitrines brisées.

Au contraire les manifestations contre le mariage homo n’ont pour l’instant donné lieu à aucune violence contre les biens et les personnes, quelques jets de fusées contre les forces de l’ordre mis à part (qui sont d’ailleurs peut-être le fait de provocateurs). M. Valls a dénoncé à plusieurs reprises les violences et les dégradations : il ment.

S’il était véritablement démocrate, c’est-à-dire soucieux de respecter la souveraineté du peuple, le gouvernement retirerait son projet. Ou du moins il le soumettrait à référendum, qui constitue l’autre moyen par lequel, aux termes de la constitution, le peuple peut exercer sa souveraineté : lorsque de toute évidence une fraction significative du peuple s’oppose à un projet gouvernemental, le recours au référendum paraît s’imposer dès lors que l’on prétend vouloir respecter la démocratie.

Le gouvernement pourrait-il être freiné dans son élan par le conseil constitutionnel ? Certains juristes estiment qu’une réforme d’ampleur du mariage et de la filiation suppose une modification de la constitution. Il est certain en tout cas que le conseil constitutionnel, qui n’a rien d’une instance impartiale et indépendante des pouvoirs, sera soumis dans les semaines qui viennent à une forte pression.

 

  •  L’UMP complice hypocrite du PS, comme d’habitude

Il faut dire un mot de l’attitude de l’UMP, qui comme à l’habitude se montre particulièrement duplice. Pour miner la popularité du gouvernement dans la perspective des élections futures, la droite encourage le mouvement de « La manif pour tous ». Elle s’efforce également d’en tirer bénéfice en apparaissant comme associée à son organisation.

C’est ainsi que plusieurs leaders UMP, notamment M. Raffarin et M. Guaino, sont intervenus à la tribune lors de la manifestation nationale du 24 mars (signalons qu’en revanche M. Gollnisch et Mlle Le Pen, élus du Front national, qui participaient pourtant à la manifestation, n’ont pas été autorisés par le collectif d’organisation de « La manif pour tous » à s’exprimer à la tribune).

Tout en participant aux manifestations, l’UMP se comporte dans le même temps de façon ambigüe, dans le but de ne pas se couper de l’électorat homosexuel. C’est ainsi que ses responsables se partagent les rôles en participant pour certains aux défilés (comme M. Copé) tandis que d’autres s’abstiennent (comme M. Fillon), la rivalité des deux leaders ne suffisant pas à expliquer cette différence d’attitude.

De même l’UMP ne s’est pas engagée à abroger le mariage et l’adoption homosexuelles lorsqu’elle sera revenue au pouvoir.

De même encore c’est grâce à l’abstention ou au vote favorable de plusieurs élus UMP que le projet du gouvernement a pu être voté par le Sénat le 12 avril. 3 sénateurs UMP ont voté pour le texte et 4 se sont abstenus : si ces élus avaient voté contre le projet, celui-ci n’aurait pas été adopté, ce qui aurait rendu une seconde lecture au Sénat obligatoire.

Ces manœuvres passent malheureusement inaperçues de la plupart des adhérents et électeurs de l’UMP : ils continuent à faire confiance à ce parti, qui pourtant joue double-jeu et les trahit avec constance. En 2007, M. Sarkozy avait promis de maîtriser l’immigration, de remettre de l’ordre et de passer le Karcher : on sait ce qu’il en a été. Bien qu’il n’ait tenu aucune de ses promesses, il a pu accéder facilement au second tour en 2012, dépassant de 10 points le Front national.

Ses manigances concernant le mariage homo conduiront-elles cette fois ses électeurs à prendre conscience que l’UMP est en réalité complice de la gauche pour se partager le pouvoir à tour de rôle et mener les mêmes politiques ? Rien n’est moins sûr malheureusement…

 

  • Le refus d’une société libérale-libertaire

Cette affaire du mariage homosexuel permet de tirer d’ores et déjà différents enseignements qui vont au-delà des questions posées par le projet lui-même.

On assiste tout d’abord depuis l’automne à la mobilisation du secteur politiquement « traditionnel » de l’opinion, qui descend dans la rue de façon massive : cela ne s’était pas vu depuis près de trente ans, les dernières grandes manifestations « de droite » datant de 1968 et 1984. La durée de cette mobilisation est également surprenante : depuis plus de six mois maintenant, des centaines de milliers de personnes, peut-être des millions, multiplient les défilés et rassemblements.

Il est remarquable que ce mouvement soit parti des profondeurs de la société : ni l’UMP ni le FN n’en sont à l’origine et, si leurs adhérents y participent en nombre, ils n’en sont pas le moteur. C’est spontanément qu’une partie de l’opinion a choisi de se mobiliser sur une question de principe, contre un projet libéral-libertaire jugé destructeur pour le cadre social fondamental qu’est la famille. Cette mise en mouvement de la partie « traditionnelle » de la société est quelque chose d’inédit, de spectaculaire et, de notre point de vue, de très réjouissant et prometteur.

Le second enseignement est le suivant. Il est probable que la mobilisation ne porte pas seulement sur le mariage homo et va au-delà de la question de la famille : on peut penser que les marcheurs ne s’opposent pas uniquement au projet du gouvernement mais qu’ils manifestent également leur hostilité, même s’ils ne l’explicitent pas, à l’évolution libérale-libertaire de la société dans son ensemble.

Il est ainsi probable que la très grande majorité des opposants au mariage homo souhaiteraient qu’il soit mis fin de façon urgente au laxisme face à la délinquance et que l’ordre public soit rétabli. Ils souhaiteraient sans doute aussi, pour la plupart, que l’invasion migratoire soit arrêtée sans délai. De même les manifestants sont probablement tous ou presque attachés aux racines chrétiennes de la civilisation européenne et ils voudraient que l’identité française soit affirmée et respectée.

Comme on le sait ces thèmes constituent des tabous. Il est difficile de se prononcer en faveur de l’arrêt de l’immigration, d’en appeler à la fermeté contre les délinquants ou encore de souhaiter l’affirmation des valeurs chrétiennes de l’Europe sans être immédiatement traité de fasciste. Aucun défilé mettant en avant ce type de revendications ne pourrait être organisé. Aucune expression collective en ce sens ne serait tolérée bien longtemps par le régime.

Le thème de la défense de la famille peut lui plus facilement être mis en avant. Il suscite la moquerie de l’oligarchie et de ses serviteurs médiatiques, qui essaient de le ridiculiser : mais il peut difficilement être dénoncé comme relevant du fascisme.

Les manifestants se sont donc saisis de ces thèmes difficilement attaquables – le droit des enfants à disposer de père et mère ; le refus du « droit à l’enfant », porte ouverte aux « mères porteuses » et à l’acquisition d’enfants sur catalogue. Ils prennent appui sur ces slogans difficiles à contrer et en jouent avec jubilation, dans une débauche de rose et de bleu, d’éclatants sourires juvéniles et de Marseillaises reprises avec entrain.

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Terminons. L’opposition au mariage homo et la protestation contre l’arrogance du gouvernement ne peuvent suffire à elles seules à expliquer l’importance et la durée de la mobilisation. Les manifestants veulent dire également autre chose : leur hostilité à l’évolution individualiste et hédoniste de la société ; leur attachement aux cadres fondamentaux qui constituent l’identité française ; leur volonté de défendre des valeurs dont ils sont d’autant plus fiers que depuis un demi-siècle elles sont moquées et niées.

Cette foule, spectaculairement homogène, uniformément blanche, sereine, bien éduquée et respectueuse des valeurs traditionnelles, a pris conscience de son existence, de son importance, de sa force. Quelle que soit l’issue du projet de mariage homo lui même, cette mobilisation de la France française restera un événement de première grandeur.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 21/04/13

La manif contre le mariage homo : Un dimanche en France d’avant

Chronique de Paysan Savoyard

(n°92 – janvier 2013)

 

La manifestation de dimanche dernier contre le projet de mariage homosexuel pouvait susciter nous semble-t-il des sentiments mêlés (nous avons évoqué le fond du débat dans un article précédent). L’ampleur de la mobilisation contre ce projet contestable a été réjouissante et roborative. Et pourtant, face à l’entreprise de destruction de la France française que ce projet illustre, la plupart des manifestants s’obstinent à conserver une attitude d’aveuglement volontaire.

  • Le système a utilisé les méthodes de type totalitaire dont il est désormais coutumier

La gauche au pouvoir s’est efforcée de minorer de façon grossièrement abusive l’importance quantitative de la manifestation. Les médias ont ressassé qu’elle avait réuni entre 340.000 personnes, « chiffres de la préfecture de Police », et 800 000 « selon les organisateurs ». Le chiffre de la police a fait sourire jusqu’aux partisans du mariage homo eux-mêmes tant il était peu crédible.

Quant au chiffre de 800.000, il est lui aussi objectivement mensonger puisque les organisateurs ont estimé le nombre des manifestants à 1 million (le chiffre de 800.000 correspond à celui transmis à la presse par le collectif d’organisation à 18 h 00, heure à laquelle de nombreux manifestants étaient encore loin du point d’arrivée ; les derniers manifestants ont atteint le Champ de Mars vers 20 h 00).

Selon certaines sources, l’un des opérateurs de téléphonie mobile a chiffré le nombre des manifestants (dont la plupart étaient munis d’un téléphone mobile détectable) à 1,3 millions. Dans le même souci de cacher l’ampleur de la manifestation les reportages télévisés n’ont présenté aucun plan d’ensemble du Champ de Mars entièrement rempli de manifestants.

Signalons que la mairie de Paris envisage de demander au collectif d’organisation le règlement d’une facture de 100.000 euros correspondant à la remise en état des pelouses du Champ de Mars. Cette initiative visant à museler financièrement les organisateurs d’une manifestation pourtant autorisée est tout à fait inédite.

Elle s’intègre dans l’option tactique que le Système privilégie depuis plusieurs années pour étouffer l’opposition : des sanctions pécuniaires ciblées constituent une technique de dissuasion discrète et efficace (on pense notamment aux condamnations infligées à des militants ou responsables du Front national pour des propos anti immigration jugés « racistes »).

Ajoutons que les politiciens de gauche, ce qui est de bonne guerre, mais aussi l’ensemble des médias, ce qui est là plus contestable, se sont efforcés de discréditer les manifestants, présentés comme des ringards, des passéistes, des nostalgiques dépassés par les évènements et incapables de s’adapter à une société en mouvement.

Cette manifestation, qui a provoqué une mobilisation énergique de l’appareil de propagande du Système, confirme un diagnostic qu’avec d’autres nous avons posé depuis déjà plusieurs années : la France voit s’installer de façon progressive et doucereuse un régime d’essence totalitaire.

 

  • Des marcheurs paisibles… et désarmants de naïveté

Pour ceux, dont nous sommes, qui considèrent avec consternation la façon dont l’oligarchie a entrepris de transformer la société, cette manifestation de grande ampleur contre le mariage homosexuel peut être considérée comme un événement très encourageant.

Les manifestants se sont mobilisés pour défendre l’institution de la famille traditionnelle contre un projet voulant étendre aux couples homosexuels les concepts de mariage, de famille et de parents. La mobilisation a été massive alors même qu’il ne s’agissait pas de défendre ou de revendiquer le bénéfice d’un droit.

C’est d’ailleurs le raisonnement individualiste souvent entendu dans la bouche des partisans du mariage homosexuel : « pourquoi les manifestants sont-ils hostiles au mariage homo alors qu’ils ne sont pas personnellement concernés, que ce projet ne leur retirera aucun droit et ne les empêchera en rien de continuer à s’inscrire eux dans le cadre du mariage et de la famille traditionnels ? ». Contre cette vision d’une société individualiste et relativiste, les manifestants se sont mobilisés pour défendre un principe. Nous considérons qu’il s’agit là d’un événement très positif.

La manifestation a pour l’essentiel été suscitée et animée par les réseaux catholiques (notamment les écoles). Parmi les foules, elles aussi nombreuses, qui avaient accueilli avec ferveur Benoît XVI en France en 2008, une partie non négligeable d’entre elles ont sans doute défilé ce 13 janvier. De même on peut penser que parmi les manifestants, beaucoup auraient déclaré, si on les avait interrogés, que, sans nécessairement être croyants, ils ne renient pas leur culture chrétienne et qu’ils y sont même attachés. Il y a, là encore, des signes positifs, la religion catholique constituant l’un des principaux cadres ayant permis à la société française d’être ce qu’elle est.

Cependant il nous semble que la manifestation a émis également des signaux moins positifs.

C’est pour défendre l’institution de la famille que les manifestants se sont mobilisés. Or le projet de mariage homosexuel ne doit pas être analysé nous semble-t-il comme concernant la seule institution familiale. Comme nous le notions dans un article précédent, il s’inclut bel et bien dans un projet global, qui vise à démanteler l’ensemble des principaux cadres traditionnels de la société française : la famille certes ; mais aussi la religion catholique ; la nation, enfin, avec ses frontières, son État souverain et sa population historique de race indo-européenne.

La majorité des manifestants du 13 janvier ne partagent probablement pas cette analyse. Défendant l’institution familiale en tant que telle, ils n’ont pas conscience qu’ils sont confrontés en réalité à un projet de société alternative, conçu par les partisans de la « modernité » agressive. Il nous semble dès lors que ces manifestants manquent de lucidité et ne saisissent pas les enjeux véritables.

C’est ainsi que, pour la plupart, les manifestants hostiles au mariage homo ne sont pas de ceux qui se mobilisent pour défendre la nation et pour s’opposer aux agressions dirigées contre elle, en particulier les politiques d’immigrationnisme et de mondialisation. Et pourtant, sans la protection du cadre national, tout ce à quoi tiennent les manifestants, la religion catholique et la famille chrétienne en premier lieu, seront le moment venu menacés et attaqués.

Pire, les réseaux catholiques qui ont suscité la manifestation soutiennent par ailleurs activement les principales options et décisions stratégiques du Système : l’immigrationnisme et l’universalisme. Les analyses des milieux catholiques sont assises sur la lecture conciliaire de l’Évangile, victimaire et mortifère, qui nous paraît profondément erronée. Les milieux catholiques commettent ainsi une tragique erreur d’analyse, sur les plans aussi bien philosophique que géopolitique, et appuient une évolution dont ils seront probablement les premières victimes.

Les choix électoraux des manifestants révèlent également leur manque de lucidité. La plupart d’entre eux votent pour l’UMP ou les partis centristes. Ils estiment n’avoir rien de commun avec les nationalistes. Le Front national, en particulier, appartient pour eux au « camp du mal », au même titre que le mariage homo. C’est ici que l’aveuglement volontaire des manifestants apparaît le plus patent. Certes une partie de l’UMP s’est déclarée hostile au mariage homosexuel (comme l’a fait également le FN, dont certains dirigeants, mais pas tous malheureusement, ont participé à la manifestation).

Mais en dépit de sa position critique sur le mariage homosexuel, l’UMP reste avant tout l’une des deux ailes du conglomérat UMP-PS, les deux partis étant d’accord pour mener à tour de rôle les mêmes politiques mondialistes, libérales et immigrationnistes.

Les débats sociétaux comme celui provoqué par le projet de mariage homo ont pour fonction de camoufler l’accord profond de la classe dirigeante sur la plupart des sujets : en organisant des débats factices au sein de l’oligarchie, il s’agit de donner à l’électorat l’impression qu’une véritable alternative continue à exister entre gauche et droite.

Jusqu’à présent les manifestants du 13 janvier et l’ensemble des électeurs de droite se laissent prendre à cette mise en scène, pourtant poussiéreuse et vieille de plus de trente ans.

 

  • La nostalgie de la France d’avant

La manifestation réunissait une population qu’il était extrêmement agréable de côtoyer. Des jeunes parents enthousiastes, des personnes âgées dynamiques, des enfants, des religieux, certains en soutane, des jeunes, en grand nombre, notamment parmi ceux qui ont assuré l’encadrement du défilé. Des gens bien mis pour certains : une collection de gens ordinaires pour l’essentiel. Une foule calme, polie, bien élevée, souriante, bienveillante. Joyeuse sans énervement. Sure de ses convictions sans ostentation ni méchanceté. Nulle agressivité. Aucune provocation. Si elle scandait volontiers « on va rien lâcher », la foule avait du mal à entonner les slogans un tant soi peu agressifs et se contentait de sourire lorsque les organisateurs lançaient les « Hollande t’es foutu » ou les « si tu savais où on se le met… ».

Aucun débordement n’a eu lieu. Pas de tags. Pas d’abribus cassé. Pas de voitures abîmées. Aucune violence. Le service de la voirie de la mairie de Paris a avoué qu’il n’avait jamais eu aussi peu de déchets à ramasser après une manifestation. Les forces de l’ordre, aussi sereines et détendues que les marcheurs, ont qualifié la manifestation de «  mer d’huile ».

Un autre aspect ne pouvait que frapper les observateurs et les participants eux mêmes. Il n’y avait là aucun immigré. Il n’y avait même pas de couples mixtes. Les manifestants constituaient une population parfaitement homogène, une population « de souche », une population, pour dire le mot, intégralement blanche.

La manifestation, qui plus est, se déroulait dans les beaux quartiers bourgeois agréables à traverser. Sans les tags. Sans les barres, les tours et les grands ensembles de l’urbanisme concentrationnaire qui caractérise la seconde partie du vingtième siècle. Sans les mendiants agressifs. Sans les campements sauvages de Roms près des bouches de métro.

Pour toutes ces raisons, la journée fut spécialement plaisante, en dépit du froid et des heures passées à piétiner. Ont défilé dans la bonne humeur les représentants d’une société qu’on pouvait croire disparue et qui existe encore.

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Le cortège a permis de ressentir, le temps d’une journée d’hiver, ce que peut être la douceur de vivre dans une société homogène, structurée et apaisée.

Joyeuse et chaleureuse, cette excursion dans la France « d’avant » suscitait peut-être également chez de nombreux marcheurs, une impression douce-amère de regret et de mélancolie, diffuse, indicible et pourtant douloureuse. Comme si persistait au hasard de ces rues le parfum entêtant de ce que l’on a perdu.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 20/01/13