Le choc libéral prévu par F. Fillon : une politique contraire aux intérêts de la majorité de la population

Chronique de Paysan Savoyard

(n°164 – décembre 2016)

 

La victoire de M. Fillon aux primaires de la droite provoque pour ce qui nous concerne des sentiments mitigés. F. Fillon met en avant les valeurs traditionnelles : nous nous en félicitons. Sa désignation est une victoire de ce mouvement formidable de la Manif pour tous, qui nous avait enthousiasmé (voir cette chronique). Remarquons cependant immédiatement que M. Fillon n’envisage pas de revenir sur l’essentiel de la loi Taubira.

Conservateur, F. Fillon est en décalage par rapport au courant libéral-libertaire majoritaire au sein de la classe dominante : là encore nous nous en réjouissons. Son style personnel et la maîtrise de soi qu’il manifeste laissent à penser qu’il pourra occuper la fonction présidentielle avec dignité. Après le président bling-bling et le président insignifiant, l’arrivée au pouvoir d’un personnage crédible constituerait une bonne nouvelle.

Mais l’aspect négatif de la désignation du candidat de la droite est de taille : les propositions économiques de M. Fillon ne vont pas dans le sens de l’intérêt général. Le « choc libéral » auquel M. Fillon veut procéder sera tout à l’avantage de la couche supérieure, qu’il représente.

 

  • La politique économique prévue par F. Fillon va avantager les gagnants de la mondialisation et dégrader encore la situation des perdants

Le candidat désigné par la droite annonce une baisse des impôts pesant sur les bénéfices des entreprises, afin d’inciter les détenteurs de capitaux à investir en France. Il veut également baisser la fiscalité des hauts revenus (revenus mobiliers) pour éviter qu’ils ne choisissent l’exil fiscal. Il prévoit enfin de réduire les coûts salariaux, en augmentant le temps de travail salarié sans augmentation équivalente du salaire. Ces différentes mesures visent à rechercher une meilleure compétitivité globale de l’économie française.

Cette politique nous paraît intégralement mauvaise. Elle accompagne en effet le processus de mondialisation et de dumping à l’œuvre depuis trois décennies.

L’économie étant désormais mondialisée, les capitaux vont s’investir dans les pays qui pratiquent la fiscalité la moins élevée sur les bénéfices des entreprises et sur les hauts revenus ; dans les pays (ce sont souvent les mêmes) où le coût salarial est faible ; dans les pays enfin où les réglementations sociales et environnementales sont faibles voire inexistantes.

Il en résulte un phénomène mondial de dumping : pour éviter la fuite des capitaux, les pays les plus développés et les plus sociaux sont conduits à réduire à leur tour leur fiscalité sur les entreprises et les hauts revenus et à abaisser leurs coûts salariaux et leur arsenal réglementaire, de façon  à s’aligner progressivement sur les pays les moins-disant.

Dans les pays occidentaux, la mondialisation, de ce fait, a produit des effets fortement contrastés. Les gagnants en sont les détenteurs de capitaux et les hauts revenus, qui ont bénéficié d’une part de la réduction considérable des coûts salariaux grâce aux délocalisations et, d’autre part, de la baisse tendancielle des impôts sur les bénéfices des entreprises et sur les hauts revenus. Symétriquement, les perdants de la mondialisation sont les salariés, victimes des délocalisations et du chômage massif d’une part ; et d’autre part, pour ceux qui ont conservé un emploi, des effets du dumping salarial et social.

Ajoutons que dans le cas de pays comme la France, la monnaie unique a accentué les effets de la mondialisation. L’euro, en effet, a rendu impossible une dévaluation compétitive vis-à-vis des pays avec lesquels la France accuse un déficit permanent des échanges extérieurs (en premier lieu l’Allemagne). Ce moyen étant désormais inutilisable, la compétitivité ne peut être rétablie qu’en faisant baisser le coût salarial (ainsi que les impôts et charges des entreprises).

En s’inscrivant strictement dans la logique de la mondialisation, la politique préconisée par F. Fillon aura pour effet (et pour objectif) d’améliorer encore la situation des gagnants de la mondialisation et de dégrader celle des perdants.

 

  • Le candidat de la droite demande à ceux qui travaillent de travailler davantage : pas un mot sur les assistés

M. Fillon va demander aux salariés, aussi bien dans le privé que dans le public, de travailler plus de 35 heures. Les salaires, eux, devront ne pas augmenter dans les mêmes proportions que le temps de travail. D’autre part chacun devra travailler plus longtemps : l’âge minimal de départ en retraite sera repoussé progressivement de 62 à 65 ans. Quant aux chômeurs, M. Fillon envisage d’en réduire le nombre par la baisse du coût salarial et par l’assouplissement des règles d’embauche et de licenciement.

Là encore cette politique nous paraît fortement contestable. Il existe en effet depuis des décennies toute une partie de la population qui s’est installée dans la non activité volontaire et dans l’assistanat.

C’est ainsi qu’une partie non négligeable (on parle de la moitié !) des bénéficiaires du RSA perçoivent cette allocation depuis plus de 10 ans (parfois depuis la création du RMI il y a trente ans).

De même plusieurs centaines de milliers  d’emplois disponibles ne sont pas pourvus (en particulier dans le BTP). Il existe donc un chômage volontaire important et un phénomène massif d’assistanat, dont M. Fillon ne dit rien. C’est à ceux qui travaillent et qui financent l’assistanat que M. Fillon demande de travailler davantage.

Ajoutons cette remarque. Pour assainir les finances sociales, M. Fillon envisage de diminuer les remboursements à la charge de la sécurité sociale. Le relai devra être pris par les mutuelles, dont les cotisations augmenteront dès lors nécessairement. Là encore ceux qui travaillent ou qui bénéficient d’une pension de retraite devront cotiser davantage. Tandis que les assistés, eux, bénéficient de la CMU, c’est-à-dire d’une mutuelle gratuite payée par l’Etat.

Il faudrait bien sûr faire l’inverse de ce que propose M. Fillon et mettre fin à l’assistanat (en limitant le RSA à quelques mois, en réduisant la durée d’indemnisation du chômage) et obliger toutes les personnes valides d’âge actif à travailler : la situation des finances publiques en serait par là-même immédiatement assainie.

 

  • M. Fillon demandera aux Français des efforts accrus : alors que l’arrêt de l’immigration et le départ d’une partie des immigrés permettraient de régler la plupart de nos difficultés

M. Fillon, comme l’ensemble de la classe politique, se promet de combattre le djihad avec fermeté. C’est bien le moins ! Il n’a aucune intention en revanche de remettre en cause l’immigration. Or, pour s’en tenir aux seules questions économiques et sociales, l’immigration est l’une des causes principales de nos difficultés.

L’immigration tout d’abord explique une grande part des difficultés de financement des dispositifs de protection sociale. Du fait de leur situation sociale peu favorable, de leur taux de chômage élevé et de leur natalité particulièrement dynamique, les immigrés bénéficient fortement des services publics : aide sociale, santé, éducation, logement… Dans le même temps et pour les mêmes raisons ils cotisent peu et paient peu d’impôts.

En outre une partie des immigrés étant en situation irrégulière, ils travaillent clandestinement, « au noir », et ne payent pas d’impôts ni de cotisations.

Les immigrés, troisièmement, pèsent fortement sur les comptes publics (secteurs de la justice, de la police…) du fait de leur sur-délinquance.

Quatrième point. Les immigrés occupant une grande partie des emplois peu ou pas qualifiés, leur présence pèse à la baisse sur les salaires, ce qui contribue à décourager les Français de souche d’occuper ces emplois et les incite à préférer l’assistanat. Le dispositif des travailleurs détachés d’Europe de l’Est vient accroître encore le phénomène.

Doit enfin être pris en compte pour dresser le bilan économiquement négatif de l’immigration le fait qu’une partie des revenus des immigrés ne sont pas consommés ou investis en France mais envoyés dans les pays d’origine.

Résumons : M. Fillon se propose de régler les difficultés économiques et sociales (chômage, déficits publics…) en laissant de côté l’une de leurs causes principales.

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M. Fillon a annoncé ses intentions sans ambiguïté. Il favorisera les intérêts de la classe dominante, laissera tranquilles les immigrés et fera porter les sacrifices sur les Français de souche des classes moyenne et populaire.

Il faudrait faire l’inverse de ce que promet M. Fillon. Mettre en place entre les pays fondateurs de la construction européenne une Europe qui se protège de la mondialisation. Mettre fin à l’assistanat, pour assainir et consolider l’Etat et les services publics. Arrêter l’immigration et inciter au départ une partie importante des immigrés présents.

Pour l’instant, malheureusement, aucun candidat à la présidentielle ne met en avant ce type de programme.

Économie : L’oligarchie ment aux Français

Chronique de Paysan Savoyard

(n°118 – septembre 2014)

 

La situation économique et sociale conduit à constater que les Français sont en la matière victimes d’un double mensonge: l’oligarchie leur ment ; et ils se mentent à eux-mêmes. Commençons par le premier volet. Un autre article suivra pour traiter du second.

 

  • Contrairement à ce qu’ils cherchent à faire croire, les politiciens n’essaient pas de régler les difficultés économiques et sociales

En apparence, un débat nourri existe au sein de la classe dirigeante  pour faire face aux difficultés auxquelles est confrontée l’économie française: débat entre la politique de l’offre et de la demande ; entre austérité et relance ; entre libéralisme et social démocratie ; entre remèdes de gauche et solutions de droite…

La classe dirigeante donne ainsi l’impression d’essayer sincèrement de s’attaquer aux problèmes, de réfléchir aux solutions, de les tester l’une après l’autre, de s’adapter à la conjoncture. C’est là un complet enfumage.

Contrairement à ce que veut faire croire l’oligarchie, la France, et plusieurs pays européens avec elle, ne sont pas confrontés à des difficultés qui se sont imposées à eux et dont ils essaient de sortir. Ces « difficultés » (chômage, faible croissance, finances publiques dégradées) sont en effet le résultat inévitable, assumé, attendu, et même désiré, des décisions prises par l’oligarchie depuis 40 ans.

Rappelons les trois principales décisions stratégiques prises par les dirigeants occidentaux en matière économique ces quatre dernières décennies : forte diminution des droits de douane ; libération des mouvements de capitaux ; élargissement de l’Europe à des pays à bas coût.

Ces décisions ont permis d’atteindre les objectifs souhaités par l’oligarchie occidentale : la mondialisation de l’économie; sa financiarisation; et la délocalisation de l’industrie (et aussi d’une partie de l’agriculture et des services) dans les pays à bas coût.

Dans plusieurs pays d’Europe, en France notamment, les délocalisations ont occasionné des suppressions d’emplois massives (et corollairement une baisse de la production et une baisse des recettes publiques). La mondialisation certes n’a pas eu les mêmes conséquences négatives dans tous les pays européens.

L’Allemagne en particulier en a au contraire plutôt profité, en ayant su se spécialiser dans le haut de gamme, en délocalisant dans sa zone d’influence européenne, et en  en constituant des excédents commerciaux vis-à-vis d’autres pays européens. Dans le cas de la France en revanche, la mondialisation a eu des conséquences gravement négatives: chômage, faible croissance, dégradation des finances publiques.

Insistons-y. Ces conséquences résultent de décisions qui ont été prises sciemment, délibérément. Elles ont été confirmées et réitérées à plusieurs reprises. Ce qui nous arrive ne tombe pas du ciel : cela a été voulu. Les politiques et les oligarques ne sont nullement en train d’essayer de trouver des solutions à une situation qu’ils déplorent : ils l’ont tout au contraire désirée et fabriquée.

 

  • Les oligarques vont même profiter de la situation pour améliorer encore leur position

Second mensonge. Non seulement la classe dirigeante n’a aucune intention de modifier le cap, un cap gravement défavorable aux intérêts de la majorité des Français, mais la situation économique dégradée est l’occasion d’essayer de faire passer de nouvelles mesures de libéralisation, qui vont améliorer encore la situation de la couche dirigeante et dégrader encore celle de la classe salariée : report de l’âge de la retraite, baisse des pensions, allongement de la durée de cotisation, libération du droit du travail, augmentation de la durée du travail, baisse des cotisations sociales à la charge des entreprises…

Pour ce faire les oligarques prendront le prétexte de la nécessité d’améliorer la compétitivité des entreprises dans la compétition mondiale. Or l’argument est triplement fallacieux. Premièrement, comme rappelé plus haut, la mise en concurrence des salariés français avec les économies à bas coût a été voulue par les oligarques.

Deuxièmement la restauration de la compétitivité française vis-à-vis des pays à bas coût est de toute façon illusoire, sauf à ce que les salariés français acceptent de travailler et d’être payés comme des chinois. Le rétablissement de la compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne, troisièmement, est tout aussi inatteignable, la place du positionnement haut de gamme étant déjà prise.

De façon générale les oligarques vont essayer de prendre appui sur « la crise » (après l’avoir fabriquée de toutes pièces) pour déconstruire les cadres de l’Etat social démocrate qui protégeaient les intérêts du plus grand nombre (privatisations, mise en concurrence de la sécurité sociale…).

En prenant ces décisions contraires aux intérêts de la plupart, les oligarques cherchent en plus à donner l’impression qu’ils « se battent avec courage pour l’intérêt général ». Et une partie du bon peuple, moins nombreuse qu’avant, certes, mais toujours majoritaire, continue à y croire et à leur faire crédit.

 

  • Parler des « difficultés des Français » relève de la manipulation : certains Français tirent en effet le plus grand parti des politiques suivies

Dernier enfumage et dernière erreur d’analyse, liées aux précédentes, commis par la plupart des électeurs. Dire que « la France fait face à d’importantes difficultés » ne correspond à rien. Parler de « la France » et « des Français » de façon générale ne veut rien dire. En effet les Français ne sont aucunement dans la même situation selon la catégorie à laquelle ils appartiennent.

La classe moyenne et de façon générale les salariés Français voient leur situation se dégrader, et ce n’est qu’un début : en raison du chômage ; mais aussi parce que la hausse des impôts et le durcissement des retraites pèsent essentiellement sur eux.

Les immigrés, en revanche, profitent de la situation : occupant la plupart des emplois manuels et d’exécution, leur rémunération, quoique limitée au Smic, est sans commune mesure avec ce qu’ils recevraient dans leur pays d’origine. Ils bénéficient en outre d’un assistanat massif.

Les professions libérales, commerçants et artisans conservent une activité profitable grâce au pouvoir d’achat des riches (et à la fraude fiscale).

Quant à la couche supérieure, elle se « gave ». Les dirigeants et propriétaires des grandes entreprises et des banques ont vu leurs profits s’envoler depuis 40 ans (grâce aux délocalisations; grâce à l’emploi d’immigrés ; grâce au chômage, qui, comme l’immigration, tire les salaires à la baisse ; grâce à la fiscalité basse sur les revenus du capital ; grâce aux profits tirés des marchés financiers ; grâce à l’endettement des États ; grâce aux paradis fiscaux et aux multiples opportunités d’évasion fiscale).

Insistons sur ce phénomène bien connu mais que l’on a souvent tendance à oublier quand même : en matière économique ce qui est mauvais pour les uns n’est pas nécessairement mauvais pour les autres. Et souvent même c’est le contraire. C’est ainsi que le chômage n’est pas un problème pour ceux qui possèdent le capital. Et même il améliore sa situation puisqu’il permet de comprimer les salaires.

Les déficits publics et la dette ne sont pas un problème pour les propriétaires des banques et les détenteurs du capital: au contraire ils offrent une source de revenus puisque ce sont eux qui prêtent à l’État. Les impôts élevés pour financer les dépenses publiques liées au traitement social du chômage (allocations et embauche de fonctionnaires) ne sont pas un problème pour les oligarques puisqu’ils parviennent à échapper à l’impôt (voir plus haut). Le principe de base de cette mécanique est connu : privatisation des profits et socialisation des charges.

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La couche supérieure de la société tire donc un grand profit de la situation, une situation qu’elle a voulue et fabriquée de toutes pièces. Les politiques, qui font partie de cette strate ou qui sont à ses ordres, n’ont donc aucune intention de modifier le cours des choses et leur préoccupation affichée face au chômage et aux déficits sont du pur théâtre.

Terminons sur ces deux remarques. Les résultats macro économiques atteints par les gouvernements (croissance, emploi, finances publiques) conséquences obligatoires des politiques suivies en toute connaissance de cause, sont mauvais : la majorité en place perd donc les élections. Cela n’est pas un problème pour l’oligarchie : à la faveur du pseudo débat entre gauche et droite et des pseudo alternances, elle conserve le pouvoir et continue d’appliquer les mêmes orientations.

Deuxième remarque. Les difficultés de l’économie française ont un autre intérêt : elles permettent à l’oligarchie de faire porter l’essentiel du débat public sur les questions économiques et sociales : la croissance, la dette, la politique allemande, Bruxelles… La question de l’immigration peut ainsi passer au second plan.

Cette occultation relative est vitale pour l’oligarchie pour la raison suivante : le sujet de l’immigration doit être le moins possible mis en lumière parce qu’il fait apparaître, plus nettement encore que ne le fait la sphère économique, l’ampleur de la trahison commise par l’oligarchie./.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 28/09/14

La financiarisation, outil d’enrichissement de l’hyper-classe mondialisée

 

Chronique de Paysan Savoyard

(n°93 – février 2013)

 

Depuis une vingtaine d’années, l’économie mondiale s’est financiarisée. Cette financiarisation a de très importantes conséquences. Nous nous efforcerons de répondre à ces trois questions. Qu’est-ce-que la financiarisation ? Quelles en sont les causes ? Quelles sont ses conséquences ?

NB : Avec ce cinquième article, nous poursuivons la série de tribunes consacrées aux évolutions intervenues ces dernières décennies dans le domaine de l’économie (les précédents articles ont été consacrés à une présentation d’ensemble, au bilan des trente glorieuses, à la libéralisation initiée dans les années quatre-vingt, à la mondialisation ; la série se conclura avec un article consacré à la construction européenne et un article de synthèse).

  1. Qu’est-ce que la financiarisation ?

La financiarisation signifie que l’économie mondiale est désormais dominée par la sphère financière et non plus par la sphère de l’économie « réelle ».

1.1 : Le rôle de la sphère financière

La partie essentielle de l’activité économique est normalement constituée de ce que l’on appelle la sphère réelle : l’économie produit des biens et des services, qui seront ensuite vendus et achetés (parmi les services on peut citer par exemple le transport, l’assurance, les services à la personne, les prestations de santé, le tourisme…).

L’activité économique « réelle » a besoin de la sphère financière pour fonctionner et pour se développer : elle a besoin de monnaie ; elle a besoin d’un système de financement ; et d’un système de change des monnaies.

  • La monnaie

Il est nécessaire tout d’abord qu’il existe une monnaie, pour que les opérations d’achat et de vente puissent avoir lieu.

  • Le financement de l’économie

Certains agents économiques disposent d’une épargne tandis que d’autres sont endettés : l’économie a besoin que la sphère financière permette aux agents qui disposent d’une épargne de prêter aux agents qui doivent emprunter.

Les « ménages » (c’est-à-dire les particuliers, par opposition aux entreprises et à l’État) disposent, quand on les additionne tous, d’une épargne (certains ménages sont endettés, en particulier pour l’acquisition de leur logement, mais le total des ménages dispose, déduction faite de l’endettement, d’une épargne). A l’inverse les entreprises sont en principe structurellement endettées. En effet les entreprises pour se développer, ont besoin d’investir (par exemple en acquérant des machines ou des brevets) et elles ne disposent généralement pas des réserves financières suffisantes pour financer leurs investissements. Elles sont donc obligées d’emprunter des capitaux. De même les États modernes sont le plus souvent endettés.

L’économie doit dès lors permettre aux agents qui disposent d’une épargne de prêter à ceux qui doivent emprunter (autrement dit les premiers doivent financer les seconds) : schématiquement les ménages financent les entreprises et les États (les prêts aux entreprises et aux ménages peuvent aussi servir à combler des besoins de trésorerie). Si l’épargne intérieure est insuffisante pour couvrir les besoins de financement, il faut alors faire appel à l’épargne étrangère.

Les opérations de financement peuvent s’effectuer de trois manières :

-Lorsque le financement s’opère par le biais d’une banque, l’agent économique qui dispose d’une épargne la dépose à la banque. Cette banque va prêter aux emprunteurs, par exemple aux entreprises (NB : les banques ne font pas que prêter les dépôts qui leur sont remis. Leur fonction est également de créer de la monnaie en prêtant des fonds qui ne correspondent pas à des dépôts).

-Lorsqu’il s’opère par le biais du marché, le financement prend la forme d’une émission de titres, appelés « obligations », par les emprunteurs (entreprises ou États). Ces titres sont souscrits (c’est-à-dire achetés) par les banques, par les entreprises ou par les particuliers : en achetant un titre, le souscripteur consent un prêt à l’entreprise ou à l’État émetteurs (à la différence de ce qu’il en est pour le prêt bancaire, le créancier pourra vendre son titre, c’est-à-dire sa créance, à un autre investisseur).

-Le financement peut également s’effectuer par l’émission d’actions (les acheteurs d’actions devenant propriétaires d’une partie du capital).

Ces opérations de prêt et d’emprunt, d’émission et de souscriptions d’obligations et d’actions peuvent être nationales. Les économies étant ouvertes, elles peuvent également mettre en relation des acteurs internationaux.

  • Les changes

L’économie mondiale étant ouverte, il existe des échanges commerciaux (échanges de biens et de services) entre les économies des différents pays. Or les différents pays disposent de monnaies différentes. Une opération entre une entreprise française et une entreprise non européenne (par exemple une importation en France d’un produit fabriqué au Brésil) va rendre nécessaire le change d’une monnaie en une autre monnaie (par exemple l’importateur français va devoir payer en dollars l’exportateur brésilien : pour ce faire, il va demander à sa banque de vendre des euros pour se procurer des dollars). Le marché des changes est le lieu de ces opérations.

Monnaie, opérations de financement, change de monnaie : ce sont là schématiquement les différents secteurs qui composent la sphère financière, laquelle est aujourd’hui mondialisée.

1.2 : L’accroissement de la sphère financière, sans lien avec l’économie réelle

Les vingt dernières années ont vu se produire le phénomène suivant : la sphère financière mondiale s’est accrue considérablement sans que cet accroissement ait été lié à celui de l’économie réelle.

Les flux internationaux de capitaux se sont fortement accrus (il y a mouvement international de capital lorsqu’un avoir sous forme financière traverse une frontière en passant des comptes d’une banque située dans un pays donné à ceux d’une banque située dans un autre pays) : alors que les mouvements internationaux de capitaux quotidiens étaient de moins de 2.000 milliards de dollars en 1998, ils s’élèvent aujourd’hui à près de 4.000 milliards.

La plupart de ces flux de capitaux ne sont pas liés au financement de l’économie réelle. Sur les 4 000 milliards échangés chaque jour sur les marchés des capitaux, moins de 5 % servent au financement de l’économie réelle (c’est-à-dire au commerce international et aux investissements directs). Le reste est lié à des opérations dont la raison est exclusivement financière : placement et spéculation.

1.3 : Le développement de la spéculation

Il existe des masses de capitaux disponibles au plan mondial. Ces capitaux peuvent circuler librement d’une économie nationale à une autre. Depuis une vingtaine d’années, ces capitaux ont pu être consacrés par leurs propriétaires à des opérations de placement et de spéculation (nous verrons plus loin les causes de ces différents phénomènes). Ces opérations ont enrichi les détenteurs de capitaux dans des proportions considérables : elles leur ont permis en effet de dégager des profits bien supérieurs à ceux que peut procurer le financement de l’économie réelle.

En quoi consistent les opérations de spéculation ? A la différence d’une opération liée à l’économie réelle (financer un investissement, emprunter pour accorder un crédit commercial ou pour couvrir un besoin de trésorerie…), une opération de spéculation a pour objectif de générer un gain par elle-même (c’est-à-dire sans lien avec le financement de l’économie réelle) en anticipant sur l’évolution des prix.

Prenons l’exemple simple du marché des actions. Si un détenteur de capital estime que le prix (le cours) de l’action de telle entreprise va augmenter, il va acheter des actions de cette entreprise et les revendra au moment où leur prix aura augmenté (si contrairement à ce qu’il avait prévu le prix a baissé, la spéculation sera perdante). On voit que le spéculateur n’est pas un investisseur, qui lui va parier sur le développement d’une entreprise à long terme. L’achat d’action à caractère spéculatif est seulement un moyen d’engendrer un gain à court terme.

1.4 : Les mouvements de capitaux à objet purement financier dominent désormais les marchés

A la recherche du gain maximal, les placements et la spéculation provoquent la volatilité des marchés : en se déplaçant sans cesse d’une valeur à une autre, elles modifient en permanence les cours. Cette volatilité est accentuée par le fait que les marchés ont tendance à adopter un comportement d’imitation : si des opérateurs vendent, ils provoquent une baisse du cours, entraînant à leur suite les autres opérateurs, qui craignent une poursuite de la baisse, … ce qui a pour effet d’accentuer la baisse.

Symétriquement la spéculation s’alimente de la volatilité qu’elle a largement contribué à créer : en effet si les marchés étaient stables et les évolutions prévisibles, il n’y aurait pas de spéculation possible.

La spéculation porte sur les différents marchés qui structurent l’économie mondiale : le marché des actions ; le marchés des obligations et de la dette des États ; le marché des changes ; le marché des matières premières et des produits alimentaires…

Les flux de capitaux dominent le fonctionnement des marchés, y compris celui des marchés de biens physiques, comme celui des matières premières et des produits alimentaires. Par exemple sur les marchés de matières premières, les prix sont désormais déterminés non plus seulement par l’offre et la demande de consommation de ces produits, mais dans une large mesure par les mouvements de capitaux à objectif spéculatif (nous y reviendrons plus loin).

Concluons sur ce point. La domination de la sphère financière sur l’économie se constate de trois façons :

– Les mouvements de capitaux internationaux se sont fortement développés ;

– Ils sont désormais utilisés essentiellement pour ces opérations purement financières de placement et de spéculation, sans lien avec le financement de l’économie réelle ;

– Ces opérations financières dominent les marchés : elles provoquent la volatilité des marchés (en se déplaçant sans cesse d’une valeur à l’autre) et s’alimentent de cette volatilité même.

La sphère financière est autrement dit devenue autonome : elle fonctionne pour elle-même. L’économie mondiale est « financiarisée ».

 

  1. Les causes de la financiarisation

Voyons maintenant quelles ont été les causes de la financiarisation. Si certaines de ces causes sont en quelque sorte involontaires, la financiarisation résulte pour l’essentiel de décisions conscientes et délibérées prises par les élites économiques et politiques mondiales emmenées par les États-Unis.

2.1 : Il existe tout d’abord une masse de capitaux disponibles pour la spéculation ; et une masse de dettes permettant des placements

La masse de capitaux disponibles au plan mondial pour les opérations de placement et de spéculation s’est fortement accrue depuis la fin des années 70. Cet accroissement, qui a rendu possible et a alimenté la financiarisation, résulte des phénomènes suivants :

  • Excédents et déficits extérieurs

Certains pays ont accumulé des excédents commerciaux considérables (c’est-à-dire que pendant une longue période leurs exportations sont nettement plus importantes que leurs exportations).

Ces pays sont les pays exportateurs de pétrole, qui ont accumulé des excédents à compter du moment où ils se sont organisés en cartel pour augmenter leurs prix.

Depuis une quinzaine d’années, les pays émergents, au premier rang desquels la Chine, engrangent eux aussi de très importants excédents commerciaux. Produisant désormais une grande partie des biens manufacturés consommés (à la suite du phénomène de délocalisations industrielles décrit dans le précédent article), ils exportent leur production dans les pays occidentaux, qui restent les premières zones de consommation. Ces pays producteurs importent peu (parce que la majeure partie de leur population ne dispose pas du pouvoir d’achat permettant de consommer ; et parce que ces pays sont protectionnistes, en faveur de leurs industries nationales).

Enfin certains pays occidentaux dégagent des excédents commerciaux : c’est le cas de l’Allemagne (qui mène une politique économique donnant la priorité aux exportations, grâce notamment à la compression des salaires permettant d’obtenir des prix compétitifs).

Par construction, les excédents de ces pays ont pour contrepartie nécessaire les déficits extérieurs des autres pays : si certains exportent plus qu’ils n’importent, c’est nécessairement que d’autres sont dans la situation inverse. C’est ainsi que les EU importent depuis des décennies nettement plus que ce qu’ils exportent. C’est aussi le cas de la France dont les échanges extérieurs (balance des paiements courants) sont déficitaires chaque année depuis 2005.

Lorsqu’une économie nationale importe plus qu’elle n’exporte, il est nécessaire qu’une entrée de capitaux étrangers vienne financer les importations non couvertes par des exportations. Ces capitaux étrangers peuvent constituer soit des investissements, soit des prêts à court ou long terme.

Une économie nationale qui est plusieurs années de suite en déficit des échanges de biens et service devient ainsi endettée vis-à-vis de prêteurs de capitaux étrangers, en particulier ceux des pays dont le commerce est excédentaires (NB : l’économie nationale est constituée de l’ensemble des agents économiques résidant sur le territoire : ménages, entreprises, banques, État).

C’est ainsi que les pays pétroliers et les pays asiatiques (Japon puis désormais Chine) prêtent aux économies de pays déficitaires, qui deviennent leurs débiteurs. Les deux types de pays ont besoin de ces opérations. Les pays déficitaires ont besoin de ces emprunts pour financer leurs déficits. Les pays excédentaires ont besoin de prêter aux économies déficitaires afin de placer leurs capitaux et d’obtenir une rémunération. C’est ainsi que les États-Unis présentent depuis des décennies un endettement extérieur net, financé par l’épargne du reste du monde.

La France elle, accumulant depuis plusieurs année, comme indiqué plus haut, des déficits de ses échanges extérieurs, connaît depuis 2007 un endettement extérieur net (ou “position extérieure globale” ; c’est-à-dire que les créances sur l’étranger détenues par des résidents Français sont inférieures à leurs engagements).

(NB : soulignons au passage l’importance du privilège dont disposent les États-Unis du fait du statut international du dollar. Le dollar représentant la principale monnaie utilisée dans les mouvements internationaux de capitaux et la principale monnaie de réserve, les États-Unis peuvent réaliser la quasi-totalité de leurs emprunts extérieurs en dollars, ce qui leur permet d’entretenir un important et permanent déficit des échanges sans supporter les contraintes (limites à l’endettement en devises) que supportent les autres pays. En d’autre termes les États-Unis peuvent structurellement consommer plus qu’ils ne produisent, en étant financés par l’épargne étrangère).

Il faut noter que les déficits extérieurs de certains pays occidentaux ne résultent pas uniquement d’une compétitivité insuffisante ou d’un décalage de conjoncture avec les partenaires : il découle aussi pour partie des délocalisations, qui entraînent une augmentation des importations (les biens délocalisés doivent en effet être importés pour être consommés dans le pays qui a délocalisé).

Résumons : on voit que les déséquilibres commerciaux internationaux engendrent des flux importants de capitaux. C’est la première source d’alimentation de la sphère financière.

  • La retraite par capitalisation

Les mouvements de capitaux internationaux sont également alimentés par l’épargne retraite. Dans une partie des pays occidentaux, en particulier dans les pays libéraux (Japon, EU), le système de retraite est fondé sur la capitalisation (et non sur la répartition comme en France par exemple). En système de capitalisation, l’épargne constituée par les salariés en vue de leur retraite est versée à un fonds d’investissement (appelé fonds de pension), chargé de placer les sommes dont il dispose, les épargnants étant actionnaires du fonds. Au moment de leur retraite ceux-ci retirent le capital qu’ils avaient confié au fonds, augmenté des intérêts accumulés.

  • L’endettement public

Les besoins d’endettement des États ont offert aux capitaux disponibles des possibilités de placement.

Depuis une vingtaine d’années, une partie des États se sont fortement endettés (NB : il s’agit ici de la dette publique, à ne pas confondre avec la dette extérieure dont il a été question au paragraphe précédent : la dette publique provient de l’accumulation de déficits publics ; la dette extérieure de l’économie résulte d’un déficit prolongé du commerce extérieur. Notons que le déficit public ne se traduit pas nécessairement par une augmentation de la dette extérieure de l’économie. S’il est financé par l’épargne des résidents, il ne nécessite pas d’emprunter à l’extérieur. En revanche si l’épargne intérieure est insuffisante ou que les résidents ne prêtent pas à l’État, il faut faire appel à des capitaux étrangers).

Les États s’endettent pour financer leurs déficits publics. Il y a déficit public lorsque l’État (et les autres entités publiques, comme, en France, la sécurité sociale et les collectivités locales) n’équilibrent pas leur budget : les dépenses publiques sont inférieures à ses ressources (les ressources étant pour l’essentiel les impôts et les cotisations sociales). Lorsque l’ État est en déficit, il finance ce déficit par emprunt. La dette publique est donc la somme des déficits accumulés.

On trouve trois types d’États endettés :

-Aux EU, l’État est généralement en déficit. De ce fait la dette américaine atteint aujourd’hui presque 100 % du PIB. Ces déficits résultent de ce que les gouvernements américains, en vertu des principes du libéralisme économique, hésitent à prélever suffisamment d’impôts, alors que les dépenses sont élevées (notamment les dépenses militaires).

– Plusieurs États européens ont un endettement public depuis plusieurs décennies : c’est le cas de la France.La France est aux prises depuis le milieu des années 70 avec un chômage massif (6 millions de personnes n’ont pas d’emploi). L’État a amorti l’impact social du chômage en distribuant des allocations et en créant des postes de fonctionnaires, ce qui a conduit à augmenter fortement les dépenses publiques. Bien que se situant à un niveau élevé, les impôts restent insuffisants pour couvrir les dépenses.La France est chaque année en situation de déficit public depuis 1974. Dans ces conditions la dette publique a atteint 86 % du PIB (2011).

– Enfin des États du sud de l’Europe se sont endettés fortement :la Grèce pour financer les déficits parce que les impôts ne sont pas prélevés ; l’Espagne afin de renflouer ses banques qui avaient prêté de façon inconsidérée pour financer le secteur immobilier. Ces pays ont profité de l’euro, qui leur a permis d’emprunter beaucoup et à faible taux, la monnaie commune donnant (jusqu’à la crise en cours) confiance aux créanciers.

Ces dettes publiques accumulées constituent des occasions de placement pour les capitaux disponibles. Les détenteurs de capitaux sont généralement désireux de prêter aux États, qui sont considérés comme plus solvables que les entreprises (en effet un État pour rembourser ses dettes peut toujours augmenter ses impôts). C’est ainsi que la dette publique de la France est détenue à 60 % par des capitaux étrangers. Ainsi que vient de le montrer la crise des dettes souveraines, le niveau élevé des dettes publiques a remis en cause la confiance traditionnelles des investisseurs dans les dettes des États.

La constitution de la zone euro a jusqu’à récemment été très attractive pour les prêteurs, ceux-ci estimant que les États solides de la zone se porteraient au secours des États membres qui pourraient connaître des difficultés : ils ont donc consenti des prêts massifs à un taux d’intérêt faible. A partir de 2010, ces prêteurs ont pris conscience de la fragilité de certains États et du fait que la solidarité interne à la zone n’était pas garantie. Ils ont alors fortement augmenté les taux de leurs prêts aux État considérés comme risqués. C’est le début de la crise de l’euro (que nous développerons dans l’article consacré à l’Europe).

  • Fonds d’investissement et fonds spéculatifs

Les fonds de placement drainent une grande part des capitaux internationaux en mouvement engendrés par les phénomènes ci-dessus évoqués (épargne dégagée par les pays qui disposent d’importants excédents extérieurs, épargne retraite…).

Les fonds de placement sont soit des fonds d’investissements soit des fonds spéculatifs. Les fonds d’investissements recherchent une bonne rémunération de leurs placements mais aussi une sécurité (les fonds de pension sont des fonds d’investissement). Les fonds spéculatifs eux recherchent des rendements élevés : ils placent des fonds dans des opérations de spéculation, plus risquées mais plus rémunératrices (en cherchant à jouer de la volatilité des cours sur les différents marchés, voir plus avant).

Les masses de capitaux gérés par les fonds de placement sont pour une bonne part des capitaux flottants, c’est-à-dire qu’ils se déplacent en permanence à la recherche des meilleurs placements possibles (par exemple en vendant une obligation libellée en dollars et en achetant immédiatement une autre obligation en euro qui bénéficie d’un taux d’intérêt supérieur). (NB : ces capitaux flottants se distinguent des capitaux stables investis durablement dans le capital d’une entreprise).

2.2 : Différents mécanismes permettant la spéculation se sont développés

  • Les changes flottants

Le régime de changes flottants a multiplié les possibilités de spéculation

Le système monétaire international est aujourd’hui un système de changes flottants c’est-à-dire que le cours des différentes monnaies fluctue en permanence en fonction de l’offre et de la demande sur le marché des changes (comme sur tout marché lorsque les détenteurs de capitaux souhaitent détenir une plus grande partie de leurs avoirs libellés en une certaine monnaie, le cours de celle-ci s’apprécie et le cours de la monnaie moins recherchée se déprécie).

Jusqu’en 1971, la parité des différentes monnaies (c’est-à-dire le cours des différentes monnaies par rapport aux autres) était fixe. Lorsqu’un État constatait que, en fonction de l’offre et de la demande de sa monnaie sur le marché des changes, le cours de sa monnaie s’éloignait de la parité fixé, il devait intervenir par le biais de sa banque centrale pour soutenir ou au contraire pour faire baisser le cours (au moyen d’achat ou de vente de sa monnaie). Si l’État ne parvenait pas durablement à maintenir le cours de sa monnaie à la parité fixée, il était alors contraint de dévaluer (ou de réévaluer) sa monnaie et celle-ci était alors fixée à un nouveau cours. Le dollar lui, principale monnaie détenue par les banques et par les détenteurs de capitaux, devait respecter un cours fixe par rapport à l’or (le détenteur de dollar pouvait le convertir en or à ce cours).

Les États-Unis ayant décidé en 1971 de suspendre la convertibilité-or de leur monnaie, c’est un système de flottement général des monnaies qui s’est mis en place. Si le cours de leur monnaie sur le marché des changes se modifie, les différents États choisissent désormais librement d’intervenir ou non : ils n’y sont plus tenus. De ce fait, les fluctuations des monnaies sont devenues très fortes.

Afin d’éviter les trop grandes fluctuations de leurs monnaies respectives (qui portent préjudice au commerce entre pays européens), les États européens ont pour leur part décidé de mettre en place un système monétaire européen c’est-à-dire un système de parités fixes (mais ajustables) entre les monnaies européennes. En 2002, ils ont été plus loin et ont adopté une monnaie unique (la monnaie unique a pour principal intérêt de faciliter le commerce entre les entreprises européennes puisqu’elles ne supportent plus de risques de change ; nous reviendrons sur l’euro dans l’article suivant).

Les fluctuations des monnaies ont différentes conséquences sur l’économie. Mais, en en restant à notre sujet, elles ont cette conséquence : elles offrent d’importantes opportunités de spéculation à la disposition des capitaux flottants. Les capitaux se placent ou quittent telle ou telle monnaie en fonction du taux d’intérêt attaché à une obligation libellée en cette monnaie, ainsi qu’en fonction de l’évolution anticipée de son taux de change : si un spéculateur pense que le dollar contre l’euro va monter, par exemple, il va vendre des euros et acheter des dollars. Si après avoir acheté ces dollars il pense que le dollar va redescendre il les vend. Si ses deux anticipations se réalisent, il empoche un bénéfice : sa spéculation est gagnante.

  • La libération des mouvements de capitaux

Le développement de la financiarisation résulte également de la libération des mouvements de capitaux. Parmi toutes les mesures libérales prises dans les années quatre-vingt, la plus importante d’entre elles a été la libération des mouvements internationaux de capitaux et la suppression du contrôle des changes qui existaient jusqu’alors (voir la tribune sur la mondialisation). En Europe la décision a été prise par une directive du 24 juin 1988. Notons qu’elle a concerné tous les mouvements de capitaux internationaux, non pas seulement ceux intervenant à l’intérieur de l’UE.

  • L’interdiction du financement des États par les banques centrales

La financiarisation a résulté aussi de la décision prise en Europe d’interdire le financement des déficits des États par la banque centrale. Pour financer leurs déficits les États doivent s’adresser aux marchés.

Cette interdiction est posée par le traité de Maastricht de 1993 (elle figure actuellement dans l’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne).

Les motifs de cette interdiction sont doubles. Il s’agit tout d’abord de lutter contre l’inflation, le financement monétaire des déficits étant inflationniste. Il s’agit en second lui de conduire les États, placés sous pression des marchés, à adopter les mesures libérales souhaitées par ceux-ci, notamment la réduction des dépenses publiques.

A noter que, s’agissant de la France, la décision d’interdire à la banque centrale de financer le Trésor est bien plus ancienne et date de la loi du 3 janvier 1973 (article 25).

  • La libéralisation et la déréglementation

Les mesures libérales et la déréglementation intervenues dans les années quatre-vingt ont alimenté la financiarisation. La réglementation jusqu’alors visait à segmenter et à compartimenter les fonctions et les marchés, dans une optique de transparence et de contrôles sur les opérateurs et de sécurisation des dépôts : séparation entre les banque de dépôts et d’affaire ; séparation entre les rôles de courtiers et d’investisseurs ; séparation entre le marché monétaire et le marché financier. Toutes ces limitations ont été supprimées : désormais tous les opérateurs peuvent jouer le jeu de la spéculation (y compris par exemple les banques historiquement créées pour recevoir les dépôts des particuliers).

La financiarisation s’est également développée en s’étendant à des marchés et à des techniques qui étaient jusqu’alors destinés à l’économie réelle. Les marchés à terme et les produits dérivés étaient initialement destinés à permettre aux entreprises travaillant à l’international de se couvrir contre les risques de change (le système de changes flottants engendrant de fortes fluctuations comme nous l’avons vu). Ces marchés et ces techniques se sont ensuite développées pour permettre des opérations exclusivement spéculatives, sans lien avec l’économie réelle. De même les marchés de matières premières et de produits agricoles ont aussi été utilisés comme des terrains d’action pour la spéculation.

Dans ce même registre, les paradis fiscaux, qui échappent au contrôle des États, préexistaient au mouvement de libéralisation des années quatre-vingt. Ils jouent cependant un rôle toujours plus important (en effet la financiarisation entraîne une forte hausse des gains, par rapport à ceux engendrés par une économie centrée sur la production ; ces gains croissants sont à la recherche de méthodes et de lieux permettant d’échapper à la fiscalité). Selon D. Lebegue, président de Transparence internationale France, les deux-tiers des hedge-funds sont domiciliés dans des paradis fiscaux. Autre chiffre : jusqu’à 25.000 milliards de dollars détenus par des particuliers seraient placés dans des paradis fiscaux.

  • Le progrès technique

Le progrès technique est également un facteur de développement de la financiarisation et de la spéculation. Grâce à l’informatique et au développement des techniques de communication, les marchés sont dématérialisés et fonctionnent 24 heures sur 24. Il est possible d’intervenir partout sur tous les marchés de la planète à tout moment. Le marché est devenu mondial.

De même les techniques permettent l’intensification de la spéculation (par exemple des programmes informatiques permettent de passer de façon automatique des milliers d’offres d’achats et de vente par seconde afin de profiter des écarts de cours qui se produisent entre les différents marchés ; par exemple pendant quelques secondes le cours de l’euro contre dollar peut ne pas être le même à Francfort et Tokyo provoquant des arbitrages et des occasions de profit).

 

  1. Les conséquences de la financiarisation

Avant d’examiner les conséquences de ces phénomènes, rappelons d’abord les arguments des promoteurs des mesures de libéralisation, qui ont abouti au gonflement de la sphère financière et au développement de la financiarisation. Ces mesures de libéralisation étaient destinées à favoriser la concurrence entre les acteurs, source de baisse de coûts. Plus spécialement la libération des mouvements de capitaux était destinée à permettre aux capitaux de s’investir dans les pays et dans les activités les plus efficaces au lieu d’être confinés dans les marchés nationaux : elle devait donc permettre une meilleure allocation des ressources.

Quelles ont été les conséquences du développement de la sphère financière, qui est donc pour partie le fruit de décisions volontaristes ? On peut en recenser cinq principales :

3.1 : Les logiques d’entreprises traditionnelles ont été bouleversées au profit des actionnaires

La sphère financière est beaucoup plus rémunératrice que l’économie réelle. La rentabilité d’un placement financier peut en effet être très élevée, en particulier s’il s’agit de fonds spéculatifs. Pour accepter de continuer à investir dans l’économie réelle, les détenteurs de capitaux se sont mis à exiger des taux de rentabilité financière des capitaux propres investis de 15 voire 20 % par an, soit les taux qu’il est possible d’obtenir dans le cadre de placements financiers. Or l’activité ordinaire des entreprises ne permet pas des rentabilités de plus de 2 ou 3 % par an (la rentabilité d’Airbus par exemple n’est que de 1%).

Les entreprises ont dû s’adapter à ces nouvelles exigences et à cette priorité au « gain pour les actionnaires ». Cette adaptation se traduit de plusieurs manières :

– Les dirigeants d’entreprises raisonnent désormais en fonction d’objectifs exclusivement financiers. Cela les conduit à prendre des décisions de court terme en se fondant sur les résultats semestriels.

– Les modes de rémunération des dirigeants les poussent à obtenir des résultats à court terme sans se préoccuper de la pérennité de l’activité (les dirigeants se voient en effet attribuer des « stocks options », qui sont des options d’achat futur des actions de l’entreprise. Si deux ou trois ans après que l’option a été attribuée le cours de l’action a monté, le titulaire de l’option achète l’action au cours en vigueur au moment de l’attribution et la vend au nouveau cours).

– Les entreprises même non financières consacrent une part croissante de leur activité à la finance, les profits tirés de leur activité financière constituant une part importante de leur résultat d’ensemble.

– En termes de ressources humaines, cadres et ingénieurs délaissent les entreprises de l’économie réelle pour le secteur de la finance.

– La pression sur les salariés ne cesse de croître : les salariés, cadres compris, sont des variables d’ajustement privilégiés : un résultat trimestriel insuffisant peut ainsi entraîner un plan de licenciement massif pour réduire la masse salariale (quitte à réembaucher 6 mois plus tard). Dans ces conditions il n’y a plus de communauté de travail ni de notion de carrière dans l’entreprise.

Les logiques industrielles traditionnelles (investissement, objectif de pérennité de l’entreprise, compromis fordiste avec les salariés) n’ont plus lieu d’être.

3.2 : La financiarisation aboutit à une déconnexion des intérêts des entreprises multinationales et des intérêts nationaux

La notion d’entreprise nationale n’a aujourd’hui plus de sens lorsque cette entreprise est multinationale. Prenons le cas de l’une ou l’autre des entreprises françaises du CAC 40. Ses actionnaires sont souvent étrangers (les entreprises du CAC 40 sont détenues à 60 % par des capitaux étrangers). Une partie de ses dirigeants n’ont pas la nationalité française. Lorsqu’ils sont de nationalité française, ces dirigeants résident le cas échéant à l’étranger pour des raisons fiscales. Grâce à la libéralisation, au dumping fiscal et aux paradis fiscaux, la multinationale paie peu d’impôts en France. Ses centres de production ont été délocalisés. Elle ne reste implantée partiellement en France que parce qu’il y a encore du pouvoir d’achat et des consommateurs, ce qui impose de maintenir un minimum de structures de commercialisation et d’administration. Cette entreprise coupera tout lien avec son pays d’origine lorsqu’il n’y aura plus de pouvoir d’achat.

3.3 : Les États dépendent de façon importante et croissante de la sphère financière

La dépendance des États vis-à-vis des marchés financiers prend essentiellement deux formes. Les fluctuations sur le marché des changes ont tout d’abord des conséquences sur l’activité économique nationale. Par exemple si la monnaie d’un pays devient surévaluée du fait des choix des marchés, les exportations de ce pays seront freinées et ses échanges extérieurs déséquilibrés.

Les États dépendent des marchés, en second lieu, pour le financement de leur dette. C’est ainsi que, dans le cadre de la crise de la dette en Europe, des États comme la Grèce ou l’Espagne se sont vus imposés par les marchés des taux d’intérêt trop élevés pour qu’ils puissent continuer à emprunter et refinancer leur dette. Les partisans de la financiarisation peuvent rétorquer sur ce point que si les États ne voulaient pas se mettre sous la coupe des marchés, ils devaient éviter de s’endetter. En sens inverse, nous avons noté plus haut que beaucoup avait été fait pour rendre les États dépendants de la finance.

3.4 : La domination de la sphère financière engendre une forte instabilité et des phénomènes de bulles, qui ont d’importantes conséquences sur l’économie réelle

La crise commencée en 2007 est un bon exemple. Les banques américaines avaient prêté inconsidérément (prêts risqués ou « subprimes ») à des ménages à faible capacité de remboursement (en gageant les prêts sur la valeur des biens, acquis dans un contexte de hausse constante de l’immobilier). La baisse de la croissance et le chômage ont ensuite placé un grand nombre d’acquéreurs dans l’incapacité de rembourser, tandis que le retournement de l’immobilier rendait les créances irrécouvrables. Or les banques créancières avaient revendu une partie de leurs titres de créances dans des « paquets » de titres, acquis par d’autres banques, américaines et internationales. De sorte que l’ensemble du système bancaire s’est retrouvé à la tête de créances irrécouvrables sans savoir qui était engagé et à quelle hauteur.

Dès lors les banques ont cessé de se prêter entre elles, faute de connaître le niveau de risque supporté par les différents acteurs. Elles ont réduit également leurs prêts à l’économie. Ces deux réactions des banques ont entraîné un freinage brutal de l’activité et une récession. Pour éviter un effondrement de l’activité, les États ont dû prêter aux banques. Les prêts aux banques (lesquelles ont certes remboursé par la suite) ainsi que la dégradation de la conjoncture (qui entraîne une baisse des recettes fiscales) ont aggravé la situation financière des États : la crise a alors franchi une nouvelle étape et est devenue une crise des dettes souveraines.

Les États sont aujourd’hui sommés par les marchés et par les organisations leur ayant accordé des aides (FMI, UE), de réduire leurs dépenses pour réduire leurs déficits (baisse du nombre de fonctionnaires, baisse des allocations, durcissement des retraites…). La baisse des dépenses publiques a pour première conséquence de ralentir encore la croissance et la création d’emploi.

Au terme de cet enchaînement, on voit que le comportement de la sphère financière hypertrophiée (prêts inconsidérés, titrisation…) a d’importantes conséquences négatives sur l’économie réelle.

3.5 : La constitution et l’enrichissement d’une hyper-classe mondiale

La financiarisation a également eu cette dernière conséquence. Elle a permis la constitution et l’enrichissement exceptionnel d’une hyper-classe mondiale : détenteurs de fonds spéculatifs ; propriétaires et dirigeants des banques ; propriétaires et dirigeants des entreprises multinationales non financières, qui sont eux aussi des acteurs et des animateurs de la sphère financière (étant entendu que ces entreprises ont en outre tiré un grand profit des délocalisations et de la croissance des émergents ; voir l’article précédent).

La volonté d’enrichissement de l’hyper-classe mondiale était en réalité l’objectif premier du processus de libéralisation et de financiarisation : elle a motivé plusieurs des processus qui ont été mis en œuvre ces deux dernières décennies et qui ont modifié en profondeur l’économie mondiale.

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La financiarisation et la mondialisation résultent pour partie d’évolutions géopolitiques (entrée de la Chine dans le marché mondial, disparition du bloc soviétique). Mais, comme on l’a vu dans le cadre de cet article et de l’article précédent, elles sont pour l’essentiel la conséquence de décisions délibérées. Deux en particulier : la réduction des barrières douanières ; et la libération des mouvements de capitaux.

La volonté des dirigeants occidentaux de procéder à la libéralisation et à la mondialisation de l’économie s’est incarnée également sur un autre terrain, celui de la « construction européenne », qui constituera le sujet du prochain article.

Dans l’article de synthèse qui clôturera cette série de tribunes consacrées à l’économie, nous recenserons les mesures qu’il conviendrait de prendre selon nous pour mettre un terme aux évolutions délétères que nous nous efforçons de décrire.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 10/02/13

Les salariés qui vont voter pour l’oligarchie aiment souffrir ? Ils vont être servis !

Chronique de Paysan Savoyard

(n°85 – avril 2012)

 

Les Français savent que, pour la plupart d’entre eux, ils verront à brève échéance leur situation se dégrader. Ils y sont résignés. Ils se disent que c’est là une conséquence inévitable de « la crise », qui impose une cure d’austérité à tous les européens. Ces Français, ce faisant, manifestent une fois de plus leur incroyable naïveté.

Les difficultés économiques et sociales ne datent pas en effet de la crise financière de 2008 : elles ont quarante ans. Depuis le milieu des années soixante-dix, le chômage est massif (officiellement autour de 10 % de la population active ; bien plus en réalité) ; les finances publiques sont chaque année en déficit ; la dette publique ne cesse de croître.

La dégradation il est vrai s’est fortement accélérée sous le mandat de M. Sarkozy : chômage supérieur à ce qu’il était il y a 5 ans ; augmentation de la dette de 500 milliards ; et désormais un déficit des échanges extérieurs permanent et qui ne cesse de se creuser. Il n’en reste pas moins que les difficultés économiques et sociales sont apparues bien avant ce quinquennat catastrophique.

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Or il n’y a normalement aucune raison pour que la France soit en difficulté : le niveau de formation de sa population est bon ; les progrès de la science et de la technique sont permanents ; les infrastructures et les services publics sont de qualité ; les matières premières s’acquièrent à l’étranger à des conditions qui ne sont pas radicalement différentes de ce qu’elles étaient il y a quarante ans.

Les difficultés économiques et sociales sont exclusivement liées aux décisions prises par la classe dirigeante depuis quatre décennies, et en particulier à trois d’entre elles :

  • Lamondialisation (mise en œuvre par la réduction continue des droits de douanes et la libération des mouvements de capitaux). Elle a eu pour conséquence un enrichissement considérable des propriétaires et des dirigeants des entreprises, les délocalisations ayant permis une forte diminution des coûts salariaux. Du point de la vue de la population française, la mondialisation s’est par contre traduite par la désindustrialisation et le chômage.
  • La mise en place d’un système général d’assistanat, destiné à amortir les effets sociaux du chômage et à obtenir que la population consente passivement à la mondialisation.
  • La mise en œuvre d’une immigration massive, destinée à faire baisser le niveau des salaires. La forte augmentation de la population qui en résulte conduit à une stagnation du revenu national par habitant.

Ces décisions avaient un objectif : enrichir les oligarques et la jet-set mondialisée, qui ne supportaient plus de devoir se plier au carcan des interventions publiques mises en œuvre à l’après guerre et pendant les trente glorieuses. L’objectif a été atteint : les propriétaires et dirigeants d’entreprise, les financiers et les corporations qui gravitent autour d’eux (commerçants, professions libérales) se sont enrichis en quelques décennies dans des proportions spectaculaires. Selon une récente étude, 50 000 personnes bénéficient d’un revenu sans commune mesure avec le reste de la population française (leur revenu annuel moyen est de 1,1 million d’euros, voir le rapport de l’Institut des Politiques Publiques, page 54). Cet enrichissement massif se traduit dans des évolutions que chacun peut constater, comme par exemple le doublement des prix de l’immobilier en France entre 2000 et 2010 et son triplement dans les endroits recherchés comme Paris.

Le modèle économique mondialisé et immigrationniste mis en place par l’oligarchie comporte une faiblesse : il suppose une croissance continue de l’endettement public. Les impôts et cotisations, qui pèsent essentiellement sur la classe salariée, ne suffisent pas en effet à absorber les énormes dépenses publiques liées au chômage, à l’assistanat et à l’immigration (la dépense publique atteint désormais le niveau record de 56 % du PIB, au deuxième rang de l’UE derrière la Suède) : les systèmes publics, constamment en déficit, n’ont pu jusqu’ici se financer que par l’endettement. Or la crise financière vient de montrer que l’endettement public avait une limite, révélant ainsi la faille du système. Le système ne pourra dès lors perdurer qu’en baissant fortement les dépenses publiques et en augmentant vigoureusement les impôts.

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Dans l’intérêt de la majorité de la population française, qui est constituée pour l’essentiel de salariés (90% de l’emploi total), il  faudrait prendre trois types de mesures :

  • Sortir de la mondialisation, par l’imposition de droits de douane et de quotas d’importation et la suppression de la liberté des mouvements de capitaux, afin d’empêcher les délocalisations et de contraindre les entreprises à recréer de l’emploi en France (Le mieux serait que ces mesures soient prises au plan européen. Faute d’accord de ses partenaires, la France devrait alors sortir de l’Union européenne pour pouvoir appliquer cette politique d’intérêt national).
  • Mettre fin à l’assistanat.
  • Arrêter l’immigration.

L’application d’une telle politique supposerait de se débarrasser des oligarques au pouvoir et en particulier des représentants du consortium formé par l’UMP, le PS et leurs alliés.

De nombreux électeurs, inquiets des évolutions en cours, se résignent pourtant à voter pour les partis du Système, au nom du raisonnement suivant : « Certes nous savons que la situation va se dégrader et que les partis au pouvoir vont prendre des décisions douloureuses. Mais il vaut tout de même mieux faire confiance à ceux que nous connaissons. Des solutions « Front National » de sortie de la mondialisation constitueraient une aventure aux conséquences encore pires ».

Nous pensons que ces Français résignés commettent une erreur d’analyse majeure : si les partis du Système sont reconduits au pouvoir, les politiques qui seront mises en œuvre vont en effet atteindre un degré de brutalité que les « résignés » ne soupçonnent pas.

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Depuis une vingtaine d’années, le système de protection sociale et de service public est rogné par petites touches. Ces petites touches se succèdent à un rythme de plus en plus soutenu. Mais pour l’instant le système de protection sociale et de service public reste encore debout pour l’essentiel. Que les Français qui vont voter sachent une chose : les mesures d’austérité qui seront prises après 2012 par les gouvernements UMP ou PS seront d’une ampleur qui n’aura rien de commun avec les régressions multiples mais d’ampleur limitée enregistrées jusqu’à ce jour.

Les cibles des mesures qui seront prises ne seront pas les riches : profitant de la liberté des mouvements de capitaux, ils menaceront de fuir si on les taxe ; et les gouvernements ne peuvent se permettre une sortie massive de capitaux.

Ce ne seront pas non plus les « pauvres », qui sont souvent des immigrés. Les immigrés sont intouchables car l’UMP et le PS ont besoin d’eux. Les socialistes parce que les jeunes des quartiers sont leurs nouveaux réservoirs électoraux (ainsi que l’a admis il y a quelques mois le laboratoire d’idées du PS Terra Nova). Les dirigeants d’entreprises, petites, moyennes et grandes, électorat naturel de l’UMP, ont eux besoin des immigrés pour pouvoir distribuer des salaires faibles et faire travailler au noir.

Les victimes de l’austérité féroce qui s’annonce seront les classes salariées, du privé comme du public. Que les salariés qui auront la bêtise de voter UMP ou PS le sachent.

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Pendant combien de temps encore les peuples vont-ils se laisser abuser par les mensonges, les manipulations et les sabotages de l’oligarchie ? Jusqu’à quand vont-ils accepter de voir s’abîmer le système européen de protection sociale et de service public, sans réagir autrement que par la débrouille individuelle, la fuite paresseuse dans le divertissement et la prise de tranquillisants ?

Combien de temps encore vont-ils accepter de subir sans broncher l’invasion massive des immigrés, qui ne conduit pas seulement à mettre en cause leur identité et la sécurité publique, mais menace également à court terme les finances publiques, le maintien des services publics et la sécurité sociale ?

Jusqu’à quand vont-ils continuer passivement à voter pour les saboteurs, ou bien à s’abstenir, en laissant des traîtres à leur peuple tenir le gouvernail ? Quand les peuples européens vont-ils se décider, en France, en Allemagne, en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, en Autriche, à congédier par leur vote cette clique d’impudents coquins ?

 

Chronique parue sur Fdesouche le 08/04/12

Mondialisation, délocalisations, immigration : les oligarques sont les responsables de la crise

Chronique de Paysan Savoyard

(n°79 – décembre 2011)

 

Les oligarques essaient de faire croire que leurs très mauvais résultats sont dus à la crise. Ils appellent l’opinion à soutenir les efforts qu’ils déploient pour protéger les Français. Double mensonge. Premièrement, les responsables directs de la crise sont précisément les oligarques. Deuxio : contrairement à ce qu’ils prétendent ils n’ont nullement pour objectif de servir l’intérêt général. Leur souci est de sauver les banques, épine dorsale du capitalisme financier mondialisé qu’ils ont mis en place ; de sauvegarder la mondialisation contre toute tentation protectionniste ; et de protéger leur Europe libre-échangiste contre les projets souverainistes.

Décrivons schématiquement la situation :

  • Les États européens sont fortement endettés. Certains d’entre eux, comme la Grèce, ne peuvent plus rembourser sans faire appel à l’aide des autres États. De grands États, comme l’Italie, éprouvent désormais à leur tour des difficultés pour refinancer leur dette et les mécanismes d’aide mis en place paraissent insuffisants.
  • Si plusieurs États endettés se révèlent dans les mois qui viennent incapables de rembourser leurs emprunts totalement ou partiellement, les banques qui ont consenti les prêts connaîtront d’importantes difficultés. Certaines seront mises en faillite, sauf à ce que les États qui en ont les moyens leur apportent une aide.
  • Les difficultés de remboursement de certains États risquent d’entraîner une réduction de l’activité économique déjà très faible : d’une part parce que ces États endettés doivent réduire leurs dépenses pour que les marchés et les autres États acceptent de continuer à leur prêter ; d’autre part parce que les difficultés des banques risquent de conduire celles-ci à réduire fortement leurs prêts à l’économie.
  • Un cercle vicieux risque de s’installer : les réductions des dépenses publiques et des prêts à l’économie contractant l’activité, les rentrées fiscales sont par là-même diminuées, ce qui fait que les déficits au lieu de se réduire se creusent. Nous en sommes là.
  • Pour tenter de sortir de cette situation délétère, on voit se dessiner deux scénarios principaux. Le premier conduit à un renforcement de l’UE afin de prendre en charge collectivement les pays en difficulté (accroissement de l’aide à ces pays via des mécanismes type FESF, financement des États par la BCE, émission d’euro-obligations, fédéralisation des politiques budgétaires…). Le second scénario est celui d’un éclatement de l’euro (voire de l’UE) suivi de dévaluations compétitives, selon un processus soit concerté soit sauvage.

Face à cette crise, les oligarques poursuivent un double objectif :

– Ils cherchent tout d’abord à se défausser, en présentant la crise comme un évènement fortuit, qui s’impose à eux et auquel ils doivent faire face, réclamant de leur opinion qu’elle serre les rangs autour des capitaines qui, dans la tempête, se battent pour préserver les intérêts des peuples ;

– Ils veulent ensuite utiliser la crise comme une occasion de prendre de nouvelles mesures qui iront dans le sens de leur intérêt (nous traiterons du premier point dans le présent article ; un second suivra pour évoquer l’autre aspect).

Cette attitude des oligarques est une nouvelle preuve de leur impudence et de leur cynisme sans bornes. Pour parvenir à ses fins l’oligarchie compte sur le fait que la crédulité et la passivité des peuples ne rencontrent elles-mêmes guère de limites (il semble ainsi que la cote de M. Sarkozy dans l’opinion soit en train de se redresser du fait même de la crise !).

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Les oligarques font comme si la crise constituait un phénomène inopiné, indépendant de leur volonté et pour lequel ils ne portent aucune responsabilité. Il s’agit là d’un complet subterfuge : la crise est au contraire une conséquence directe des politiques qu’ils conduisent depuis quatre décennies. Chacun de ses aspects – l’endettement des États, la domination exercée par les marchés financiers, les tensions au sein de la zone euro, la dégradation des comptes extérieurs de pays comme la France, la croissance faible et le chômage – est une résultante des politiques suivies. Nous le verrons en nous fondant plus spécialement sur le cas de la France.

  • L’endettement et les déficits publics

La dette publique de la France ne cesse d’augmenter. Elle était de 5 % du PIB en 1980, de 60 % avant la crise de 2008, elle atteint aujourd’hui 84 % et continue de croître. Cette augmentation est une conséquence mécanique du fait que depuis 40 ans, les finances publiques sont chaque année en déficit.

La situation de déficit permanent a elle-même une cause majeure : la France connaît une situation de chômage massif depuis quatre décennies. Celle-ci entraîne à la fois la hausse des dépenses (il faut indemniser les chômeurs) et une baisse des recettes (les chômeurs payant peu d’impôts et de cotisations). La situation de chômage massif résulte pour une grande part de la délocalisation des emplois industriels dans les pays à bas coûts. La délocalisation a elle été rendue possible par la prise de deux décisions au plan international auxquelles ont directement participé les dirigeants européens : l’abaissement continu des droits de douane (dans le cadre des négociations successives du GATT et de l’OMC) et la libération des mouvements de capitaux (voir la  directive de l’union européenne du 24 juin 1988, qui se traduit pas l’article 63 du traité sur le fonctionnement de l’UE).

L’endettement et les déficits résultent également de deux autres phénomènes importants, eux aussi directement liés à des décisions politiques :

– La réduction des impôts pesant sur les hauts revenus et sur les grandes entreprises tout d’abord. Cette réduction est elle-même liée à la libération des mouvements de capitaux, qui a entraîné le déclenchement d’un processus de dumping fiscal européen et mondial. Dans ces conditions, et malgré l’augmentation des prélèvements pesant sur les classes moyennes, le niveau global des prélèvements n’a pas augmenté alors que dans le même temps les dépenses publiques croissaient à un rythme soutenu.

– L’immigration est une autre source de la dette publique. Elle est en effet à l’origine de dépenses publiques considérables (allocations diverses, logement, santé, éducation, délinquance…) alors que les recettes qu’elle engendre sont faibles (les immigrés sont le plus souvent accompagnés de familles dont la charge pèse sur la collectivité ; beaucoup d’immigrés sont au chômage ; ceux qui travaillent cotisent peu parce qu’ils sont souvent clandestins ; enfin les immigrés transfèrent une partie de leurs revenus dans leur pays d’origine).

  • La domination des marchés financiers

La crise met en lumière la puissance des marchés, qui en menaçant de ne plus prêter ou en prêtant à des taux d’intérêts élevés, contraignent les États à appliquer des mesures de rigueur pour retrouver « la confiance des marchés ». Et les oligarques et leurs soutiens, journalistes et plumitifs de tout statut, de dénoncer « le diktat des marchés »… Or ce sont les oligarques eux-mêmes qui ont installé les marchés dans la position de domination qui est la leur aujourd’hui !

– Leur puissance résulte en effet tout d’abord de l’attitude des États qui, en se plaçant en situation d’endettement pour les raisons évoquées plus haut, ont dû faire appel au financement des marchés.

– Elle résulte ensuite des réformes qui ont conduit à interdire le financement du trésor public par la banque de France, contraignant l’État à se tourner vers les marchés pour se financer (cette décision a été prise dès 1973 en France (loi 73-7 du 3 janvier 1973) ; de même le traité sur le fonctionnement de l’union européenne, article 123,  interdit à la banque centrale européenne et aux banques centrales nationales de financer les États).

– La domination des marchés résulte également directement de décisions de libéralisation prises dans les années 80. La plus importante d’entre elles est, encore une fois, la libération des mouvements de capitaux internationaux, qui a rendu possible l’explosion des volumes de capitaux internationaux échangés tous les jours dans une optique de placement et de spéculation.

D’autres décisions très nombreuses ont été prises dans les mêmes années pour libéraliser le secteur financier (par exemple la désintermédiation financière et la création d’un marché monétaire ouvert ; la suppression de l’encadrement du crédit ; la suppression de la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires, la suppression de l’interdiction de rémunérer les comptes de dépôt, ou encore la suppression de l’interdiction de pratiquer à la fois, sur le marché financier, le métier d’opérateur et d’intermédiaire).

– Les déséquilibres commerciaux internationaux contribuent également à expliquer la financiarisation (puisqu’ils procurent aux pays exportateurs nets des avoirs considérables que ces pays cherchent ensuite à placer) : or ces déséquilibres sont pour une part une résultante des délocalisations (les pays ayant délocalisé devant désormais importer ce qu’ils ne produisent plus ; nous ne faisons ici qu’évoquer certaines causes de la financiarisation : il y en a d’autres).

  • Les tensions au sein de la zone euro

Elles résultent pour une grande part de la façon délibérément incomplète et déficiente dont a été conçue l’union monétaire.

L’Europe en effet n’a pas mis en place de coordination des politiques économiques et budgétaires. Certains pays comme l’Allemagne ont pu mener ainsi des politiques de « désinflation compétitive » pour augmenter leurs exportations au détriment des partenaires, lesquels, en situation de monnaie unique, ne peuvent plus recourir au moyen traditionnel de la dévaluation pour rétablir leurs comptes extérieurs. La perte de compétitivité relative des pays déficitaires augmente leur taux de chômage et partant les dépenses publiques et l’endettement.

L’appartenance à la zone euro a permis d’autre part à certains pays de s’endetter massivement à bas coût, l’absence de gouvernement économique européen les dispensant par ailleurs de mener des politiques budgétaires un tant soit peu rigoureuses et durables (cas de la Grèce). La France et l’Allemagne elles-mêmes n’ont pas respecté les « critères de stabilité » (notamment l’obligation de contenir les déficits publics), sans que les sanctions prévues aient été appliquées.

N’ayant pas prévu d’harmonisation fiscale, l’union européenne a permis le jeu du dumping fiscal, préjudiciable aux finances publiques.

Enfin le grand marché libéral qu’est l’union européenne s’est élargi à de nombreux pays à bas coûts, permettant l’organisation de délocalisations à l’intérieur même de l’Europe, au détriment de l’emploi et des finances publiques dans les pays à coûts « élevés ».

  • Les déficits commerciaux, la faible croissance et le chômage

Ces phénomènes sont là-encore des conséquences directes des décisions évoquées plus avant : la libération des mouvements de capitaux et la baisse des droits de douane ont permis les délocalisations et entraîné par là-même, notamment en France, désindustrialisation, déficits commerciaux, chômage massif et faible croissance (l’Allemagne a, elle, maintenu voire renforcé sa position, mais au détriment de ses partenaires).

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On le voit, les phénomènes qui aboutissent à la crise avec laquelle l’Europe est aux prises sont une résultante de décisions bien identifiées, adoptées délibérément ces quatre dernières décennies dans une perspective libérale, pour maximiser (avec succès) les profits de la classe dirigeante : baisse des droits de douane, libération des mouvements internationaux de capitaux, délocalisations, mesures de libéralisation de la sphère financière, interdiction du financement du trésor par la banque centrale, baisse de la fiscalité des hauts revenus et du patrimoine, dumping fiscal, élargissement de l’Europe, immigration.

En présentant la crise, pour se défausser, comme un phénomène extérieur, les oligarques cherchent à abuser grossièrement l’opinion (avec malheureusement les meilleures chances d’y parvenir).

Nous verrons dans un article suivant quels sont les objectifs de l’oligarchie face à la crise : sauver la mondialisation ; conserver « l’Europe du libre échange » ; se saisir de la crise comme d’une chance pour accentuer à leur profit les politiques de libéralisation.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 18/12/11

La « construction européenne » est une escroquerie

Chronique de Paysan Savoyard

(n°70 – septembre 2011)

 

Depuis cinquante ans, les Français – et les autres peuples européens avec eux – se voient présenter la construction européenne comme un nouvel horizon, lointain certes, mais tendanciellement radieux. La nécessité de poursuivre et d’approfondir l’union européenne initiée en 1957 est dès lors affichée comme une évidence. Nous ne partageons pas ce sentiment de communion européiste : la construction européenne nous paraît constituer une escroquerie.

 

  • Ni paix, ni prospérité, ni démocratie

Le discours des européistes met en avant trois arguments majeurs :

« L’Europe c’est la paix ». La construction européenne serait la source première de la paix régnant depuis cinq décennies entre des pays européens qui ne cessaient jusqu’alors de se combattre. Dès lors, selon ses promoteurs, la poursuite de la construction européenne serait la garantie et la condition du maintien de la paix en Europe.

« L’Europe c’est la prospérité ». Dès l’origine le marché commun a été décrit comme un gage de développement économique. Dans les années 80, la relance de la construction européenne, qui s’est traduite par l’achèvement du marché intérieur et la mise en œuvre d’une union monétaire, a été présentée par les dirigeants, notamment le président de la Commission, Jacques Delors, comme une source importante de richesse et de création d’emplois.

« L’Europe c’est la solidarité et l’union entre des peuples qui partagent les mêmes valeurs : démocratie, égalité, liberté ». C’est au nom de la promotion de ces valeurs communes que l’accueil au sein de l’Union des pays libérés de la dictature a été proclamé comme une nécessité morale. C’est pour les garantir que les européens doivent, nous dit-on, renforcer leurs liens et se diriger progressivement vers une union politique.

Brassant les bons sentiments, les idéaux et les objectifs louables, le discours des européistes est en réalité un bluff, un mensonge, une escroquerie.

La construction européenne n’est pas la source de la paix en Europe. L’origine de la paix en Europe, ce sont les deux guerres mondiales elles-mêmes qui, en raison de leur ampleur et de leurs conséquences catastrophiques, humaines, matérielles et morales, ont conduit les européens à rompre avec les logiques de guerre. La réalité est très exactement inverse de ce que prétendent les européistes : c’est la paix qui a permis la construction européenne.

La construction européenne ce n’est pas la prospérité. Depuis l’achèvement du marché unique et la mise en place de la monnaie unique, la situation globale des populations dans les pays initiateurs de la construction européenne ne s’est pas améliorée. La croissance reste faible. Le chômage, massif depuis quarante ans, n’a pas baissé et plusieurs pays dont la France se sont désindustrialisés. Les finances des Etats se sont fortement dégradées. La monnaie unique s’est traduite par une hausse des prix, du moins pour les dépenses de vie quotidienne. Dans l’ensemble européen la dégradation de la position de la France a été particulièrement nette : pour ce qui est du niveau de revenu par habitant, la France se place aujourd’hui dans les toutes dernières positions parmi les pays « riches ». Par rapport à l’indice 100 qui correspond au PIB moyen par habitant dans l’Europe des 27, l’indice français est à 107. La France est l’avant-dernière parmi tous les pays d’Europe occidentale (l’Allemagne, malgré l’intégration de la RDA, est à 118, le Royaume Uni à 114, la Belgique à 118, les Pays-Bas à 133, sans parler de la Suède (123) ou de la Norvège (179). Parmi les membres fondateurs de l’UE, seule l’Italie fait légèrement moins bien que la France. La situation de la France n’a cessé de se dégrader ces dix dernières années : en 2000, l’indice Français était à 115 !

confoL’Europe, ce n’est pas la démocratie. Deux des principaux organes de l’UE (Commission et BCE) sont composés de technocrates non élus. De plus, aux termes des traités, ces technocrates sont indépendants des gouvernements. Autre exemple de l’absence de démocratie : les peuples n’ont pas été consultés sur l’évolution décisive qu’a été l’élargissement aux pays d’Europe centrale. Lorsque par exception les électeurs sont consultés et qu’il leur prend l’envie de s’opposer aux visées des européistes, les dirigeants européens leur redemandent de voter ou ne tiennent pas compte du scrutin. C’est ainsi qu’en 2005, les électeurs Français et Néerlandais ont refusé le projet de constitution européenne (TCE). Qu’à cela ne tienne : l’essentiel des dispositions du TCE rendu caduc ont été reprises dans un nouveau traité (celui de Lisbonne) appliqué cette fois sans être soumis à référendum dans les deux pays fautifs. En 2008 les Irlandais, auxquels le traité de Lisbonne a été soumis, l’ont repoussé par référendum : une nouvelle consultation a été organisée dès l’année suivante pour leur donner l’occasion de voter conformément, cette fois, aux vœux européistes.

 

  • Loin d’incarner l’union entre européens, l’UE est le cadre de leur concurrence sauvage

La construction européenne, enfin, ce n’est ni l’union ni la solidarité entre Etats membres autour des valeurs européennes. C’est sur ce dernier point que l’escroquerie est la plus manifeste et c’est pourquoi nous y insisterons :

Bien loin d’organiser une solidarité entre européens, l’UE constitue un cadre et un ensemble de règles organisant et alimentant au contraire entre les pays membres une concurrence frontale. Il n’y a pas de coordination des politiques économiques. Il n’y a pas de solidarité budgétaire. Les différents Etats pratiquent un dumping fiscal, salarial et social pour doper leurs exportations et attirer les capitaux. Certes la dimension fédérale est présente dans l’UE. Mais ce qui a été fédéralisé, ce sont précisément  et uniquement les règles du jeu de l’économie de libre concurrence : libre circulation des capitaux, des biens, des services et des personnes ; interdiction des monopoles nationaux et des protections nationales ; monnaie unique et politique monétaire confiée à un organisme fédéral chargé de la lutte contre l’inflation, laquelle constitue l’un des objectifs clés de l’économie libérale. Dans ce cadre imparti, qui est celui de l’économie libérale, les Etats se livrent à une concurrence totale.

Il ne faut donc pas se tromper d’analyse et se laisser bercer par les mensonges des européistes : ce n’est pas parce qu’ils se sont mis d’accord sur les règles de leur affrontement, à l’instar de joueurs de Monopoly, que les pays européens sont solidaires. Telle est l’Europe construite pas les promoteurs de l’UE : les Européens se livrent entre eux à une concurrence globale et sans merci. C’est ainsi que les Allemands ont décidé de mener depuis 10 ans une politique de compression de leurs salaires pour améliorer leur compétitivité et leur balance commerciale (politique de « désinflation compétitive ») au détriment de leurs partenaires commerciaux et d’abord du premier d’entre eux la France (précisons que nous n’entendons pas ici reprocher aux Allemands de jouer le jeu de la concurrence entre européens puisque celle-ci constitue la logique propre et le moteur même de l’UE).

Donnons également cet exemple récent significatif de la vraie nature de l’Europe : les Européens ont accepté d’aider l’Irlande en difficulté tout en la laissant continuer à appliquer un taux d’imposition sur les bénéfices des sociétés (12,5%) très inférieur à celui pratiqué par la plupart des pays membres. Cette politique de dumping fiscal est préjudiciable aux finances publiques des partenaires européens de l’Irlande : elle est en revanche profitable aux grands groupes internationaux ayant installé des filiales dans ce pays.

En même temps qu’ils prétendaient « construire l’Europe », les promoteurs de l’UE et les différents gouvernements des Etats membres contribuaient à la mondialisation : en participant aux négociations internationales visant à baisser ou à faire disparaître les droits de douane ; en libérant en 1988 les mouvements internationaux de capitaux. Ils révélaient par là même leurs véritables intentions : il ne s’agit pas pour eux de mettre en œuvre un marché intérieur européen mais bien un marché mondial ouvert.

Les différents épisodes de l’élargissement de l’Europe ont été autant d’illustrations de la duplicité des dirigeants et oligarques européens. L’adhésion de la Grande-Bretagne, traditionnellement libérale et mondialiste sur le plan économique et atlantiste sur le plan géopolitique, a constitué dès 1973 la preuve que l’objectif des européistes n’a jamais été de construire l’Europe sociale et indépendante qu’ils mettent en avant dans leurs discours. De même l’adhésion de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal ont été présentées comme des actes de solidarité nécessaires envers des peuples qu’il s’agissait d’accueillir dans le camp des démocraties. Les véritables motifs étaient évidemment économiques : l’intégration de ces pays à faibles salaires a permis d’initier le mouvement de délocalisations à l’intérieur de l’Europe (c’est ainsi qu’une partie de l’industrie automobile et de l’agriculture françaises ont été délocalisées en Espagne). De même les « aides structurelles » européennes distribuées aux nouveaux adhérents ont ouvert de nouveaux marchés aux grands groupes européens (des entreprises comme Bouygues ont pu ainsi participer au tapissage d’autoroutes en Espagne et au Portugal financées par les impôts des contribuables des pays « riches » de l’UE).

L’opération a été rééditée à plus grande échelle avec les pays ex-soviétiques. Mêmes prétextes affichés : la nécessité morale d’accueillir des pays libérés de la dictature. Mêmes motivations réelles : délocalisations massives dans les nouveaux pays adhérents aux coûts salariaux très faibles (par exemple 3 euros de l’heure en moyenne en Bulgarie, 4 en Roumanie, contre 32 en France) ; aides structurelles profitables aux entreprises européennes sur le dos des contribuables ; et immigration intra européenne en provenance d’Europe centrale pour peser à la baisse sur les salaires pratiqués en Europe occidentale. L’intégration d’un pays comme la Bulgarie, intégralement tenu et régenté par la mafia, montre s’il en était besoin que la construction européenne n’a pas grand-chose à voir avec « la solidarité » et « les valeurs ». La volonté des dirigeants européens d’intégrer la Turquie, qui n’appartient pas de façon évidente à la « communauté de valeurs » européenne,  révèle toujours plus nettement leurs motivations véritables, leur duplicité et leur insatiable cupidité.

Terminons sur cette dernière illustration de l’hypocrisie des européistes. Les dirigeants européens prétendent vouloir progresser, en dépit des lenteurs et des difficultés inévitables, vers une plus grande union politique et une forme d’intégration (ils nous parlent ces temps-ci de leur volonté de mettre en place un « gouvernement économique » européen). Cette volonté d’union politique est mensongère. Les Allemands ne souhaitent une plus grande intégration que si elle se fait aux conditions allemandes et à leur bénéfice. Les dirigeants Français refusent eux la perspective de l’intégration ; pour partie afin d’éviter la constitution d’une Europe encore plus allemande qu’aujourd’hui ; et pour partie également parce qu’ils préfèrent conserver les positions de pouvoirs nationales dont ils bénéficient.

C’est ainsi qu’en 2000 et 2001, les dirigeants allemands, MM. Schroeder et Fischer, avaient proposé de façon solennelle, à deux reprises et à un an d’intervalle, de mettre en place une union politique entre la France et l’Allemagne et de lancer entre eux un processus fédéral. Tous les dirigeants français ont brutalement refusé cette proposition. M. Chirac président de la république. Mais aussi M. Jospin, premier ministre, M. Védrine, ministre des affaires étrangères, M. Moscovici, ministre des affaires européennes, tous affirmant qu’une telle perspective ne correspondait pas à la tradition française. Même M. Delors, la statue du commandeur de l’Europe, préférera hypocritement se réfugier derrière un oxymore et promouvoir « une fédération d’Etats-Nations ». Cela n’empêche pas les dirigeants Français de continuer à amuser la galerie et de faire croire à leur opinion crédule et sans mémoire qu’ils ont bien pour objectif de parvenir à l’intégration politique de l’Europe.

Résumons : les ressorts de l’Europe de l’UE ne sont ni la paix, ni la solidarité, ni l’union politique, ni la prospérité des peuples. L’UE, c’est l’Europe de la concurrence totale, l’Europe des marchands, des lobbys, du dumping, du libre échange mondialiste et des mouvements internationaux de capitaux.

 

  • La construction européenne : une propagande sémantique

Relevons incidemment l’utilisation par les européistes de ce procédé de propagande par la sémantique. C’est à dessein qu’ils ont choisi et qu’ils prennent soin de ressasser le terme de « construction européenne », dont l’utilisation a plusieurs intérêts. Il permet tout d’abord d’assimiler et de rendre synonymes construction européenne et coopération européenne, conditionnant l’opinion à penser qu’il n’y a pas d’autre Europe possible que celle de Rome et Maastricht. Le procédé a connu un raté avec le rejet du TCE par référendum en France mais il continue à être utilisé globalement avec succès. On le voit ces temps-ci avec l’euro, ses opposants étant dénoncés comme hostiles à la coopération européenne elle-même.

Le terme « construction européenne » a un autre avantage. Il introduit l’idée que cette « construction » constitue une nécessité et même une évidence. Construire en effet est par nature positif : comment pourrait-on préférer ne rien construire et a fortiori détruire ? Les bâtisseurs ont nécessairement le beau rôle.

Dernier intérêt de ce choix lexical : le terme de construction suggère que le processus est par nature lent, difficultueux, qu’il connaît d’inévitables retards et périodes de blocage, comme il est de règle pour tous les chantiers difficiles. Ainsi les européistes justifient-ils de façon implicite les insuffisances et les échecs. L’opinion constate que les résultats en termes d’emploi ne sont pas là ? : « C’est que toute construction ambitieuse est difficile ». Elle voit bien que les européens ne sont pas unis ? « Rendez-vous compte : il s’agit d’unir des pays qui se faisaient la guerre il y a encore cinquante ans : il est normal que ce grand chantier soit lent et compliqué ».

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Terminons. La « construction européenne » est, avec l’immigration et la mondialisation, un pilier important de l’idéologie dominante. L’européisme présente d’ailleurs les mêmes caractéristiques que ces autres vaches sacrées que sont l’immigrationnisme et le mondialisme. Même propagande incessante, assise notamment sur l’utilisation d’une novlangue ad hoc. Même mensonge sur les objectifs véritables poursuivis. Même camouflage des faits et des résultats obtenus.

Précisons que nous sommes pour notre part favorables à une union plus forte entre européens. Faut-il souhaiter une Europe mettant en œuvre des coopérations volontaires et à la carte entre Etats restant souverains ? Ou la mise en place de politiques fédéralisées, par exemple dans le domaine de la politique étrangère et de la défense, entre les pays européens les plus proches ? C’est à voir.

L’Europe constituant un ensemble civilisationnel, il serait logique qu’elle donnât naissance à une union politique, dans un monde multipolaire dominé par de grands empires (Etats-Unis, Chine, Inde). Quant à la Russie, elle-même pour partie européenne, elle a vocation nous semble-t-il à devenir pour les européens un partenaire et un allié privilégié. A l’inverse on peut soutenir que la perspective de constituer des Etats-Unis d’Europe ne correspond pas à l’histoire d’un continent constitué pour partie de plusieurs Etats-nations importants et formés de longue date.

Europe des patries ou cheminement souhaitable vers une Europe fédérale ? Le débat reste possible, nous semble-t-il. Une chose paraît certaine en toute hypothèse. Il faut tourner la page de l’Europe de Rome et de Maastricht, cette Europe-passoire de la mondialisation et de l’immigration, cette Europe coupée des peuples et dissolvant les identités, l’Europe du libre-échange matérialiste, l’Europe des marchands et des oligarques, l’Europe de l’hypocrisie et de la cupidité.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 18/09/11

 

Poursuite de l’immigration ou maintien de la protection sociale : il va bientôt falloir choisir

Chronique de Paysan Savoyard

(n°61 – avril 2011)

 

Malgré l’ampleur du chômage et l’énormité des dépenses collectives induites par l’immigration, la situation de la classe salariée ne s’est pas encore trop nettement dégradée. Cela pourrait rapidement changer.

La fin des Trente glorieuses a précédé de quelques années l’arrivée au pouvoir, aux Etats-Unis puis en Europe, de gouvernements menant des politiques économiques libérales et mondialistes. Ces politiques ont conduit, comme on le sait, à l’enrichissement de la classe dominante, à la baisse de l’imposition des plus riches, à un partage de la « valeur ajoutée » moins favorable aux salariés, à un chômage persistant de grande ampleur, à un creusement des écarts.

Dans le même temps l’immigration extra européenne, apparue au début des années 60, est rapidement devenue massive. Elle se poursuit au même rythme, générant des coûts sociaux considérables. Présentant le plus souvent une situation sociale défavorable (notamment parce qu’ils sont souvent sans emploi), les immigrés acquittent en effet des cotisations et des impôts faibles, tandis qu’ils bénéficient d’un effort considérable de la collectivité en leur faveur (en matière de logement, de santé, d’éducation, d’allocations et de prestations multiples).

Pour l’instant toutes ces évolutions n’ont pas entraîné d’effet décisif sur le niveau et le cadre de vie de la majorité de la population « de souche ». La situation des salariés (les salariés des entreprises et les fonctionnaires constituent, en comprenant les salariés chômeurs et retraités, le groupe central de la société française) a commencé à se dégrader. Mais le processus reste contenu : l’Etat continue à distribuer prestations et allocations massives (elles représentent près du tiers du revenu des ménages) ; les services publics (santé, éducation, sécurité sociale) structurent toujours la vie quotidienne ; le chômage malgré son ampleur est rendu supportable par les allocations. Rien de dramatique donc, finalement. La situation paraît maîtrisée.

Il est probable cependant que le système d’ensemble ne restera pas à ce niveau de stabilité pendant très longtemps : le risque qu’une dégradation nette se produise dans les prochaines années est désormais élevé. Pourquoi ?

Du fait du chômage, de la baisse de l’imposition des riches et de la faible croissance, les cotisations et les recettes fiscales stagnent. Dans le même temps le chômage massif et la poursuite de l’immigration ont conduit à l’augmentation des dépenses (allocations, logement social, embauche de fonctionnaires, dépenses de santé et d’éducation…). Comment l’Etat a-t-il pu continuer pendant trente ans à assurer le financement de ces dépenses croissantes alors que les recettes stagnaient ? La réponse est connue et elle est simple. L’Etat, constamment en déficit, a financé tout cela en s’endettant. La dette publique est passée de 5 % du PIB en 1980 à près de 80 % aujourd’hui.

Or il semble que ce système d’absorption des effets du chômage et de l’immigration par l’endettement soit en passe de se bloquer.

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Les évènements de ces derniers mois conduisent en effet à penser que les capacités d’endettement des Etats ne sont pas sans limite. Pour pouvoir s’endetter il faut que les taux d’intérêt ne soient pas trop élevés : on ne peut plus sinon assurer le service de la dette qu’en s’endettant encore davantage. Et surtout il faut que les prêteurs restent disposés à prêter : ils peuvent cesser de l’être s’ils viennent à craindre que l’Etat endetté, constatant son incapacité à assurer ses échéances, ne décide un beau jour de répudier sa dette ou de la réduire unilatéralement.

Cette limite est désormais atteinte pour certains pays de l’UE et il n’est pas exclu qu’il en soit de même prochainement pour la France (l’UE envisage de prendre le relai en s’endettant à son tour pour le compte des Etats membres : mais ce système de fuite en avant ne fera que repousser le problème de quelques années).

Lorsque l’Etat ne peut plus s’endetter davantage, il n’y a plus guère alors qu’une solution : réduire fortement les dépenses et augmenter énergiquement les impôts (on peut aussi envisager de répudier une partie de sa dette unilatéralement mais on ne trouve plus alors de prêteur et on est de ce fait également contraint de réduire les dépenses).

Or, dans le contexte du cycle libéral ouvert il y a trente ans maintenant, les impôts pèsent avant tout sur le groupe central de la société française. Les « exclus » (immigrés et assistés professionnels) ne sont pas solvables. Quant aux riches, ils bénéficient du dumping fiscal : les Etats ne peuvent augmenter leurs impôts sauf à les faire fuir vers des pays fiscalement plus accommodants.

C’est également sur la classe des salariés que l’on peut faire peser la baisse des dépenses de protection sociale (les « exclus » étant considérés comme trop « pauvres » pour apporter leur écot à l’effort général).

La dernière raison pour laquelle on sollicite surtout le groupe central est qu’il constitue la partie la plus nombreuse du corps social.

Des plans de rigueur vigoureux viennent ainsi d’être imposés aux salariés et aux fonctionnaires en Grèce, en Irlande, en Espagne, en Grande-Bretagne. A quand le tour de la France ? Probablement après 2012, que le gouvernement soit UMP ou PS.

S’il se confirme que l’Etat ne peut plus laisser croître son endettement comme il le fait depuis trente ans, il se produira alors nécessairement une dégradation très forte de la situation du groupe central.

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Le journal de l’oligarchie (Le Monde du 22 septembre 2010) a récemment vendu la mèche dans un éditorial de première page qui a été trop peu remarqué et dont cet extrait mérite d’être cité : « Il y a un lien entre immigration et Etat-providence. La première est là pour durer, elle va continuer ; elle n’est pas un phénomène passager, elle va marquer le siècle en Europe.

Contrôlée, l’immigration est nécessaire au maintien de l’Etat-providence dans nos sociétés vieillissantes. Mais elle suppose un immense effort d’insertion qui n’a pas été fait. Il a un coût. L’Etat-providence à l’européenne ne survivrait-il qu’en en faisant moins dans ses domaines traditionnels – santé, retraites – et plus dans sa nouvelle tâche : l’insertion des immigrés ? »

Notre point de vue est qu’il faut évidemment effectuer le choix inverse : arrêter l’immigration et conduire une partie des immigrés à regagner leur pays, afin que nous puissions continuer  à financer nos services publics, l’éducation, la protection sociale et les pensions de retraite de notre population.

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La classe des salariés, les études d’opinion le montrent, a bien conscience que la situation se dégrade et qu’elle va continuer à se dégrader. Une récente étude menée dans 57 pays a même montré que les Français étaient les plus pessimistes de la liste. Et pourtant, une grande partie des salariés continuent à voter pour l’UMPS. Sans doute parce qu’ils espèrent que la situation va rester sous contrôle. Sans doute aussi parce qu’ils estiment être en mesure à titre individuel de passer entre les gouttes.

Peut-être reverront-ils leur position s’ils constatent que la situation se dégrade beaucoup plus vite et beaucoup plus nettement que cela n’a été le cas jusqu’à présent. Une telle occurrence n’est pas à exclure. On peut même se demander si elle n’est pas à souhaiter.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 08/04/11