Et le pays le plus taxé du monde est… la France !

Chronique de Paysan Savoyard

(n°213 – décembre 2018)

 

Déclenché par l’augmentation annoncée des taxes sur les carburants, le mouvement des gilets jaunes est notamment l’expression du ras-le-bol fiscal éprouvé par les Français moyens. Cet épisode fournit l’occasion de mettre en exergue cette information capitale : la France est désormais le pays le plus taxé du monde. La première place était jusqu’ici occupée tantôt par le Danemark, tantôt par la Suède : elle l’est désormais, depuis 2017, par la France.

 

  • La France championne du monde des impôts, taxes et cotisations

Les prélèvements obligatoires sont les prélèvements opérés par l’Etat et les autres entités publiques : cotisations sociales, taxes et impôts. Ils représentent pour la France en 2017, 45,3 % du revenu national annuel (ou PIB) selon l’INSEE, 46,2 % selon l’OCDE, 47 % selon Eurostat, l’organisme statistique de l’UE. L’INSEE précise que son chiffre, le plus faible des trois, ne tient pas compte des « cotisations sociales imputées à la charge de l’employeur » ni des crédits d’impôt, ce qui explique sans doute la différence enregistrée avec les deux autres. Les chiffres de ces trois organismes diffèrent donc quelque peu mais ils établissent bien tous le même classement : dans les trois cas la France en occupe la première position. On retiendra dans la suite du présent article les chiffres de l’OCDE, qui ont le mérite de s’accompagner de comparaisons internationales complètes et actualisées.

Les prélèvements obligatoires servent à financer les institutions publiques, Etat, collectivités locales, sécurité sociale, dont ils constituent la très grande partie des recettes. Ces institutions utilisent ces ressources pour financer leurs actions : prestations de services publics ; réalisation de travaux ; distribution aux ménages de sommes en argent telles que les allocations familiales, les pensions de retraite, les minima sociaux, les allocations diverses…

Les institutions publiques jouent également un rôle de redistribution, dans le but de réduire les inégalités : une partie des ménages paient davantage qu’ils ne reçoivent, tandis que les autres sont dans la situation inverse. L’impôt sur le revenu joue un rôle important dans le dispositif de redistribution. Il est en effet progressif : plus le revenu augmente, plus le taux de l’impôt augmente également.

Le taux de prélèvements obligatoires dans le revenu national est le reflet du type d’organisation sociale choisi par chaque pays. Dans les pays de la zone OCDE, il existe trois groupes : les pays libéraux, les pays sociaux et ceux qui se trouvent dans une situation intermédiaire.

Dans les pays libéraux, l’Etat et la sécurité sociale sont peu développés, il y a peu de services publics et peu de redistribution : les prélèvements publics sur les ménages et les entreprises sont donc faibles, les ménages conservant la plus grande partie de leur revenu. Mais il leur revient de s’assurer auprès de  compagnies privées pour la santé et la retraite. Il leur appartient également de payer les services puisqu’il y a peu de services publics : ils doivent notamment s’endetter pour financer leurs études. Ces pays libéraux sont donc des pays où il y a, du point de vue économique, beaucoup de liberté : par exemple on peut choisir la compagnie d’assurance de son choix et on n’est pas tenu de s’adresser à la sécurité sociale. Ce sont des pays où, en contrepartie, il y a davantage de risques et peu de mécanismes de solidarité, de fortes inégalités et peu de mécanismes redistributifs. Ces systèmes en résumé sont favorables aux plus riches et aux plus chanceux. Dans ce groupe des pays libéraux, le taux de prélèvements obligatoires se situe à un niveau inférieur ou égal à 30 %. Les deux principaux pays qui représentent ce groupe sont les Etats-Unis, où le taux de prélèvements obligatoires se situe depuis trente ans aux alentours de 27 % (27.1 en 2017) et le Japon, où il est sur la même période aux alentours de 28 % (30.6 % en 2017).

Il existe un deuxième groupe, intermédiaire, situé entre les pays libéraux et les pays sociaux, où le taux de prélèvements se situe entre 30 et 40 %. Les deux représentants principaux de ce groupe sont le Royaume-Uni, où le taux de prélèvements obligatoires est depuis trente ans aux alentours de 33 % (33.3 % en 2017) et l’Allemagne où il se situe sur la même période aux alentours de 36 % (37.5 en 2017).

Le troisième groupe est composé des pays dans lesquels l’économie est fortement socialisée : le taux de prélèvements obligatoires dépasse les 40 %.  Les prélèvements obligatoires, les services publics et les prestations et la redistribution sont à un niveau élevé. Il y a moins de liberté, mais aussi moins de risques et davantage de solidarité : entre riches et pauvres, entre malades et bien portants et entre générations. La France, l’Italie, la Belgique et les Pays-Bas se situent dans ce groupe. Les pays où le taux de prélèvements obligatoires est le plus élevé sont traditionnellement les pays d’Europe du nord, où il se situe aux alentours de 45 %. Le Danemark et la Suède étaient jusqu’ici les pays en tête du classement.

S’agissant de la France, elle a ces dernières années fortement augmenté ses prélèvements, au point de rejoindre puis de dépasser les pays d’Europe du nord. Le taux de prélèvements obligatoires, en augmentation quasi continue, a évolué de la façon suivante. Il était de 30 % du PIB seulement en 1960. A partir de 1974 un premier cycle d’augmentation se produit, sous l’effet de la crise économique qui se produit alors. En 1981, le taux atteint puis dépasse les 40 %, du fait des politiques conduites par la gauche au pouvoir. Il atteint 44,2 % en 1999. Il va ensuite baisser sensiblement pendant dix ans, jusqu’en 2009 où il atteint un point bas de 41,5 %. L’augmentation reprend ensuite, sous l’effet de la crise financière, puis s’accélère à partir de 2012. Le taux atteint pour la première fois 45 % en 2013 et se maintient à ce niveau très élevé sous le mandat de M. Hollande. Le record est atteint en 2017 avec 46.2 %. On voit que l’augmentation des prélèvements obligatoires résulte en particulier de deux facteurs. Le premier est la mise en œuvre de politiques de gauche, qui conduisent à accentuer la socialisation de l’économie, en augmentant les prestations, les services publics, les effectifs de la fonction publique et en accentuant la redistribution. Les crises économiques sont le second facteur : elles conduisent l’Etat et les autres institutions publiques à augmenter leurs dépenses sociales afin en particulier de contenir les effets sociaux du chômage : allocations chômage, embauche d’agents publics, emplois aidés… De sorte que la France est aujourd’hui le pays le plus socialisé et le plus taxé du monde.

 

  • La répartition des prélèvements est particulièrement déséquilibrée et inéquitable

On peut se féliciter de ce haut niveau de prélèvement, qui correspond à un haut niveau de socialisation. Pour ce qui nous concerne, le modèle socialisé nous paraît bien préférable au modèle libéral. Le système français, cependant, est gravement insatisfaisant, pour deux raisons. La première est que le taux élevé de socialisation s’accompagne d’une répartition particulièrement inéquitable.

Le taux de prélèvements obligatoires permet, comme on l’a vu, de caractériser chaque pays du point de vue du type de société choisi, soit libéral, soit fortement socialisé, soit dans une situation intermédiaire. Ce taux ne renseigne pas en revanche sur la façon dont les prélèvements sont répartis entre les différentes couches de la population. Dans le cas de la France, on peut distinguer trois groupes dans la façon dont les prélèvements sont répartis.

Les ménages dits « les moins favorisés », chômeurs ou bénéficiaires de minima sociaux, sont nettement moins taxés que la moyenne. Les revenus « de transfert » dont ils bénéficient ne supportent pas de cotisations sociales ni de CSG. Ils ne supportent pas non plus d’impôt sur le revenu. Ils supportent certes la TVA sur la consommation. Cependant une partie de la consommation de ces ménages est gratuite ou quasi gratuite et ne supporte donc pas de TVA : cantine, centre de loisirs et vacances gratuites pour les enfants par exemple. Si ces ménages supportent peu de prélèvements, ils reçoivent en revanche beaucoup. Ils bénéficient ainsi d’un accès très généralement gratuit aux services publics, par exemple à l’éducation nationale. Ils bénéficient d’une couverture santé dans les conditions du droit commun (CMU). Une partie de ces ménages bénéficient même d’une mutuelle gratuite. Les allocations sous condition de revenus, c’est-à-dire la plupart des allocations sociales, leurs sont réservées. Ils perçoivent également les minima sociaux. Ces ménages dits défavorisés sont donc des bénéficiaires nets du système public.

A l’autre extrémité de l’échelle des revenus, les ménages riches parviennent, eux, à échapper à une part des prélèvements grâce à différents mécanismes : optimisation fiscale, expatriation fiscale, paradis fiscaux… Ils échappent en grande partie à l’impôt sur le revenu progressif, de façon légale. En effet les revenus du capital (revenus d’actions et d’obligations…) qui constituent une grande partie de leurs revenus ne sont pas assujettis à l’impôt sur le revenu mais à un prélèvement proportionnel, dont le taux est nettement plus faible que celui des tranches supérieures de l’impôt sur le revenu. Ce prélèvement libératoire avait été supprimé depuis 2013, ou plus exactement limité aux ménages percevant moins de 2000 euros d’intérêts et dividendes : il vient d’être rétabli dans son intégralité par M. Macron, sous le nom de « prélèvement forfaitaire unique ». De même les revenus du capital ne supportent pas les cotisations sociales qui pèsent sur les revenus du travail : ils sont seulement assujettis à la CSG. Si les allocations sous condition de ressources leur sont par définition inaccessibles, les ménages riches bénéficient en revanche de la protection sociale et des services publics dans les conditions du droit commun. Ce second groupe de ménages est certes contributeur net, mais il est nettement moins taxé, en proportion de ses revenus, que le troisième groupe.

L’on constate ces deux dernières décennies un processus de baisse des impôts pesant sur les riches. La libre circulation des capitaux a rendu en effet nécessaire, c’était là l’un des buts de la mondialisation, des politiques de baisse des impôts pesant sur les hauts revenus et sur les détenteurs de capitaux : afin d’éviter la fuite des capitaux, des sièges de société, des entrepreneurs et cadres dirigeants, les Etats doivent baisser les impôts pour s’aligner sur les pays les moins fiscalisés C’est ce que l’on appelle « le dumping fiscal ». Dernièrement le gouvernement Macron a ajouté deux nouvelles mesures importantes dans ce sens : suppression de l’ISF sur les patrimoines détenus sous forme mobilière, remplacé par un impôt pesant seulement sur l’immobilier ; instauration d’un « prélèvement forfaitaire unique » sur les revenus du capital, en lieu et place du barème de l’impôt sur le revenu. Glissons cette remarque au passage : les gouvernements font valoir qu’ils sont contraints par la mondialisation et la libre circulation des capitaux  de pratiquer ce dumping fiscal qui enrichit fortement les riches : encore faut-il préciser que ce sont ces dirigeants eux-mêmes qui ont décidé et mis en œuvre la mondialisation et la liberté des mouvements de capitaux internationaux…

Le groupe central, ou « classe moyenne » regroupe ceux qui ne sont ni riches ni « défavorisés » : il est constitué pour l’essentiel des salariés, actifs et retraités. C’est lui qui supporte l’essentiel du prélèvement. Les cotisations sociales en effet pèsent essentiellement sur les revenus du travail, qui constituent l’essentiel des revenus du groupe central : CSG comprise, les cotisations représentent 50 % du revenu du travail. Quant à l’impôt sur le revenu, il est très fortement concentré sur le groupe central : seuls 40 % des ménages le paient. Tous les gouvernements n’ont cessé depuis quarante ans de prendre des mesures ayant pour effet d’exonérer de l’impôt sur le revenu un nombre croissant de ménages.  Les professions indépendantes aux revenus moyens (artisans…) peuvent être rattachées à ce groupe central : elles sont cependant dans une situation plus favorable que les salariés car elles sous-déclarent leur revenu et parviennent ainsi à échapper, heureusement pour elles, à une partie des cotisations et impôts. Il va sans dire que ce groupe central ne bénéficie pas des allocations sous condition de ressources. Il est donc contributeur net et le taux de prélèvement qui pèse sur lui est nettement supérieur à la moyenne.

 

  • Ces prélèvements records sont d’autant plus contestables qu’ils sont très mal utilisés

Cette taxation formidable est très contestable pour une seconde raison : les recettes publiques qu’elles génèrent sont très mal utilisées. La croissance très forte des prélèvements a en effet été consacrée au financement de trois politiques particulièrement détestables : l’assistanat ; la boulimie de la sphère publique ; l’immigration.

La hausse des prélèvements a permis tout d’abord de financer le traitement social du chômage massif, qui a résulté de la crise du milieu des années 1970 puis des délocalisations intervenues à partir du début des années 1990. De très nombreux fonctionnaires et agents publics ont été embauchés, en particulier dans les collectivités locales, afin d’absorber une partie du chômage. De même ont été créés des centaines de milliers de pseudo emplois dits « emplois aidés ». Des conditions d’indemnisation des chômeurs très favorables ont été mises en place (non dégressivité des allocations ; versement des allocations pendant 2 ans, 3 ans même après 50 ans ; versement des allocations même lorsque les chômeurs ne reprennent pas d’emploi de façon volontaire à l’issue d’un CDD ou d’un intérim ; régime des intermittents…). De nombreux dispositifs de « traitement social » ont également été mis en place (préretraites, stages Pôle emploi rémunérés…) destinés à dégonfler le nombre des chômeurs. Les jeunes ont été incités à s’engager de façon massive dans les études supérieures, dans le but là encore de minorer les effectifs au chômage : de ce fait le nombre des étudiants à plus que doublé en trente ans. A été créé enfin un revenu minimal (RMI puis RSA), versé sans limite de temps. Ces dispositifs ont généré la mise en place d’un assistanat : une partie de la population d’âge actif s’est installée dans un système qui lui permet de ne pas travailler ou de travailler seulement par intermittence. En outre, les bénéficiaires de ces politiques, dont les revenus (déclarés) sont par définition faibles, paient peu ou pas d’impôts et de cotisations. Toutes ces politiques de traitement social sont une première source majeure de dépenses publiques.

Ces prélèvements en hausse constante financent également la croissance sans limite du secteur public. Après la guerre a été mis en place un système d’intervention publique puissant, afin d’encadrer l’économie de marché, de mettre en place des services publics nombreux et de limiter les inégalités. Cette politique revêt des appellations diverses et synonymes : social-démocratie, économie sociale de marché, Etat providence, économie mixte… Ce système d’intervention publique est désormais dévoyé et anormalement dispendieux, au détriment du contribuable. De multiples services sans utilité et de fonctionnaires sans fonction véritable sont venues parasiter l’administration (citons par exemple les « autorités indépendantes » telles que le médiateur de la république, la CNIL ou le CSA). La décentralisation à la française est une source majeure de gâchis, de dépenses somptuaires, d’opacité, d’empilement de niveaux d’administration et de corruption. Les agents des entreprises et établissements publics bénéficient souvent d’un statut anormalement avantageux. Des associations para-administratives se sont multipliées, au sein desquelles se rencontrent les pratiques les plus contestables (absence de contrôle, détournements, élus vivant sur la bête, salariés bénéficiant de conventions collectives en or massif…). Les professions libérales liées à la santé, notamment l’industrie pharmaceutique et les officines, vivent sur un grand pied grâce au financement de la sécurité sociale. La massification des études au collège, au lycée, et désormais à l’université, est particulièrement coûteuse alors qu’elle débouche sur un échec massif et sur des diplômes trop nombreux ou sans valeur sur le marché du travail. Enfin la classe des politiciens est à l’origine de dépenses publiques manifestement trop élevées : multiplication des « comités Théodule » ; maintien d’institutions inutiles comme le sénat sans pouvoir de décision ; trop grand nombre de députés… En outre la France se présente comme l’un des pays les plus corrompus du monde occidental, occupant la 33e place dans le classement de Transparency international….

Mais l’envolée des prélèvements résulte avant tout du gouffre que constitue le financement de l’immigration de masse. Celle-ci est intervenue comme on le sait à partir des années 1970, moment où a été décidé le regroupement familial. A partir des années 2000, l’accueil des « réfugiés » a accru encore les flux. L’immigration entraîne des dépenses sociales considérables (logement, santé, allocations sous condition de ressources…), les immigrés présentant d’importants besoins sociaux. L’immigration a imposé également l’augmentation du nombre des fonctionnaires et agents publics chargés d’accueillir ces nouvelles populations (éducation, santé, logement…) et de traiter les difficultés qu’elles engendrent (services du ministère de l’intérieur et de la justice, juges, policiers, gardiens de prison…). Enfin les immigrés se trouvent le plus souvent dans l’une des trois positions suivantes : ils perçoivent un salaire faible ; ils sont sans activité ; ou ils travaillent de façon clandestine. De ce fait cette immigration contribue peu, alors qu’elle reçoit beaucoup.

 

  • La hausse continue des prélèvements n’a pas empêché la dégradation des comptes publics

Cette dernière observation mérite d’être mise en exergue : cette hausse considérable des prélèvements obligatoires n’a pas empêché les comptes publics de se dégrader.

Pourtant les gouvernements ne se sont pas contentés ces dernières décennies d’augmenter les impôts et les taxes. Pour améliorer la situation des finances publiques, ils ont également mené deux autres politiques qui pèsent négativement sur la vie quotidienne des Français moyens. Ils ont d’abord commencé à durcir le régime de retraite. La durée de cotisation requise pour bénéficier d’une pension à taux plein a ainsi été augmentée par trois fois déjà : en 1993 elle est passée de 37,5 ans à 40 ans. La réforme de 2003 puis celle de 2013 ont décidé une nouvelle augmentation, entrant en vigueur de façon progressive : en l’état actuel de la législation une personne née après 1972 devra avoir cotisé 43 ans pour partir en retraite à taux plein.  De plus  un système de pénalité, dit de « décote », a été mis en place pour les retraites versées avant que la durée de cotisation du taux plein soit atteinte. Deux des mesures prises par M. Macron dans le domaine des retraites ont  d’ailleurs contribué à déclencher le mouvement des gilets jaunes : la non indexation des pensions sur les prix ; et la hausse de la CSG sur les pensions de retraite.

Rappelons également que pour remplir les caisses, les gouvernements ont matraqué les Français d’amendes routières, grâce à la multiplication des radars.

Enfin ces mêmes gouvernements ont  procédé ces dernières décennies à des privatisations massives et à la vente d’une partie du patrimoine immobilier de l’Etat.

Et malgré tout cela, malgré le matraquage socio-fiscal, malgré les amendes, malgré les privatisations, malgré le durcissement du régime de retraite, les finances publiques n’ont cessé de se dégrader. Les budgets publics sont en déficit permanent : le budget de l’Etat comme celui de la sécurité sociale sont en déficit chaque année depuis plus de 40 ans.

Dans ces conditions, la dette publique ne cesse de croître : elle a quintuplé en quarante ans, passant de 20 % du PIB en 1974 à 98 % du PIB désormais.

De ce fait les intérêts de la dette atteignent un montant considérable : 41 milliards en 2017 soit  plus de la moitié du produit de l’impôt sur le revenu. Il faut ici souligner que cette situation, catastrophique pour le contribuable, est en revanche tout à fait profitable pour les créanciers de l’Etat, c’est-à-dire les banques et les hauts revenus.

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La propagande du Système s’est mobilisée ces dernières semaines pour répliquer à la colère anti fiscale des gilets jaunes. Elle a mis en avant « le modèle français protecteur et solidaire, tellement préférable à la loi de la jungle américaine ». A l’entendre, le taux élevé de prélèvement est le prix à payer pour bénéficier d’une protection sociale de bon niveau. Cette propagande est mensongère. Il y a vingt ou trente ans, le matraquage était nettement plus modéré : la population était aussi bien soignée, les retraites étaient meilleures et on partait en retraite plus tôt. La vérité est que le financement de l’assistanat, l’entretien d’une sphère publique hypertrophiée et le financement de l’immigration de masse entraînent des dépenses tellement énormes qu’elles nécessitent un matraquage fiscal sans précédent, sans pour autant empêcher la situation des finances publiques de se dégrader.

Insistons pour terminer sur ce point : La situation que nous venons de décrire est pour les riches extrêmement favorable. Non seulement leurs impôts n’ont cessé de baisser grâce aux politiques de dumping fiscal, mais encore ils s’enrichissent en prêtant à l’Etat impécunieux et en percevant les intérêts….

 

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Les bourgeois de droite comme de gauche ont tort d’avoir le sourire : seuls les très riches échapperont au chaos qui s’installe

Chronique de Paysan Savoyard

(n°211 – octobre 2018)

 

Du cadre supérieur au bobo intermittent, du médecin spécialiste à honoraires libres au patron d’une brasserie chic, du « créatif  » subventionné à l’agent immobilier de luxe, du « communicant » à l’ingénieur informaticien, du trader à l’avocat d’affaires, ceux qui vont bien sont nombreux. Mais la plupart d’entre eux ont tort de se réjouir. Pour l’instant les évolutions en cours ces dernières décennies leur profitent : mais ça ne va pas durer.

 

  • L’enrichissement formidable des riches est l’un des principaux effets de la mondialisation

Dans les pays occidentaux, la mondialisation a permis un enrichissement majeur de la classe dirigeante grâce à quatre facteurs :

Elle a autorisé premièrement une baisse très importante des coûts de production : en rendant possibles d’une part les délocalisations dans les pays à bas coût ; en permettant d’autre part le travail détaché et l’immigration, qui pèsent à la baisse sur les salaires des emplois restant localisés dans les pays occidentaux.

La mondialisation a entraîné, deuxièmement, la baisse des impôts pesant sur le capital, les bénéfices des sociétés et les hauts revenus : la libre circulation des capitaux a en effet conduit les gouvernements à mettre en oeuvre des politiques de dumping fiscal pour éviter la fuite des capitaux ; elle a également facilité les pratiques d’optimisation fiscale et le recours massif aux paradis fiscaux (voir cette chronique).

Les profits se sont fortement accrus, troisièmement, grâce à cet autre aspect de la mondialisation qu’est la financiarisation de l’économie : la sphère financière offre en effet des taux de profit très supérieurs à ceux qu’engendre l’activité de production dans la sphère réelle (voir cette chronique).

La mondialisation, enfin, a créé de nouveaux marchés immenses pour l’économie capitaliste, à commencer par le marché chinois. Dans le même registre, la forte réduction des droits de douane, conséquence du marché unique européen et des négociations commerciales mondiales, augmente les profits du commerce international.

Ces quatre facteurs cumulés ont permis un enrichissement considérable de la classe dirigeante, aussi bien dans les pays occidentaux que dans les nouveaux pays capitalistes. Le nombre des riches a sensiblement augmenté. Et ces riches sont devenus de plus en plus riches. Tel était bien l’objectif de la mondialisation de l’économie engagée dans les années quatre-vingt : il a été pleinement atteint.

 

  • Dans le sillage des riches, la mondialisation a fait de nombreux gagnants

Les riches ne sont pas les seuls à avoir profité de la mondialisation : l’ensemble de la classe supérieure tire parti de l’enrichissement de la couche dirigeante et de l’effet de ruissellement qu’il entraîne. Cadres supérieurs, professions libérales, commerçants, tous profitent des retombées de l’enrichissement des riches, dont ils constituent en quelque sorte les clients, les serviteurs, les obligés. Ces gens et leurs familles bénéficient d’un niveau de vie élevé. Par ailleurs leur mode de vie fondé sur la mobilité (expatriation, tourisme, études et stages à l’étranger…) renforce leur adhésion à la mondialisation.

A l’inverse, le groupe central (ou « classe moyenne »), constitué de la plupart des salariés, actifs et retraités, ne profite pas, lui, de la mondialisation. Au cœur de ce groupe central, l’énorme masse des fonctionnaires, des agents des établissements publics, des salariés des entreprises publiques et du secteur associatif parapublic (plus de 10 millions d’actifs) restent protégés par leur statut et bénéficient d’une situation qui reste correcte. Cependant de nombreux facteurs entraînent un déclassement progressif de ce groupe central. Celui-ci supporte une grande part des impôts, taxes et cotisations, qui permettent de financer l’immigration, l’assistanat et les différentes mesures de « traitement social » des suppressions d’emplois engendrées par la mondialisation : ces  prélèvements obligatoires ont désormais atteint le niveau le plus élevé du monde (45 % du revenu national annuel) et ne cessent de croître. Dans les centres des grandes agglomérations, le groupe central est également victime de la hausse des prix, en particulier des prix de l’immobilier, qui est une conséquence de l’enrichissement des riches : de ce fait une partie importante de la classe moyenne a été reléguée en zone périphérique.

Le reste de la société est constituée d’une part des immigrés, qui occupent les emplois « bas de gamme » et bénéficient massivement des aides sociales ; d’autre part des Français de souche européenne qui se sont installés dans l’assistanat. La situation relative de ce troisième groupe s’améliore continûment, les prestations sociales ne cessant d’augmenter et les contributions qui lui incombent de diminuer. Les membres de ce troisième groupe sont financés par l’endettement public et par les prélèvements pesant pour l’essentiel sur la classe moyenne.

Le résultat du second tour de la dernière présidentielle reflète cette situation contrastée. M. Macron a recueilli les voix de tous ceux qui vont bien. Les membres de la couche supérieure, qui sont les gagnants de la mondialisation, forment le cœur de son électorat. Au sein de la classe moyenne, les salariés du secteur public, encore protégés par leur statut, ont majoritairement voté pour lui. Les retraités, dont les revenus sont du même ordre que ceux des actifs, ont voté pour M. Macron, dans l’espoir de préserver le statu quo et le niveau encore relativement élevé de leurs pensions. Lorsqu’ils ont voté, les immigrés ont eux-aussi choisi M. Macron. Pour sa part Mme Le Pen a recueilli les voix du reste du groupe central, celles en particulier des salariés du privé en activité hors cadres supérieurs, celles également des artisans, commerçants et agriculteurs qui, sociologiquement et économiquement, peuvent être rattachés au groupe central.

Les 20 millions de voix obtenues par M. Macron au second tour de 2017 montrent que ceux qui vont bien ou plutôt bien sont encore nettement majoritaires : cela ne devrait pas être pour longtemps.

 

  • Mais l’immigration va rebattre les cartes et effectuer un tri

La classe moyenne va voir à court terme sa situation économique se dégrader significativement cette fois. Plusieurs facteurs devraient jouer dans ce sens. Le poids des prélèvements continuera à augmenter afin de contenir les déficits publics, qui sont une conséquences de la mondialisation et de l’immigration. La classe dirigeante s’apprête, deuxièmement, à comprimer le niveau des retraites servies par la sécurité sociale, afin là encore de maintenir déficit et endettement publics à des niveaux supportables. Il est probable, troisièmement, que la classe dirigeante procédera pour les mêmes motifs à un « ajustement structurel » du secteur public (dégraissage des effectifs, blocages des rémunérations, remise en cause du statut de l’emploi public) : la situation des salariés du secteur public et parapublic devrait dès lors se détériorer nettement dans les années à venir. Il n’est pas exclu enfin que la France soit confrontée à un moment ou à un autre à une limitation des capacités d’endettement de l’Etat : la sécurité sociale (retraites et couverture maladie en particulier) devrait alors fortement réduire ses prestations et son champ d’action.

Mais la classe moyenne ne sera pas la seule à plonger, et c’est ce point que nous voulons ici souligner. Si leur situation économique ne devrait pas être affectée à court terme, les gens aisés vont eux-aussi rencontrer un problème : du point de vue de l’ordre public et de la sécurité, la situation est en effet en train de se dégrader à toute allure sur tous les points du territoire. Toutes les villes même de dimension modeste sont désormais touchées par une insécurité croissante, conséquence directe de l’immigration. Le Grand ouest, prisé de la classe supérieure, des fonctionnaires et des électeurs de gauche, est à son tour touché par l’invasion migratoire et son cortège de délinquance, de violence et d’insécurité. Au fur et à mesure que les choses vont empirer, la classe supérieure va éprouver des difficultés à vivre dans des zones sécurisées et à se déplacer en sécurité. En France en effet, les zones riches et les zones peuplées d’immigrés sont étroitement imbriquées : les milieux aisés ne pourront donc pas se protéger comme ils le font au Brésil, en dressant un mur autour des villes où ils sont regroupés .

Non seulement la dégradation de la situation va se poursuivre mais elle va s’accélérer. Les immigrés représentent en effet désormais une masse trop énorme pour que les choses puissent rester en l’état : entre 15 et 18 millions de personnes originaires de l’immigration non européenne sont d’ores et déjà installées en France métropolitaine. Leur nombre s’accroît de 4 à 500 000 par an, du fait de l’immigration légale, de l’immigration illégale et des naissances (voir cette chronique). Sous l’effet de cette invasion, un nombre croissant de points du territoire vont être touchés par une situation de chaos : délinquance, violences, drogue, émeutes, processus de sécession des « quartiers », islamisation… Dans ce contexte la vie quotidienne de la grande majorité des Français de souche européenne va fortement se dégrader : les milieux aisés seront également touchés, au même titre que l’ensemble de la classe moyenne.

Seuls les vraiment riches (moins de 10 000 ménages en France) échapperont à tout cela. Ils ont acquis des résidences dans le monde entier, en particulier aux Etats-Unis. Ils ont acheté des îles dans les endroits paradisiaques. Ils se déplaceront en avion privé d’une de leurs résidences sécurisées à une autre. Sur le plan économique, ils se consacreront aux marchés gigantesques que leurs offrent les pays émergents. Du point de vue de leurs intérêts tant matériels que moraux, ils n’ont plus rien à faire de l’Europe.

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L’immigration de masse a été décidée et organisée par la classe dirigeante car elle contribue significativement à son enrichissement. Or cette immigration de masse, qui a pris désormais la dimension d’une invasion, va rebattre les cartes en profondeur au sein de la société française.

Le chaos qui s’installe va opérer un reclassement majeur. Les membres du groupe dirigeant vont progressivement se retirer du jeu et le moment venu quitter le pays. Les immigrés seront eux en pays conquis. Malheur à tous les autres. Malheur en particulier aux Français moyens de souche. Mais malheur également à tous ces bourgeois, de droite et de gauche, aujourd’hui aisés, qui vivent bien dans l’entourage ou la clientèle des puissants, parés de leurs « valeurs » et de leur bonne conscience. La plupart n’auront pas les moyens de s’expatrier et partageront le sort catastrophique de tous les Français moyens lepénistes qu’ils auront tellement méprisés. Ce ne sera au demeurant que justice.

Le choc libéral prévu par F. Fillon : une politique contraire aux intérêts de la majorité de la population

Chronique de Paysan Savoyard

(n°164 – décembre 2016)

 

La victoire de M. Fillon aux primaires de la droite provoque pour ce qui nous concerne des sentiments mitigés. F. Fillon met en avant les valeurs traditionnelles : nous nous en félicitons. Sa désignation est une victoire de ce mouvement formidable de la Manif pour tous, qui nous avait enthousiasmé (voir cette chronique). Remarquons cependant immédiatement que M. Fillon n’envisage pas de revenir sur l’essentiel de la loi Taubira.

Conservateur, F. Fillon est en décalage par rapport au courant libéral-libertaire majoritaire au sein de la classe dominante : là encore nous nous en réjouissons. Son style personnel et la maîtrise de soi qu’il manifeste laissent à penser qu’il pourra occuper la fonction présidentielle avec dignité. Après le président bling-bling et le président insignifiant, l’arrivée au pouvoir d’un personnage crédible constituerait une bonne nouvelle.

Mais l’aspect négatif de la désignation du candidat de la droite est de taille : les propositions économiques de M. Fillon ne vont pas dans le sens de l’intérêt général. Le « choc libéral » auquel M. Fillon veut procéder sera tout à l’avantage de la couche supérieure, qu’il représente.

 

  • La politique économique prévue par F. Fillon va avantager les gagnants de la mondialisation et dégrader encore la situation des perdants

Le candidat désigné par la droite annonce une baisse des impôts pesant sur les bénéfices des entreprises, afin d’inciter les détenteurs de capitaux à investir en France. Il veut également baisser la fiscalité des hauts revenus (revenus mobiliers) pour éviter qu’ils ne choisissent l’exil fiscal. Il prévoit enfin de réduire les coûts salariaux, en augmentant le temps de travail salarié sans augmentation équivalente du salaire. Ces différentes mesures visent à rechercher une meilleure compétitivité globale de l’économie française.

Cette politique nous paraît intégralement mauvaise. Elle accompagne en effet le processus de mondialisation et de dumping à l’œuvre depuis trois décennies.

L’économie étant désormais mondialisée, les capitaux vont s’investir dans les pays qui pratiquent la fiscalité la moins élevée sur les bénéfices des entreprises et sur les hauts revenus ; dans les pays (ce sont souvent les mêmes) où le coût salarial est faible ; dans les pays enfin où les réglementations sociales et environnementales sont faibles voire inexistantes.

Il en résulte un phénomène mondial de dumping : pour éviter la fuite des capitaux, les pays les plus développés et les plus sociaux sont conduits à réduire à leur tour leur fiscalité sur les entreprises et les hauts revenus et à abaisser leurs coûts salariaux et leur arsenal réglementaire, de façon  à s’aligner progressivement sur les pays les moins-disant.

Dans les pays occidentaux, la mondialisation, de ce fait, a produit des effets fortement contrastés. Les gagnants en sont les détenteurs de capitaux et les hauts revenus, qui ont bénéficié d’une part de la réduction considérable des coûts salariaux grâce aux délocalisations et, d’autre part, de la baisse tendancielle des impôts sur les bénéfices des entreprises et sur les hauts revenus. Symétriquement, les perdants de la mondialisation sont les salariés, victimes des délocalisations et du chômage massif d’une part ; et d’autre part, pour ceux qui ont conservé un emploi, des effets du dumping salarial et social.

Ajoutons que dans le cas de pays comme la France, la monnaie unique a accentué les effets de la mondialisation. L’euro, en effet, a rendu impossible une dévaluation compétitive vis-à-vis des pays avec lesquels la France accuse un déficit permanent des échanges extérieurs (en premier lieu l’Allemagne). Ce moyen étant désormais inutilisable, la compétitivité ne peut être rétablie qu’en faisant baisser le coût salarial (ainsi que les impôts et charges des entreprises).

En s’inscrivant strictement dans la logique de la mondialisation, la politique préconisée par F. Fillon aura pour effet (et pour objectif) d’améliorer encore la situation des gagnants de la mondialisation et de dégrader celle des perdants.

 

  • Le candidat de la droite demande à ceux qui travaillent de travailler davantage : pas un mot sur les assistés

M. Fillon va demander aux salariés, aussi bien dans le privé que dans le public, de travailler plus de 35 heures. Les salaires, eux, devront ne pas augmenter dans les mêmes proportions que le temps de travail. D’autre part chacun devra travailler plus longtemps : l’âge minimal de départ en retraite sera repoussé progressivement de 62 à 65 ans. Quant aux chômeurs, M. Fillon envisage d’en réduire le nombre par la baisse du coût salarial et par l’assouplissement des règles d’embauche et de licenciement.

Là encore cette politique nous paraît fortement contestable. Il existe en effet depuis des décennies toute une partie de la population qui s’est installée dans la non activité volontaire et dans l’assistanat.

C’est ainsi qu’une partie non négligeable (on parle de la moitié !) des bénéficiaires du RSA perçoivent cette allocation depuis plus de 10 ans (parfois depuis la création du RMI il y a trente ans).

De même plusieurs centaines de milliers  d’emplois disponibles ne sont pas pourvus (en particulier dans le BTP). Il existe donc un chômage volontaire important et un phénomène massif d’assistanat, dont M. Fillon ne dit rien. C’est à ceux qui travaillent et qui financent l’assistanat que M. Fillon demande de travailler davantage.

Ajoutons cette remarque. Pour assainir les finances sociales, M. Fillon envisage de diminuer les remboursements à la charge de la sécurité sociale. Le relai devra être pris par les mutuelles, dont les cotisations augmenteront dès lors nécessairement. Là encore ceux qui travaillent ou qui bénéficient d’une pension de retraite devront cotiser davantage. Tandis que les assistés, eux, bénéficient de la CMU, c’est-à-dire d’une mutuelle gratuite payée par l’Etat.

Il faudrait bien sûr faire l’inverse de ce que propose M. Fillon et mettre fin à l’assistanat (en limitant le RSA à quelques mois, en réduisant la durée d’indemnisation du chômage) et obliger toutes les personnes valides d’âge actif à travailler : la situation des finances publiques en serait par là-même immédiatement assainie.

 

  • M. Fillon demandera aux Français des efforts accrus : alors que l’arrêt de l’immigration et le départ d’une partie des immigrés permettraient de régler la plupart de nos difficultés

M. Fillon, comme l’ensemble de la classe politique, se promet de combattre le djihad avec fermeté. C’est bien le moins ! Il n’a aucune intention en revanche de remettre en cause l’immigration. Or, pour s’en tenir aux seules questions économiques et sociales, l’immigration est l’une des causes principales de nos difficultés.

L’immigration tout d’abord explique une grande part des difficultés de financement des dispositifs de protection sociale. Du fait de leur situation sociale peu favorable, de leur taux de chômage élevé et de leur natalité particulièrement dynamique, les immigrés bénéficient fortement des services publics : aide sociale, santé, éducation, logement… Dans le même temps et pour les mêmes raisons ils cotisent peu et paient peu d’impôts.

En outre une partie des immigrés étant en situation irrégulière, ils travaillent clandestinement, « au noir », et ne payent pas d’impôts ni de cotisations.

Les immigrés, troisièmement, pèsent fortement sur les comptes publics (secteurs de la justice, de la police…) du fait de leur sur-délinquance.

Quatrième point. Les immigrés occupant une grande partie des emplois peu ou pas qualifiés, leur présence pèse à la baisse sur les salaires, ce qui contribue à décourager les Français de souche d’occuper ces emplois et les incite à préférer l’assistanat. Le dispositif des travailleurs détachés d’Europe de l’Est vient accroître encore le phénomène.

Doit enfin être pris en compte pour dresser le bilan économiquement négatif de l’immigration le fait qu’une partie des revenus des immigrés ne sont pas consommés ou investis en France mais envoyés dans les pays d’origine.

Résumons : M. Fillon se propose de régler les difficultés économiques et sociales (chômage, déficits publics…) en laissant de côté l’une de leurs causes principales.

**

M. Fillon a annoncé ses intentions sans ambiguïté. Il favorisera les intérêts de la classe dominante, laissera tranquilles les immigrés et fera porter les sacrifices sur les Français de souche des classes moyenne et populaire.

Il faudrait faire l’inverse de ce que promet M. Fillon. Mettre en place entre les pays fondateurs de la construction européenne une Europe qui se protège de la mondialisation. Mettre fin à l’assistanat, pour assainir et consolider l’Etat et les services publics. Arrêter l’immigration et inciter au départ une partie importante des immigrés présents.

Pour l’instant, malheureusement, aucun candidat à la présidentielle ne met en avant ce type de programme.

Économie : L’oligarchie ment aux Français

Chronique de Paysan Savoyard

(n°118 – septembre 2014)

 

La situation économique et sociale conduit à constater que les Français sont en la matière victimes d’un double mensonge: l’oligarchie leur ment ; et ils se mentent à eux-mêmes. Commençons par le premier volet. Un autre article suivra pour traiter du second.

 

  • Contrairement à ce qu’ils cherchent à faire croire, les politiciens n’essaient pas de régler les difficultés économiques et sociales

En apparence, un débat nourri existe au sein de la classe dirigeante  pour faire face aux difficultés auxquelles est confrontée l’économie française: débat entre la politique de l’offre et de la demande ; entre austérité et relance ; entre libéralisme et social démocratie ; entre remèdes de gauche et solutions de droite…

La classe dirigeante donne ainsi l’impression d’essayer sincèrement de s’attaquer aux problèmes, de réfléchir aux solutions, de les tester l’une après l’autre, de s’adapter à la conjoncture. C’est là un complet enfumage.

Contrairement à ce que veut faire croire l’oligarchie, la France, et plusieurs pays européens avec elle, ne sont pas confrontés à des difficultés qui se sont imposées à eux et dont ils essaient de sortir. Ces « difficultés » (chômage, faible croissance, finances publiques dégradées) sont en effet le résultat inévitable, assumé, attendu, et même désiré, des décisions prises par l’oligarchie depuis 40 ans.

Rappelons les trois principales décisions stratégiques prises par les dirigeants occidentaux en matière économique ces quatre dernières décennies : forte diminution des droits de douane ; libération des mouvements de capitaux ; élargissement de l’Europe à des pays à bas coût.

Ces décisions ont permis d’atteindre les objectifs souhaités par l’oligarchie occidentale : la mondialisation de l’économie; sa financiarisation; et la délocalisation de l’industrie (et aussi d’une partie de l’agriculture et des services) dans les pays à bas coût.

Dans plusieurs pays d’Europe, en France notamment, les délocalisations ont occasionné des suppressions d’emplois massives (et corollairement une baisse de la production et une baisse des recettes publiques). La mondialisation certes n’a pas eu les mêmes conséquences négatives dans tous les pays européens.

L’Allemagne en particulier en a au contraire plutôt profité, en ayant su se spécialiser dans le haut de gamme, en délocalisant dans sa zone d’influence européenne, et en  en constituant des excédents commerciaux vis-à-vis d’autres pays européens. Dans le cas de la France en revanche, la mondialisation a eu des conséquences gravement négatives: chômage, faible croissance, dégradation des finances publiques.

Insistons-y. Ces conséquences résultent de décisions qui ont été prises sciemment, délibérément. Elles ont été confirmées et réitérées à plusieurs reprises. Ce qui nous arrive ne tombe pas du ciel : cela a été voulu. Les politiques et les oligarques ne sont nullement en train d’essayer de trouver des solutions à une situation qu’ils déplorent : ils l’ont tout au contraire désirée et fabriquée.

 

  • Les oligarques vont même profiter de la situation pour améliorer encore leur position

Second mensonge. Non seulement la classe dirigeante n’a aucune intention de modifier le cap, un cap gravement défavorable aux intérêts de la majorité des Français, mais la situation économique dégradée est l’occasion d’essayer de faire passer de nouvelles mesures de libéralisation, qui vont améliorer encore la situation de la couche dirigeante et dégrader encore celle de la classe salariée : report de l’âge de la retraite, baisse des pensions, allongement de la durée de cotisation, libération du droit du travail, augmentation de la durée du travail, baisse des cotisations sociales à la charge des entreprises…

Pour ce faire les oligarques prendront le prétexte de la nécessité d’améliorer la compétitivité des entreprises dans la compétition mondiale. Or l’argument est triplement fallacieux. Premièrement, comme rappelé plus haut, la mise en concurrence des salariés français avec les économies à bas coût a été voulue par les oligarques.

Deuxièmement la restauration de la compétitivité française vis-à-vis des pays à bas coût est de toute façon illusoire, sauf à ce que les salariés français acceptent de travailler et d’être payés comme des chinois. Le rétablissement de la compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne, troisièmement, est tout aussi inatteignable, la place du positionnement haut de gamme étant déjà prise.

De façon générale les oligarques vont essayer de prendre appui sur « la crise » (après l’avoir fabriquée de toutes pièces) pour déconstruire les cadres de l’Etat social démocrate qui protégeaient les intérêts du plus grand nombre (privatisations, mise en concurrence de la sécurité sociale…).

En prenant ces décisions contraires aux intérêts de la plupart, les oligarques cherchent en plus à donner l’impression qu’ils « se battent avec courage pour l’intérêt général ». Et une partie du bon peuple, moins nombreuse qu’avant, certes, mais toujours majoritaire, continue à y croire et à leur faire crédit.

 

  • Parler des « difficultés des Français » relève de la manipulation : certains Français tirent en effet le plus grand parti des politiques suivies

Dernier enfumage et dernière erreur d’analyse, liées aux précédentes, commis par la plupart des électeurs. Dire que « la France fait face à d’importantes difficultés » ne correspond à rien. Parler de « la France » et « des Français » de façon générale ne veut rien dire. En effet les Français ne sont aucunement dans la même situation selon la catégorie à laquelle ils appartiennent.

La classe moyenne et de façon générale les salariés Français voient leur situation se dégrader, et ce n’est qu’un début : en raison du chômage ; mais aussi parce que la hausse des impôts et le durcissement des retraites pèsent essentiellement sur eux.

Les immigrés, en revanche, profitent de la situation : occupant la plupart des emplois manuels et d’exécution, leur rémunération, quoique limitée au Smic, est sans commune mesure avec ce qu’ils recevraient dans leur pays d’origine. Ils bénéficient en outre d’un assistanat massif.

Les professions libérales, commerçants et artisans conservent une activité profitable grâce au pouvoir d’achat des riches (et à la fraude fiscale).

Quant à la couche supérieure, elle se « gave ». Les dirigeants et propriétaires des grandes entreprises et des banques ont vu leurs profits s’envoler depuis 40 ans (grâce aux délocalisations; grâce à l’emploi d’immigrés ; grâce au chômage, qui, comme l’immigration, tire les salaires à la baisse ; grâce à la fiscalité basse sur les revenus du capital ; grâce aux profits tirés des marchés financiers ; grâce à l’endettement des États ; grâce aux paradis fiscaux et aux multiples opportunités d’évasion fiscale).

Insistons sur ce phénomène bien connu mais que l’on a souvent tendance à oublier quand même : en matière économique ce qui est mauvais pour les uns n’est pas nécessairement mauvais pour les autres. Et souvent même c’est le contraire. C’est ainsi que le chômage n’est pas un problème pour ceux qui possèdent le capital. Et même il améliore sa situation puisqu’il permet de comprimer les salaires.

Les déficits publics et la dette ne sont pas un problème pour les propriétaires des banques et les détenteurs du capital: au contraire ils offrent une source de revenus puisque ce sont eux qui prêtent à l’État. Les impôts élevés pour financer les dépenses publiques liées au traitement social du chômage (allocations et embauche de fonctionnaires) ne sont pas un problème pour les oligarques puisqu’ils parviennent à échapper à l’impôt (voir plus haut). Le principe de base de cette mécanique est connu : privatisation des profits et socialisation des charges.

**

La couche supérieure de la société tire donc un grand profit de la situation, une situation qu’elle a voulue et fabriquée de toutes pièces. Les politiques, qui font partie de cette strate ou qui sont à ses ordres, n’ont donc aucune intention de modifier le cours des choses et leur préoccupation affichée face au chômage et aux déficits sont du pur théâtre.

Terminons sur ces deux remarques. Les résultats macro économiques atteints par les gouvernements (croissance, emploi, finances publiques) conséquences obligatoires des politiques suivies en toute connaissance de cause, sont mauvais : la majorité en place perd donc les élections. Cela n’est pas un problème pour l’oligarchie : à la faveur du pseudo débat entre gauche et droite et des pseudo alternances, elle conserve le pouvoir et continue d’appliquer les mêmes orientations.

Deuxième remarque. Les difficultés de l’économie française ont un autre intérêt : elles permettent à l’oligarchie de faire porter l’essentiel du débat public sur les questions économiques et sociales : la croissance, la dette, la politique allemande, Bruxelles… La question de l’immigration peut ainsi passer au second plan.

Cette occultation relative est vitale pour l’oligarchie pour la raison suivante : le sujet de l’immigration doit être le moins possible mis en lumière parce qu’il fait apparaître, plus nettement encore que les questions économiques, l’ampleur de la trahison.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 28/09/14

La financiarisation, outil d’enrichissement de l’hyper-classe mondialisée

 

Chronique de Paysan Savoyard

(n°93 – février 2013)

 

Depuis une vingtaine d’années, l’économie mondiale s’est financiarisée. Cette financiarisation a de très importantes conséquences. Nous nous efforcerons de répondre à ces trois questions. Qu’est-ce-que la financiarisation ? Quelles en sont les causes ? Quelles sont ses conséquences ?

NB : Avec ce cinquième article, nous poursuivons la série de tribunes consacrées aux évolutions intervenues ces dernières décennies dans le domaine de l’économie (les précédents articles ont été consacrés à une présentation d’ensemble, au bilan des trente glorieuses, à la libéralisation initiée dans les années quatre-vingt, à la mondialisation ; la série se conclura avec un article consacré à la construction européenne et un article de synthèse).

  1. Qu’est-ce que la financiarisation ?

La financiarisation signifie que l’économie mondiale est désormais dominée par la sphère financière et non plus par la sphère de l’économie « réelle ».

1.1 : Le rôle de la sphère financière

La partie essentielle de l’activité économique est normalement constituée de ce que l’on appelle la sphère réelle : l’économie produit des biens et des services, qui seront ensuite vendus et achetés (parmi les services on peut citer par exemple le transport, l’assurance, les services à la personne, les prestations de santé, le tourisme…).

L’activité économique « réelle » a besoin de la sphère financière pour fonctionner et pour se développer : elle a besoin de monnaie ; elle a besoin d’un système de financement ; et d’un système de change des monnaies.

  • La monnaie

Il est nécessaire tout d’abord qu’il existe une monnaie, pour que les opérations d’achat et de vente puissent avoir lieu.

  • Le financement de l’économie

Certains agents économiques disposent d’une épargne tandis que d’autres sont endettés : l’économie a besoin que la sphère financière permette aux agents qui disposent d’une épargne de prêter aux agents qui doivent emprunter.

Les « ménages » (c’est-à-dire les particuliers, par opposition aux entreprises et à l’État) disposent, quand on les additionne tous, d’une épargne (certains ménages sont endettés, en particulier pour l’acquisition de leur logement, mais le total des ménages dispose, déduction faite de l’endettement, d’une épargne). A l’inverse les entreprises sont en principe structurellement endettées. En effet les entreprises pour se développer, ont besoin d’investir (par exemple en acquérant des machines ou des brevets) et elles ne disposent généralement pas des réserves financières suffisantes pour financer leurs investissements. Elles sont donc obligées d’emprunter des capitaux. De même les États modernes sont le plus souvent endettés.

L’économie doit dès lors permettre aux agents qui disposent d’une épargne de prêter à ceux qui doivent emprunter (autrement dit les premiers doivent financer les seconds) : schématiquement les ménages financent les entreprises et les États (les prêts aux entreprises et aux ménages peuvent aussi servir à combler des besoins de trésorerie). Si l’épargne intérieure est insuffisante pour couvrir les besoins de financement, il faut alors faire appel à l’épargne étrangère.

Les opérations de financement peuvent s’effectuer de trois manières :

-Lorsque le financement s’opère par le biais d’une banque, l’agent économique qui dispose d’une épargne la dépose à la banque. Cette banque va prêter aux emprunteurs, par exemple aux entreprises (NB : les banques ne font pas que prêter les dépôts qui leur sont remis. Leur fonction est également de créer de la monnaie en prêtant des fonds qui ne correspondent pas à des dépôts).

-Lorsqu’il s’opère par le biais du marché, le financement prend la forme d’une émission de titres, appelés « obligations », par les emprunteurs (entreprises ou États). Ces titres sont souscrits (c’est-à-dire achetés) par les banques, par les entreprises ou par les particuliers : en achetant un titre, le souscripteur consent un prêt à l’entreprise ou à l’État émetteurs (à la différence de ce qu’il en est pour le prêt bancaire, le créancier pourra vendre son titre, c’est-à-dire sa créance, à un autre investisseur).

-Le financement peut également s’effectuer par l’émission d’actions (les acheteurs d’actions devenant propriétaires d’une partie du capital).

Ces opérations de prêt et d’emprunt, d’émission et de souscriptions d’obligations et d’actions peuvent être nationales. Les économies étant ouvertes, elles peuvent également mettre en relation des acteurs internationaux.

  • Les changes

L’économie mondiale étant ouverte, il existe des échanges commerciaux (échanges de biens et de services) entre les économies des différents pays. Or les différents pays disposent de monnaies différentes. Une opération entre une entreprise française et une entreprise non européenne (par exemple une importation en France d’un produit fabriqué au Brésil) va rendre nécessaire le change d’une monnaie en une autre monnaie (par exemple l’importateur français va devoir payer en dollars l’exportateur brésilien : pour ce faire, il va demander à sa banque de vendre des euros pour se procurer des dollars). Le marché des changes est le lieu de ces opérations.

Monnaie, opérations de financement, change de monnaie : ce sont là schématiquement les différents secteurs qui composent la sphère financière, laquelle est aujourd’hui mondialisée.

1.2 : L’accroissement de la sphère financière, sans lien avec l’économie réelle

Les vingt dernières années ont vu se produire le phénomène suivant : la sphère financière mondiale s’est accrue considérablement sans que cet accroissement ait été lié à celui de l’économie réelle.

Les flux internationaux de capitaux se sont fortement accrus (il y a mouvement international de capital lorsqu’un avoir sous forme financière traverse une frontière en passant des comptes d’une banque située dans un pays donné à ceux d’une banque située dans un autre pays) : alors que les mouvements internationaux de capitaux quotidiens étaient de moins de 2.000 milliards de dollars en 1998, ils s’élèvent aujourd’hui à près de 4.000 milliards.

La plupart de ces flux de capitaux ne sont pas liés au financement de l’économie réelle. Sur les 4 000 milliards échangés chaque jour sur les marchés des capitaux, moins de 5 % servent au financement de l’économie réelle (c’est-à-dire au commerce international et aux investissements directs). Le reste est lié à des opérations dont la raison est exclusivement financière : placement et spéculation.

1.3 : Le développement de la spéculation

Il existe des masses de capitaux disponibles au plan mondial. Ces capitaux peuvent circuler librement d’une économie nationale à une autre. Depuis une vingtaine d’années, ces capitaux ont pu être consacrés par leurs propriétaires à des opérations de placement et de spéculation (nous verrons plus loin les causes de ces différents phénomènes). Ces opérations ont enrichi les détenteurs de capitaux dans des proportions considérables : elles leur ont permis en effet de dégager des profits bien supérieurs à ceux que peut procurer le financement de l’économie réelle.

En quoi consistent les opérations de spéculation ? A la différence d’une opération liée à l’économie réelle (financer un investissement, emprunter pour accorder un crédit commercial ou pour couvrir un besoin de trésorerie…), une opération de spéculation a pour objectif de générer un gain par elle-même (c’est-à-dire sans lien avec le financement de l’économie réelle) en anticipant sur l’évolution des prix.

Prenons l’exemple simple du marché des actions. Si un détenteur de capital estime que le prix (le cours) de l’action de telle entreprise va augmenter, il va acheter des actions de cette entreprise et les revendra au moment où leur prix aura augmenté (si contrairement à ce qu’il avait prévu le prix a baissé, la spéculation sera perdante). On voit que le spéculateur n’est pas un investisseur, qui lui va parier sur le développement d’une entreprise à long terme. L’achat d’action à caractère spéculatif est seulement un moyen d’engendrer un gain à court terme.

1.4 : Les mouvements de capitaux à objet purement financier dominent désormais les marchés

A la recherche du gain maximal, les placements et la spéculation provoquent la volatilité des marchés : en se déplaçant sans cesse d’une valeur à une autre, elles modifient en permanence les cours. Cette volatilité est accentuée par le fait que les marchés ont tendance à adopter un comportement d’imitation : si des opérateurs vendent, ils provoquent une baisse du cours, entraînant à leur suite les autres opérateurs, qui craignent une poursuite de la baisse, … ce qui a pour effet d’accentuer la baisse.

Symétriquement la spéculation s’alimente de la volatilité qu’elle a largement contribué à créer : en effet si les marchés étaient stables et les évolutions prévisibles, il n’y aurait pas de spéculation possible.

La spéculation porte sur les différents marchés qui structurent l’économie mondiale : le marché des actions ; le marchés des obligations et de la dette des États ; le marché des changes ; le marché des matières premières et des produits alimentaires…

Les flux de capitaux dominent le fonctionnement des marchés, y compris celui des marchés de biens physiques, comme celui des matières premières et des produits alimentaires. Par exemple sur les marchés de matières premières, les prix sont désormais déterminés non plus seulement par l’offre et la demande de consommation de ces produits, mais dans une large mesure par les mouvements de capitaux à objectif spéculatif (nous y reviendrons plus loin).

Concluons sur ce point. La domination de la sphère financière sur l’économie se constate de trois façons :

– Les mouvements de capitaux internationaux se sont fortement développés ;

– Ils sont désormais utilisés essentiellement pour ces opérations purement financières de placement et de spéculation, sans lien avec le financement de l’économie réelle ;

– Ces opérations financières dominent les marchés : elles provoquent la volatilité des marchés (en se déplaçant sans cesse d’une valeur à l’autre) et s’alimentent de cette volatilité même.

La sphère financière est autrement dit devenue autonome : elle fonctionne pour elle-même. L’économie mondiale est « financiarisée ».

 

  1. Les causes de la financiarisation

Voyons maintenant quelles ont été les causes de la financiarisation. Si certaines de ces causes sont en quelque sorte involontaires, la financiarisation résulte pour l’essentiel de décisions conscientes et délibérées prises par les élites économiques et politiques mondiales emmenées par les États-Unis.

2.1 : Il existe tout d’abord une masse de capitaux disponibles pour la spéculation ; et une masse de dettes permettant des placements

La masse de capitaux disponibles au plan mondial pour les opérations de placement et de spéculation s’est fortement accrue depuis la fin des années 70. Cet accroissement, qui a rendu possible et a alimenté la financiarisation, résulte des phénomènes suivants :

  • Excédents et déficits extérieurs

Certains pays ont accumulé des excédents commerciaux considérables (c’est-à-dire que pendant une longue période leurs exportations sont nettement plus importantes que leurs exportations).

Ces pays sont les pays exportateurs de pétrole, qui ont accumulé des excédents à compter du moment où ils se sont organisés en cartel pour augmenter leurs prix.

Depuis une quinzaine d’années, les pays émergents, au premier rang desquels la Chine, engrangent eux aussi de très importants excédents commerciaux. Produisant désormais une grande partie des biens manufacturés consommés (à la suite du phénomène de délocalisations industrielles décrit dans le précédent article), ils exportent leur production dans les pays occidentaux, qui restent les premières zones de consommation. Ces pays producteurs importent peu (parce que la majeure partie de leur population ne dispose pas du pouvoir d’achat permettant de consommer ; et parce que ces pays sont protectionnistes, en faveur de leurs industries nationales).

Enfin certains pays occidentaux dégagent des excédents commerciaux : c’est le cas de l’Allemagne (qui mène une politique économique donnant la priorité aux exportations, grâce notamment à la compression des salaires permettant d’obtenir des prix compétitifs).

Par construction, les excédents de ces pays ont pour contrepartie nécessaire les déficits extérieurs des autres pays : si certains exportent plus qu’ils n’importent, c’est nécessairement que d’autres sont dans la situation inverse. C’est ainsi que les EU importent depuis des décennies nettement plus que ce qu’ils exportent. C’est aussi le cas de la France dont les échanges extérieurs (balance des paiements courants) sont déficitaires chaque année depuis 2005.

Lorsqu’une économie nationale importe plus qu’elle n’exporte, il est nécessaire qu’une entrée de capitaux étrangers vienne financer les importations non couvertes par des exportations. Ces capitaux étrangers peuvent constituer soit des investissements, soit des prêts à court ou long terme.

Une économie nationale qui est plusieurs années de suite en déficit des échanges de biens et service devient ainsi endettée vis-à-vis de prêteurs de capitaux étrangers, en particulier ceux des pays dont le commerce est excédentaires (NB : l’économie nationale est constituée de l’ensemble des agents économiques résidant sur le territoire : ménages, entreprises, banques, État).

C’est ainsi que les pays pétroliers et les pays asiatiques (Japon puis désormais Chine) prêtent aux économies de pays déficitaires, qui deviennent leurs débiteurs. Les deux types de pays ont besoin de ces opérations. Les pays déficitaires ont besoin de ces emprunts pour financer leurs déficits. Les pays excédentaires ont besoin de prêter aux économies déficitaires afin de placer leurs capitaux et d’obtenir une rémunération. C’est ainsi que les États-Unis présentent depuis des décennies un endettement extérieur net, financé par l’épargne du reste du monde.

La France elle, accumulant depuis plusieurs année, comme indiqué plus haut, des déficits de ses échanges extérieurs, connaît depuis 2007 un endettement extérieur net (ou “position extérieure globale” ; c’est-à-dire que les créances sur l’étranger détenues par des résidents Français sont inférieures à leurs engagements).

(NB : soulignons au passage l’importance du privilège dont disposent les États-Unis du fait du statut international du dollar. Le dollar représentant la principale monnaie utilisée dans les mouvements internationaux de capitaux et la principale monnaie de réserve, les États-Unis peuvent réaliser la quasi-totalité de leurs emprunts extérieurs en dollars, ce qui leur permet d’entretenir un important et permanent déficit des échanges sans supporter les contraintes (limites à l’endettement en devises) que supportent les autres pays. En d’autre termes les États-Unis peuvent structurellement consommer plus qu’ils ne produisent, en étant financés par l’épargne étrangère).

Il faut noter que les déficits extérieurs de certains pays occidentaux ne résultent pas uniquement d’une compétitivité insuffisante ou d’un décalage de conjoncture avec les partenaires : il découle aussi pour partie des délocalisations, qui entraînent une augmentation des importations (les biens délocalisés doivent en effet être importés pour être consommés dans le pays qui a délocalisé).

Résumons : on voit que les déséquilibres commerciaux internationaux engendrent des flux importants de capitaux. C’est la première source d’alimentation de la sphère financière.

  • La retraite par capitalisation

Les mouvements de capitaux internationaux sont également alimentés par l’épargne retraite. Dans une partie des pays occidentaux, en particulier dans les pays libéraux (Japon, EU), le système de retraite est fondé sur la capitalisation (et non sur la répartition comme en France par exemple). En système de capitalisation, l’épargne constituée par les salariés en vue de leur retraite est versée à un fonds d’investissement (appelé fonds de pension), chargé de placer les sommes dont il dispose, les épargnants étant actionnaires du fonds. Au moment de leur retraite ceux-ci retirent le capital qu’ils avaient confié au fonds, augmenté des intérêts accumulés.

  • L’endettement public

Les besoins d’endettement des États ont offert aux capitaux disponibles des possibilités de placement.

Depuis une vingtaine d’années, une partie des États se sont fortement endettés (NB : il s’agit ici de la dette publique, à ne pas confondre avec la dette extérieure dont il a été question au paragraphe précédent : la dette publique provient de l’accumulation de déficits publics ; la dette extérieure de l’économie résulte d’un déficit prolongé du commerce extérieur. Notons que le déficit public ne se traduit pas nécessairement par une augmentation de la dette extérieure de l’économie. S’il est financé par l’épargne des résidents, il ne nécessite pas d’emprunter à l’extérieur. En revanche si l’épargne intérieure est insuffisante ou que les résidents ne prêtent pas à l’État, il faut faire appel à des capitaux étrangers).

Les États s’endettent pour financer leurs déficits publics. Il y a déficit public lorsque l’État (et les autres entités publiques, comme, en France, la sécurité sociale et les collectivités locales) n’équilibrent pas leur budget : les dépenses publiques sont inférieures à ses ressources (les ressources étant pour l’essentiel les impôts et les cotisations sociales). Lorsque l’ État est en déficit, il finance ce déficit par emprunt. La dette publique est donc la somme des déficits accumulés.

On trouve trois types d’États endettés :

-Aux EU, l’État est généralement en déficit. De ce fait la dette américaine atteint aujourd’hui presque 100 % du PIB. Ces déficits résultent de ce que les gouvernements américains, en vertu des principes du libéralisme économique, hésitent à prélever suffisamment d’impôts, alors que les dépenses sont élevées (notamment les dépenses militaires).

– Plusieurs États européens ont un endettement public depuis plusieurs décennies : c’est le cas de la France.La France est aux prises depuis le milieu des années 70 avec un chômage massif (6 millions de personnes n’ont pas d’emploi). L’État a amorti l’impact social du chômage en distribuant des allocations et en créant des postes de fonctionnaires, ce qui a conduit à augmenter fortement les dépenses publiques. Bien que se situant à un niveau élevé, les impôts restent insuffisants pour couvrir les dépenses.La France est chaque année en situation de déficit public depuis 1974. Dans ces conditions la dette publique a atteint 86 % du PIB (2011).

– Enfin des États du sud de l’Europe se sont endettés fortement :la Grèce pour financer les déficits parce que les impôts ne sont pas prélevés ; l’Espagne afin de renflouer ses banques qui avaient prêté de façon inconsidérée pour financer le secteur immobilier. Ces pays ont profité de l’euro, qui leur a permis d’emprunter beaucoup et à faible taux, la monnaie commune donnant (jusqu’à la crise en cours) confiance aux créanciers.

Ces dettes publiques accumulées constituent des occasions de placement pour les capitaux disponibles. Les détenteurs de capitaux sont généralement désireux de prêter aux États, qui sont considérés comme plus solvables que les entreprises (en effet un État pour rembourser ses dettes peut toujours augmenter ses impôts). C’est ainsi que la dette publique de la France est détenue à 60 % par des capitaux étrangers. Ainsi que vient de le montrer la crise des dettes souveraines, le niveau élevé des dettes publiques a remis en cause la confiance traditionnelles des investisseurs dans les dettes des États.

La constitution de la zone euro a jusqu’à récemment été très attractive pour les prêteurs, ceux-ci estimant que les États solides de la zone se porteraient au secours des États membres qui pourraient connaître des difficultés : ils ont donc consenti des prêts massifs à un taux d’intérêt faible. A partir de 2010, ces prêteurs ont pris conscience de la fragilité de certains États et du fait que la solidarité interne à la zone n’était pas garantie. Ils ont alors fortement augmenté les taux de leurs prêts aux État considérés comme risqués. C’est le début de la crise de l’euro (que nous développerons dans l’article consacré à l’Europe).

  • Fonds d’investissement et fonds spéculatifs

Les fonds de placement drainent une grande part des capitaux internationaux en mouvement engendrés par les phénomènes ci-dessus évoqués (épargne dégagée par les pays qui disposent d’importants excédents extérieurs, épargne retraite…).

Les fonds de placement sont soit des fonds d’investissements soit des fonds spéculatifs. Les fonds d’investissements recherchent une bonne rémunération de leurs placements mais aussi une sécurité (les fonds de pension sont des fonds d’investissement). Les fonds spéculatifs eux recherchent des rendements élevés : ils placent des fonds dans des opérations de spéculation, plus risquées mais plus rémunératrices (en cherchant à jouer de la volatilité des cours sur les différents marchés, voir plus avant).

Les masses de capitaux gérés par les fonds de placement sont pour une bonne part des capitaux flottants, c’est-à-dire qu’ils se déplacent en permanence à la recherche des meilleurs placements possibles (par exemple en vendant une obligation libellée en dollars et en achetant immédiatement une autre obligation en euro qui bénéficie d’un taux d’intérêt supérieur). (NB : ces capitaux flottants se distinguent des capitaux stables investis durablement dans le capital d’une entreprise).

2.2 : Différents mécanismes permettant la spéculation se sont développés

  • Les changes flottants

Le régime de changes flottants a multiplié les possibilités de spéculation

Le système monétaire international est aujourd’hui un système de changes flottants c’est-à-dire que le cours des différentes monnaies fluctue en permanence en fonction de l’offre et de la demande sur le marché des changes (comme sur tout marché lorsque les détenteurs de capitaux souhaitent détenir une plus grande partie de leurs avoirs libellés en une certaine monnaie, le cours de celle-ci s’apprécie et le cours de la monnaie moins recherchée se déprécie).

Jusqu’en 1971, la parité des différentes monnaies (c’est-à-dire le cours des différentes monnaies par rapport aux autres) était fixe. Lorsqu’un État constatait que, en fonction de l’offre et de la demande de sa monnaie sur le marché des changes, le cours de sa monnaie s’éloignait de la parité fixé, il devait intervenir par le biais de sa banque centrale pour soutenir ou au contraire pour faire baisser le cours (au moyen d’achat ou de vente de sa monnaie). Si l’État ne parvenait pas durablement à maintenir le cours de sa monnaie à la parité fixée, il était alors contraint de dévaluer (ou de réévaluer) sa monnaie et celle-ci était alors fixée à un nouveau cours. Le dollar lui, principale monnaie détenue par les banques et par les détenteurs de capitaux, devait respecter un cours fixe par rapport à l’or (le détenteur de dollar pouvait le convertir en or à ce cours).

Les États-Unis ayant décidé en 1971 de suspendre la convertibilité-or de leur monnaie, c’est un système de flottement général des monnaies qui s’est mis en place. Si le cours de leur monnaie sur le marché des changes se modifie, les différents États choisissent désormais librement d’intervenir ou non : ils n’y sont plus tenus. De ce fait, les fluctuations des monnaies sont devenues très fortes.

Afin d’éviter les trop grandes fluctuations de leurs monnaies respectives (qui portent préjudice au commerce entre pays européens), les États européens ont pour leur part décidé de mettre en place un système monétaire européen c’est-à-dire un système de parités fixes (mais ajustables) entre les monnaies européennes. En 2002, ils ont été plus loin et ont adopté une monnaie unique (la monnaie unique a pour principal intérêt de faciliter le commerce entre les entreprises européennes puisqu’elles ne supportent plus de risques de change ; nous reviendrons sur l’euro dans l’article suivant).

Les fluctuations des monnaies ont différentes conséquences sur l’économie. Mais, en en restant à notre sujet, elles ont cette conséquence : elles offrent d’importantes opportunités de spéculation à la disposition des capitaux flottants. Les capitaux se placent ou quittent telle ou telle monnaie en fonction du taux d’intérêt attaché à une obligation libellée en cette monnaie, ainsi qu’en fonction de l’évolution anticipée de son taux de change : si un spéculateur pense que le dollar contre l’euro va monter, par exemple, il va vendre des euros et acheter des dollars. Si après avoir acheté ces dollars il pense que le dollar va redescendre il les vend. Si ses deux anticipations se réalisent, il empoche un bénéfice : sa spéculation est gagnante.

  • La libération des mouvements de capitaux

Le développement de la financiarisation résulte également de la libération des mouvements de capitaux. Parmi toutes les mesures libérales prises dans les années quatre-vingt, la plus importante d’entre elles a été la libération des mouvements internationaux de capitaux et la suppression du contrôle des changes qui existaient jusqu’alors (voir la tribune sur la mondialisation). En Europe la décision a été prise par une directive du 24 juin 1988. Notons qu’elle a concerné tous les mouvements de capitaux internationaux, non pas seulement ceux intervenant à l’intérieur de l’UE.

  • L’interdiction du financement des États par les banques centrales

La financiarisation a résulté aussi de la décision prise en Europe d’interdire le financement des déficits des États par la banque centrale. Pour financer leurs déficits les États doivent s’adresser aux marchés.

Cette interdiction est posée par le traité de Maastricht de 1993 (elle figure actuellement dans l’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne).

Les motifs de cette interdiction sont doubles. Il s’agit tout d’abord de lutter contre l’inflation, le financement monétaire des déficits étant inflationniste. Il s’agit en second lui de conduire les États, placés sous pression des marchés, à adopter les mesures libérales souhaitées par ceux-ci, notamment la réduction des dépenses publiques.

A noter que, s’agissant de la France, la décision d’interdire à la banque centrale de financer le Trésor est bien plus ancienne et date de la loi du 3 janvier 1973 (article 25).

  • La libéralisation et la déréglementation

Les mesures libérales et la déréglementation intervenues dans les années quatre-vingt ont alimenté la financiarisation. La réglementation jusqu’alors visait à segmenter et à compartimenter les fonctions et les marchés, dans une optique de transparence et de contrôles sur les opérateurs et de sécurisation des dépôts : séparation entre les banque de dépôts et d’affaire ; séparation entre les rôles de courtiers et d’investisseurs ; séparation entre le marché monétaire et le marché financier. Toutes ces limitations ont été supprimées : désormais tous les opérateurs peuvent jouer le jeu de la spéculation (y compris par exemple les banques historiquement créées pour recevoir les dépôts des particuliers).

La financiarisation s’est également développée en s’étendant à des marchés et à des techniques qui étaient jusqu’alors destinés à l’économie réelle. Les marchés à terme et les produits dérivés étaient initialement destinés à permettre aux entreprises travaillant à l’international de se couvrir contre les risques de change (le système de changes flottants engendrant de fortes fluctuations comme nous l’avons vu). Ces marchés et ces techniques se sont ensuite développées pour permettre des opérations exclusivement spéculatives, sans lien avec l’économie réelle. De même les marchés de matières premières et de produits agricoles ont aussi été utilisés comme des terrains d’action pour la spéculation.

Dans ce même registre, les paradis fiscaux, qui échappent au contrôle des États, préexistaient au mouvement de libéralisation des années quatre-vingt. Ils jouent cependant un rôle toujours plus important (en effet la financiarisation entraîne une forte hausse des gains, par rapport à ceux engendrés par une économie centrée sur la production ; ces gains croissants sont à la recherche de méthodes et de lieux permettant d’échapper à la fiscalité). Selon D. Lebegue, président de Transparence internationale France, les deux-tiers des hedge-funds sont domiciliés dans des paradis fiscaux. Autre chiffre : jusqu’à 25.000 milliards de dollars détenus par des particuliers seraient placés dans des paradis fiscaux.

  • Le progrès technique

Le progrès technique est également un facteur de développement de la financiarisation et de la spéculation. Grâce à l’informatique et au développement des techniques de communication, les marchés sont dématérialisés et fonctionnent 24 heures sur 24. Il est possible d’intervenir partout sur tous les marchés de la planète à tout moment. Le marché est devenu mondial.

De même les techniques permettent l’intensification de la spéculation (par exemple des programmes informatiques permettent de passer de façon automatique des milliers d’offres d’achats et de vente par seconde afin de profiter des écarts de cours qui se produisent entre les différents marchés ; par exemple pendant quelques secondes le cours de l’euro contre dollar peut ne pas être le même à Francfort et Tokyo provoquant des arbitrages et des occasions de profit).

 

  1. Les conséquences de la financiarisation

Avant d’examiner les conséquences de ces phénomènes, rappelons d’abord les arguments des promoteurs des mesures de libéralisation, qui ont abouti au gonflement de la sphère financière et au développement de la financiarisation. Ces mesures de libéralisation étaient destinées à favoriser la concurrence entre les acteurs, source de baisse de coûts. Plus spécialement la libération des mouvements de capitaux était destinée à permettre aux capitaux de s’investir dans les pays et dans les activités les plus efficaces au lieu d’être confinés dans les marchés nationaux : elle devait donc permettre une meilleure allocation des ressources.

Quelles ont été les conséquences du développement de la sphère financière, qui est donc pour partie le fruit de décisions volontaristes ? On peut en recenser cinq principales :

3.1 : Les logiques d’entreprises traditionnelles ont été bouleversées au profit des actionnaires

La sphère financière est beaucoup plus rémunératrice que l’économie réelle. La rentabilité d’un placement financier peut en effet être très élevée, en particulier s’il s’agit de fonds spéculatifs. Pour accepter de continuer à investir dans l’économie réelle, les détenteurs de capitaux se sont mis à exiger des taux de rentabilité financière des capitaux propres investis de 15 voire 20 % par an, soit les taux qu’il est possible d’obtenir dans le cadre de placements financiers. Or l’activité ordinaire des entreprises ne permet pas des rentabilités de plus de 2 ou 3 % par an (la rentabilité d’Airbus par exemple n’est que de 1%).

Les entreprises ont dû s’adapter à ces nouvelles exigences et à cette priorité au « gain pour les actionnaires ». Cette adaptation se traduit de plusieurs manières :

– Les dirigeants d’entreprises raisonnent désormais en fonction d’objectifs exclusivement financiers. Cela les conduit à prendre des décisions de court terme en se fondant sur les résultats semestriels.

– Les modes de rémunération des dirigeants les poussent à obtenir des résultats à court terme sans se préoccuper de la pérennité de l’activité (les dirigeants se voient en effet attribuer des « stocks options », qui sont des options d’achat futur des actions de l’entreprise. Si deux ou trois ans après que l’option a été attribuée le cours de l’action a monté, le titulaire de l’option achète l’action au cours en vigueur au moment de l’attribution et la vend au nouveau cours).

– Les entreprises même non financières consacrent une part croissante de leur activité à la finance, les profits tirés de leur activité financière constituant une part importante de leur résultat d’ensemble.

– En termes de ressources humaines, cadres et ingénieurs délaissent les entreprises de l’économie réelle pour le secteur de la finance.

– La pression sur les salariés ne cesse de croître : les salariés, cadres compris, sont des variables d’ajustement privilégiés : un résultat trimestriel insuffisant peut ainsi entraîner un plan de licenciement massif pour réduire la masse salariale (quitte à réembaucher 6 mois plus tard). Dans ces conditions il n’y a plus de communauté de travail ni de notion de carrière dans l’entreprise.

Les logiques industrielles traditionnelles (investissement, objectif de pérennité de l’entreprise, compromis fordiste avec les salariés) n’ont plus lieu d’être.

3.2 : La financiarisation aboutit à une déconnexion des intérêts des entreprises multinationales et des intérêts nationaux

La notion d’entreprise nationale n’a aujourd’hui plus de sens lorsque cette entreprise est multinationale. Prenons le cas de l’une ou l’autre des entreprises françaises du CAC 40. Ses actionnaires sont souvent étrangers (les entreprises du CAC 40 sont détenues à 60 % par des capitaux étrangers). Une partie de ses dirigeants n’ont pas la nationalité française. Lorsqu’ils sont de nationalité française, ces dirigeants résident le cas échéant à l’étranger pour des raisons fiscales. Grâce à la libéralisation, au dumping fiscal et aux paradis fiscaux, la multinationale paie peu d’impôts en France. Ses centres de production ont été délocalisés. Elle ne reste implantée partiellement en France que parce qu’il y a encore du pouvoir d’achat et des consommateurs, ce qui impose de maintenir un minimum de structures de commercialisation et d’administration. Cette entreprise coupera tout lien avec son pays d’origine lorsqu’il n’y aura plus de pouvoir d’achat.

3.3 : Les États dépendent de façon importante et croissante de la sphère financière

La dépendance des États vis-à-vis des marchés financiers prend essentiellement deux formes. Les fluctuations sur le marché des changes ont tout d’abord des conséquences sur l’activité économique nationale. Par exemple si la monnaie d’un pays devient surévaluée du fait des choix des marchés, les exportations de ce pays seront freinées et ses échanges extérieurs déséquilibrés.

Les États dépendent des marchés, en second lieu, pour le financement de leur dette. C’est ainsi que, dans le cadre de la crise de la dette en Europe, des États comme la Grèce ou l’Espagne se sont vus imposés par les marchés des taux d’intérêt trop élevés pour qu’ils puissent continuer à emprunter et refinancer leur dette. Les partisans de la financiarisation peuvent rétorquer sur ce point que si les États ne voulaient pas se mettre sous la coupe des marchés, ils devaient éviter de s’endetter. En sens inverse, nous avons noté plus haut que beaucoup avait été fait pour rendre les États dépendants de la finance.

3.4 : La domination de la sphère financière engendre une forte instabilité et des phénomènes de bulles, qui ont d’importantes conséquences sur l’économie réelle

La crise commencée en 2007 est un bon exemple. Les banques américaines avaient prêté inconsidérément (prêts risqués ou « subprimes ») à des ménages à faible capacité de remboursement (en gageant les prêts sur la valeur des biens, acquis dans un contexte de hausse constante de l’immobilier). La baisse de la croissance et le chômage ont ensuite placé un grand nombre d’acquéreurs dans l’incapacité de rembourser, tandis que le retournement de l’immobilier rendait les créances irrécouvrables. Or les banques créancières avaient revendu une partie de leurs titres de créances dans des « paquets » de titres, acquis par d’autres banques, américaines et internationales. De sorte que l’ensemble du système bancaire s’est retrouvé à la tête de créances irrécouvrables sans savoir qui était engagé et à quelle hauteur.

Dès lors les banques ont cessé de se prêter entre elles, faute de connaître le niveau de risque supporté par les différents acteurs. Elles ont réduit également leurs prêts à l’économie. Ces deux réactions des banques ont entraîné un freinage brutal de l’activité et une récession. Pour éviter un effondrement de l’activité, les États ont dû prêter aux banques. Les prêts aux banques (lesquelles ont certes remboursé par la suite) ainsi que la dégradation de la conjoncture (qui entraîne une baisse des recettes fiscales) ont aggravé la situation financière des États : la crise a alors franchi une nouvelle étape et est devenue une crise des dettes souveraines.

Les États sont aujourd’hui sommés par les marchés et par les organisations leur ayant accordé des aides (FMI, UE), de réduire leurs dépenses pour réduire leurs déficits (baisse du nombre de fonctionnaires, baisse des allocations, durcissement des retraites…). La baisse des dépenses publiques a pour première conséquence de ralentir encore la croissance et la création d’emploi.

Au terme de cet enchaînement, on voit que le comportement de la sphère financière hypertrophiée (prêts inconsidérés, titrisation…) a d’importantes conséquences négatives sur l’économie réelle.

3.5 : La constitution et l’enrichissement d’une hyper-classe mondiale

La financiarisation a également eu cette dernière conséquence. Elle a permis la constitution et l’enrichissement exceptionnel d’une hyper-classe mondiale : détenteurs de fonds spéculatifs ; propriétaires et dirigeants des banques ; propriétaires et dirigeants des entreprises multinationales non financières, qui sont eux aussi des acteurs et des animateurs de la sphère financière (étant entendu que ces entreprises ont en outre tiré un grand profit des délocalisations et de la croissance des émergents ; voir l’article précédent).

La volonté d’enrichissement de l’hyper-classe mondiale était en réalité l’objectif premier du processus de libéralisation et de financiarisation : elle a motivé plusieurs des processus qui ont été mis en œuvre ces deux dernières décennies et qui ont modifié en profondeur l’économie mondiale.

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La financiarisation et la mondialisation résultent pour partie d’évolutions géopolitiques (entrée de la Chine dans le marché mondial, disparition du bloc soviétique). Mais, comme on l’a vu dans le cadre de cet article et de l’article précédent, elles sont pour l’essentiel la conséquence de décisions délibérées. Deux en particulier : la réduction des barrières douanières ; et la libération des mouvements de capitaux.

La volonté des dirigeants occidentaux de procéder à la libéralisation et à la mondialisation de l’économie s’est incarnée également sur un autre terrain, celui de la « construction européenne », qui constituera le sujet du prochain article.

Dans l’article de synthèse qui clôturera cette série de tribunes consacrées à l’économie, nous recenserons les mesures qu’il conviendrait de prendre selon nous pour mettre un terme aux évolutions délétères que nous nous efforçons de décrire.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 10/02/13

Les salariés qui vont voter pour l’oligarchie aiment souffrir ? Ils vont être servis !

Chronique de Paysan Savoyard

(n°85 – avril 2012)

 

Les Français savent que, pour la plupart d’entre eux, ils verront à brève échéance leur situation se dégrader. Ils y sont résignés. Ils se disent que c’est là une conséquence inévitable de « la crise », qui impose une cure d’austérité à tous les européens. Ces Français, ce faisant, manifestent une fois de plus leur incroyable naïveté.

Les difficultés économiques et sociales ne datent pas en effet de la crise financière de 2008 : elles ont quarante ans. Depuis le milieu des années soixante-dix, le chômage est massif (officiellement autour de 10 % de la population active ; bien plus en réalité) ; les finances publiques sont chaque année en déficit ; la dette publique ne cesse de croître.

La dégradation il est vrai s’est fortement accélérée sous le mandat de M. Sarkozy : chômage supérieur à ce qu’il était il y a 5 ans ; augmentation de la dette de 500 milliards ; et désormais un déficit des échanges extérieurs permanent et qui ne cesse de se creuser. Il n’en reste pas moins que les difficultés économiques et sociales sont apparues bien avant ce quinquennat catastrophique.

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Or il n’y a normalement aucune raison pour que la France soit en difficulté : le niveau de formation de sa population est bon ; les progrès de la science et de la technique sont permanents ; les infrastructures et les services publics sont de qualité ; les matières premières s’acquièrent à l’étranger à des conditions qui ne sont pas radicalement différentes de ce qu’elles étaient il y a quarante ans.

Les difficultés économiques et sociales sont exclusivement liées aux décisions prises par la classe dirigeante depuis quatre décennies, et en particulier à trois d’entre elles :

  • Lamondialisation (mise en œuvre par la réduction continue des droits de douanes et la libération des mouvements de capitaux). Elle a eu pour conséquence un enrichissement considérable des propriétaires et des dirigeants des entreprises, les délocalisations ayant permis une forte diminution des coûts salariaux. Du point de la vue de la population française, la mondialisation s’est par contre traduite par la désindustrialisation et le chômage.
  • La mise en place d’un système général d’assistanat, destiné à amortir les effets sociaux du chômage et à obtenir que la population consente passivement à la mondialisation.
  • La mise en œuvre d’une immigration massive, destinée à faire baisser le niveau des salaires. La forte augmentation de la population qui en résulte conduit à une stagnation du revenu national par habitant.

Ces décisions avaient un objectif : enrichir les oligarques et la jet-set mondialisée, qui ne supportaient plus de devoir se plier au carcan des interventions publiques mises en œuvre à l’après guerre et pendant les trente glorieuses. L’objectif a été atteint : les propriétaires et dirigeants d’entreprise, les financiers et les corporations qui gravitent autour d’eux (commerçants, professions libérales) se sont enrichis en quelques décennies dans des proportions spectaculaires. Selon une récente étude, 50 000 personnes bénéficient d’un revenu sans commune mesure avec le reste de la population française (leur revenu annuel moyen est de 1,1 million d’euros, voir le rapport de l’Institut des Politiques Publiques, page 54). Cet enrichissement massif se traduit dans des évolutions que chacun peut constater, comme par exemple le doublement des prix de l’immobilier en France entre 2000 et 2010 et son triplement dans les endroits recherchés comme Paris.

Le modèle économique mondialisé et immigrationniste mis en place par l’oligarchie comporte une faiblesse : il suppose une croissance continue de l’endettement public. Les impôts et cotisations, qui pèsent essentiellement sur la classe salariée, ne suffisent pas en effet à absorber les énormes dépenses publiques liées au chômage, à l’assistanat et à l’immigration (la dépense publique atteint désormais le niveau record de 56 % du PIB, au deuxième rang de l’UE derrière la Suède) : les systèmes publics, constamment en déficit, n’ont pu jusqu’ici se financer que par l’endettement. Or la crise financière vient de montrer que l’endettement public avait une limite, révélant ainsi la faille du système. Le système ne pourra dès lors perdurer qu’en baissant fortement les dépenses publiques et en augmentant vigoureusement les impôts.

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Dans l’intérêt de la majorité de la population française, qui est constituée pour l’essentiel de salariés (90% de l’emploi total), il  faudrait prendre trois types de mesures :

  • Sortir de la mondialisation, par l’imposition de droits de douane et de quotas d’importation et la suppression de la liberté des mouvements de capitaux, afin d’empêcher les délocalisations et de contraindre les entreprises à recréer de l’emploi en France (Le mieux serait que ces mesures soient prises au plan européen. Faute d’accord de ses partenaires, la France devrait alors sortir de l’Union européenne pour pouvoir appliquer cette politique d’intérêt national).
  • Mettre fin à l’assistanat.
  • Arrêter l’immigration.

L’application d’une telle politique supposerait de se débarrasser des oligarques au pouvoir et en particulier des représentants du consortium formé par l’UMP, le PS et leurs alliés.

De nombreux électeurs, inquiets des évolutions en cours, se résignent pourtant à voter pour les partis du Système, au nom du raisonnement suivant : « Certes nous savons que la situation va se dégrader et que les partis au pouvoir vont prendre des décisions douloureuses. Mais il vaut tout de même mieux faire confiance à ceux que nous connaissons. Des solutions « Front National » de sortie de la mondialisation constitueraient une aventure aux conséquences encore pires ».

Nous pensons que ces Français résignés commettent une erreur d’analyse majeure : si les partis du Système sont reconduits au pouvoir, les politiques qui seront mises en œuvre vont en effet atteindre un degré de brutalité que les « résignés » ne soupçonnent pas.

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Depuis une vingtaine d’années, le système de protection sociale et de service public est rogné par petites touches. Ces petites touches se succèdent à un rythme de plus en plus soutenu. Mais pour l’instant le système de protection sociale et de service public reste encore debout pour l’essentiel. Que les Français qui vont voter sachent une chose : les mesures d’austérité qui seront prises après 2012 par les gouvernements UMP ou PS seront d’une ampleur qui n’aura rien de commun avec les régressions multiples mais d’ampleur limitée enregistrées jusqu’à ce jour.

Les cibles des mesures qui seront prises ne seront pas les riches : profitant de la liberté des mouvements de capitaux, ils menaceront de fuir si on les taxe ; et les gouvernements ne peuvent se permettre une sortie massive de capitaux.

Ce ne seront pas non plus les « pauvres », qui sont souvent des immigrés. Les immigrés sont intouchables car l’UMP et le PS ont besoin d’eux. Les socialistes parce que les jeunes des quartiers sont leurs nouveaux réservoirs électoraux (ainsi que l’a admis il y a quelques mois le laboratoire d’idées du PS Terra Nova). Les dirigeants d’entreprises, petites, moyennes et grandes, électorat naturel de l’UMP, ont eux besoin des immigrés pour pouvoir distribuer des salaires faibles et faire travailler au noir.

Les victimes de l’austérité féroce qui s’annonce seront les classes salariées, du privé comme du public. Que les salariés qui auront la bêtise de voter UMP ou PS le sachent.

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Pendant combien de temps encore les peuples vont-ils se laisser abuser par les mensonges, les manipulations et les sabotages de l’oligarchie ? Jusqu’à quand vont-ils accepter de voir s’abîmer le système européen de protection sociale et de service public, sans réagir autrement que par la débrouille individuelle, la fuite paresseuse dans le divertissement et la prise de tranquillisants ?

Combien de temps encore vont-ils accepter de subir sans broncher l’invasion massive des immigrés, qui ne conduit pas seulement à mettre en cause leur identité et la sécurité publique, mais menace également à court terme les finances publiques, le maintien des services publics et la sécurité sociale ?

Jusqu’à quand vont-ils continuer passivement à voter pour les saboteurs, ou bien à s’abstenir, en laissant des traîtres à leur peuple tenir le gouvernail ? Quand les peuples européens vont-ils se décider, en France, en Allemagne, en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, en Autriche, à congédier par leur vote cette clique d’impudents coquins ?

 

Chronique parue sur Fdesouche le 08/04/12

Mondialisation, délocalisations, immigration : les oligarques sont les responsables de la crise

Chronique de Paysan Savoyard

(n°79 – décembre 2011)

 

Les oligarques essaient de faire croire que leurs très mauvais résultats sont dus à la crise. Ils appellent l’opinion à soutenir les efforts qu’ils déploient pour protéger les Français. Double mensonge. Premièrement, les responsables directs de la crise sont précisément les oligarques. Deuxio : contrairement à ce qu’ils prétendent ils n’ont nullement pour objectif de servir l’intérêt général. Leur souci est de sauver les banques, épine dorsale du capitalisme financier mondialisé qu’ils ont mis en place ; de sauvegarder la mondialisation contre toute tentation protectionniste ; et de protéger leur Europe libre-échangiste contre les projets souverainistes.

Décrivons schématiquement la situation :

  • Les États européens sont fortement endettés. Certains d’entre eux, comme la Grèce, ne peuvent plus rembourser sans faire appel à l’aide des autres États. De grands États, comme l’Italie, éprouvent désormais à leur tour des difficultés pour refinancer leur dette et les mécanismes d’aide mis en place paraissent insuffisants.
  • Si plusieurs États endettés se révèlent dans les mois qui viennent incapables de rembourser leurs emprunts totalement ou partiellement, les banques qui ont consenti les prêts connaîtront d’importantes difficultés. Certaines seront mises en faillite, sauf à ce que les États qui en ont les moyens leur apportent une aide.
  • Les difficultés de remboursement de certains États risquent d’entraîner une réduction de l’activité économique déjà très faible : d’une part parce que ces États endettés doivent réduire leurs dépenses pour que les marchés et les autres États acceptent de continuer à leur prêter ; d’autre part parce que les difficultés des banques risquent de conduire celles-ci à réduire fortement leurs prêts à l’économie.
  • Un cercle vicieux risque de s’installer : les réductions des dépenses publiques et des prêts à l’économie contractant l’activité, les rentrées fiscales sont par là-même diminuées, ce qui fait que les déficits au lieu de se réduire se creusent. Nous en sommes là.
  • Pour tenter de sortir de cette situation délétère, on voit se dessiner deux scénarios principaux. Le premier conduit à un renforcement de l’UE afin de prendre en charge collectivement les pays en difficulté (accroissement de l’aide à ces pays via des mécanismes type FESF, financement des États par la BCE, émission d’euro-obligations, fédéralisation des politiques budgétaires…). Le second scénario est celui d’un éclatement de l’euro (voire de l’UE) suivi de dévaluations compétitives, selon un processus soit concerté soit sauvage.

Face à cette crise, les oligarques poursuivent un double objectif :

– Ils cherchent tout d’abord à se défausser, en présentant la crise comme un évènement fortuit, qui s’impose à eux et auquel ils doivent faire face, réclamant de leur opinion qu’elle serre les rangs autour des capitaines qui, dans la tempête, se battent pour préserver les intérêts des peuples ;

– Ils veulent ensuite utiliser la crise comme une occasion de prendre de nouvelles mesures qui iront dans le sens de leur intérêt (nous traiterons du premier point dans le présent article ; un second suivra pour évoquer l’autre aspect).

Cette attitude des oligarques est une nouvelle preuve de leur impudence et de leur cynisme sans bornes. Pour parvenir à ses fins l’oligarchie compte sur le fait que la crédulité et la passivité des peuples ne rencontrent elles-mêmes guère de limites (il semble ainsi que la cote de M. Sarkozy dans l’opinion soit en train de se redresser du fait même de la crise !).

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Les oligarques font comme si la crise constituait un phénomène inopiné, indépendant de leur volonté et pour lequel ils ne portent aucune responsabilité. Il s’agit là d’un complet subterfuge : la crise est au contraire une conséquence directe des politiques qu’ils conduisent depuis quatre décennies. Chacun de ses aspects – l’endettement des États, la domination exercée par les marchés financiers, les tensions au sein de la zone euro, la dégradation des comptes extérieurs de pays comme la France, la croissance faible et le chômage – est une résultante des politiques suivies. Nous le verrons en nous fondant plus spécialement sur le cas de la France.

  • L’endettement et les déficits publics

La dette publique de la France ne cesse d’augmenter. Elle était de 5 % du PIB en 1980, de 60 % avant la crise de 2008, elle atteint aujourd’hui 84 % et continue de croître. Cette augmentation est une conséquence mécanique du fait que depuis 40 ans, les finances publiques sont chaque année en déficit.

La situation de déficit permanent a elle-même une cause majeure : la France connaît une situation de chômage massif depuis quatre décennies. Celle-ci entraîne à la fois la hausse des dépenses (il faut indemniser les chômeurs) et une baisse des recettes (les chômeurs payant peu d’impôts et de cotisations). La situation de chômage massif résulte pour une grande part de la délocalisation des emplois industriels dans les pays à bas coûts. La délocalisation a elle été rendue possible par la prise de deux décisions au plan international auxquelles ont directement participé les dirigeants européens : l’abaissement continu des droits de douane (dans le cadre des négociations successives du GATT et de l’OMC) et la libération des mouvements de capitaux (voir la  directive de l’union européenne du 24 juin 1988, qui se traduit pas l’article 63 du traité sur le fonctionnement de l’UE).

L’endettement et les déficits résultent également de deux autres phénomènes importants, eux aussi directement liés à des décisions politiques :

– La réduction des impôts pesant sur les hauts revenus et sur les grandes entreprises tout d’abord. Cette réduction est elle-même liée à la libération des mouvements de capitaux, qui a entraîné le déclenchement d’un processus de dumping fiscal européen et mondial. Dans ces conditions, et malgré l’augmentation des prélèvements pesant sur les classes moyennes, le niveau global des prélèvements n’a pas augmenté alors que dans le même temps les dépenses publiques croissaient à un rythme soutenu.

– L’immigration est une autre source de la dette publique. Elle est en effet à l’origine de dépenses publiques considérables (allocations diverses, logement, santé, éducation, délinquance…) alors que les recettes qu’elle engendre sont faibles (les immigrés sont le plus souvent accompagnés de familles dont la charge pèse sur la collectivité ; beaucoup d’immigrés sont au chômage ; ceux qui travaillent cotisent peu parce qu’ils sont souvent clandestins ; enfin les immigrés transfèrent une partie de leurs revenus dans leur pays d’origine).

  • La domination des marchés financiers

La crise met en lumière la puissance des marchés, qui en menaçant de ne plus prêter ou en prêtant à des taux d’intérêts élevés, contraignent les États à appliquer des mesures de rigueur pour retrouver « la confiance des marchés ». Et les oligarques et leurs soutiens, journalistes et plumitifs de tout statut, de dénoncer « le diktat des marchés »… Or ce sont les oligarques eux-mêmes qui ont installé les marchés dans la position de domination qui est la leur aujourd’hui !

– Leur puissance résulte en effet tout d’abord de l’attitude des États qui, en se plaçant en situation d’endettement pour les raisons évoquées plus haut, ont dû faire appel au financement des marchés.

– Elle résulte ensuite des réformes qui ont conduit à interdire le financement du trésor public par la banque de France, contraignant l’État à se tourner vers les marchés pour se financer (cette décision a été prise dès 1973 en France (loi 73-7 du 3 janvier 1973) ; de même le traité sur le fonctionnement de l’union européenne, article 123,  interdit à la banque centrale européenne et aux banques centrales nationales de financer les États).

– La domination des marchés résulte également directement de décisions de libéralisation prises dans les années 80. La plus importante d’entre elles est, encore une fois, la libération des mouvements de capitaux internationaux, qui a rendu possible l’explosion des volumes de capitaux internationaux échangés tous les jours dans une optique de placement et de spéculation.

D’autres décisions très nombreuses ont été prises dans les mêmes années pour libéraliser le secteur financier (par exemple la désintermédiation financière et la création d’un marché monétaire ouvert ; la suppression de l’encadrement du crédit ; la suppression de la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires, la suppression de l’interdiction de rémunérer les comptes de dépôt, ou encore la suppression de l’interdiction de pratiquer à la fois, sur le marché financier, le métier d’opérateur et d’intermédiaire).

– Les déséquilibres commerciaux internationaux contribuent également à expliquer la financiarisation (puisqu’ils procurent aux pays exportateurs nets des avoirs considérables que ces pays cherchent ensuite à placer) : or ces déséquilibres sont pour une part une résultante des délocalisations (les pays ayant délocalisé devant désormais importer ce qu’ils ne produisent plus ; nous ne faisons ici qu’évoquer certaines causes de la financiarisation : il y en a d’autres).

  • Les tensions au sein de la zone euro

Elles résultent pour une grande part de la façon délibérément incomplète et déficiente dont a été conçue l’union monétaire.

L’Europe en effet n’a pas mis en place de coordination des politiques économiques et budgétaires. Certains pays comme l’Allemagne ont pu mener ainsi des politiques de « désinflation compétitive » pour augmenter leurs exportations au détriment des partenaires, lesquels, en situation de monnaie unique, ne peuvent plus recourir au moyen traditionnel de la dévaluation pour rétablir leurs comptes extérieurs. La perte de compétitivité relative des pays déficitaires augmente leur taux de chômage et partant les dépenses publiques et l’endettement.

L’appartenance à la zone euro a permis d’autre part à certains pays de s’endetter massivement à bas coût, l’absence de gouvernement économique européen les dispensant par ailleurs de mener des politiques budgétaires un tant soit peu rigoureuses et durables (cas de la Grèce). La France et l’Allemagne elles-mêmes n’ont pas respecté les « critères de stabilité » (notamment l’obligation de contenir les déficits publics), sans que les sanctions prévues aient été appliquées.

N’ayant pas prévu d’harmonisation fiscale, l’union européenne a permis le jeu du dumping fiscal, préjudiciable aux finances publiques.

Enfin le grand marché libéral qu’est l’union européenne s’est élargi à de nombreux pays à bas coûts, permettant l’organisation de délocalisations à l’intérieur même de l’Europe, au détriment de l’emploi et des finances publiques dans les pays à coûts « élevés ».

  • Les déficits commerciaux, la faible croissance et le chômage

Ces phénomènes sont là-encore des conséquences directes des décisions évoquées plus avant : la libération des mouvements de capitaux et la baisse des droits de douane ont permis les délocalisations et entraîné par là-même, notamment en France, désindustrialisation, déficits commerciaux, chômage massif et faible croissance (l’Allemagne a, elle, maintenu voire renforcé sa position, mais au détriment de ses partenaires).

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On le voit, les phénomènes qui aboutissent à la crise avec laquelle l’Europe est aux prises sont une résultante de décisions bien identifiées, adoptées délibérément ces quatre dernières décennies dans une perspective libérale, pour maximiser (avec succès) les profits de la classe dirigeante : baisse des droits de douane, libération des mouvements internationaux de capitaux, délocalisations, mesures de libéralisation de la sphère financière, interdiction du financement du trésor par la banque centrale, baisse de la fiscalité des hauts revenus et du patrimoine, dumping fiscal, élargissement de l’Europe, immigration.

En présentant la crise, pour se défausser, comme un phénomène extérieur, les oligarques cherchent à abuser grossièrement l’opinion (avec malheureusement les meilleures chances d’y parvenir).

Nous verrons dans un article suivant quels sont les objectifs de l’oligarchie face à la crise : sauver la mondialisation ; conserver « l’Europe du libre échange » ; se saisir de la crise comme d’une chance pour accentuer à leur profit les politiques de libéralisation.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 18/12/11