Défense de la civilisation et des peuples européens

Chronique de Paysan Savoyard

(n° 183 – juin 2017)

 

L’élection d’E. Macron entraîne une recomposition politique majeure. Son parti a absorbé le centre, l’aile centre-gauche du PS et l’aile centre-droit des républicains. Cette union nouvelle est logique, ces différents courants partageant les mêmes conceptions : ils sont partisans d’une économie libérale mondialisée, de l’immigration et de réformes sociétales libertaires. Ils menaient depuis quatre décennies la politique mondialiste et immigrationniste par alternance, tantôt sous l’étiquette socialiste tantôt sous celle de la droite : ils la conduiront désormais regroupés dans le nouveau parti créé par Macron.

A gauche, l’opposition anticapitaliste à ce nouveau parti central s’organisera probablement autour de Mélenchon, auxquels devront se rallier ceux des socialistes qui n’auront pas rejoint Macron. A droite, la droite conservatrice et le FN devront sans doute s’allier s’ils veulent pouvoir offrir une alternative au nouveau parti dominant.

De nombreux observateurs ont affirmé que l’élection de Macron correspondait à la disparition des vieux clivages obsolètes et en faisait apparaître de nouveaux. Le diagnostic est incontestable mais laisse cette question ouverte : quels sont les clivages qui rendent compte aujourd’hui de l’état de la société française ?

 

  • Gauche et droite ?

Le clivage gauche-droite à l’évidence n’a plus de pertinence. Il est obsolète de longue date déjà, depuis que les socialistes au milieu des années quatre-vingt ont fait le choix d’adopter une politique économique de mondialisation libérale, se mettant ainsi à l’unisson des autres gouvernements européens. La gauche et la droite gouvernent depuis lors par alternance pour mener la même politique.

Depuis le tournant des années quatre-vingt, les deux camps qui structuraient jusqu’à ces dernières semaines la politique française sont l’un et l’autre divisés. Cohabitent ainsi au sein de la gauche des partisans et des adversaires du libéralisme économique et de la mondialisation. De même, à gauche comme à droite, on trouve des partisans de l’UE et de l’Europe fédérale aussi bien que des souverainistes. Faisant disparaître ce clivage gauche-droite obsolète, le nouveau parti de Macron constitue une clarification logique.

 

  • Progressistes et conservateurs ?

Le clivage pertinent est-il désormais, comme l’affirme E. Macron, l’opposition entre conservateurs et progressistes ? Le nom qu’il a retenu pour son parti est l’illustration de cette conception : il s’agit pour lui de rassembler ceux qui refusent le conservatisme et l’immobilisme. On retrouve là l’écho du projet des révolutionnaires de la fin du 18e siècle fondateurs de la modernité : faire le choix du progrès et de la modernité contre la tradition. Du passé faisons table rase.

Pour notre part ce clivage nous paraît dépourvu de signification : le progrès en soi ne constitue pas une valeur à laquelle on puisse se rallier.

Il paraît assez clair en effet que les faux progrès abondent et que les soi-disant progrès nuisibles ou dangereux ne sont pas rares. On voit bien par exemple que l’essor du progrès technique à compter de la révolution industrielle a déclenché un processus de dégradation de l’environnement. De même la science débridée est susceptible de provoquer des évolutions non maîtrisées : elle est aujourd’hui à même de modifier jusqu’à la nature humaine. L’économie de consommation de masse et l’urbanisation, saluées comme des progrès majeurs et moteurs de la forte croissance des trente glorieuses, ont manifestement déstabilisé nos sociétés en profondeur. De même encore, les progrès sanitaires et la réduction de la mortalité infantile ont entraîné une explosion catastrophique de la population du tiers monde. De façon générale le règne de la modernité et la mise à bas globale de la société traditionnelle ont entraîné des bouleversements dont la portée ne peut encore être mesurée.

Dans de nombreux domaines il apparaît bien préférable de ne pas révérer le progrès avec trop de dévotion, de refuser les progrès aux conséquences difficiles à appréhender, de prendre plutôt le parti de la prudence. L’instinct de conservation est une loi qu’il convient de considérer avec respect : qui ne souhaite ainsi conserver la bonne santé dont il jouit et l’équilibre de vie qu’il a acquis ? La conservation des acquis et de l’essentiel apparaissent bien préférables et doivent conduire à savoir renoncer aux mirages de la nouveauté introduite sans réflexion préalable. On voit par-là combien l’opposition entre progressistes et conservateurs apparaît peu pertinente et factice.

 

  • Pro et anti européens ?

Le clivage pertinent n’est pas non plus celui qui opposerait les pro et les anti européens. Tout le monde ou presque est en effet favorable à une coopération étroite entre pays européens. Le débat en la matière porte sur deux points.

Les uns sont favorables à la construction européenne, telle qu’elle se déroule sous l’égide de l’UE.  Les autres, dont nous sommes, sont des adversaires de cette Union européenne, qu’ils dénoncent comme une Europe libérale et mondialiste, inféodée aux Etats-Unis et ne respectant pas les vœux de la majorité de l’électorat, ainsi que l’a illustré la façon dont les dirigeants européens n’ont tenu aucun compte du « non » à l’UE exprimé par la majorité des Français lors du référendum de 2005.

L’autre point de discorde majeur est de savoir si l’Europe doit être de nature fédérale et intégrée ou fondée à l’inverse sur une logique de coopération entre Etats souverains.

Cependant, en dépit de ces divergences majeures, personne en France ou presque n’est anti européen. Chacun considère que la France doit entretenir des relations privilégiées avec les autres pays européens. En d’autres termes tous les Français estiment que les relations que la France doit entretenir avec les Européens ne peuvent pas être de même nature qu’avec les autres régions du monde.

 

  • Mondialistes et souverainistes ?

Le clivage autour duquel le FN a structuré sa stratégie et sa communication est lui aussi non pertinent. Sous l’influence de F. Philippot, le FN affirme depuis plusieurs années que le clivage majeur se situe entre les partisans de la restauration de la souveraineté de la France d’une part et les mondialistes d’autre part. Ce clivage est non pertinent et il l’est doublement.

L’opposition entre mondialistes et souverainistes est non pertinente d’abord parce qu’elle laisse de côté la question européenne. C’est ainsi que le souverainisme du FN a été compris comme une hostilité à la construction européenne. C’est d’abord parce qu’il a été perçu comme anti européen que le FN a été nettement rejeté par une majorité de l’électorat en 2017 comme il l’avait été en 2012. La stratégie du FN articulée autour de ce clivage entre mondialistes et souverainistes constitue une erreur majeure.

L’opposition entre mondialistes et souverainistes est non adaptée, en second lieu, parce qu’elle fait porter l’accent sur une question finalement secondaire. Même lorsqu’ils sont hostiles à la mondialisation, les gens ne sont pas attachés à la restauration de la souveraineté française comme un objectif en soi. Tout dépend des politiques suivies : retrouver une souveraineté pour mener de mauvaises politiques n’intéresse personne.

Beaucoup de gens, dont nous sommes, sont hostiles aux politiques économiques libérales, aux délocalisations et à l’immigration. Mais la question de savoir qu’elle est l’instance qui conduit ces politiques, soit l’union européenne soit l’Etat souverain, est sans importance. En d’autres termes, les Français, sûrement majoritaires, qui souhaitent un arrêt de l’immigration applaudiront l’Union européenne si celle-ci décide le moment venu d’aller dans ce sens.

 

  • « Mondialistes » contre « défenseurs de la civilisation et des peuples européens »

Le clivage pertinent nous semble-t-il est lié à la notion de civilisation et de peuplement. Il oppose ceux qui veulent conserver la civilisation européenne et défendre le droit des peuples européens à rester majoritaires sur leur sol et maître chez eux et ceux qui sont favorables à un monde sans frontières, permettant notamment la libre circulation des populations.

La civilisation européenne comprend deux éléments majeurs. La culture et les coutumes tout d’abord, issues du mariage de la raison grecque et de la foi chrétienne.

Le mode d’organisation des sociétés européennes constitue aujourd’hui le second élément clé de leur civilisation. Avec des différences entre l’Europe du nord, l’Europe latine et l’Europe centrale, il combine des services publics et une sécurité sociale, un Etat qui joue un rôle actif de régulateur tout en préservant les libertés, une économie mixte mêlant économie de marché et intervention publique.

Quant au droit des peuples européens de rester majoritaires sur leur sol et maîtres chez eux, il signifie nécessairement l’arrêt de l’invasion mais également la mise en œuvre de politiques conduisant au départ d’une partie substantielle des immigrés présents.

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Reste à trouver un terme qui rende compte au mieux de ce clivage fondamental. Renaud Camus propose d’opposer Remplacistes et Anti-remplacistes. La formule met l’accent sur l’essentiel : le projet de l’élite est de procéder à un double remplacement. L’éviction des peuples européens au profit de nouveaux venus. Et celle de la civilisation européenne au profit d’une civilisation mondialisée. La formule brillante de Renaud Camus a le défaut cependant de s’adresser à des initiés.

Pourrait-on opposer aux mondialistes les « patriotes européens » ? Là encore la formule a des défauts, la notion de patrie, qui a d’abord été de gauche avant de passer à droite, étant revendiquée par tout le monde.

Faut-il retenir ce vocable : « Les identitaires » ? Il nous semble que le terme est lui aussi un peu hermétique, moins net et moins parlant que celui de civilisation.

« Français de souche » ? L’essentiel est dit. Mais il manque la dimension européenne.

La formule à retenir devrait nous semble-t-il comprendre le mot de civilisation européenne et celui de peuples européens. Elle devrait signifier qu’il s’agit de construire et de défendre une Europe qui qui se protège de la mondialisation et de l’immigration. Cette formule pourrait-elle convenir ? « Avenir de la civilisation et des peuples européens »

 

La guerre civile tiède a commencé

Chronique de Paysan Savoyard

(n°165 – décembre 2016)

 

Les sociétés occidentales sont désormais divisées en trois groupes. La classe dirigeante et ceux qui la soutiennent et appuient sa politique immigrationniste et mondialiste constituent le premier. Les personnes originaires de l’immigration forment le second. Le troisième est celui de la population « de souche » de classe moyenne et populaire. Les deux premiers groupes sont, pour l’heure, des alliés objectifs. En opposition frontale avec le troisième.

Entre les deux blocs ainsi formés, la classe dominante soutenue par les personnes issues de l’immigration d’une part, les milieux populaires et middle class de souche d’autre part, la confrontation est désormais totale, absolue et sans retour. Dans plusieurs pays, comme la France en particulier, les deux blocs sont entrés depuis deux ou trois décennies dans une logique de guerre civile.

 

  • La classe dominante, en guerre contre le peuple

La classe dirigeante occidentale mène depuis une quarantaine d’années une politique radicalement contraire aux intérêts du peuple.

Elle a mis en œuvre tout d’abord la mondialisation de l’économie et en particulier la délocalisation dans les pays à bas coût des emplois industriels et d’une partie des emplois de service. Cette politique a permis un enrichissement considérable de la couche supérieure de la société, grâce à la très forte diminution des coûts salariaux et de production. La majorité de la population en revanche a pâti des effets de cette politique, source de chômage et d’augmentation des impôts destinés à financer les allocations chômage et autres minima sociaux.

En outre pour ce qui est des emplois non délocalisables, la classe dirigeante mène une politique d’immigration massive : les immigrés viennent occuper une grande partie de ces emplois, généralement peu ou pas qualifiés, exerçant ainsi une pression à la baisse sur les salaires.

Précisons que contrairement à ce que pensent peut-être une partie des électeurs naïfs, la mondialisation et l’immigration ne résultent nullement d’évolutions échappant à la volonté des dirigeants occidentaux : elles résultent au contraire de décisions délibérées, réfléchies, cohérentes, publiques et maintes fois confirmées (voir cette chronique et celle-ci).

La classe dirigeante sait parfaitement que la majorité de la population de souche est hostile à sa politique de mondialisation et d’immigration. Tous les sondages d’opinion le montrent depuis plusieurs années. A plusieurs reprises la majorité de l’électorat s’est prononcé explicitement ou implicitement pour l’arrêt de ces politiques : rejet du projet de traité constitutionnel européen en 2005 ; score de près de 50 % obtenu par le candidat d’extrême droite en Autriche en 2016 ; Brexit en 2016 ; élection de Trump il y a quelques semaines. La classe dirigeante a jusqu’ici réussi à contourner les vœux majoritaires. Elle a par exemple fait entrer en application par le traité de Lisbonne les dispositions du TCE qui avaient été rejetées par référendum. La classe dirigeante anglaise en lien avec l’establishment européen imagine en ce moment les moyens de ne pas appliquer le Brexit. Quant à l’élection de Trump, nous verrons s’il aura la volonté et les moyens d’appliquer son programme.

Non seulement la classe dirigeante ne tient pas compte de la volonté de la majorité de la population, mais elle accentue au contraire sa politique. Dans le domaine de la mondialisation, elle s’efforce de faire entrer en vigueur de nouveaux traités de libéralisation du commerce mondial (TAFTA, CETA). En Europe elle organise le système des travailleurs détachés, qui là encore vient évincer les travailleurs de souche et faire pression à la baisse sur les rémunérations et les conditions d’emploi.

Dans le domaine de l’immigration, elle laisse entrer massivement des immigrés économiques venus d’Afrique, en prétendant qu’il s’agit de réfugiés fuyant les combats en Syrie et en Irak. Elle procède, sans l’accord des populations de souche à une répartition de ces immigrés, entre pays européens et sur le territoire de chacun d’eux, comme c’est le cas pour la France qui voit s’opérer la ventilation des clandestins de Calais. Elle fait en sorte d’imposer la cohabitation avec les immigrés à toute la population (quotas de HLM, répartition des réfugiés, projets de « mixité sociale » dans les écoles…).  Elle a passé depuis quelques mois un cap supplémentaire en utilisant les marines nationales ou les bateaux d’associations subventionnées pour aller chercher les immigrés par dizaines de milliers au plus près des côtes africaines, au prétexte d’éviter les naufrages.

Pour appliquer cette politique, la classe dirigeante met en œuvre un arsenal de méthodes anti démocratiques et qui même se rattachent à la logique totalitaire.

Comme il vient d’être dit, la classe dirigeante entend poursuivre une politique contraire aux intérêts du peuple. Non seulement elle ne tient aucun compte de ce qu’il souhaite mais elle veut au contraire le contraindre, le discipliner, le modeler. Mieux elle procède à un Grand remplacement afin de « changer de peuple ».

Le caractère anti démocratique du système se constate, deuxièmement, au vu du point suivant. Afin de désarmer l’opposition de la population de souche à sa politique, la classe dirigeante met en œuvre le stratagème consistant à organiser le débat politique entre deux forces, la gauche et la droite, chacune singeant entre elles une opposition farouche. Dans la réalité gauche et droite sont des comparses pratiquant la même politique et se partageant le pouvoir à la faveur des alternances. Ce simulacre permet de rejeter l’opposition « populiste et extrémiste » en dehors du cercle du débat raisonnable et républicain. Pour l’heure, la majorité de l’électorat se laisse prendre à ce subterfuge.

La classe dirigeante, troisièmement, cherche à discréditer les opposants, ce qui constitue une technique de base des régimes totalitaires (voir cette chronique). Les opposants, qu’elle accable de son mépris, sont présentés comme des losers : « Peu diplômés, les électeurs populistes ne comprennent pas les enjeux du moment : c’est pourquoi il faut faire preuve de pédagogie à leur endroit. Inquiets et crispés, ils ont peur du monde nouveau qui se met en place. Passéistes et nostalgiques d’un âge d’or mythique, ils ne parviennent pas à s’adapter à une évolution qui les dépasse. Leurs positions sont en outre contestables sur le plan moral : aigris et intolérants, souvent racistes et haineux, les populistes veulent se renfermer sur leurs acquis de façon égoïste ». Pour achever de discréditer ses opposants, la classe dirigeante utilise volontiers à leur égard un lexique qui les range dans le registre de la psychiatrie (les populistes sont saisis par l’anxiété et aux prises avec différentes phobies…).

Quatrième technique d’inspiration totalitaire : la classe dirigeante adopte des lois interdisant l’expression des opinions contraires (loi de 1990 réprimant « l’incitation à la haine raciale ») et poursuit pénalement les dissidents (voir cette chronique).

La classe dirigeante, enfin, alimente une propagande de tous les instants. Elle procède à un matraquage des idées officielles, grâce aux relais d’opinion qu’elle contrôle presqu’entièrement (médias, cinéma, culture, édition, milieu universitaire, associations, syndicats, organisations patronales…). Recourant à une déformation systématique des faits (en mentant par exemple sur les chiffres de l’immigration…), elle utilise une novlangue visant à biaiser la réalité (« vivre ensemble », « mixité sociale », « jeunes défavorisés », « quartiers populaires »…).

Conduisant ces politiques, la classe supérieure poursuit un objectif d’enrichissement de ses membres, marié à un projet universaliste.

La couche supérieure est composée d’une part des propriétaires et cadres dirigeants des banques et entreprises multinationales ; et d’autre part de tous ceux qui constituent leur « clientèle », au sens romain du terme, c’est-à-dire de tous les obligés qui profitent de leur pouvoir d’achat (commerçants, professions libérales, cadres supérieurs) et répondent à leurs ordres (hauts fonctionnaires, intellectuels, artistes et journalistes, au service de la politique et de la propagande du régime).

Cette classe supérieure tire profit de la mondialisation, qui fait fortement baisser les coûts de production, et de l’immigration, qui procure une main d’œuvre locale peu coûteuse. Ces deux politiques l’ont fortement enrichie comme le montrent différents indicateurs (la forte hausse du revenu du décile supérieur ; la concentration croissante du patrimoine ; la hausse des prix de l’immobilier depuis vingt ans dans les secteurs attractifs ; la forte croissance sur la même période du parc des véhicules de luxe…).

Les membres de cette couche supérieure parviennent pour eux-mêmes à se protéger des conséquences négatives des politiques qu’ils conduisent. Ils ne sont pas concernés par le chômage, qui touche les professions moyennes et ouvrières. Ils se prémunissent des effets de l’immigration en habitant des quartiers protégés et en scolarisant leurs enfants dans des établissements sélectionnés. A terme, dans le cas où la situation basculerait dans l’anarchie, les principaux dirigeants se sont de longue date ménagé des positions de repli dans des endroits protégés. Si les choses se gâtaient davantage qu’aujourd’hui, les principaux oligarques européens rejoindraient en particulier les Etats-Unis.

Au-delà de cet objectif d’enrichissement à court terme, la classe dirigeante vise à remodeler le monde en fonction de ses intérêts. En cherchant à casser les structures traditionnelles, en particulier les Etats nations, et à faire disparaître l’homogénéité raciale et culturelle des populations occidentales, la classe dirigeante veut construire un monde unifié et uniformisé. Il s’agit de faire en sorte que les pouvoirs puissent s’adresser à des individus atomisés, isolés, dépourvus du soutien des structures et des repères traditionnels : ces individus dès lors seront conduits à se comporter toujours davantage comme des salariés soumis, des consommateurs dociles, des électeurs résignés, des contribuables consentants, définitivement incapables de s’opposer aux menées de l’oligarchie.

La classe dirigeante se partage en trois groupes aux motivations distinctes. Une partie d’entre elle mène la politique mondialiste et immigrationniste par intérêt mercantile. Une autre est mue par l’idéologie et l’idéal universaliste des citoyens du monde. La dernière agit par opportunisme : soutenir la politique de la classe dirigeante lui permet de faire carrière (voir cette chronique).

 

  • Les immigrés, entre guerre sainte et guerre démographique

Les immigrés poursuivent une stratégie de conquête de l’Europe constituée de trois éléments.

L’affirmation identitaire.

Fédérés par l’islam, ils refusent l’assimilation et ont choisi de longue date au contraire l’affirmation identitaire et communautaire. Pour obtenir une extension de leurs droits, ils mettent en avant des revendications toujours plus nombreuses et pressantes. Ils sont soutenus dans ces entreprises par différents pays étrangers (subventions des pays du Golfe, mosquées contrôlées par les pays du Maghreb et par la Turquie…).

Pour renforcer leurs positions, les immigrés se servent des règles et des mentalités des occidentaux comme levier. Ils prennent appui sur les règles de droit (liberté de réunion, d’expression, laïcité) pour étendre et renforcer leur présence et obtenir le respect de leurs particularismes communautaires. Ils jouent sur le ressort de la culpabilité, propre aux sociétés chrétiennes hantées par le péché originel, pour accuser les autochtones de divers méfaits à leur égard, passés et présents, et demander réparation (croisades, esclavage, colonisation, racisme…). Ils utilisent également la palette des autres valeurs européennes – liberté, égalité, solidarité – pour obtenir d’une part une quasi liberté d’installation en Europe ; d’autre part des aides sociales nombreuses ; et le droit, enfin, à divers « accommodements raisonnables » toujours plus étendus.

L’utilisation de la violence est le second élément de la stratégie de conquête.

La partie la plus radicale de la communauté musulmane commet des attentats, partout en Europe. Dans les quartiers, où les immigrés sont en situation de monopole, les émeutes et les violences dirigées contre les représentants de la société française (policiers bien sûr, mais aussi pompiers, médecins, chauffeurs de bus) sont quotidiennes : elles signifient que les caïds, qui contrôlent ces quartiers depuis plusieurs décennies désormais et y font régner leur ordre, refusent toute intrusion de l’Etat (voir cette chronique).

De façon plus large, les immigrés sont à l’origine de nombreuses agressions verbales et physiques dirigées contre la population de souche : destinées à intimider, ces agressions démontrent que les immigrés s’inscrivent dans une logique de conquête et de colonisation (voir cette chronique et celle-ci). De la même manière le rap et son contenu violent et haineux révèlent l’état d’esprit conquérant de la population immigrée.

La démographie, troisième instrument de la conquête.

L’immigration légale est d’environ 200 000 par an (voir cette chronique). L’immigration illégale est d’au moins 50 000 (50 000 est le nombre annuel des déboutés du droit d’asile, qui ne sont en pratique jamais expulsés). Les immigrés alimentent en outre une « guerre des berceaux » : le nombre des naissances d’enfants issus de l’immigration est chaque année de 300 000 environ (voir cette chronique). En tenant compte des quelques départs et des décès, le nombre des immigrés supplémentaires qui naissent ou s’installent en France est d’au moins 400 000 par an (voir cette chronique).

Sur le plan électoral, les immigrés se partagent entre deux attitudes. La majorité d’entre eux s’abstiennent, manifestant le fait qu’ils ne se sentent pas concernés par les affaires des autochtones. Les autres votent pour soutenir les politiques favorables à l’immigration et pour barrer la route à l’extrême-droite.

La stratégie de conquête, bien entendu, ne mobilise pas tous les immigrés de la même manière. La communauté immigrée, très majoritairement musulmane, a ses leaders (religieux, politiques, mafieux). Une partie des immigrés « de base » participent à cette stratégie en toute connaissance de cause. D’autres y contribuent sans avoir pleinement conscience des enjeux.

Terminons par ce point, qui démontre à lui seul que les immigrés, sans exception ou presque, sont engagés dans une stratégie de conquête. Combien y-a-t-il d’immigrés qui se prononcent pour l’arrêt de l’immigration, afin de ne pas heurter les sentiments de la population de souche majoritairement inquiète devant la poursuite du phénomène ? Combien y en a-t-il qui incitent les autres immigrés à faire le choix de l’assimilation ? Combien sont-ils à se ranger aux côtés de la population de souche, avec l’objectif de s’y fondre ? La réponse est simple et sans équivoque : il n’y en a pas.

 

  • Le peuple de souche, entre dépression et instinct de survie

Le peuple de souche des classes moyenne et populaire est le perdant de la mondialisation et des politiques d’immigration.

Cette population est touchée directement par les conséquences de la politique de mondialisation et la délocalisation des usines vers les pays à bas coût. Elle subit également la concurrence de l’immigration de travail, légale ou non, qui tire les salaires vers le bas. Elle est contrainte en outre de subir la cohabitation quotidienne avec les immigrés (dans le logement, à l’école…) ou doit, pour s’en protéger, s’exiler dans les banlieues lointaines. Ceux qui ont un emploi et qui appartiennent à la classe moyenne voient leurs impôt et cotisations augmenter fortement, afin de financer les dépenses de traitement social du chômage et les dépenses liées à l’immigration.

La population de souche se montre tout à fait lucide sur ce qui est en train de se passer.

Cette population de souche des classes moyenne et populaire est de longue date, spécialement en France, fortement pessimiste. Les études d’opinion montrent depuis longtemps que les Français, par ailleurs champions de la consommation de tranquillisants, sont les plus pessimistes du monde, persuadés pour la plupart que la situation de leurs enfants sera plus dégradée que la leur.

De même la majorité des Français de souche n’accordent plus aucune confiance depuis déjà une ou deux décennies à la classe dirigeante. Les enquêtes d’opinion le révèlent là encore. Les politiciens et les journalistes sont les corporations qui recueillent les jugements les plus négatifs. Les politiciens sont considérés comme menteurs et corrompus. Les juges comme soumis et complaisants envers les pouvoirs. Les journalistes comme menteurs et complices des oligarques.

– La population de souche se refuse pourtant, en majorité, à voter pour l’extrême-droite : elle espère ainsi conjurer les risques de guerre civile.

Cette population de souche se partage entre trois attitudes. Une partie, en augmentation, vote pour des formations d’extrême droite, tels que le FN en France. Une autre partie s’abstient. Une partie importante, enfin, continue malgré tout à voter pour les partis traditionnels, en particulier à droite. L’explication principale de ces deux dernières attitudes (abstention et vote politiquement conforme) nous paraît être la suivante. Dans la population de souche, nombreux sont ceux qui ont une conscience plus ou moins claire des catastrophes qui s’annoncent. Mais beaucoup ne se résolvent pas à voter pour les partis de rupture parce qu’ils veulent éviter les tensions que leur accession au pouvoir pourrait entraîner. Voulant conjurer les risques d’une guerre civile entre les trois groupes qui constituent aujourd’hui nos sociétés, ces Européens de souche effectuent en quelque sorte un calcul de court terme : pour éviter une guerre frontale à brève échéance, ils font le choix d’une dégradation de la situation, certaine mais progressive (voir cette chronique et celle-ci).

Collectivement dépressive, la population de souche réalise qu’elle est sans avenir. Elle découvre qu’elle est abandonnée. Elle prend progressivement conscience de ce qu’elle a été trahie.

 

  • Une lutte à mort désormais

– De nombreux signes montrent que le climat et l’état d’esprit de guerre civile sont solidement installés.

Les conversations familiales, entre amis ou entre collègues, sont soigneusement filtrées : pour éviter les pugilats, elles proscrivent toute allusion aux thématiques les plus importantes auxquelles nos sociétés sont confrontées (en particulier l’immigration). Les forums des médias et les échanges anonymes sur les réseaux sociaux sont eux, en revanche, révélateurs du climat ambiant, en dépit des dispositifs de modération qui éliminent les échanges les plus violents. Selon qu’ils appartiennent à l’un ou l’autre des trois camps en présence, les protagonistes de ces échanges ne sont d’accord sur rien et se vouent une détestation et même une haine à peine voilée. Quel que soit le sujet, l’immigration, l’économie, les relations internationales, la religion, les mœurs, l’éducation des enfants, les goûts artistiques, les trois camps ne sont d’accord sur rien. Ils défendent chacun des positions qui présentent cette double caractéristique : elles sont cohérentes. Et elles sont radicalement antagonistes.

Un autre signe de cet état d’esprit de guerre civile est à mettre en avant. Les Français et européens de souche qui appartiennent à la couche supérieure ou qui, pour des raisons idéologiques ou d’opportunisme, en soutiennent la politique mondialiste et immigrationniste, vouent une haine totale aux Français et aux Européens de souche qui défendent les positions « d’extrême droite ». Ils prennent le parti des immigrés et défendent leurs intérêts, tandis qu’ils attaquent sans retenue leurs compatriotes de souche qui défendent eux le protectionnisme et l’arrêt de l’immigration. Voilà donc les membres d’un même peuple divisés et haineux au point de se souhaiter une disparition réciproque. Au point pour les immigrationnistes de préférer les populations étrangères à leurs propres compatriotes de l’autre camp.

Dans le cas de la France, cette guerre civile en cours se rattache aux guerres et aux tensions civiles qui ont émaillé son histoire ces deux derniers siècles.

Guerres de religion, révolution de 1789, révolutions du 19e siècle, Boulangisme, affaire Dreyfus, apparition du communisme, Vichy, guerre d’Algérie, ces différents épisodes de guerre et de tensions civiles sont reliés entre eux et participent d’un même processus : la lutte deux fois séculaire entre tradition et modernité.

Depuis le 18e siècle, cette lutte oppose d’une part les tenants des principes, des concepts et des cadres d’organisation de la société traditionnelle (société hiérarchique ; constituée de cercles d’appartenance communautaires ; accordant le primat aux devoirs des individus envers la collectivité ; société chrétienne et ancrée territorialement). L’autre camp est constitué par les partisans des conceptions et des valeurs modernes  et «républicaines » : primauté des droits des individus, libres et égaux ; démocratie ; laïcité, c’est-à-dire dans la pratique athéisme et hostilité anti chrétienne ; universalisme (voir cette chronique).

Les années 1970 et 1980 ont donné lieu à de nouveaux épisodes, qui ont entretenu et alimenté la guerre civile larvée qui caractérise la France depuis deux cent ans.

La révolution libertaire de 1968 a constitué un épisode crucial, qui a bouleversé les mœurs en profondeur dans tout le monde occidental : mise en cause du principe d’autorité, dans la famille est les autres institutions ; mise en cause de l’institution familiale traditionnelle et promotion du féminisme, des comportements libertins et de l’homosexualité.

A la fin des années 1970, sur le plan économique, ce sont des politiques libérales qui ont été mises en place (voir cette chronique). Ces politiques de libéralisation se sont accompagnées d’une politique de mondialisation de l’économie, qui a conduit en particulier aux délocalisations (voir cette chronique). Comme nous l’avons vu plus avant, ces politiques ont remis en cause les équilibres qui avaient été mis en place durant les trente glorieuses (fordisme, plein emploi grâce la croissance et aux politiques keynésiennes, redistribution). Ces politiques ont débouché en particulier sur un creusement des écarts entre classes sociales : enrichissement de la classe supérieure ; chômage massif de la classe ouvrière ; stagnation puis dégradation de la situation de la classe moyenne, contrainte de payer des impôts de plus en plus lourds pour financer à la fois les allocations chômage et l’immigration.

Dans les années 1970 également a été mise en place une politique d’encouragement et d’organisation de l’immigration de masse, notamment grâce au regroupement familial.

Ces trois épisodes, révolution libertaire, révolution libérale et immigration de masse, ont constitué des ruptures majeures et ont transformé profondément la société (en France d’abord mais aussi peu ou prou dans les autres pays européens). La société était jusque-là assez homogène, tant sur le plan racial et culturel que sur le plan économique et social. Elle s’est diffractée au cours des années 70 et  80. Elle est constituée désormais en trois groupes que tout sépare, leurs intérêts, leurs objectifs, leurs  modes de vie et leurs caractéristiques principales. Ces trois groupes sont engagés dans une logique de guerre civile.

L’on peut constater que les trois ruptures des années 1970 se rattachent à l’affrontement civil qui depuis plus de deux siècles oppose tradition et modernité :

La révolution libertaire est la continuation et l’approfondissement de la révolution individualiste de 1789.

La révolution libérale est, elle aussi, étroitement liée à la révolution de 1789. A son individualisme là encore. A son idéologie universaliste ensuite. La révolution de 89 proclame l’universalité des valeurs de la république : la rupture libérale relève de la même foi dans les vertus universelles du libre commerce. La révolution libérale des années 1980 se relie enfin à l’objectif d’égalité proclamé en 1789 : une des justifications que mettent en avant les partisans de la mondialisation est la volonté d’égaliser la condition des peuples du monde entier.

Enfin la politique immigrationniste découle également des valeurs républicaines. Ses promoteurs déclarent vouloir aboutir à une plus grande égalité entre les peuples. Ils veulent laisser les peuples circuler et s’installer où ils le souhaitent au nom de la liberté. Les immigrationnistes enfin veulent parvenir à l’édification d’un monde universel.

Après la seconde guerre mondiale, la guerre civile française est restée une guerre froide pendant une trentaine d’années : c’est de guerre civile tiède dont il faut aujourd’hui parler.

Les épisodes violents n’ont pas manqué (OAS, barricades de 68) mais leur intensité est restée limitée. Pour l’essentiel la guerre était une guerre des idées, des mots, des concepts, des valeurs : une forme de « guerre froide ».

On peut considérer que l’on a désormais quitté le registre de la guerre froide. La rupture s’est produite à partir des années 1980, au cours desquelles sont intervenues les premières émeutes de banlieues (les premières émeutes urbaines ont lieu à Vaux-en-Velin en 1979). Les premiers attentats islamiques se produisent eux une décennie plus tard (1994 et 1995).

En 2005 la France a connu plus d’un mois d’émeutes. Les émeutes depuis lors sont quotidiennes dans l’une ou l’autre des 800 « zones urbaines sensibles ». Depuis 2012 les attentats sont de plus en plus fréquents et de plus en plus meurtriers.

On peut dire désormais que la guerre civile française n’est plus une guerre froide : elle est devenue depuis une trentaine d’années une guerre ouverte de basse intensité, en quelque sorte une guerre tiède.

Le point décisif est le suivant. Depuis deux cents ans qu’elle est au pouvoir, la classe dirigeante bourgeoise mène la lutte contre ce qui reste de la société traditionnelle : avec l’immigration, les tenants de la modernité et des « valeurs républicaines » ont trouvé le moyen de l’emporter de façon définitive, en submergeant, en diluant et en « remplaçant » cet ancien peuple décidément trop rétif à la perspective universaliste.

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La classe dirigeante universaliste a engagé la lutte finale pour un monde sans frontières. La population issue de l’immigration, elle, sent qu’elle est en passe de prendre une revanche historique sur cet Occident qui domine le monde musulman depuis plus de mille ans. Quant au peuple de souche, confronté aux visées diaboliques de la classe dirigeante qui le trahit délibérément, il joue désormais sa survie. Entre les trois groupes qui constituent aujourd’hui la société française et européenne, c’est une lutte à mort qui s’est engagée.

Comment tout cela peut-il finir ? Quel avenir à court terme ? Quels scénarios possibles ? On peut songer à une première hypothèse, celle d’une amélioration notable et d’un apaisement général, accompagnés d’une intégration satisfaisante des immigrés, d’une régulation des flux migratoires acceptée par tous et d’une réconciliation des Français de souche avec leurs élites… Ce scénario positif d’une « reconsolidation » de nos sociétés sur des bases renouvelées nous paraît exclu.

Quatre autres scénarios sont envisageables, nous semble-t-il, qui peuvent au demeurant se combiner et se succéder (voir cette chronique). La poursuite de la dégradation, progressive et sans clash majeur, dans la continuité de ce qui se produit depuis une quarantaine d’années. L’écroulement brutal dans l’anarchie et la guerre civile ouverte. Un coup d’Etat d’extrême-droite, ayant pour objectif premier la remise en ordre, l’arrêt de l’immigration et le départ d’une partie des immigrés présents. La prise de pouvoir rapide des musulmans, suivie de la Soumission.

Le scénario le plus probable est le premier. Quant au plus désirable…

Politique : Familles françaises (2)

Chronique de Paysan Savoyard

(n°163 – décembre 2016)

(Cette chronique est la suite et la fin du n°162)

  • La social-démocratie

Les sociaux-démocrates, à la différence des communistes, sont favorables à l’économie de marché. Mais ils sont partisans d’un état puissant, qui encadre et oriente le marché, organise des services publics et opère une redistribution. Ils sont, comme les libéraux, favorables à la mondialisation, mais une mondialisation encadrée (ils sont par exemple favorables à la construction d’une « Europe sociale »).

Philosophiquement les sociaux-démocrates visent à opérer une conciliation entre liberté et égalité. Ni la liberté économique totale des libéraux ultra. Ni l’égalité des conditions prônée par les communistes. Pour les sociaux-démocrates, de ce fait, l’égalité des droits prônée par les libéraux est insuffisante : ils veulent mettre en place des mécanismes visant à établir une égalité des chances (c’est par exemple l’objectif de la politique de « l’éducation prioritaire »). Parmi les théoriciens de la social-démocratie on peut mettre en exergue le nom de J. Rawls.

Le  parti socialiste est le parti des sociaux-démocrates. Ce parti cependant est resté divisé depuis sa création à la fin des années 1960 entre les sociaux-démocrates (« la deuxième gauche ») et le courant marxisant et gauchisant du PS (incarné aujourd’hui par des personnalités comme MM. Hamon et Montebourg).

La doctrine sociale-démocrate a tenu le haut du pavé pendant les trente-glorieuses. Elle est aujourd’hui mise en difficulté par la mondialisation et la libéralisation, qui introduisent dumping social, dérégulation, chômage de masse, assistanat et dégradation des finances publiques.

La crise existentielle à laquelle la social-démocratie est de toute évidence confrontée a une autre cause, plus fondamentale encore : le parti socialiste a mis en œuvre la mondialisation libérale et la « construction européenne » libérale avec le même zèle que la droite, avec laquelle il a gouverné en alternance ces trois dernières décennies.

Moins de deux ans après leur arrivée au pouvoir en 1981, les socialistes ont en effet choisi d’adopter la même politique libérale et mondialiste que celle conduite en Allemagne ou en Angleterre sous l’influence et la direction des Etats-Unis. Cette politique étant particulièrement défavorable aux milieux populaires, qui constituaient jusque-là une part importante de leur électorat, les socialistes se trouvaient dès lors confrontés à une difficulté majeure. Pour conserver leur position à la tête de la gauche, les socialistes ont alors procédé à ce tour de passe-passe. Ne pouvant plus prétendre défendre les intérêts des ouvriers et employés « de souche », ils se sont donnés une autre mission : défendre désormais les immigrés, favoriser leur arrivée, leur installation, leur intégration. Le Think Tank socialiste Terra Nova a été jusqu’à expliquer que les immigrés pouvaient pour les socialistes constituer un nouveau réservoir électoral, en remplacement de leur électorat traditionnel passé au Front national (voir cette chronique).

De fait le virage radical opéré par les socialistes au début des années quatre-vingt ne leur a pas été jusqu’ici défavorable. Depuis trente ans en effet, gauche et droite se succèdent au pouvoir, à la faveur des alternances. Pour y mener la même politique, mondialiste et immigrationniste.

 

  • L’idéologie libérale-libertaire

Le courant libéral-libertaire est l’exact contraire du communisme. Le communisme met en avant l’égalité, quitte à sacrifier la liberté. Les libéraux-libertaires sacralisent la liberté, liberté économique, liberté des mœurs.

Au nom du paradigme de la liberté, les libéraux-libertaires sont favorables bien entendu à l’économie libérale. A la liberté des échanges et du commerce, sans barrière ni frontières. A la construction européenne, dès lors qu’elle est libérale et ne se traduit pas par un repli sur soi des Européens. Ils sont également favorables à l’immigration, cela va sans dire, au nom de la liberté de circulation et d’installation.

Sur le plan sociétal, ils approuvent et promeuvent tout ce qui subvertit les valeurs traditionnelles : le féminisme, l’homosexualité, les comportements libertins, l’usage des drogues…

Ce courant est le produit du rapprochement idéologique entre la gauche et la droite qui, par-delà des compétitions partisanes, s’est opéré depuis les années quatre-vingt.  Cette fusion idéologique est la résultante d’un double mouvement. La droite était jusqu’alors libérale sur le plan économique et conservatrice sur le plan des mœurs : en majorité elle a abandonné le conservatisme et est devenue libertaire sur le plan sociétal. La gauche était libertaire sociétalement et dirigiste sur le plan économique : sa majorité est devenue économiquement libérale.

Une partie de la droite est restée conservatrice, une partie de la gauche dirigiste : mais la majorité des deux camps ont idéologiquement fusionné pour constituer le courant Lib-lib, aujourd’hui le plus puissant et le plus dynamique au sein de la classe supérieure. Les politiciens qui veulent incarner la relève, comme E. Macron ou N. Kosciusko, sont Lib-lib. Les capitalistes parmi les plus en vue sont Lib-lib, on pense à X. Niel.

Mais la figure emblématique de ce courant reste D. Cohn-Bendit. C’est en effet la révolution libertaire et individualiste de mai 68 qui, bien entendu, constitue la source de cette idéologie désormais dominante.

Cette ultime remarque. Ce courant d’idées se partage entre la gauche et la droite, qu’il domine l’une et l’autre. Pour les libéraux-libertaires, c’est l’assurance, quel que soit le camp au pouvoir, d’inspirer les politiques suivies à l’avenir.

 

  • Les modérés

Le camp des modérés regroupe tous ceux qui se trouvent à mi-chemin des différents courants de la famille libérale. Le courant conservateur et le courant bonapartiste sont à droite, pour l’essentiel ; les libéraux-libertaires et les sociaux-démocrates plutôt à gauche : les modérés sont dans l’entre-deux, au centre, à équidistance de chacun des autres courants.

Les modérés sont plus libéraux sur le plan des mœurs que les conservateurs, sans aller jusqu’aux positions libertaires. Ils sont plus sociaux que les conservateurs mais moins que les sociaux-démocrates. Ils sont partisans de la construction européenne et opposés au souverainisme des bonapartistes et de certains conservateurs :  ils sont moins mondialistes toutefois que les « citoyens du monde » communistes et libéraux libertaires.

Sur l’immigration également, les modérés sont dans l’entre deux : ni immigrationnistes idéologiques comme les communistes et les libéraux libertaires ; ni hostiles à l’immigration, comme le sont les traditionalistes et les identitaires. Leur mot d’ordre vise le consensus : « Non au djihad mais oui à l’islam français ; oui à l’apaisement grâce à l’intégration et aux accommodements raisonnables ».

On peut considérer ce courant d’opinion, aux contours flous et mouvants, de façon négative et moquer les mous, les indécis, les pusillanimes. Les modérés affirment au contraire, se prévalant d’Aristote, qu’ils occupent une position d’équilibre et suivent un chemin de crête, cherchant à se garder des extrêmes et des excès.

Politiquement le camp des modérés est aujourd’hui le plus fourni : on y trouve les centristes bien sûr, M. Bayrou en tête. Mais aussi une partie de la droite (avec A. Juppé par exemple). Et une partie du parti socialiste (avec MM. Valls et Macron). Le clivage gauche-droite a empêché pour l’instant ce courant de créer un parti.

La position modérée correspond sans doute aux aspirations de la majorité de la population : la majorité des électeurs souhaiteraient probablement la constitution d’un gouvernement d’unité nationale réunissant « les hommes de bonne volonté et soucieux du bien commun », par-delà les clivages partisans. Cette vision des choses correspond aux réflexes « de bon sens » d’une population qui n’est politisée que de façon superficielle. Elle constitue une illusion, car si le peuple est partisan de l’union nationale, la classe dirigeante poursuit, elle, une guerre civile anti-France entamée il y a deux cents ans. Nous y reviendrons.

 

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Au terme de cette énumération, on peut relever que certains de ces courants constituent de véritables idéologies : le traditionalisme, le communisme, le courant libéral libertaire. Les autres courants comportent des éléments importants de compromis, d’hybridité ou de recherche de juste milieu.

On peut voir deuxièmement que la gauche et la droite ne constituent plus des catégories idéologiquement pertinentes. Les deux courants aujourd’hui les plus influents ou numériquement les plus importants, les libéraux-libertaires et les modérés, sont ainsi représentés dans chacun des deux camps.

L’on peut également constater que l’idéologie dominante n’est plus de gauche. Pendant les années d’après-guerre, l’idéologie la plus influente était le communisme. La social-démocratie a pris ensuite le relai dans les années soixante-dix. C’est aujourd’hui le courant libéral-libertaire qui bénéficie de la plus forte dynamique et de la plus grande influence.

Et le Front national dans ce tableau ? Le parti de Jean-Marie Le Pen disposait d’une forte identité droitière, se partageant entre conservateurs et traditionalistes. A son tour, Marion Maréchal, héritière idéologique du vieux chef, hésite entre le conservatisme et le traditionaliste identitaire. Marine Le Pen et son maître à penser F. Philippot ont adopté pour leur part une position à la fois républicaine, souverainiste, social-démocrate et libertaire, c’est-à-dire… une ligne politique de gauche.

Concluons en toute immodestie sur la position que nous défendons pour notre part. Les analyses et les valeurs traditionalistes nous paraissent correspondre le mieux à ce qui serait souhaitable pour le peuple français et la pérennité de la France et de l’Europe. Pour adapter la position « traditionnelle » à l’évolution des choses et aux enjeux du moment, il conviendrait d’y introduire trois précisions.

La dimension sociale, nous le disions, constituait, avec Barrès, avec Maurras, une partie importante du message traditionnaliste : aujourd’hui plus que jamais un Etat puissant devrait intervenir pour protéger l’économie nationale et appliquer des mécanismes de justice sociale.

Le souci de protéger l’environnement naturel, deuxième précision, est pleinement cohérent avec les conceptions « traditionnelles ». Entre autres méfaits, le capitalisme, sans foi ni loi, a pour grave conséquence de dégrader et d’enlaidir le cadre de vie.

Troisième élément. Il ne s’agit plus aujourd’hui seulement de la France : c’est désormais l’avenir, la pérennité, la survie même de la civilisation européenne qui sont en jeu. La juste définition que De Gaulle donnait de la France doit désormais être adaptée : l’Europe en effet constitue un ensemble de pays « de race blanche, de culture gréco-latine et de religion chrétienne… « . Aussi faudrait-il aujourd’hui mettre en œuvre entre pays européens une organisation de coopération qui ait pour objectif de défendre les peuples européens et leur civilisation, également menacés désormais dans leur existence même.

Politique : Familles françaises

Chronique de Paysan Savoyard

(n°162 – novembre 2016)

 

La primaire de la droite fournit l’occasion de passer en revue les différents courants politiques existant aujourd’hui en France.

Pour les définir et déterminer leur origine, il faut remonter à la révolution française, épisode fondateur pour la société française actuelle et pour sa vie politique.

La révolution a voulu rompre en tout point avec l’ancien-régime et mettre en place une nouvelle société. La société d’ancien-régime était assise sur les principes suivants : primat des structures collectives et des devoirs envers elles ; hiérarchie ; tradition ; monarchie ; religion chrétienne ; ancrage territorial. La révolution installe une société fondée sur des principes inverses, les « valeurs de la république » : primat de l’individu, libre et détenteurs de droits ; égalité ; progrès ; démocratie ; laïcité ; universalisme (voir cette chronique).

La révolution a donné naissance à deux grandes familles d’opinion : la famille libérale, qui privilégie la liberté ; la famille communiste, qui, à rebours du sens général de la révolution, s’attache avant tout à l’égalité. Chacune d’entre elles correspond aux deux moments de la révolution : la révolution libérale (de 1789 à 1792, puis après thermidor) et la parenthèse « communiste » (1793-1794).

La famille libérale se subdivise aujourd’hui en cinq courants : conservateur, bonapartiste, social-démocrate, libéral-libertaire et modéré. S’ils apparaissent à des moments différents, ces courants se rattachent tous à la révolution libérale : ils sont favorables à l’individualisme, à la liberté économique et à l’universalisme. Mais il existe entre eux des différences de degré. S’agissant de l’économie, les uns sont des libéraux « ultra », d’autres sont plus sociaux. Sur les questions sociétales, certains sont conservateurs, d’autres libertaires. Quant à l’universalisme, certains de ces courants considèrent qu’il doit se combiner avec l’idée de nation, quand d’autres en appellent à un monde sans frontières.

 

  • Le traditionalisme

Le courant traditionaliste et contre-révolutionnaire (ou « légitimiste », si l’on se réfère à la typologie des droites proposée par René Rémond) se rattache à l’ancien régime : c’est le seul courant politique qui ne soit pas un héritier de la révolution et de la modernité mais au contraire leur adversaire.

Le traditionalisme met en avant d’abord l’identité de la France autour des valeurs d’ancien-régime.

Ce courant d’idées, deuxièmement, est nationaliste : l’attachement à la nation doit l’emporter sur les intérêts particuliers, de groupe ou de classe.

Le courant traditionaliste, troisièmement, défend des valeurs sociales : face au capitalisme qui s’installe et s’appesantit, le parti traditionaliste dénonce les puissances d’argent et les oligarchies ploutocratiques.

Ce courant contre-révolutionnaire a mené tout au long du 19e siècle, la lutte contre la république. Avec Barrès et Maurras, il reste très puissant jusqu’à la seconde guerre mondiale.

La seconde guerre mondiale constitue un nouvel épisode de la guerre civile française engagée en 1789 : c’est ainsi que le régime de Vichy, avant d’être le parti de la collaboration avec l’Allemagne, constitue d’abord une tentative contre-révolutionnaire de restauration de l’ordre d’ancien-régime.

Avec la Libération, les valeurs traditionnelles sont victimes du discrédit qui frappe le régime de « l’Etat français » (alors même pourtant qu’une partie importante des traditionalistes s’étaient engagés dans la résistance) : le traditionalisme disparaît alors de la vie politique française. Les valeurs traditionnelles (travail, famille, patrie, autorité, religion) sont ensuite la cible première de la révolution libertaire de 1968, qui s’attache à les ridiculiser.

Si le parti traditionaliste, l’Action Française, n’occupe plus depuis longtemps qu’une place résiduelle, les maurassiens exerçaient encore une influence dans le Front national de Jean-Marie Le Pen : le FN de sa fille, en revanche, se situe aux antipodes du traditionalisme.

Il faut relever cependant que plusieurs individualités marquantes qui animent le débat politique d’aujourd’hui, E. Zemmour, Ph. de Villiers, P. Buisson, sont reliés à ce courant d’idées. De même, à l’extrême droite, le courant « identitaire » met en avant une conception de l’identité française proche de la vision traditionaliste.

 

  • Le communisme

Le communisme se rattache lui  à la révolution : entre 1793 et 1794, la révolution est, avant la lettre, communiste. Dans le couple central des valeurs mises en avant par la révolution, les communistes privilégient l’égalité. L’égalité que les communistes recherchent est une « égalité des conditions », tandis que les libéraux en tiennent eux pour « l’égalité des droits » (les sociaux-démocrates ajoutent à l’égalité des droits « l’égalité des chances »).

La conception communiste ne date pas de la révolution : on la trouve par exemple dans le Platon de « La République ». L’idée communiste de même trouve une partie de ses racines dans l’Evangile : sa condamnation des riches et des puissants, l’attention qu’il accorde aux pauvres… Le communisme est l’une de ces « idées chrétiennes devenues folles » dont parle lumineusement Chesterton.

Le courant communiste se constitue sous forme de parti à la suite de la révolution russe (lors du congrès de Tours). Il est puissant dans l’entre-deux guerres et constitue le Front populaire avec les socialistes. Après la guerre il met en avant le statut de « parti des fusillés » dont il a réussi à se prévaloir. Il tire parti également du prestige de l’URSS, acteur majeur de la victoire contre le nazisme. Le PC a ainsi réussi à faire oublier la collaboration de la Russie avec l’Allemagne jusqu’en 1941 et le fait que le PC ne se soit engagé dans la résistance qu’après cette date.

A la libération les communistes intègrent le gouvernement constitué par De Gaulle et exercent une influence importante sur les politiques mises en œuvre. Dans le contexte de la guerre froide, le PC constitue, avec 20 % des suffrages, le parti dominant à gauche. Il est fortement présent dans la classe ouvrière mais domine également l’université et le monde intellectuel, l’enseignement, le monde artistique.

A compter du milieu soixante-dix le PC  et ses avatars gauchistes subissent, au profit du parti socialiste, une perte d’influence progressive, liée au discrédit croissant qui touche l’URSS et le communisme international. Lorsque l’URSS disparaît, en 1989, le PC est déjà marginalisé depuis plusieurs années.

Les idées communistes cependant jouissent toujours d’une influence importante : dans le monde intellectuel, culturel, chez les enseignants… M. Mélenchon et les partis gauchistes, Verts compris, ont encore réalisé à eux tous un score de 15 % en 2012. De même la gauche influencée par le marxisme représente une partie significative du PS. Il faut également souligner l’attachement toujours très fort à l’idée d’égalité dans les milieux chrétiens.

Dans les débats du moment, communistes et gauchistes adoptent naturellement des positions anti-capitalistes. Universalistes, ils sont cependant opposés à la « mondialisation libérale ». Concernant les questions « sociétales » les communistes étaient dans le passé des conservateurs : communistes et gauchistes ont adopté au contraire aujourd’hui des positions libertaires.

Sur la question de l’immigration, les communistes ont été dans le passé, avec G. Marchais, opposés à l’arrivée massive « d’une armée de réserve du capitalisme » venant casser les salaires et dégrader les conditions d’emploi. Communistes et gauchistes se veulent aujourd’hui solidaires de tous les « damnés de la terre », en première ligne dans le camp immigrationniste.

 

  • Le conservatisme

La doctrine libérale « conservatrice » est née avec la révolution industrielle et l’avènement du capitaliste. L’objectif des conservateurs, qui représentent la couche supérieure « capitaliste » de la société, est le maintien de l’ordre social et la préservation de leurs positions.

Sur le plan économique, le conservatisme est libéral, favorable au progrès et à l’innovation. En revanche il est conservateur sur le plan sociétal et attaché aux valeurs traditionnelles : travail, famille, religion, ordre. Mais la position des conservateurs n’est pas d’abord idéologique (à la différence du courant traditionaliste) : pour les conservateurs, les valeurs traditionnelles ont avant tout une fonction d’encadrement de la société et de maintien de l’ordre social.

Le conservatisme en effet est pragmatique. Pour maintenir la stabilité sociale, il peut être amené, selon le moment et le contexte, à prendre des mesures sociales aussi bien que des dispositions coercitives. C’est pourquoi également, par pragmatisme, les conservateurs sont des partisans de l’équilibre des pouvoirs, du débat politique et des contre-pouvoirs : c’est leur différence avec le bonapartisme. De même sur les questions du moment, la place de la nation, la mondialisation ou l’immigration, la position des conservateurs est pragmatique et susceptible d’évolution. En un mot l’efficacité économique et l’ordre social sont les objectifs des conservateurs, le pragmatisme et l’adaptation, leurs méthodes.

Cette précision encore. En se référant à la typologie traditionnelle, les conservateurs sont à ranger dans l’orléanisme. Etant entendu que les orleanistes sont aujourd’hui répartis dans différents courants : conservateurs, libéraux-libertaires et modérés.

On pensait ce courant de pensée conservateur engagé dans un processus de marginalisation, siphonné par l’idéologie libérale-libertaire et par la déchristianisation. Il a resurgi de façon spectaculaire avec la « manif pour tous ». Constitué de cadres et de personnes appartenant à la couche supérieure de la société, libéral sur le plan économique, marqué par une présence catholique importante, le courant conservateur apparaît aujourd’hui bien vivant. La large victoire probable au second tour de la primaire de la droite de F. Fillon, qui incarne ce courant à la perfection, vient l’attester de façon probante.

 

  • Le bonapartisme

Le bonapartisme met en avant le rôle et l’action du chef : à la tête d’un Etat fort voire autoritaire, le chef établit un lien direct avec le peuple, au-dessus des partis. Ce chef est le guide de la nation souveraine et le garant de son indépendance.

Avec Napoléon, la nation est conquérante. Avec De Gaulle, elle vise le maintien de sa souveraineté, face aux autres nations ou aux tentatives supranationales. De Gaulle fustige ainsi les fédéralistes européens, comme il brocarde l’action des organisations onusiennes. De même les souverainistes, au moment de Maastricht par exemple, ont dénoncé les dispositions d’inspiration fédérale imaginées par l’oligarchie mondialiste et la technocratie européenne non élue. A l’Europe fédérale, ils ont opposé la conception d’une « Europe des nations », organisant la coopération entre Etats souverains.

Les bonapartistes privilégient le rôle du chef, quand les conservateurs sont attachés au contraire au jeu de balance des contre-pouvoirs et aux mécanismes du débat politique parlementaire. Avec des méthodes différentes, l’un et l’autre courant visent cependant les mêmes objectifs politiques et sociaux : il s’agit d’aboutir au maintien de l’ordre bourgeois, né de la révolution. Napoléon continue et achève ainsi la Révolution : il institue et consolide la nouvelle société qu’elle avait initiée, fondée sur les valeurs individualistes, dominée par la classe sociale des bourgeois. Mais à cette dimension politique interne qu’il partage avec les conservateurs, le bonapartisme ajoute la dimension de l’action et du rôle international de la France.

Le bonapartiste apparaît dès lors comme ambivalent. Cultivant le culte du chef et l’attachement à la nation, souveraine et le cas échéant conquérante, le bonapartisme se rattache de ces deux points de vue à l’ancien-régime. Comme le traditionalisme, le bonapartisme est nationaliste : il se démarque en cela du projet universaliste de la révolution française.

Le bonpartisme cependant est également fortement relié à la révolution. La conquête napoléonienne, d’une part, vise à renverser l’ordre ancien partout en Europe et à y répandre les idées républicaines, à vocation universelle. Le bonapartisme a d’autre part, comme le conservatisme, l’objectif de maintenir l’ordre social institué par la bourgeoisie.

Si la souveraineté de la nation et l’attachement à des institutions politiques organisées autour d’un « monarque républicain » constituent les « fondamentaux » du bonapartisme, ce courant ne dispose pas d’un corps de doctrine net et intangible dans tous les domaines. Economiquement il hésite ainsi entre deux attitudes : le colbertisme et le dirigisme (avec Chevènement) ; et une indifférence relative aux questions économiques (que De Gaulle considérait comme mineures).

Vis-à-vis de l’immigration de même, le bonapartisme n’est pas au clair. De Gaulle avait de la nation une conception donnant une large part à la dimension ethnique et culturelle. Chevènement ou Sarkozy, au contraire, considèrent la nation comme une communauté de valeurs, républicaine, assimilationniste et indifférente aux origines.

Le bonapartisme, courant spécifiquement français, a toujours trouvé jusqu’ici des porte-paroles talentueux, comme Ph. Séguin, Ch. Pasqua ou encore J.P. Chevènement, qui n’en était pas très éloigné. Jusqu’à ces derniers jours, N. Sarkozy apparaissait comme le chef de ce courant politique désormais orphelin.

(suite et fin dans la prochaine chronique)

Pourquoi nous ne sommes pas racistes

Chronique de Paysan Savoyard

(n°120 – décembre 2014)

 

Conséquence de l’invasion migratoire en cours, la question du racisme, omniprésente dans le débat public, est devenue un élément de structuration de la politique française. Gauche et droite se retrouvent en plein accord pour dénoncer « l’extrême droite », accusée d’être raciste voire fasciste ou nazie : cette unanimité antiraciste fonde la volonté de lui faire barrage en érigeant un « front républicain ».

Nous voulons ici montrer que les accusations de racisme adressées à ceux qui s’inquiètent de l’ampleur et des conséquences de l’invasion migratoire en cours sont mensongères. Vouloir l’arrêt de l’immigration et le départ des étrangers n’a rien de raciste. Désirer rester majoritaire dans son propre pays n’est pas non plus du racisme.

Affirmer, comme nous le faisons, que le territoire de l’Europe appartient aux peuples de race blanche ce n’est toujours pas du racisme. Vouloir rester entre soi et maîtres chez soi ce n’est pas du racisme.

 

  • Qu’est ce que le racisme

Il nous semble que le racisme est constitué de deux éléments. Le plus souvent le racisme consiste à penser que certaines races sont inférieures à d’autres. Corollairement, le raciste considère généralement que la race à laquelle il appartient fait partie des races supérieures, sinon supérieures à toutes les autres du moins à certaines d’entre elles.

Cette croyance en une hiérarchie des races peut s’accompagner d’un second élément : la volonté d’entrer en conflit avec les autres races, soit dans le but de les dominer, soit par hostilité envers elles, soit même avec le désir de les exterminer.

Il faut noter que les deux composantes du racisme ne sont pas nécessairement présentes conjointement. Le racisme peut ne comprendre en effet que le premier élément : certains racistes peuvent croire à la hiérarchie des races sans pour autant éprouver d’hostilité envers d’autres races que la leur, ni de volonté de domination.

Inversement on peut vouloir entrer en conflit avec les autres races ou même tenter de les exterminer sans forcément les considérer comme inférieures. Au contraire la volonté belliqueuse peut être motivée par la crainte éprouvée envers la race ennemie.

Apportons cette dernière nuance. Toute volonté belliqueuse n’est pas raciste. Lorsque la volonté de domination découle d’objectifs territoriaux ou économiques sans que la race des adversaires entre en ligne en compte, elle ne peut être considérée comme du racisme.

 

  • Le racisme est un phénomène universel et de toutes les époques

Le racisme est un sentiment qui a sans aucun doute toujours existé. De nombreux peuples et civilisations, la plupart peut-être, se sont montrés racistes. Ils se sont considérés comme supérieurs aux autres et ont cherché à les dominer, à les réduire en esclavage, voire à les éliminer.

Les Grecs par exemple, se combattaient mutuellement mais ils n’en avaient pas moins le sentiment d’appartenir à un même peuple. Ils se considéraient en revanche comme supérieurs aux races barbares et les réduisaient en esclavage.

Les Arabes ont toujours considéré les Africains comme leurs inférieurs. Ils ont pendant des siècles réduit des populations africaines en esclavage.

Les Espagnols ont considéré les civilisations sud américaines comme barbares et ils les ont éliminées.

Les colons d’Amérique du nord ont éliminé les peuples indigènes, considérés comme des sauvages.

La civilisation occidentale a organisé la traite négrière, avec l’appui de peuples africains, qui vendaient leurs ennemis comme esclaves. Les occidentaux ont mené des politiques de colonisation motivées notamment, dans le cas de la France en particulier, par le sentiment que les valeurs supérieures de la civilisation européenne (les Lumières) devaient être diffusées dans le monde entier.

Il y a moins d’un siècle, les nazis ont mené une politique de conquête au nom de la hiérarchie des races, en considérant que le « peuple aryen » appartenait à la race supérieure et avait le droit d’accroître son espace vital. En outre ils ont cherché à débarrasser leur territoire des races qu’ils jugeaient inférieures ou nuisibles, par les déportations ou le massacre.

Les crimes nazis sont considérés comme ayant constitué un sommet de la barbarie. Ce sentiment s’est imposé dans l’esprit des occidentaux en raison du fait que le nazisme était apparu au sein même de la société européenne. L’ampleur prise par la seconde guerre mondiale qu’ils ont déclenchée a également conduit à considérer que les projets criminels nazis n’avaient pas de précédent. Pourtant le racisme et le bellicisme des nazis ne constituent pas des exceptions à l’échelle historique : raciste et belliqueux, Hitler n’était sans doute pas différent de ce qu’ont pu être dans l’histoire de nombreux autres chefs de guerre.

Ayant toujours existé, le racisme est aujourd’hui bien présent partout dans le monde, sous des formes diverses.

L’esclavage existe dans plusieurs régions du monde : dans plusieurs pays arabes par exemple, des Africains sont esclaves.

Certains peuples cultivent à l’égard des autres un sentiment de supériorité : de nombreux observateurs indiquent que c’est par exemple le cas des Chinois.

Dans les pays où coexistent plusieurs peuples ou races, la cohabitation est souvent difficile et donne lieu au racisme, aux tentatives de regroupement et aux épurations ethniques. En Afrique par exemple de nombreux pays sont confrontés aux conflits inter ethniques. En Europe la fin de l’Union soviétique a donné lieu à des partitions sur des bases ethniques et culturelles, amiables (dans le cas de la Tchécoslovaquie), ou violentes (dans le cas de la Yougoslavie).

Dans les sociétés métissées elles mêmes, les races se sont mélangées mais le métissage n’a pas abouti à faire disparaître le racisme. C’est ainsi qu’aux Antilles par exemple règne une obsession raciale, qui conduit à scruter le degré de métissage de chacun et à distinguer nègres-blancs, mulâtres et autres quarterons.

 

  • Le racisme doit être condamné, notamment parce qu’il contribue à provoquer la guerre

Le racisme tout d’abord est contraire aux conceptions chrétiennes telles qu’on les reçoit aujourd’hui, qui constituent l’une des bases principales de la civilisation européenne : elles affirment l’égalité fondamentale de tous les êtres humains. Le racisme est contraire également aux conceptions modernes, qui se sont imposées en Europe depuis deux cents ans et qui postulent elles aussi l’égalité du genre humain. Le racisme doit donc être condamné parce qu’il est contraire aux valeurs de la civilisation européenne.

Le racisme doit être condamné en second lieu parce qu’il constitue un facteur de guerre. Certes la guerre n’a nul besoin du racisme pour exister : quand bien même le racisme disparaîtrait, la guerre serait, elle, toujours bien présente et il ne manquerait pas de motif pour la déclencher ou l’alimenter. Il reste que le racisme contribue sans aucun doute au déclenchement de conflits.

Pour notre part nous l’affirmons nettement : nous condamnons le racisme et nous souhaiterions, sans trop y croire, que l’humanité puisse un jour en être débarrassée.

 

  • Les races existent : le constater n’est pas du racisme

Il existe une demi douzaine de races : les races jaune, indienne, africaine, sémitique, caucasienne. La race caucasienne (ou race « blanche ») est la race des occidentaux.

Les races sont elles mêmes constituées d’ethnies. Par exemple l’Afrique compte près de deux mille ethnies. En Chine, l’ethnie Han représente 90 % de la population. La race caucasienne comprend elle aussi des ethnies (le type ethnique scandinave par exemple est nettement différent du type slave ou du type méditerranéen).

La question de l’origine de ces races fait l’objet d’un débat entre scientifiques.

Les anthropologues considèrent que l’espèce humaine (Homo) est apparue en Afrique, il y a 2,5 millions d’années (Homo habilis). Elle s’est répandue en Asie et en Europe à partir de 1,8 millions (Homo erectus). L’homme moderne (Homo sapiens) est apparu lui il y a 100 000 ans.

Selon une partie des scientifiques, Homo sapiens est apparu en Afrique et s’est ensuite répandu en Asie et en Europe, comme l’avait fait avant lui Homo Erectus. Selon cette thèse, Sapiens a évincé et remplacé sur les différents continents qu’il a conquis les espèces qui préexistaient (telles que Néanderthal en Europe). Les tenants de cette première thèse (dite « monogénique ») en déduisent que les races n’existent pas puisque tous les hommes vivant aujourd’hui ont une origine commune.

D’autres anthropologues considèrent qu’Homo erectus a évolué là où il était, pour donner naissance progressivement à différentes races d’Homo sapiens. Par exemple l’Homo sapiens asiatique serait issu de l’Erectus asiatique. Cette seconde thèse précise que les différentes évolutions locales d’Erectus ont pu se déplacer et se métisser. En Europe par exemple une espèce apparue au Proche-Orient se serait répandue en Europe en se mêlant à Néanderthal pour donner naissance à l’Homo sapiens européen.

Pour ce qui nous concerne (mais il ne s’agit là que d’un point de vue de profane) cette seconde hypothèse, dite « plurigénique », nous paraît la plus probable et conforme à la logique.

Donnons ces précisions de vocabulaire : le « genre » humain, appelé « Homo », qui appartient au groupe des primates, se subdivise en plusieurs « espèces » (Habilis, Erectus, Néanderthal, Sapiens…). Seule l’espèce Homo sapiens subsiste, toutes les autres ayant disparu. L’espèce Homo sapiens comprend elles mêmes différentes « races ». Toutes les races existantes sont interfécondes : elles appartiennent donc toutes bien à la même espèce.

L’existence des races est prouvée de deux manières. Il existe tout d’abord entre les races des différences morphologiques substantielles (qui ne se limitent pas à la couleur de peau). Au delà des différences morphologiques, la génétique confirme l’existence des différences entre races. Par exemple les races noires sont sujettes à certaines maladies génétiques, telles que la drépanocytose.

De même des études récentes ont montré que les Homo sapiens européens et asiatiques d’une part et africains d’autre part ne disposent pas du même patrimoine génétique. Les premiers partagent une partie de leur patrimoine avec l’homme de Néanderthal, espèce eurasiatique aujourd’hui disparue : ces études prouvent qu’un brassage s’est produit entre les deux espèces. L’homme africain en revanche, qui n’a pas coexisté avec Néanderthal, ne présente pas cette caractéristique.

Une grande partie des intellectuels et des membres de la classe dirigeante affirment que les races n’existent pas. L’existence de cette thèse « anti-raciale » est une conséquence de la catastrophe qu’a représenté la seconde guerre mondiale. Le nazisme fauteur de la guerre ayant constitué une doctrine raciste, les négateurs de l’existence des races souhaitent conjurer les risques qu’une nouvelle doctrine raciste puisse de nouveau apparaître. Afin de s’éloigner le plus radicalement possible du nazisme, ils affirment que les races n’existent pas.

Ce raisonnement, dicté à n’en pas douter par de bonnes intentions, suscite la sympathie. Il est pourtant erroné parce qu’il confond deux choses : le racisme d’une part, qui est un sentiment, une opinion, un comportement, et la constatation de l’existence des races d’autre part, qui relève, elle, du champ de l’observation scientifique. Comme nous le disons plus haut, constater que les races existent n’est pas du racisme. Le racisme mérite d’être condamné : cela n’autorise pas à nier l’existence des races.

Il est aisé de montrer que les arguments de ceux qui nient l’existence des races ne tiennent pas. Les « anti-raciaux » contestent d’abord les termes du vocabulaire qui s’applique aux populations. Ils parlent ainsi de « race humaine ». Or nous avons vu plus haut que cette terminologie ne correspond pas à la réalité scientifique. Le terme idoine est celui de « genre humain ». Ce genre ne comprend plus désormais qu’une seule « espèce » (sapiens), à laquelle appartiennent toutes les « races ».

Les adversaires du concept de races affirment ensuite qu’il existe seulement entre les groupes humains des différences de couleur de peau, dues selon eux à la variété des climats. Cette présentation des choses est manifestement fausse  : les différences morphologiques qui existent entre les races vont bien au delà de la couleur de peau (par exemple la taille moyenne varie fortement d’une race à l’autre).

Les négateurs de l’existence des races affirment enfin qu’il n’y pas de différences génétiques entre races. Ils affirment que la variabilité génétique entre deux individus d’une même race peut être plus importante que celle qui existe entre deux individus de races différentes. Par exemple il peut y avoir, disent ils, entre deux individus scandinaves une différence génétique plus importante qu’entre chacun d’eux et un individu africain pris au hasard.

Il s’agit là d’une contre-vérité manifeste. La situation qu’ils décrivent correspond à de très rares exceptions dues à des brassages de populations. Dans la très grande généralité des cas la réalité est à l’inverse de ce qu’ils affirment : les différences génétiques entre deux individus de races différentes sont nettement plus importantes qu’entre deux individus de même race.

 

  • Vouloir rester entre gens de la même race est naturel : ce n’est pas du racisme

Qu’on le regrette ou non, les races sont un facteur important de distinction entre les individus. La plupart des gens préfèrent ainsi fréquenter les personnes de leur race et cohabiter avec elles. Ils préfèrent à l’inverse se tenir éloignés des personnes des autres races et ont tendance à les craindre. C’est là un comportement humain, général et universel. Ce n’est pas du racisme.

Est-il possible de se débarrasser de cette tendance à la préférence raciale ? Nous ne le pensons pas. Prétendre modeler un homme nouveau, indifférent à la donnée raciale, un homme a-raciste, nous paraît constituer une vue de l’esprit, contraire à la nature humaine. La préférence raciale est naturelle.

Elle est aussi naturelle par exemple que la tendance qu’ont la plupart des gens à fréquenter des personnes de leur âge ou à être plus à l’aise dans les relations quotidiennes avec des personnes du même milieu social. Tout cela constitue la condition humaine. Vouloir s’en abstraire est illusoire, artificiel, non humain, idéologique.

Quant à la disparition des races elles-mêmes, on ne voit pourquoi elle serait souhaitable. Faire disparaître la diversité raciale dans un métissage général constituerait une uniformisation par définition appauvrissante. La diversité des races s’accompagne en effet d’une diversité des cultures : la disparition de cette diversité (linguistique, vestimentaire, gastronomique, architecturale…), au profit d’une culture universelle appauvrie et artificielle, serait une conséquence sans doute inévitable de la disparition des races.

Sur ce point profitons-en pour signaler les contradictions dans lesquelles se trouvent les partisans de l’immigration et les « anti-raciaux ». Ils sont généralement les premiers à dénoncer la mondialisation de la culture Mac Do ; à souhaiter d’un point de vue écologique, le respect de la bio diversité ; à réclamer sur le plan international le respect de l’identité du Tibet ou du mode de vie des peuplades primitives. Où est la cohérence avec leur volonté de fabriquer par ailleurs, dans le nivellement général, un homme universel standard et métissé ? Les immigrationnistes sont favorables à l’immigration au nom de la diversité ; ils sont favorables en même temps au métissage, synonyme de disparition de la diversité. Quelle cohérence là encore ?

La donnée raciale, constitutive de la nature humaine, est irréductiblement essentielle. Il en découle ces trois affirmations fondamentales :

Décider d’accepter ou de refuser l’entrée d’immigrés sur son sol relève du droit naturel et légitime de chaque peuple. Ce n’est pas du racisme.

Vouloir rester maître chez soi est naturel et légitime. Souhaiter que la race et le peuple auxquels on appartient soient maîtres chez eux ou qu’à tout le moins ils restent majoritaires dans leur propre pays, voilà qui est naturel et légitime. Ce n’est pas du racisme.

Vouloir arrêter l’immigration et souhaiter renvoyer les immigrés dès lors que leur présence trop nombreuse menace le droit du peuple autochtone de rester majoritaire et maître chez lui, voilà qui est naturel et légitime. Ce n’est pas du racisme

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Le métissage général est-il désirable, au nom des conceptions universalistes ? Est-il souhaitable que les races disparaissent, pour fonder une humanité réconciliée ? Nous ne partageons pas, pour ce qui nous concerne, ces perspectives qui nous paraissent constituer des  utopies aussi irréelles que dangereuses.

Un point est à souligner. Ces questions à dimension philosophique revêtent cette caractéristique remarquable : à la surface de la planète, les Blancs sont les seuls à se les poser. Aucun autre peuple, ni les Asiatiques, ni les Arabes, ni les Africains, ne souhaite se métisser. Aucune autre race ne voit sa disparition comme une perspective acceptable.

Les Blancs sont aujourd’hui les moins nombreux. Ils sont également les moins prolifiques. Et ils sont les seuls à désirer le métissage et la disparition des races. Ils sont en fait les seuls à accepter de disparaître.

Résumons d’un mot. L’antiracisme sert en réalité à désigner de façon codée une perspective et un projet : la disparition programmée des Blancs.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 29/12/14

La guerre civile française : Les valeurs de la modernité

Chronique de Paysan Savoyard

(n°98 – mars 2013)

Trouvant sa source dans les mouvements d’idées qui ont agité les deux siècles précédents (protestantisme, jansénisme, Lumières : nous y reviendrons), la guerre civile française s’ouvre avec la Révolution. Le projet révolutionnaire est un projet global, à la fois politique, sociétal et philosophique : il s’agit de promouvoir une conception nouvelle de la vie en société.

La société traditionnelle, celle d’avant 1789, était assise sur un système de valeurs composé de cinq éléments fondamentaux étroitement liés les uns aux autres et cohérents entre eux. La Révolution française veut remplacer la société traditionnelle par une autre, fondée sur des valeurs exactement inverses, celles de la « modernité ».

(NB : Nous poursuivons avec cet article la série entamée le 24/02/13 consacrée à la guerre civile française).

 

  • Contre la société traditionnelle, assise sur les devoirs envers le groupe, la modernité promeut l’individu, sa liberté et ses droits

Dans la société traditionnelle l’individu a certes une existence et une dignité propres : son autonomie est cependant limitée. Il est en effet inscrit dans une série de cadres : la famille, le village et la paroisse, la corporation, l’ordre. Ce système d’appartenances correspond pour l’individu à différentes fonctions, qu’il a le devoir de remplir. La société traditionnelle est une société dans laquelle le groupe prime sur l’individu, tandis que les devoirs envers le groupe l’emportent sur les droits.

Notons qu’il en est de même dans toutes les sociétés traditionnelles, au-delà du champ du monde occidental.

Au contraire la modernité cherche à installer une société fondée non plus sur le groupe mais sur l’individu. Les individus sont libres de toute appartenance : ils ne sont pas rattachés à un groupe et n’ont pas de devoir à ce titre. C’est pourquoi la société moderne est une société de droits : les droits de l’individu libre – « les droits de l’homme » – l’emportent sur les devoirs envers le groupe (les devoirs ne sont pas absents de la société moderne, mais ils sont réputés être librement consentis dans le cadre d’un « contrat social » ; nous y reviendrons).

Les droits de l’individu existaient également dans la société traditionnelle. La religion catholique, tout d’abord, socle de la société européenne, est une religion personnelle, qui fait prévaloir le lien individuel entre chaque homme et son Dieu : dès lors  dans une société catholique l’individu dispose nécessairement d’une existence et d’une dignité propres. D’autre part, contrairement à ce que prétendent, par mauvaise foi ou ignorance, les contempteurs de la société traditionnelle, les individus avaient des droits sous l’Ancien régime. Il existait des lois, des codes, des tribunaux. Le roi lui-même était soumis à un certain nombre de règles coutumières et de devoirs essentiels envers son peuple et envers l’Etat, même si sa responsabilité propre était jugée devant Dieu seul.

Droits et devoirs existent donc également, dans la société traditionnelle comme dans la société moderne. Mais le point d’équilibre entre les deux registres diffère : la société traditionnelle met en exergue le groupe et les devoirs de l’individu envers lui ; la modernité promeut l’individu, sa liberté et ses droits.

 

  • Voulant rompre avec la société hiérarchique, la modernité promeut l’égalité

La société traditionnelle est une société hiérarchique et inégalitaire. Au sein de la famille s’impose l’autorité du père. Celle du curé s’exerce à l’échelon du village et de la paroisse. Les corporations sont dirigées par des maîtres. Plus globalement la société est organisée en ordres, hiérarchisés entre eux. Ils correspondent aux principales fonctions essentielles à l’organisation de la société. Le premier ordre, aristocratique, répond à la fonction guerrière, judiciaire et politique ; le second, ecclésiastique, assume la dimension du sacré (il prendra également en charge la fonction sociale) ; le troisième ordre est celui qui assure la fonction de production. Cette structure ternaire correspond selon l’anthropologue G. Dumézil à la tripartition fonctionnelle qui caractérise les sociétés indo-européennes.

La hiérarchie entre ces ordres découle de l’articulation naturelle de leurs fonctions : disposant de la force et de l’emprise sur la sphère du sacré, noblesse et clergé s’imposent naturellement. La structure pyramidale de la société correspond également au fait que les effectifs des ordres dominants sont très inférieurs à ceux du tiers ordre. Enfin, les différents groupes et ordres assumant des fonctions différentes, ils correspondent en toute logique à des conditions de vie dissemblables. On voit que pour une telle société, le concept d’égalité est dépourvu de pertinence : on peut dire même qu’il se situe hors de l’univers mental des membres de la société traditionnelle.

Maurras illustrait ce constat en expliquant qu’au sein de la cellule de base de la société traditionnelle qu’est la famille, l’inégalité des membres est naturelle et absolue. Comment en effet parler d’égalité lorsque les jeunes enfants dépendent en tout point, pour leur survie et leur éducation, de leurs parents ? Devenus des vieillards, les parents ne connaissent-ils pas à leur tour une situation de complète dépendance ? Dans ces différentes situations de vie, les concepts d’égalité ou d’inégalité sont sans signification.

La société souhaitée par les révolutionnaires promeut à l’inverse l’égalité, valeur centrale de la modernité. L’égalité est au demeurant une conséquence nécessaire de la conception moderne d’une société fondée sur la liberté de l’individu : l’individu étant autonome par rapport aux groupes et aux personnes et n’ayant pas de devoirs envers eux, il se trouve nécessairement en situation d’égalité vis-à-vis des autres membres de la société (il s’agit ici de l’égalité de droits ; nous reviendrons plus tard en détail sur les différentes acceptions que prend le terme d’égalité).

On voit par là que les principes d’organisation des deux types de société sont radicalement différents. Dans la société traditionnelle les individus ne sont pas totalement libres parce qu’ils ont des devoirs éminents envers les groupes auxquels ils sont rattachés. Ils ne sont pas non plus égaux, les groupes auxquels ils appartiennent étant situés dans un système hiérarchisé. Au contraire les individus modernes étant libres de toute appartenance à un groupe, ils sont  nécessairement égaux en droit.

De ce principe d’égalité des droits découle le type de régime politique en vigueur dans la société moderne : la démocratie. Dans une société d’individus égaux en droits, la décision appartient nécessairement à la majorité (au contraire dans une société traditionnelle, le pouvoir est détenu, au sommet de l’organisation pyramidale, par un monarque ou une élite aristocratique).

 

  • Rejetant la tradition, la modernité est toute entière tournée vers l’avenir et le progrès

Dans la société traditionnelle chaque individu et chaque groupe doivent recevoir la tradition,  s’y conformer puis la transmettre. Le respect des ancêtres constitue une valeur centrale : l’individu se ressent comme le maillon d’une chaîne.

La modernité au contraire considère avant tout l’avenir. Si la modernité privilégie l’avenir, c’est en premier lieu parce que le passé et la tradition correspondent précisément à la société qu’elle rejette et veut remplacer. Le passé doit être « dépassé ».

Le primat accordé à l’avenir découle d’autre part de la conception moderne de l’individu libre. Il revient à l’individu, débarrassé de toute tradition, d’inventer l’avenir, en usant de sa liberté et de sa volonté « éclairée ».

La tension moderne vers l’avenir a un dernier fondement : l’avenir permettra à la société de progresser vers la Lumière de la Raison. La conception moderne perçoit en effet l’Histoire comme un processus de progrès. Progrès technique. Progrès économique. Progrès de la Raison avant tout : l’Histoire, et c’est là son sens (Hegel), voit se réaliser progressivement le règne de la Raison.

 

  • Tandis que la société traditionnelle était ancrée territorialement, la modernité est universaliste

La société traditionnelle est ancrée dans un territoire, aux frontières délimitées. De même que les groupes desquels relèvent les membres des sociétés traditionnelles s’emboîtent les uns aux autres (famille, paroisse…), de même le territoire sur lequel ils vivent est constitué d’une série de cercles concentriques : le territoire du village, puis celui de la province, celui du royaume enfin. Le royaume étant en quelque sorte une projection du Royaume divin et le monarque le représentant de Dieu sur terre, les frontières revêtent une importance déterminante voire un caractère sacré.

En outre la volonté de recevoir et transmettre la tradition conduit naturellement à un attachement territorial. Le territoire en effet matérialise, rend visible et préhensible l’héritage à transmettre.

Enfin la révérence envers les ancêtres renforce l’attachement à la terre, qui a accueilli leur dépouille.

La modernité est au contraire universaliste. L’individu étant libre il n’est redevable envers aucun groupe ni aucun pays : la notion de frontière ne peut dès lors s’imposer à lui, pas davantage qu’aux autres individus.

La croyance en l’égalité vient renforcer l’universalisme : il est par exemple inconcevable qu’un pays plus riche que ses voisins puisse refuser son entrée aux personnes venues de pays moins dotés.

Surtout la modernité est convaincue de la valeur universelle de son message : il ne peut dès lors être question pour elle de raisonner à l’échelle des frontières d’un Etat.

 

  • La société traditionnelle était chrétienne : la modernité est antireligieuse et athée

La société traditionnelle européenne est chrétienne (de façon générale sur tous les continents les sociétés traditionnelles sont cimentées par la religion). La religion chrétienne constitue le socle sur lequel repose tout l’édifice. La tradition qu’il s’agit de transmettre est d’abord celle de la religion chrétienne. Les devoirs envers le groupe sont fondés avant tout sur la croyance religieuse : chacun doit assumer sa fonction dans la société afin  d’accomplir son parcours terrestre conformément à la volonté divine. Clergé et pouvoir civil sont étroitement liés et dominent la société dont ils constituent la hiérarchie. La France, considérée même comme « fille aînée de l’Eglise », se vit comme un royaume chrétien. Plus généralement, les membres des sociétés européennes d’ancien régime, par delà les frontières des royaumes et principautés, ont conscience d’une appartenance commune à la chrétienté.

La modernité, elle, se caractérise avant tout par le rejet de la religion, pour plusieurs raisons également puissantes. La religion chrétienne est considérée tout d’abord comme étroitement liée à la société traditionnelle qu’il s’agit de combattre. La religion, en second lieu, se heurte par nature à l’idée moderne de liberté puisqu’elle l’entrave par des préceptes moraux. Elle heurte enfin l’aspiration à l’égalité, l’église, elle-même hiérarchisée, ayant constitué l’un des principaux cadres de la société hiérarchique traditionnelle. La modernité est dès lors athée et antireligieuse.

Dans cette perspective elle met en avant le concept de laïcité, considérée aujourd’hui comme l’une des valeurs républicaines essentielles. Officiellement la laïcité signifie que l’Etat reste neutre face aux religions. En réalité les promoteurs et militants de la laïcité sont également des athées, de sorte que, dans le lexique de la modernité, la revendication de la laïcité équivaut presque toujours à une proclamation d’athéisme.

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Au terme de ce recensement, il convient d’apporter pour conclure quelques précisions et nuances.

On voit tout d’abord que les deux sociétés concurrentes sont l’une et l’autre pleinement cohérentes. Leurs différents éléments constitutifs se tiennent étroitement et se supposent les uns les autres. De l’idée même de tradition découle l’attachement à une société d’encadrement et de hiérarchie, ancrée territorialement. Posant le principe de la liberté de l’individu, la modernité en déduit nécessairement le principe d’égalité des droits, l’universalisme, le rejet de la tradition et de la religion. Parfaitement cohérentes l’une et l’autre, société traditionnelle et société moderne sont dès lors profondément antagoniques.

Précisons que cette opposition entre deux types de société se fonde sur les modèles idéals, les archétypes. Il est bien clair que les différents aspects que nous venons de recenser ne se traduisent pas exactement dans le concret du fonctionnement de la société en toute circonstance. Nous avons présenté l’opposition de deux constructions intellectuelles : la vie concrète apporte, et c’est heureux, nuances et exceptions. De même il est évident que les individus n’ont pas nécessairement tous conscience de la cohérence et des principes d’organisation de la société à laquelle ils appartiennent. Le modèle d’ensemble auquel chacun des deux types de société répond ne s’en impose pas moins dans les grandes lignes : validé par l’élite, il constitue un cadre à l’intérieur duquel chacun doit s’inscrire, de façon volontaire ou non.

Apportons cette autre indication. La société nouvelle et celle qu’elle remplace sont antagonistes : mais elles ne sont pas pour autant totalement étrangères l’une à l’autre. Le basculement provoqué par la révolution trouve en effet une partie de ses racines dans la situation et l’évolution de la société d’ancien régime elle-même : ce n’est pas une société en pleine santé qui a été renversée en 1789. L’ancienne société, tout d’abord, était depuis déjà longtemps contestée, dans son fonctionnement et plusieurs de ses principes essentiels, par certains secteurs de la société. Nous avons déjà mentionné la contestation protestante, le jansénisme, les Lumières : nous y reviendrons dans un article suivant. La société d’Ancien régime était également fragilisée dans ses fondements du fait de l’évolution de la position occupée par sa classe dominante : l’aristocratie. Nous reprendrons ce point également.

On peut discerner un lien supplémentaire entre les deux sociétés qui, au tournant du 18e siècle, vont se substituer l’une à l’autre. L’on peut en effet considérer que la modernité est assez directement issue de l’Evangile, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes puisqu’elle est fondamentalement anti religieuse. De nombreux éléments du message évangélique inspirent manifestement certains principes essentiels de la modernité. Par exemple les passages insistant sur le fait que les moins lotis seront premiers dans le royaume des cieux, sur l’exaltation des pauvres, sur la condamnation de la richesse, sont probablement la source majeure de l’idée moderne d’égalité. Pour notre part nous considérons, comme nous le notions dans un article précédent, que les modernes font de l’Evangile, dont ils s’inspirent nolens volens tout en le rejetant, une lecture erronée. Ils le comprennent comme un programme politique et un modèle de société, alors qu’il constitue un message personnel adressé à chacun pour la conduite de sa vie. Ce passage essentiel donne nous semble-t-il la clé d’interprétation : « Rendez à César… » : l’Evangile n’est pas un programme politique.

Terminons sur cette précision. Nous nous sentons plus proches à plusieurs égards du traditionalisme : nous partageons l’attachement à la famille, à la tradition, à l’ancrage territorial, à l’homogénéité de la population de souche, à la religion chrétienne comme étant l’un des principaux fondements de nos sociétés occidentales. De même nous rejetons sans équivoque plusieurs aspects de la modernité. Cependant nous ne souhaiterions aucunement réinstaller trait pour trait, en admettant que la chose fût possible, une société traditionnelle. Tous les apports de la modernité ne sont évidemment pas à rejeter. Si la révolution de la fin du 18e siècle n’avait pas eu lieu, il aurait sans aucun doute été souhaitable que l’ancienne société évolue d’elle-même, de façon en particulier à laisser une place plus grande à l’individu et à son libre arbitre.

Dans le prochain article, nous verrons comment la Révolution a traduit dans les actes cette volonté de remplacer la société traditionnelle par une autre.

Chronique parue sur Fdesouche le 24/03/13

Deux cents ans de guerre civile française

Chronique de Paysan Savoyard

(n°94 – février 2013)

 

Dans un discours de 1946 De Gaulle appelait à en finir avec « le temps où les Français ne s’aimaient pas ». Il faisait ainsi écho à un ouvrage de Charles Maurras qui établissait déjà trente ans auparavant un constat similaire. Le diagnostic, donc, n’est pas nouveau : les Français ne s’aiment pas. Ils ne s’aiment guère eux-mêmes. Et surtout ils sont profondément divisés.

Quoique déjà catastrophique, ce triste constat ainsi présenté enjolive encore pourtant la situation, qui est en réalité pire encore, nous semble-t-il : depuis plus de deux cents ans la France est en fait en situation de guerre civile. Une guerre qui risque fort de conduire à la disparition du pays.

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Cette guerre civile comporte des cycles, des temps, des moments. Elle est tantôt ouverte tantôt larvée. De nombreux épisodes de guerre ouverte ont marqué l’histoire des deux derniers siècles. Aux autres périodes la guerre est sourde, latente, endémique : elle prend la forme d’une confrontation agressive des idéologies, la violence devenant alors essentiellement verbale. Cependant l’état d’esprit de guerre civile reste une constante, formant comme une toile de fond à notre histoire récente.

Depuis deux cents ans en effet nous n’assistons pas seulement au jeu des oppositions politiques, qui est une caractéristique normale des systèmes démocratiques. Le degré d’hostilité qui anime les forces qui s’affrontent excède tout à fait le cadre ordinaire du débat politique. Le plus souvent les partisans des thèses en présence se portent réciproquement une haine véritable. Ils visent mutuellement la disparition de l’adversaire ou à tout le moins sa marginalisation ou sa proscription. Il n’existe entre eux aucun sentiment d’appartenance à la même communauté nationale.

La guerre civile, certes, ne concerne pas au même degré l’ensemble de la population. Elle met aux prises pour l’essentiel les membres de l’élite et des classes supérieures. Le peuple a un rôle plus second mais il est cependant concerné lui aussi, qu’il en soit conscient ou non, par la guerre civile en cours. Lors des épisodes violents, une partie du peuple est généralement impliquée de façon directe, en servant de masse de manœuvre manipulée par les élites. Dans les périodes de guerre civile froide, le peuple ne participe pas en première ligne à la confrontation d’idées : mais il constitue la cible de la guerre idéologique. Les protagonistes du conflit cherchent à l’influencer et à susciter son adhésion. Dans ces conditions une bonne partie du peuple est engagée elle aussi dans cette guerre séculaire. La plupart des familles françaises savent ainsi qu’elles doivent proscrire en leur sein les discussions politiques ou religieuses si elles souhaitent que les liens familiaux puissent perdurer.

Nous nous proposons de consacrer une série d’articles à la guerre civile française. Nous procéderons tout d’abord à quelques rappels historiques afin de mettre les choses en perspective. N’étant pas historien, nous nous contenterons de tracer de grandes lignes, en espérant éviter de commettre des erreurs grossières. Nous nous concentrerons sur la période actuelle, en mettant en évidence les formes que prend la guerre civile à l’œuvre dans la société française d’aujourd’hui.

Nous n’avons nullement l’intention de proposer une thèse novatrice : nous nous inscrirons pour l’essentiel dans la continuité des analyses posées, dès la révolution française puis aux siècles suivants, par les penseurs anti révolutionnaires et traditionnalistes.

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La France est entrée dans un processus de guerre civile à compter du moment où une partie de l’élite française a mis en cause certains aspects structurants de la société en place : c’est la période de la contestation protestante. La contestation est ensuite devenue globale : elle a conduit à la révolution. La lutte entre révolutionnaires et partisans de la société traditionnelle s’est prolongée tout au long du 19e siècle. Elle a resurgi avec violence dans les années trente puis dans le cadre de la seconde guerre mondiale. Les guerres de décolonisation puis mai soixante-huit ont fourni la matière de nouveaux épisodes. La guerre civile française se poursuit depuis, selon des formes toujours renouvelées.

On ne peut plus parler aujourd’hui de lutte entre révolutionnaires et partisans de l’ancien régime, ni d’affrontement des républicains et des monarchistes. La guerre civile a pris un nouveau tour. Elle s’est muée en un combat centré sur le concept de modernité : les « modernes » s’affrontent à ceux qui se montrent attachés à certaines survivances caractéristiques de la société traditionnelle (telles que la nation, la religion catholique, la famille). Si elle en a renouvelé les termes, la lutte des modernes et des antimodernes n’en constitue pas moins la continuation des affrontements révolutionnaires. Né il y a plus de deux siècles, le projet des révolutionnaires et de leurs successeurs, les artisans de la modernité, reste en effet inchangé : il s’agit de passer de façon globale de la société traditionnelle à une autre, assise sur des principes inverses.

La guerre intestine franco-française a été pratiquement gagnée par la modernité : les modernes sont au pouvoir et ce depuis deux cents ans. Leur idéologie l’a emporté au sommet de la société et a également conquis pour l’essentiel l’adhésion du peuple. La société française présente cependant toujours des éléments de résistance : la victoire des modernes n’est pas complète. La guerre se poursuit donc.

Si l’affrontement majeur qui l’anime est binaire – républicains contre traditionnalistes au 19e siècle, modernes et antimodernes aujourd’hui –  la guerre civile française met aux prises trois forces, nées au moment de la révolution. Les « républicains » sont aujourd’hui de très loin les plus nombreux et les plus puissants. Ils se subdivisent en deux courants, l’un libéral (la droite), l’autre plus social (la gauche).

Les « communistes » n’ont jusqu’ici jamais été en mesure de l’emporter sur les républicains : cette mouvance politique reste cependant fortement présente dans les réflexes et la façon de penser d’une partie de la population. « Républicains » et « communistes » constituent, au-delà de leur opposition sur les finalités et les méthodes, le camp de la modernité.

Les « traditionnalistes », enfin, ne représentent plus en tant que tels qu’une force résiduelle. Cependant, comme nous l’avons dit plus haut, l’attachement à certains éléments constitutifs de l’organisation sociale traditionnelle reste fortement présent au sein de la société française.

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Le projet que nous poursuivrons dans notre série d’articles est donc le suivant : nous nous efforcerons de montrer que la lutte de la modernité contre ce qui se rattache encore à la tradition revêt tous les aspects d’une guerre civile. Même si les forces en présence sont très disproportionnées et qu’elle se livre le plus souvent à bas bruit, cette guerre est permanente, intense, totale. Elle est sans répit. Elle est sans merci. Elle risque de déboucher sur la disparition même de la société française.

 

Chronique parue sur Fdesouche le 24/02/13